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Un dîner au Siècle

En exclusivité, (et je prends un risque en vous racontant cela, mais tant pis), je vais vous dévoiler ce que j'ai entendu au dernier dîner du "".

 Je ne pourrai pas vous expliquer sous quel nom je suis connu dans ce club ultra-select qui se retrouve à "l'Auto", ni comment j'y fus parrainé par un animateur vedette de la télévision. Il vous suffira de savoir qu'un vice empoisonnait sa vie et que je pus y répondre, scellant ainsi notre alliance.Mais ceci est une autre histoire, pour un autre jour.Le pauvre est maintenant bien à plaindre. J'étais donc à la Concorde, dans les salons de l'Automobile Club, et l'apéritif se terminait… nous allions dîner. … Comme je revenais des lavabos, pour un dernier trait de coco, je tombe sur Alexandre A., gras et jovial, qui me fait un geste rapide de la main. Alexandre avait déjà fait appel à mes services pour une transaction que je préfère tenir secrète… Il me faisait signe d'approcher, et je remarquais sur la table basse un joli bol en argent flottant sur une banquise de glace pilée, dans un saladier de cristal. Ne pouvant résister au caviar, je m'assis de bon cœur sur la banquette grenat, après avoir salué Catherine N. que je venais de reconnaître, et qui se tenait à ses côtés, presque cachée par la masse de graisse qu'entretenait Alexandre en engouffrant les petits grains noirs à grands coups de cuillère. Certains petits œufs avaient échappé à l'ogre et s'agrippaient aux commissures de ses lèvres, dans une petite goutte huileuse.  La lumière tamisée soulignait les rides du visage affaissé de Catherine, que les liftings ne pouvaient plus tenir. Mais elle gardait encore des traces d'un charme passé et avait la beauté des roses fanées, sombre et flétrie. Il était loin le temps où elle questionnait les chefs d'états devant les caméras. Mais grâce à ses talents de plume (nombreux les avaient appréciés), on lui gardait encore une chronique dans le magazine un peu people où elle avait échoué, et l'article était charitablement illustré de son portrait d'il y a dix ans, quand elle était à son zénith. Après quelques mots d'usage, et comme j'attaquais moi aussi un toast recouvert de caviar, ils reprirent leur conversation.Je tendais l'oreille. "Ces deux petits cons sont vraiment des raclures, Fabrice de mes deux !" Alexandre était déjà ivre de vodka, il était à peine 21 heures. Il éructait et projetait des petites boules noires, comme de minuscules plombs de chevrotine, sur le chemisier de Catherine. "- Ils cherchent quoi, répliqua-t-elle, ce sont encore des enfants et ils ne savent pas comment ça marche… Ils se font manipuler par ce con de P. Salaud de marxiste ! Il crache dans la soupe, c'est honteux… Mais que veut-il, Alexandre, à quoi cela rime-t-il ? " - C'est des illuminés, ils croient qu'ils vont changer les choses, mais on va leur casser les reins. Les instructions sont très claires : c'est la piste terroriste, c'est les islamistes, c'est tout ; bref on ne change rien. Voilà ce qu'il faut dire : c'est les musulmans, Edouard n'a rien à voir là-dedans, c'est Ben Laden. "- Oui, les crouilles ça marche toujours, ça fait 60 ans que ça marche, et c'est pas près de s'arrêter…" Elle partit d'un grand rire bruyant et vulgaire, et on le sentait tellement convenu, expulsé difficilement de la bouche, qu'une infinie laideur l'envahit. - C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes", répondit Alexandre, "et je vais même caser les voyous des cités, cette racaille dont on va s'occuper… Enfin… (Il rota), mais que de temps perdu… Il ne reste que quelques mois…" Ivan R. arriva à ce moment, "ah vous êtes là, venez mes amis, venez vite, notre table nous attend et nous sommes les derniers"…Nous nous levâmes, et je m'empressai de gagner ma place, les affaires n'attendent pas.  ;  

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Ah, ah, nous avons été énervés par la même chronique du sieur A.A....

Il est resté jeune Michel Fiszbin.

Un qui aurait pu et qui n'est pas allé à la mangeoire de l'électoralisme ; pourtant il avait une voie toute tracée.

Toujours militant, bravo.

 

 

 

Merci Rimbus.Cette fiction est un délice.

 

*** Mais la réalité est un peu moins "poétique"...

Interpellations lors d’une manifestation contre un dîner du "Siècle" à Paris

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La police a procédé a une trentaine d’interpellations parmi des opposants rassemblés à proximité d’un dîner du club "Le Siècle", qui mêle "scandaleusement" à leurs yeux hommes politiques et journalistes, mercredi soir à Paris, a constaté un journaliste de l’AFP.

Les forces de l’ordre ont procédé aux interpellations après avoir encerclé une partie des manifestants réunis devant l’Automobile Club de France (ACF), où était organisé le dîner, place de la Concorde à Paris.

Les manifestants avaient auparavant jeté des cotillons, ainsi que quelques oeufs et paquets de farine en direction du bâtiment de l’ACF. Ils ont copieusement sifflé les invités arrivant au dîner.

A 23h15, la préfecture de Police de Paris n’était pas joignable. Près de 250 personnes s’étaient réunies en début de soirée, à l’invitation du producteur de documentaires Michel Fiszbin et du journaliste Pierre Carles. Les deux hommes ont été interpellés.

"Le Siècle" organise une fois par mois à Paris un dîner de personnalités influentes venues de tous les horizons (politique, économie, presse, social...).

"On ne veut plus que les journalistes aillent dans ce dîner. Ils y retrouvent leurs amis de l’économie et de la politique, droite et gauche confondues. ça nous énerve beaucoup, c’est un mélange des genres inacceptable", avait déclaré Michel Fiszbin au début du rassemblement qui s’est tenu dans une atmosphère très bon enfant. "+Le Siècle+, c’est une société secrète : on n’a pas le droit de dire ce qui s’y passe ou de rapporter ce qui s’y dit, avait-il ajouté. On peut donc légitimement penser que ce n’est pas avouable. Alors que les journalistes s’y pressent à titre privé, c’est scandaleux. Ils n’ont rien à y faire et nous, nous sommes là pour faire du bruit car on veut qu’ils aient honte".

Fin octobre, un rassemblement identique s’était déjà tenu. Les forces de l’ordre n’étaient pas intervenues.

Les manifestants avaient alors chahuté sans agressivité des journalistes comme Emmanuel Chain ou Arlette Chabot. Mercredi soir, aucun journaliste connu n’a été aperçu entrant dans le bâtiment de l’ACF.

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