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Oct

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Près d’un électeur sur deux s’apprête à voter pour un candidat défendant les valeurs de l’extrême droite

La campagne actuelle, et une bonne partie des 5 années qui l'ont précédée, voit proliférer les invectives haineuses, les approximations qui confinent au mensonge, la réactivation d'une idéologie chauvine, xénophobe, intolérante. Que ce genre d'idéologie, que je me permets de qualifier d'extrémiste, fleurisse en période de crise, pour retourner le désarroi des victimes de cette crise contre des boucs-émissaires qui manquent quelque peu d'un accès à la parole publique pour se défendre par eux-mêmes, immigrés, titulaires des minima sociaux rapidement traités d'assistés, on ne s'en étonnera pas. Mais qu'un candidat d'un parti se réclamant de l'héritage gaulliste se livre sans plus aucune retenue à cette misérable surenchère avec la candidate de l'extrême droite officielle en dit long sur le climat malsain qui règne dans le parti en question, et ce qu'il y reste du gaullisme.

Pour moi qui n'ai presque rien d'un gaulliste, la figure historique rappelait l'unification de la résistance, un modernisme qui faisait une certaine synthèse avec un rôle moteur de l'État et la construction d'un modèle social permettant que tous bénéficient de la richesse monétaire issue du privé, et permettant de ne pas casser la production des richesses non monétaires et de bénéficier des externalités produites par des services publics forts et efficaces : éducation, santé, infrastructures... Tout ceci ne semble plus d'actualité aujourd'hui, sous l'influence de conseillers venus de l'extrême-droite, et qui font du rejet de tout ce qui semble venir de la gauche leur viatique : ne reste plus que la posture et le culte du chef, que je considère, pour ma part, comme un rejet de la démocratie, réduite à une élection tous les 5 ans, entre lesquelles nous serions tenus de laisser faire nos représentants souverainement élus, ou plutôt, le représentant unique et chef suprême, seul habilité à parler au peuple et à parler au nom du peuple.

Ils n'ont pas encore osé supprimer les juges d'instruction : ils le feront. Ils n'ont pas encore pu totalement museler la liberté de la presse : ils trouveront des moyens de le faire. Ils multiplient les attaques ad hominem et les procès d'intention. Pourquoi cette agressivité ? On dirait qu'une clique d'hommes et de femmes de droite juge inconcevable qu'un autre parti que le sien ait les clés du pouvoir suprême en France, mais ce qui les met le plus en fureur, c'est qu'on puisse envisager de tempérer ce pouvoir suprême, d'en user avec retenue, voire de réformer la constitution pour le limiter et y adjoindre des contre-feux, reconnaître la légitimité de certains représentants de la société civile pour aider les politiques à fonder un ordre qui respecte l'ensemble de la communauté nationale et traite avec le respect du à toute personne humaine tous ceux qui sont sur son sol. En cela, le débat sur l'immigration, les immigrés et les peurs des uns et des autres, pour périphérique qu'il soit dans les conséquences économiques et sociales qu'il a réellement, n'en est pas moins central et potentiellement dévastateur si l'on continue à montrer du doigt des fractions entières de la population en raison de leur origine ou de leur religion, en ignorant totalement les recherches quantitatives et qualitatives qui ont été accumulées ces dernières décennies, et en méprisant la voix de ceux qui sont en butte à l'esprit anti-musulman et anti-immigré qui se banalise aujourd'hui.

Il existe pourtant un candidat de centre-droit, qui se refuse avec une certaine constance à ces dérives, et qui pourrait représenter, en outre avec quelque chance de victoire, le courant de ceux qui, à tort ou à raison, rejettent Hollande (lui-même plutôt candidat de centre-gauche) et les positions des partis situés à la gauche du PS. Je m'étonne que la période actuelle ait si peu redonné ses droits à la défense des services publics, mais aussi à leur réinvention pour faire face aux défis écologiques. Un soi-disant réalisme nous interdit presque de parler des investissements à faire dans l'éducation, l'enseignement supérieur, la recherche, le soutien à l'innovation et à la constitution de secteurs innovants nécessitant une main d'oeuvre qualifiée, la revivification d'une citoyenneté de femmes et d'hommes informés, responsables, investiEs dans la vie démocratique, dans une politique qui respecterait davantage ceux qui n'en sont pas les professionnels. Comment défendre autrement la capacité de ce pays à offrir une chance à chacun, à résister autrement à la déflation et à la concurrence exacerbée par les coûts, quand la seule chose qu'on demande au Public est de se faire le plus petit et de coûter le moins cher possible. Je crains qu'il n'en aille de même de l'esprit public. Les sondages - et on peut hélas croire à leur fiabilité sur ce point - semblent indiquer que les préoccupations écologiques et la préparation de l'avenir, au sens large, sont devenues des sujets secondaires. Ainsi, à mon grand désarroi, se prépare l'élection par défaut d'un homme de centre-gauche dans un pays où près d'un électeur sur deux serait prêt à donner son suffrage à l'extrême-droite. À tout prendre, je préférerais que les électeurs de centre-droit ouvrent les yeux sur la situation réelle de cet espace politique qui devient irrespirable à force d'idéologie haineuse, quitte à faire gagner leur camp.

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