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May

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Le cas de la gauche en général et du PS en particulier : l'urgence d'un front populaire, la nécessité d'une résistance

J'ai commis l'essentiel de ce texte en août dernier, d'où son point de départ qui date un peu. Je l'achève aujourd'hui (comme je peux) compte tenu des circonstances que nous connaissons tous...

 

 

Que l'on considère les propos tenus à Grenoble par le Président de la République comme une diversion ou non face à l'affaire Sarkozy-Woerth-Bettencourt, que l'on soit sensible à l'escalade verbale ou au contraire à la permanence des thèmes sarkozyistes depuis qu'il s'est lancé dans la conquête du pouvoir à partir du Ministère de l'Intérieur, en dénonçant "l'angélisme" de la gauche et en présentant systématiquement les 35h comme une sorte d'archétype de ce que sa "rupture" entendait "rompre" (on connaît la suite), on ne peut plus guère sous-estimer la gravité des propos et des intentions de la majorité en place, et du président de la république, qui semble prêt aujourd'hui à favoriser la frange la plus droitière de son parti, et qui a d'ores et déjà confié la gestion des naturalisations aux préfectures, dont on peut craindre qu'elles respectent surtout les instructions d'un pouvoir acharné à donner des gages à l'électorat le plus xénophobe, sur l'exemple de ce qui se fait actuellement en termes de reconduites à la frontière.

Si l'on peut se réjouir de l'audience conquise par les média en ligne, et espérer qu'elle redonne des couleurs à la liberté de l'information et en particulier à une nouvelle presse d'investigation et à une presse critique, si l'on peut nourrir quelque espoir qu'on mette fin à l'explosion des gardes à vue (qui semblent devenues en partie un moyen d'intimider des militants ou de simples passants se permettant de commenter les méthodes policières) grâce à la décision récente du Conseil Constitutionnel, il faut aussi se rappeler que tout cela survient sur un fond général : celui de la fragilité et de la timidité des contre-pouvoirs, qu'un Conseil Constitutionnel ne saurait remplacer à lui tout seul.

Tout ceci conduit à s'interroger sur ce que peut faire l'opposition actuelle, et en particulier l'opposition de gauche, si elle ne veut pas laisser un Villepin ou pire, une Le Pen ramasser les morceaux, une fois que nous serons arrivés au bout de cette descente aux enfers, dont on ne sait où elle s'arrêtera (je parle de ce que le Président actuel et les porte-flingues de l'UMP se permettent de proférer impunément aujourd'hui, et, surtout, de ce que ce gouvernement se permet de faire).

Une gauche éclatée, inaudible, sans projet ?Malgré ses victoires électorales aux élections locales (pour les européennes, on peut s'interroger), la gauche en général et le PS en particulier sont bien davantage fragilisés que consolidés aujourd'hui, en particulier sur le plan de leurs projets politiques, de leur (in)aptitude à se rassembler, de "l'ardeur", sinon de leurs militants, du moins de leurs sympathisants. Malgré ces victoires électorales, on peut même avoir le sentiment que cette gauche, et en particulier la gauche de gouvernement, a subi une défaite idéologique lourde, qu'elle peine à la fois à surmonter, et peut-être à s'avouer, encore aujourd'hui. Cette défaite n'a pas eu lieu qu'en France. L'évolution des partis socialistes et socio-démocrates en Europe en atteste : beaucoup de ce qui faisait le cœur des projets socialistes en Europe, la référence à une progression vers plus d'égalité et de justice sociale, qu'elle soit impulsée par l'État ou par des mouvements sociaux, l'espoir d'une prospérité partagée, la consolidation de l'éducation pour le plus grand nombre, la progression des salaires, des droits des salariés, et même de l'égalité entre les sexes, tout cela fait et a fait l'objet d'un magistral retour de bâton, préparé par les chocs pétroliers, puis par l'essor du reaganisme et du thatcherisme, mais aussi par l'accroissement des possibilités de rendre totalement inefficace des politiques nationales comme celle qui était prônée par le programme commun.

Sur un plan purement politique, enfin, les socialistes, qui en France étaient parvenus à une certaine forme de synthèse avec leurs alliés communistes dans les années 70, avec une certaine possibilité d'emprunts et d'échanges entre les versions marxistes ou révolutionnaires du socialisme, et les autres socialismes, se sont très fortement détachés idéologiquement du maxisme et de ces alliés devenus encombrants, un phénomène qui n'a fait que s'aggraver depuis la chute du mur de Berlin. Sans que cette évolution n'ait été réellement débattue ni assumée en France (contrairement à l'Allemagne, où le SPD s'est dissocié du marxisme dès 1959, la guerre froide poussant sans doute à une démarcation d'autant plus nette après la constitution de l'Allemagne de l'Est), le parti socialiste s'est peu ou prou rallié à ce qu'il est convenu d'appeler "l'économie de marché", et en particulier à une version du "libéralisme" prônée et promue par l'Union Européenne, qu'il s'est chargé de transposer en France à l'égal du RPR, lorsqu'il était au pouvoir. Cette évolution n'est pas nécessairement achevée pour autant, le PCF lui-même étant amené à s'interroger sur (ce qu'il reste de) la base marxiste de son programme politique.

Quoiqu'on pense de cette évolution politique, beaucoup d'observateurs de ce qu'il était autrefois convenu d'appeler la classe ouvrière, et qu'on peut encore appeler, aujourd'hui, les classes populaires, ont noté qu'en abandonnant le PCF à son déclin, les socialistes avaient aussi, pour une large part (notamment, dans la conception même d'un projet politique national), renoncé à s'occuper des classes populaires (l'une des spécificités du PCF était justement d'offrir des voies de militantisme et d'encadrement des revendications des classes populaires, même aujourd'hui encore), notamment en luttant contre la désindustrialisation de la France et contre le passage de plusieurs industries aux mains d'intérêts purement privés, au sein de groupes internationaux, de plus en plus libres de délocaliser la production dans des pays à faible coût de main d'œuvre. Par ce qui a été quand même souvent ressenti comme un abandon (même si, localement, ce n'est sans doute pas si simple), elles ont en partie laissé les habitants de quartiers populaires, notamment dans des régions en déclin, ou dans des zones devenues stigmatisées, se tourner vers le parti de Jean-Marie Le Pen. On connaît, à peu près, la suite : comment les inégalités sociales ont pris une dimension locale, géographique, mais aussi une dimensions dite "ethnique", à travers la stigmatisation de quartiers entiers, et la coexistence, problématique, entre des fractions des classes populaires issues de mouvements migratoires d'époques différentes (car les ouvriers ont souvent été des descendants de migrants, internationaux ou non), et touchées de façon très différenciée par la crise.

S'il n'est pas totalement certain que le PS persiste dans cet abandon (mais le mal a déjà grandement été fait), dont la dénonciation est notamment le fait de ceux qui sont à sa gauche (gauche que beaucoup de commentateurs qualifient un peu uniformément "d'extrême", parfois sans intention péjorative, ou encore de gauche "critique" ou "morale", comme si elle était vouée à se spécialiser dans la critique ou la morale, en quelques sortes), d'autres coups ont en même temps été portés par ces renoncements et par d'autres, sur un plan purement idéologique. Sans trop craindre d'être contredits, les tribuns de droite ont bénéficié d'un climat idéologique favorable, en insistant sur l'absence de rupture explicite avec le PC, donc avec ses idées, mais aussi avec le passé de l'Europe de l'Est : le PS a été décrit comme un parti "étatiste", ringardisé comme un défenseur d'intérêts acquis, jugés « corporatistes », et peu conformes à l'intérêt général. Avec la fragilisation des syndicats dans le secteur privé, et l'écart qui a pu dès lors s'accroître entre secteur public et secteur privé du point de vue des conditions de travail et des moyens d'action syndicale, la droite a pu impunément, dans les années récentes, encourager les divisions politiques entre gens du privé et gens du public, les seconds étant suspectés de travailler trop peu, de coûter trop cher, de ne pas créer de richesses. Et tant pis si les richesses qu'ils créent tiennent surtout à des "externalités" (comme disent les économistes) qui contribuent à tous, et en particulier, mais pas seulement (heureusement), aux activités privées, par la qualité de la formation des salariés, des infrastructures publiques ou gérées en partie par des structures dépendant de l'État : on est prié de croire que tout cela n'est pas assez bien, que les salariés sont insuffisamment formés dans le sens des "besoins des entreprises", désormais seul étalon, par ailleurs, des formations délivrées en France.

Ce faisant, le PS, mais aussi les autres formations de la gauche, n'ont pas réellement pu ou su remettre sur le métier un projet politique crédible ou audible, laminés qu'ils étaient par des remises en question idéologiques, par le soupçon général d'inefficacité (et notamment d'inefficacité économique) qui pèse sur les politiques promues par la gauche depuis 1981 (et tant pis pour les effets positifs réels des 35h, des emplois jeunes, etc.), mais peut-être, surtout par une sorte d'inconséquence idéologique des projets, devant toujours prévenir ou devancer l'accusation d'étatisme anti-"libéral" mais aussi les accusations de trahir le mouvement social, de trahir la gauche, ou la classe ouvrière.

Les fins et les moyens d'un parti de gouvernementMalgré tout cela, ou grâce à tout cela, le PS a pourtant réussi à occuper une place presque aussi inexpugnable, dans le paysage polique français, que l'actuelle UMP. Ce faisant, ce grand parti un peu souffreteux, divisé, sans cesse accusé, souvent raillé et tout aussi souvent rallié, demeure impossible à dépasser pour quiconque pense qu'il vaut mieux que ce soit la gauche qui gouverne ou qui légifère, en France, plutôt que la droite, ou en tout cas, plutôt que le type de droite que nous avons actuellement au pouvoir. Cela tient sans doute à l'expérience de ses cadres, en particulier dans des exécutifs locaux ainsi qu'au Parlement, à l'existence d'une expérience de gouvernement de la plupart de ceux qui s'y préparent aux plus hautes fonctions (alors que les candidats les mieux placés dans les autres partis de gauche ne sont pas forcément ceux qui ont gouverné, et, notamment, occupé des fonctions ministérielles). Cela tient peut-être en premier lieu à une croyance partagée, dans l'électorat de gauche, qui est que nous ne croyons pas que tout autre parti puisse s'imposer électoralement au plan national. Cette croyance peut encore se référer à une certaine légitimité du PS comme "parti de gouvernement", qui lui est déniée avec violence par la droite, mais elle tient peut-être surtout aux incertitudes qu'entretient l'émiettement du reste de la gauche, incertitudes qui se sont imposées avec violence en 2002.

Le 21/4/2002 reste d'ailleurs un moment paroxystique à cet égard, un coup à double détente. Dans un premier temps, une campagne de reniement du socialisme et de leur propre bilan par Jospin et ses conseillers, aveuglés par l'espoir d'une victoire au second tour et par leur désir d'attirer les classes moyennes ou les déçus de leur propre politique, reniement qui n'a guère été dépassé par tous ceux qui veulent travailler à "déringardiser" le PS sans pour autant se soucier de "déringardiser" ou dépoussiérer le socialisme lui-même, c'est à dire d'en défendre ou d'en redéfinir un certain nombre de positions fortes qui auraient pu s'appuyer sur le bilan de Jospin comme premier ministre. Dans un second temps, une réaction qui a pu démarrer déjà dans l'entre-deux tours de l'élection législative, où même les électeurs ont pu mesurer quelle droite allait gouverner : une droite prenant sa revanche sur sa défaite de 1997, et rêvant de prendre sa revanche sur les mouvements sociaux de 1995, et prête à effacer dans son élan "réformateur" (autoproclamé) tout ce qui ressemble encore à des victoires idéologiques de la gauche. Une droite revancharde, c'est à dire réactionnaire et de plus en plus. D'abord, celle d'un Chirac qui aurait déclaré "Maintenant, il n'y a plus de raisons de s'emmerder", puis celle des "liquidateurs" : des 35h (Fillon notamment, qui est si populaire), de mai 1968 (Sarkozy notamment), du Conseil Nationale de la Résistance (Denis Kessler, après avoir été numéro 2 du MEDEF, et après la victoire de Sarkozy à l'élection présidentielle et l'annonce de ses premières réformes) :

http://www.challenges.fr/opinions/1191448800.CHAP1020712/adieu_1945_raccrochons_notre_pays_au_monde_.html

Ces glissements vers la droite, sinon de l'électorat, du moins du gouvernement en place et de ce qui fait son armature idéologique, aboutit à une série de résultats paradoxaux : même fragilisé ou discrédité, davantage que les nouveaux partis qui se (re)fondent en ce moment à gauche, le PS continue à se renforcer électoralement au fur et à mesure de la plupart des scrutins (européennes mises à part, mais son mode de scrutin est à l'opposé des scrutins cruciaux et désormais couplés de la présidentielle suivie des législatives), et à apparaître comme l'ultime recours de la gauche (au parlement, dans les media). On lui demande de fédérer les discours critiques du sarkozyisme, mais on discrédite ses porte-parole, comme ses francs-tireurs, à la première occasion. Un projet de gouvernement de gauche, pour être crédible, devra nécessairement avoir été approuvé par le PS ou l'une de ses instances, d'une manière ou d'une autre. Mais il se peut que le PS soit devenu incapable d'adopter un projet qui fédère la gauche. Le PS est "naturellement" leader de toute coalition de gauche, mais aujourd'hui, la dernière chose que veulent les militants de gauche (peut-être même au PS...), c'est que le PS soit en position de leadership, en particulier sur le plan idéologique. Le PS est "naturellement" le seul parti qui paraisse susceptible d'investir un candidat éventuellement capable de l'emporter aux élections présidentielles de 2012, mais ce constat simple, réaliste, au regard de la nécessité de l'emporter, ou en tout cas de s'en donner les moyens, apparaît comme le pire ennemi d'un parti qui tente de se construire un programme de gouvernement et de dépasser son combat des chefs, un parti qui se fait une montagne de trouver et voter des propositions, et accouche de minuscules souris programmatiques, qui font très peur à ses éléphants.

Il se peut que tout cela soit derrière nous. Il se peut aussi que cette logique délétère, mélange de peurs, de renoncements, d'inconséquences, réapparaisse à la moindre anicroche.

Pour une union de la gauche...Pour qui se soucie des politiques mises en œuvre par la droite et la gauche, depuis 1993 et même avant, et pour qui considère que la gauche, si elle fait partie du problème, pourrait et devrait apporter des solutions, cette situation, quoiqu'on en dise, est très dangereuse, grosse de nouvelles catastrophes à venir, qui pourraient culminer avec un nouveau 21 avril. Un 21 avril à l'envers ne serait pas davantage une bonne nouvelle, parce qu'à force d'avoir le FN au second tour, pour peu qu'on continue à dégoûter les électeurs, on pourrait bien aboutir à une union de la droite et de l'extrême droite,à un gouvernement brun-bleu, ou à unE présidentE de la république FN : cf. la stratégie de droitisation supplémentaire des discours sécuritaires et de stigmatisation des français selon leur origine ; on renforce aujourd'hui le FN et la (l'extrême-)droite de l'UMP, on pourra demain, quand Sarkozy sera hors-jeu, ou encore quand il sera encore plus "populiste", comme on dit, trouver que Marine est décidément plus présentable que Jean-Marie. Songeons à l'Italie, au rôle qu'y joue la ligue du Nord, à l'échec de la coalition de Centre Gauche qui s'était constituée autour de Romano Prodi. De la même façon, avec ses reniements, ses divisions, ses combats des chefs, le PS fait tout particulièrement parti(e), à la fois du problème et de ses solutions.

Pour qui a un peu de mémoire historique, ou de conscience politique, les événements actuels ont certaines affinités avec ce qui s'est passé dans les années 1930, avec peut-être moins de craintes de voir reculer la démocratie en Europe, mais peut-être pas moins en Afrique et en Asie, une crise économique, dont on peine à voir le bout (se souvient-on avec quel délai la crise des années 30 s'est manifestée en France ?), des gouvernements incapables d'apporter des réponses collectives à des problèmes urgents, des leaders progressistes qui "brûlent" leur crédit et s'avèrent incapables d'apporter des réponses aux problèmes de leur population, des professionnels de la politique qui apparaissent, dans les représentations que peuvent s'en faire leurs électeurs, de plus en plus coupés des préoccupations quotidiennes de la population, mais obsédés par leur maintien au pouvoir, par la lutte avec le camp adverse, par leurs accointances avec leur clientèle politique, en particulier fortunée. Comparaison n'est pas raison : il y a de nombreuses spécificités à la situation actuelle, mais si on devait retenir quelque chose pour aujourd'hui, de l'enchaînement des événements qui ont conduit de la première guerre mondiale à la seconde, en passant par la grande crise, ce devrait d'abord être, à mon sens, l'idée que les systèmes de protections et de droits qui régulent aujourd'hui nos vies ne sont pas à l'abri de remises en causes, qui pourraient devenir de plus en plus fondamentales.

Faudra-t-il une nouvelle guerre mondiale, ou un cataclysme d'un nouveau genre, pour que l'on reconstruise des protections sociales en Europe – ou une protection sociale unifiée, si l'on se prend à rêver – que l'on cesse d'en faire une forteresse, et que l'on cesse un peu de considérer que la liberté de circulation des marchandises l'emporte sur les prérogatives des États comme sur la protection des emplois et des secteurs les plus fragiles, mais aussi pour que l'on cesse de faire comme si les prérogatives des États et les gages qu'on veut donner à des fractions de l'électorat à qui on a rien d'autre à offrir que des boucs émissaires, l'emportaient sur la liberté de circulation des personnes, voire sur le respect de droits fondamentaux et des protections fondamentales de la personne humaine (droit à une vie familiale normale, à une scolarité suivie, protection générale des mineurs, etc.) ?

Face à cet enjeu qui pourrait être historique, face à un glissement qui nous a déjà entraînés bien trop loin, il faudrait que tous ceux qui se revendiquent d'une autre hiérarchie des valeurs que celle qui a cours au sommet de l'État unissent leurs forces, et aient le courage, à leur tour, de rompre avec certains consensus politiques délétères, et de remettre à plat certaines questions éminemment politiques. Le premier lieu pour ce faire, devrait être de repenser l'équilibre des pouvoirs et des contre-pouvoirs en France, d'une part, et la contribution des citoyens et des entreprises aux efforts qui sont de l'ordre du bien public, à commencer par tout ce qui nécessite des investissements publics au delà de ce que les intérêts privés seront jamais prêts à financer (ou à financer sans en demander des « retours » excessifs).

 

Aujourd'hui l'écœurement vis à vis du PS, de nombreux militants ou sympathisants qui manifestent, peuvent laisser croire à un scénario à la façon de mai 1968 débouchant sur des nouveaux « accords de Grenelle ». Malheureusement, si l'idée a séduit la droite et si elle en a abusé pour mettre en scène des concertations symboliques avec partenaires sociaux, société civile, etc. si l'enchaînement de circonstances qui ont vu le mouvement social imposer une hausse des salaires, une reconnaissance de l'action syndicale, etc. peuvent séduire tous ceux qui désespèrent de la révolution, des élections ou des socialistes à la mode du PS français pour imposer une autre politique, il est à craindre que nous ne soyons guère en mesure d'obtenir un scénario similaire. Sarkozy n'est pas de Gaulle, Fillon n'est pas Pompidou, les mouvements d'aujourd'hui comme de 1995, où Chirac avait tenté de nous refaire le coup du raz-de-marée de droite après la victoire du mouvement social (où l'on a vu ce que ça avait donné), ne se sont pas (ou pas encore) structurés sur autre chose que le rejet d'un projet de loi, ce qui les condamne à n'avoir d'autre suite qu'une victoire ou une défaite sur la scène politique (même si ils marquent leurs protagonistes de façon plus durable), ce qui ne suffira pas à faire sens, encore moins à accoucher d'autres transformations, pourtant tout aussi urgentes que le rejet du projet sur les retraites.

...avec un programme et des principes communsPour dépasser les incantations et les déchirements actuels de la gauche, de toute la gauche (où chacun se pose tour à tour en recours en ridiculisant impitoyablement ses concurrents, ce qui fait qu'à la fin, nul n'est légitime pour s'imposer), il faudrait tirer les conditions de ce qu'ont été les 35h et leur utilisation par le MEDEF puis par la droite, transformées en réforme archaïque et « étatiste » alors qu'elle était tout aussi voire plus conforme à des aspirations et des tendances nouvelles que l'idée de tenir compte de l'allongement de la durée de vie... d'une fraction de la population. Les 35h ont eu deux phases et peut-être trois, la première négociée dans certains secteurs du privé par branches ou entreprises, déjà assortie, souvent, de nombreuses contreparties (modération salariale, allègement de charges sociales, flexibilité du temps de travail, au profit des employeurs plus que des salariés, intensification du travail...). Il fallait qu'elles « rapportent » plus qu'elles ne coûtaient aux entreprises : déjà, il n'était pas question de supposer qu'un peu de « mieux » dans la qualité de vie des personnes hors-travail, dans le temps consacré aux enfants, par exemple, pourrait profiter au plus grand nombre, notamment s'agissant de toutes les activités productives... mais non rémunérées (et aussi au sein des entreprises, si la réforme avait pu ici ou là desserrer un peu la contrainte professionnelle). Les 35h dans la fonction publique en ont été la caricature, puisqu'il s'agissait de ne surtout pas embaucher pour compenser la réduction du temps de travail. Intensification du travail encore, qui a préparé la situation actuelle des hôpitaux, engendrant des situations de pénurie de personnel, mais surtout, donnant encore plus de force aux politiques de « management » issues du privé au sein du secteur public, puisqu'il fallait gérer cette pénurie. Enfin, généralisées par une loi dite « Aubry2 » bien différente de la première, les 35h ont pu dès lors servir de cible commode à une droite et un MEDEF déchaînés, sur l'air de la Réforme uniforme venue d'en haut, qui allait désorganiser l'économie.

 

C'est peu dire que Jospin, le PS, n'ont pas su « vendre » leur bilan aux français, sans doute passés à d'autres préoccupations entre temps, et pour certains d'entre eux, partageant déjà cette humeur violemment hostile aux socialiste (qui réconcilie la droite et certaines fractions de la gauche du PS, même si c'est pour des raisons bien différentes). Mais ils ont aussi souffert de n'avoir pas su travailler avec les syndicats (il faudrait retrouver ce que proposaient alors ces derniers ?), avec d'autres mouvements militants, avec toutes les mobilisations et les réflexions de la « société civile » et des « corps intermédiaires » qui auraient pu irriguer leur action, et lui donner une pertinence. À côté d'autres choses qu'on peut dire du PS, il y a peut-être à cela une raison toute bête : l'imbécillité du calendrier et du fonctionnement institutionnel, qui aujourd'hui, dans les mentalités et dans les têtes, fait des élections législatives une sorte d'enregistrement ou de chambre d'écho de l'élection présidentielle, et des parlements une chambre d'enregistrement des réformes et des décisions prises en dernier recours à l'Élysée. Bien sûr, Nicolas Sarkozy a poussé cette logique à l'extrême, mais on ne peut qu'être frappé de la façon dont Jospin a dû soudain, de premier ministre qu'il était, chef d'un gouvernement, d'une majorité, soutenu par un parti alors majoritaire, devenir une sorte de tribun porteur d'un projet tout neuf qui devait en quelque sorte s'abstraire de son propre bilan à la tête d'une aventure collective (à commencer par celle du socialisme, justement). On a vu la même impasse encore dans les reproches adressés en 2007 à Ségolène Royal, qui avait justement le mérite de ne pas systématiquement proposer de solutions toutes faites à tous les problèmes et de prôner comme préalable une consultation et un débat démocratique, où cela a été vu comme une faiblesse ou une inconsistance, là où le candidat Sarkozy arrivait avec ses slogans tout prêts et ses accents volontaristes. Il reviendra mais son opposant principal ne devrait-il pas, d'abord, lui opposer le respect de la démocratie, des droits humains, de l'équilibre des pouvoirs, avant même toute autre considération sur les "réformes" commises pendant ce quinquennat calamiteux.

 

Bien sûr, un candidat à l'élection présidentielle doit être capable de proposer des solutions (comme tout candidat à des fonctions politiques, quelle qu'elles soient d'ailleurs, devrait avoir quelque chose à dire sur les problèmes du pays). Mais, postulant à jouer un rôle qui inclut la sauvegarde de la constitution et de ses principes, il devrait peut-être d'abord s'engager sur le respect des autres pouvoirs, qui devraient pouvoir limiter au sien, voire s'y opposer mais surtout contribuer à construire des réponses réellement collectives (et pas seulement majoritaires) aux problèmes du temps. La gauche n'a-t-elle pas été victime d'une conception étriquée de la démocratie qu'elle partageait avec la droite ? Un candidat défendu par la gauche ne devrait-il pas en premier lieu s'engager sur le respect du parlement ? Sur celui des mobilisations de la société civile, qu'on s'emploie aujourd'hui systématiquement à dénigrer et

À la limite, un tel candidat pourrait venir du PS. Ce qui compterait, ce serait qu'il ait été élu par un corps plus large que celui des sympathisants ou militants du PS. Autrement dit, il faut organiser des primaires de la gauche et du centre-gauche. Impossible ? Ce n'est certainement pas facile. Nous vivons une époque timorée, où l'opposition ne se fait pas sur des principes communs, mais contre la politique d'un homme. Si puissant que soit cet homme, c'est cet émiettement, cette méfiance revendiquée, qui sont intolérables et qui le renforcent bien plus que le reste. C'est pourquoi nous aurions tant besoin d'audace aujourd'hui. C'est parce qu'il manque d'audace que le PS n'a pas vraiment su remettre en cause tout l'édifice odieux que nous avons vu monter depuis les lois Pasqua, qui ont conduit à la définition de « non-citoyens » n'ayant pas accès aux droits les plus élémentaires dans ce pays, sous le seul prétexte que l'État français ne les avait pas autorisés expressément à rester sur "son" territoire (territoire qui devrait être traité comme le bien commun de ceux qui y vivent, pas comme un confetti cadenassé par un pouvoir "sécuritaire", autoritaire et tracassier), ou mettait fin à cette autorisation pour le moindre prétexte, en accroissant toujours plus l'emprise d'autorités administratives sommées de faire du chiffre sur le sort de ces personnes et de leurs enfants. Aujourd'hui, ce qui reste à l'honneur de la gauche, c'est l'action des associations qui leur viennent en aide (pour autant qu'elles se sentent "de gauche" plutôt que simplement au service des droits humains,pour autant que des valeurs de gauche aient encore un sens autre que réactif aujourd'hui), au moins pour faire valoir, simplement, leurs droits face aux préfectures, mais aussi pour montrer que de simples citoyens se soucient du sort des sans-papiers et de leurs enfants.

 

Aujourd'hui, peut-être que des militants sincères du PS et des autres partis de gauche pourraient soutenir des primaires à gauche pour pouvoir donner une chance à une révision constitutionnelle permettant de garantir l'équilibre des pouvoirs, une réforme fiscale pour rétablir la justice, une réforme des minima sociaux, une réforme de la protection des personnes pour défendre les droits humains élémentaires sur le sol français et cesser de fabriquer des « sans papiers » dans ce pays, traités comme des « sans droits », un véritable engagement en faveur de la solidarité internationale, notamment avec les pays d'Afrique. Il est temps de reconnaître qu'un tel ensemble de réformes, d'une telle ambition, ne saurait se définir à partir des décisions d'un seul candidat ou même d'un seul parti, si compétents soient-ils. Quant aux principes, ce pourrait être, en s'inspirant du programme du Conseil National de la Résistance, des Déclarations des droits humains : pluralisme, laïcité, justice sociale, fraternité, égalité (quel que soit le sexe, l'origine, le statut socio-économique, les opinions religieuses, politiques...), libertés des personnes (non réduites à la liberté de s'enrichir, d'entreprendre, ou au libre passage des marchandises d'un pays à l'autre) : ne laissons pas l'idée libérale à un pouvoir autoritaire (ou à des partisans d'un pouvoir sans frein des capitalistes), c'est une imposture qu'il ne faut plus supporter !

 

 

 

 

Tous les commentaires

 

En PS...
 

 

En PS (Post-Scriptum bien sûr), une réaction à l'article de Laurent Mauduit et aux commentaires qui m'ont finalement convaincu de poster tout ceci (bien qu'ayant beaucoup apprécié l'article, mais pour trouver une autre solution aux nombreux problèmes de la gauche que de faire une croix sur les socialistes, en bloc...)

 

http://www.mediapart.fr/journal/france/231010/retraites-l-insoutenable-legerete-des-socialistes

 

 


Même si les socialistes ont usé et abusé de l'ambiguïté, des retours en arrière, même si ils sont peut-être en train de rater le rendez-vous (qu'ils auraient pu avoir) avec le mouvement social, même si c'est la même formation politique (et scolaire) qui y domine qu'à l'UMP, même si de trop nombreux dirigeants y sont plus proches de leurs amis du MEDEF que de leurs administrés vivant dans les quartiers, ce n'est pas en marginalisant le PS qu'on arrivera à battre Sarkozy dans les urnes, mais aussi dans la rue et dans les têtes.

En 2002, déjà, un Jospin qui voulait se faire élire en chassant sur les terres du centre-droit (voire plus à droite...), en reconnaissant un peu naïvement un échec (ou une insuffisance d'action) sur le terrain de "l'insécurité" (thème promis à un grand avenir politique), était devancé au premier tour, mais pas par un autre candidat qui aurait été plus à gauche : par celui de l'extrême droite. Ces derniers n'ont fait que l'affaiblir, aucun n'a pu percer. Le problème, c'est qu'un tel "aveu" était soit malvenu, soit insuffisant : il aurait fallu réinterroger le délaissement des quartiers et des classes populaires par le PS depuis trop longtemps, parler déjà d'insécurité sociale et non se contenter d'autonomiser les atteintes aux biens et aux personnes, uniquement par des personnes, qu'on se représentait bien, dans ces discours, issues des classes populaires ou de l'immigration plus ou moins récente, se demander si l'insécurité socio-économique et la violence qui allait être faite aux personnes par les politiques sécuritaires actuelles en fonction du quartier, de la nationalité, du faciès, et maintenant, de l'origine, ne constituaient pas une violence tout aussi destructrice. Donner des moyens à la police pour mieux protéger les habitants des quartiers partout en France... pourquoi pas, qui peut être contre ? Mais réduire le mal-être et la peur, le sentiment d'insécurité uniquement à un défaut dans le soutien politique à l'action policière ou à ses moyens d'actions, cela a ouvert un boulevard au "consensus" construit par Sarkozy autour de sa candidature, en particulier en tant que ministre de l'intérieur.

Ce même Sarkozy, devenu président de la République, mis en difficulté par la situation économique, les dysfonctionnements et les iniquités induites par ses (contre-)"réformes" conduites à marche forcée, a tenté de "cliver" en revenant à ses "fondamentaux" : stigmatisation désormais ouvertement xénophobe des roms en particulier et des immigrés en général. Il est vrai qu'il use et abuse des ambiguïtés des socialistes, mais lui-même commet une maladresse en renforçant dans une fraction de l'opinion le sentiment que les problèmes économiques et les problèmes d'insécurité viennent des immigrants ou de leurs enfants. Ces sentiments risquent de renforcer le vote pour le FN plus que pour son propre camp, mais aussi de repousser vers le centre-gauche ou le centre-droit une fraction au départ plus "fidèle" de son électorat.

Le problème, c'est que même si les "tactiques" ambigües (et parfois contradictoires) du PS pour séduire des électeurs qui ne se positionnent pas (ou pas systématiquement) à gauche, tout en conservant l'appui de tout l'électorat situé à gauche du PS, au moins aux seconds tours, ne peuvent qu'engendrer beaucoup d'agacement et de désillusions, on peut douter que l'unité se fasse pour autant à la gauche du PS, qui n'est pas moins divisée que le PS lui-même (et que dire des Verts ou d'Europe Écologie, eux-mêmes "étirés" sur un large spectre pour ce qui est des positions sur la question sociale ?). On peut même douter que cette fraction de la gauche, souvent qualifiée d'"extrême", si en phase avec le mouvement social, soit assez forte pour l'emporter, que ce soit dans la rue, maintenant, ou dans les urnes, demain. Une partie de mon doute tient au très grand succès de cette étiquette "extrême" : qualifier ses opposants ou ses concurrents politiques d'"extrême" est toujours un coup de force
rhétorique : celui qui énonce où se trouve l'"extrémisme" se place par là lui-même du côté de la modération, de l'équilibre, du "juste milieu" à droite ou à gauche ; en stigmatisant l'"extrême-gauche" ou le "populisme", notre droite dure et notre PS mou se mettent dans le camp des "forces de proposition", "responsables", et rallient à eux tous ceux qu'effraient les actions actuelles, des revendications trop radicales, les affrontements imputés sans discernement aux seuls manifestants (en particulier "jeunes").

Qu'il soit permis de rêver à autre chose qu'à une marginalisation du PS (mais au profit de quoi, ou de qui ?), mais d'un nouveau programme commun, un nouveau "Conseil National de la Résistance" (résistance au caporalisme, à la mise sous tutelle de la Justice, au laminage des services publics et de la protection sociale, mais aussi à la stigmatisation, à la xénophobie, à un libéralisme qui ne connaît d'autre liberté de circulation que celle des marchandises ou des citoyens "européens" ou riches, d'autre liberté que celle "d'entreprendre" - et encore, il faudrait y regarder de plus près sur ce qui se passe du côté des PME et des "auto-entrepreneurs"). Puisque le PS "n'est pas prêt" à fonder un tel mouvement d'union qui pourrait aller du centre à tout ce qui existe à la gauche du PS, rien d'obligatoire à ce que ce nouveau "Front Populaire" soit impulsé par le PS. Que cela vienne du PC, des "anticapitalistes", du "PG", et pourquoi pas d'"Europe-Écologie"ou même du Modem, un tel mouvement est nécessaire aujourd'hui pour tous ceux qui sont prêts à s'opposer à la liquidation sans débat de la Protection Sociale, tous ceux qui ont des idées pour faire face à tout ce qui la fragilise aujourd'hui, à commencer par le partage de ce qu'on appelle la "valeur ajoutée" en posant le problème à l'échelle d'une réforme fiscale qui serait aussi une réforme des minima sociaux et du financement de la protection sociale, tous ceux qui attendent qu'on remette en chantier une société et un système favorisant l'égalité des chances (ou d'un système qui en prenne au moins le chemin au lieu de lui tourner le dos), tous ceux qui pensent qu'être né ailleurs qu'en France et vouloir y vivre sans en avoir obtenu l'autorisation n'est pas un crime ou un délit et qu'il y a d'autre façon de combattre la transformation de l'Europe et des pays riches en forteresses de riches qui méprisent et maltraitent leurs pauvres, de combattre le maintien de tant de pays d'Afrique et d'Asie à un niveau de dépendance voire de misère tels qu'il reste possible d'en drainer sans frein tout ce qu'il s'y trouve de ressources naturelles et de "ressources" humaines pour le plus grand profit d'une classe dominante internationalisée.

Pourquoi ne pas poser effectivement toutes ces questions en terme de responsabilité, de responsabilité historique ? Mais alors, si cette responsabilité est celle du PS, elle n'est pas que celle du seul PS, ni même de la seule gauche, mais de tous ceux qui ne croient pas ou plus à toutes les potions qu'on veut nous faire avaler.

 

Une pétition pour des primaires à gauche :

http://www.mediapart.fr/club/blog/terra-nova/260809/petition-citoyenne-pour-une-primaire-populaire-gauche

Lien direct :

http://www.primaire2012.fr/

Une réflexion plus programmatique (États généraux, Front Populaire) :

http://www.mediapart.fr/club/edition/article/270809/primaires-gauche-lever-les-ambiguites

http://www.gauche2012.org/

et un appel un peu daté maintenant (surtout du point de vue du calendrier... hélas) mais peut-être pas dénué d'actualité :

http://www.gauche2012.org/index.php?option=com_content&view=article&id=1&Itemid=9

 

PS ou UMP ou autre... le problème ne date pas d'hier, il est dans la structure de l'Etat et dans sa compréhension par la population formatée par l'Education nationale.

Une réflexion sur ces archaïsmes ? Voici la traduction d'un éditorial:

L'Europe sur la voie britannique ou française? - L'expérience anglaise

 

A discuter ?


 

 

Warum nicht ?

Une réflexion sur les pouvoirs locaux serait la bienvenue entre le PS et les autres mouvements de gauche, le premier ayant à gérer la décentralisation "à la française" au niveau local, tandis que les autres ont gardé des liens peut-être plus resserrés avec d'autres façons de prendre nos vies en main. Pour l'UMP, je ne me sens pas habilité à émettre des avis...

Un thème à discuter dans le cadre d'une plate-forme ou d'états généraux de la gauche ?

Reste que j'ai quelques doutes sur la concomittance entre l'acceptation des mesures d'austérité en Grande-Bretagne et ces changements de compétence (dues avant tout, à mon avis, à des histoires politiques bien différentes), et des doutes encore plus grands sur l'idée que de tels aménagements de l' "axe politique" soient une solution à la fragilisation actuelle du système de protection sociale et des services publics en France et ailleurs.

Sur la protection sociale, entre autres choses, deux arguments : l'un historique et l'autre fiscal, politique et économique : 1) historiquement, la "protection rapprochée" (Castel) est ce qui a précédé des systèmes de protection sociale à plus grande échelle, y compris une phase de développement de systèmes de secours mis en place par les municipalités, qui n'ont d'ailleurs pas disparu en France, après l'avènement de la Sécurité Sociale. 2) Cet avènement a longtemps été empêché par une opposition farouche sur la question du financement. Or, à mon avis, la sécurité sociale en France tire en partie sa légitimité de son fonctionnement assis sur des cotisations, qui permet de contourner les critiques adressées à un financement par l'impôt : les charges sociales sont des cotisations sociales, et le fait de bénéficier d'une couverture sociale est assis sur des droits indexés sur le salariat (à nuancer, beaucoup, mais bon...). Le débat actuel sur la protection sociale suppose de réfléchir aujourd'hui sur le financement de l'état auquel a été intégré celui de la sécurité sociale, après la création d'une "contribution sociale" qui n'était plus financée par le seul salariat. Ceci renvoie donc à la question d'une réforme fiscale.

Quant aux services publics, à l'évidence, le débat porte bel et bien, là encore, sur la possibilité de financer l'éducation, les infrastructures de santé publique, les transports publics, etc. d'une façon plus égalitaire et généreuse qu'un système régi par la recherche du profit pour les éventuels "investisseurs". Un des points de tension est qu'aujourd'hui, l'État français tend à financer le fonctionnement des services publics et de son système de protection sociale par l'emprunt, tout en devant rembourser des intérêts très élevés, du fait du maintien de cette politique sur une période importante (qu'on songe aux effets de la dette sur les politiques publiques dans les pays dits "en développement"). Le refus ou l'incapacité à financer ces dépenses et ces investissements publics par l'impôt est le débat qu'il faut mener à gauche, y compris à d'autres échelles que nationale, certes, mais pensez-vous que l'on puisse se permettre d'abandonner une référence nationale, ou (pourquoi pas, rêvons un peu) européenne, permettant de réaliser une certaine péréquation entre des territoires "riches", pouvant se permettre des politiques généreuses (sur le plan de la protection sociale) ou ambitieuses (sur celui des investissements publics dans l'éducation, les transports, etc.), et des territoires beaucoup moins bien dotés. On serait là au coeur du débat sur les effets de la décentralisation en France (pensons au RMI et au RSA), qui pose la question du mode de financement des collectivités locales, particulièrement inégalitaire s'agissant des taxes que peuvent lever ces collectivités de manière autonome, particulièrement problématique quand il s'agit du reversement par l'État de dotations finançant les transferts de compétences... Peut-être direz-vous que la décentralisation en France est justement une décentralisation en trompe-l'oeil, mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il faudrait d'abord songer à renforcer ou refonder une protection sociale et un financement de celle-ci à la plus large échelle possible, avant de demander aux solidarités locales de pallier à la défaillance programmée des solidarités nationales.

Et quoiqu'on pense de la hiérarchie des priorités, je voulais surtout insister sur l'urgence d'une solidarité entre tous les mouvements qui souhaitent une alternative à l'entreprise de démolition actuelle, en particulier du côté des institutions et de l'équilibre des pouvoirs.

Amicalement, et merci pour votre réaction,

;)

ro

"Peut-être direz-vous que la décentralisation en France est justement une décentralisation en trompe-l'oeil,

C'est exact. Il n'y a jamais eu vraiment de "pouvoir local" avec les structures démocratiques et les budgets allant avec. Il y a des "dotations" de l'Etat, ce qui est la preuve que les Régions ne sont pas prises comme des entités ayant une responsabilité réelle.

Il y a des "barons", des "fiefs" locaux, beaucoup d'électoralisme, d'infantilisation de la population, mais pas de réelle démocratie de proximité avec la responsabilisation et la participation qui vont avec.

"mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il faudrait d'abord songer à renforcer ou refonder une protection sociale et un financement de celle-ci à la plus large échelle possible, avant de demander aux solidarités locales de pallier à la défaillance programmée des solidarités nationales."

C'est un bon angle de réflexion. Je pense qu'il conviendrait de penser à une nouvelle structure de proximité démocratique, indépendante de l'Etat au niveau financier, puis y adjoindre les impôts et ressources permettant de les financer. L'Etat central n'assurant plus que le cadre et les activités "régaliennes" comme la défense par exemple.

Et il y a aujourd'hui, dans toutes les régions frontalières, une proximité commune, au-delà des frontières des Etats, où les citoyens travaillent ensemble pour améliorer leur situation, en coopérant par-delà les frontières. Car ils ont une culture proche. Il y a plus de similitude entre les gens de Perpignan et les Catalans qu'entre les Perpignanais et les Lorrains...

 

La vraie "solidarité" ne peut se faire qu'au niveau de la proximité, car elle est bien mieux acceptée par les citoyens, un système d'équilibre permettant aux régions plus "pauvres" de recevoir un soutien de la part des régions les plus "riches" en attendant que leur niveau s'égalise. Une sorte de "pot commun" où chaque région verse son "obole" pour les temps difficiles et les régions en difficultés.

 

Depuis des siècles, tout a été fait pour Paris et sa région, au détriment de tous les autres territoires.Ce qui entraîne des problèmes sociologiques graves, comme France Culture en parlait ces derniers jours en essayant d'analyser la "fracture sociale".

La fracture sociale en France - France Culture

 

 

"Et quoiqu'on pense de la hiérarchie des priorités, je voulais surtout insister sur l'urgence d'une solidarité entre tous les mouvements qui souhaitent une alternative à l'entreprise de démolition actuelle, en particulier du côté des institutions et de l'équilibre des pouvoirs. "

Absolument d'accord avec vous.

Il faut cependant un accord sur la priorité des priorités: L'EDUCATION, sa structure, ses objectifs, ses financements, sa place dans le monde d'aujourd'hui, etc...

Sans oublier un profond réexamen de l'Histoire, telle qu'elle est enseignée par l'Ecole.

Car on ne peut avancer dans le monde sans regarder son Histoire en toute objectivité. Il y a assez de scientifiques historiens pour y contribuer.

Sur ces deux sujets importants, j'ai consacré pas mal d'articles sur mon blog.

Bonne lecture :-) et enchantée de vous avoir découvert.

Enchanté aussi !

Je vous (re-)lirai avec plaisir, en particulier pour vos synthèses très documentées sur le thème de l'éducation, donc.

J'en profite pour rebondir sur cette question, en remarquant que la création d'un "Front Populaire" aurait peut-être besoin de fédérer des initiatives d'éducation populaire (comme a d'ailleurs pu en proposer le mouvement ATTAC, non sans lien avec certaines transformations de la gauche, en cours) pour promouvoir des points de vue que n'entend pas toujours la classe politique professionnelle, trop souvent formée dans les mêmes écoles ou les mêmes matrices disciplinaires (en particulier sur les questions d'économie politique, ou de "science économique), mais peut-être surtout insuffisamment formée, dans la pratique, à écouter certains points de vue, en fonction de leur spécialisation, de leurs convictions, alliances ou intérêts politiques.

En phase également avec ce que vous dites de l'importance des apprentissages dans la petite enfance, même si je me refuse à totalement désespérer de l'école, des enseignants et des élèves qui, parfois, se révèlent tard, malgré tous ces manques du système éducatif français pris dans sa globalité - ce que la politique actuelle ne manque pas d'aggraver - ...

Ceci dit, et même si je souscris des deux mains à l'importance primordiale de l'éducation, il devrait à mon sens, n'y avoir aucun préalable à une coalition de gauche aujourd'hui, autre que des principes généraux, ceux qui ont été foulés aux pieds dans la période actuelle. Un de ces principes pourrait être la reconnaissance de la nécessité d'une prise en charge collective des enfants et de leur éducation, soutenant l'action éducative et de prise en charges des deux parents et des membres de la parenté (grands-parents, etc.), notamment soutenant la continuité de ces prises en charge et des efforts soutenus par la collectivité en ce sens.

Amicalement,

Vous parlez d'une gauche comme s'il allait de soi qu'elle soit unique, d'un bloc.

Pour le moins, il y a deux gauches.

Celle, comme vous le présentez admirablement bien, qui fait pendant à l'UMP et qui situe son action dans "l'économie de marché" (en fait, le capitalisme globalisé dans sa phase néo-libérale).

En témoignent, les années Jospin où tout un gouvernement PS - PC - Verts - Mélenchon réunis, a signé deux des plus importants traités européens organisant privatisations, reculs sociaux y compris celui sur les retraites (La stratégie de Lisbonne en 2000 dicte un recul de 5 ans de l'âge légal du départ en retraite en 2020 et Barcelone - mars 2002 - organise dérégulations et déréglementations).

L'autre gauche, elle-même divisée et, certes, peu crédible, tend à renouveler, avec bien des difficultés, ce que pourrait être un "socialisme du XXIème siècle", un éco-socialisme pour le NPA, une société solidaire antilibérale pour le couple PC - PG.

Ne pas marquer cette "scission" idéologique de fait - qui coure depuis le 19ème siècle mais prend une autre dimension du fait de l'abandon par le PS de toute idée de transformation sociale -en englobant toutes les gauches dans le terme de gauche ne peut qu'aviver les incompréhensions tant le social-libéralisme rend impensable un "Front Populaire" voire même un esprit de résistance...

Cher Velveth,

il y a peut-être, comme vous le dites, deux gauches, l'une un peu fausse, quand même (si je ne déforme pas trop vos propos), et qui semble être dans votre colimateur, l'autre, un peu plus authentique, qui préfigure à votre avis la seule possibilité de transformation sociale au XXIe siècle. Soit. Peut-être y en a-t-il plus encore. Mon propos, quel que soit le "nombre" de gauches irréconciliables qui existent, est qu'aucune n'a la légitimité pour l'emporter à elle seule dans un grand mouvement politique ou social, aucune n'a suffisamment de force et n'est suffisamment structurée pour parvenir à contrer les rapports de force tels qu'ils existent dans la société française actuelle. Enfin, est-ce si nouveau que les gauches se déchirent, se disputent le leadership, qu'on s'y accuse ad nauseam de trahisons anciennes et moins anciennes ? La social-démocratie européenne est-elle l'héritière de Jaurès, assassiné, ou de ceux qui ont assassiné Rosa Luxembourg ?

Même si vous faites le pari que le PS est maintenant compromis irrémédiablement, et qu'il vaut mieux placer ses espoirs de transformation sociale dans les autres formations politiques qui existent à sa gauche, mon analyse est qu'il vaut mieux aujourd'hui tenter de s'allier à ceux qui font un autre pari en essayant de faire évoluer le PS de l'intérieur, y compris en remettant en cause certains choix des années Jospin (une précision : je ne fais pas partie du PS). Il n'est pas écrit dans le marbre qu'une telle démarche soit vouée à avoir les mêmes conséquences sur les mouvements qui se situent aujourd'hui à la gauche du PS, qu'elle ne l'a eu sur le PCF entre les années du programme commun et la période actuelle. Peut-être même serait-ce la meilleure manière de rendre plus crédible "l'autre gauche".

De plus, évoluer vers une telle alliance permettrait, peut-être, de réellement mettre sur la table les débats qui n'ont pas été tenus sur l'économie de marché et sur le capitalisme de notre époque, sur les projets de société que peuvent porter différents mouvements sociaux, différentes composantes de la gauche.

Vous avez le mérite de savoir vous situer entre deux alternatives, que vous supposez à votre tour, cohérentes. Pour ma part, je peine à m'identifier à l'une comme à l'autre, pour peu, encore une fois, que l'une ou l'autre ait réellement une clé unique de lecture du monde, ou de transformation sociale. J'ai tendance à penser, au contraire, que chacun des mouvements composant actuellement "la" ou "les" gauche(s), capte un certain nombre de vérités sur la situation de notre époque, sur ce qui y est possible et ce qui ne l'est pas. Mais qu'importe, ce que vous avancez, c'est qu'il y a eu divorce entre deux gauches, qui se définissent du coup l'une contre l'autre. Dans ce divorce, il y a deux camps, qui sont en train de se reconfigurer (où mettrez-vous les Verts, au passage ?) ; pour ma part, je me sens plutôt orphelin, comme les gamins qui ont du mal à accepter que leurs "parents" se séparent. Sauf que je ne suis plus tout à fait un gamin, et que la ou les gauche(s) ne sont pas toutes seules : il y a le FN et l'UMP pour ramasser les morceaux, quelle que soient par ailleurs les duplicités des uns et des autres au sein de la (ou des gauches).

Pour moi, la partie la plus convaincante de votre réaction porte sur le bilan des années Jospin, et sur la question de l'Europe et de l'acceptation de l'ordre "néo-libéral". Cela nous rappelle un moment-clé du déchirement de la gauche, qu'a été le débat sur le traité constitutionnel européen. Je crois que nous n'en sommes pas sortis, et que toutes les conclusions n'ont pas été tirées de cet événement. Pour clarifier les choses : j'ai voté oui, parce que je pensais que ce n'était pas ce traité qui à lui seul avait coulé dans le marbre ces principes de libre concurrence, ni, surtout, qui les avait placés au dessus d'autres principes, auxquels on aurait dû donner davantage d'importance. Quelles que soient les clés de la victoire du "non", cependant, je crois aussi comme beaucoup qu'il était inacceptable de trahir le vote au référendum en adoptant quasiment le même texte par la voie parlementaire.

Enfin, vous parlez de "social-libéralisme" et d' "anti-libéralisme" : je crois que dans un cas, vous avez plutôt en tête (ou dans le colimateur, encore une fois) des socialistes plus ou moins compromis avec les intérêts économiques et politiques et les idées économiques et politiques de la classe dominante en France. De l'autre, vous avez sans doute à l'esprit une volonté de remettre en cause certains dogmes relatifs au "libre jeu des forces du marché" tel qu'il est promu par la construction européenne telle qu'elle s'est faite quasiment depuis le début, volonté qui s'est manifesté à travers la transformation de plusieurs mouvements politiques récents.

J'ai été obligé au cours de mon parcours de réfléchir maintes fois sur ces questions, et je suis maintenant convaincu que cette "labellisation" de la pensée politique sur l'économie comme "libérale" repose sur une imposture : celle qu'il y a à réduire "la liberté", telle qu'elle serait promue par "le" libéralisme, à la liberté d'entreprendre, ou de faire circuler "librement" des marchandises ou des capitaux. Cette liberté-là, dans notre monde actuel, n'a rien à envier à la "loi du plus fort" de la fable de La Fontaine.

Cette interprétation du libéralisme, presque unanimement acceptée dans toutes les familles politiques, a ceci d'insupportable qu'elle coupe toute une partie de la gauche d'un objectif qui lui est pourtant historiquement, consubstantiel, je pense : celui de libérer les personnes de toute une chaîne de servitudes, que nous impose avec toujours plus de forces le système capitaliste actuel, et contre lesquelles les protections sociales, entre autres choses, tendaient à jouer un rôle de garde-fou, maintenant de plus en plus remis en cause. Elle accrédite l'idée, très répandue outre-atlantique, que le socialisme aurait comme projet de limiter les libertés, toutes les libertés. Elle laisse croire que le seul projet politique "libérateur" est celui de la droite favorable au libre-échange et au "libre" jeu des rapports de force fondés sur le pouvoir économique. Elle permet à des gouvernements conservateurs de s'en prendre impunément aux libertés fondamentales, à traiter des personnes humaines ou des groupes humains entiers comme des indésirables, à remettre au pas des secteurs entiers de la société, soit par le biais d'un contrôle effectué par des agents privés aux services de certains intérêts, soit par un contrôle d'État, tout en continuant à se présenter comme des "défenseurs des libertés", puisque l'essentiel est sauf, n'est-ce pas, à savoir la "liberté" d'exploiter, d'utiliser, de privatiser ? Que reste-t-il alors à la gauche, qu'elle soit gouvernementale ou "alternative" ?

La Résistance ?

Et si nous nous donnions les moyens de passer de la "Résistance" à la "Libération" ?

Une dernière chose : le PS n'est rien sans les électeurs qui sont convaincus qu'il est le seul à proposer un équilibre entre le système actuel, tel qu'il "fonctionne", et les aspirations à un peu moins d'inégalités, un peu moins d'injustice, un peu plus de fraternité. Plus exactement, si ils ne le pensent pas, ils pensent que les autres électeurs font ce calcul, et qu'il l'emportera dans les urnes. Ces électeurs ne sont pas tous, en soi, "socialistes" : ils sont seulement convaincus, à un instant t, qu'il vaut mieux voter pour le candidat PS que pour un autre, et qu'il vaut mieux voter que s'abstenir : ce n'est pas rien. C'est en partie pour cela que le PS est plus fort, à mon avis, lorsqu'il parvient à s'accorder à d'autres mouvements de gauche. C'est en partie un héritage de l'histoire. Il n'est pas écrit que cela durera encore longtemps. Mais je m'interroge : quel est le grand mouvement populaire qui va remplacer le PS ? Sur quelle base ? Le rejet des trahisons ? Un projet de société qui romprait avec le "libéralisme", donc ? Ou un leader charismatique qui va s'imposer sur tous les autres, par la clarté et la pertinence de ses analyses ? On peut y croire, ou l'espérer, mais pour ma part, je me prends à rêver que pour une fois, la réponse soit collective, et dépasse le temps des déchirements, si légitimes aient-ils été ?

Il n'y a pas de mouvement ni coalition de partis, aujourd'hui, susceptibles de concurrencer avec crédibilité l'axe PS - EE.

Je vous l'accorde bien volontiers.

Le mot trahison ne fait pas partie de mon vocabulaire politique.

L'appel à un "tribun" charismatique, homme ou femme, est pour moi le comble du présidentialisme que je combats vigoureusement.

J'ai dressé un constat qui aurait pu être bien plus sévère pour chacune des gauches - qui, comme vous le soulignez, se subdivisent elles-mêmes.

Pour le reste, j'y reviendrai plus avant.

Justement, cette incapacité à concurrencer "l'axe" dont vous parlez ne pourrait-elle pas être surmontée par une union de tout ceux qui, à la gauche du PS, sont prêts à dialoguer pour vaincre la droite, je veux dire : la vaincre dans les coeurs et dans les têtes, au delà de 2012, notre épouvantail à tous ? Et si pour une fois, on reconnaissait que personne ne détient la vérité ultime sur ce qui serait la "bonne" ligne pour résister, y compris sur le chapitre de l'Europe et de l'économie. Je ne suis pas si sûr qu'il y ait tant de "socio-libéraux", ou du moins, je ne suis pas sûr qu'il y en aurait tant si on mettait le doigt sur ce qui cloche dans leur engagement à gauche au delà des termes convenus, "doxiques" et toxiques, de "libéralisme", qu'ils soient "ultra", "néo", "socio", etc.

Pour "trahison" (qui renvoie à "social-traître", terme que j'ai le plus souvent entendu utiliser au second degré, de fait) ou pour vos positions sur le présidentialisme, désolé de n'avoir lu ici que votre réaction sans mieux étudier vos positions par ailleurs. Je suppose qu'au delà de votre réaction, je répondais à d'autres choses entendues ou lues à propos du PS, donc quelque peu à côté. Mes excuses.

Lu, merci pour la facilité du lien.

Je ne commente pas, si ce n'est que je reste orphelin d'une alliance des gauches qui ne se bâtirait pas sur des exclusions, et que la notion très amalgamante de "social-libéral" me gêne énormément (je crois que vous avez pu lire ma position sur l'étiquette "libéral" alors je n'y reviens pas) même si je peux en comprendre les enjeux, compte tenu d'un certain nombre de reniements. Les commentaires d'arquius à cette occasion m'ont un peu affligé : parler de "devoir des forts à l'endroit des faibles" ; ça me paraît renouveler les erreurs du passé ; j'espère que c'est du second degré (ou de la fatigue).

Je considère la droite actuelle comme très proche du FN, très nuisible et dangereuse, et très capable de faire basculer une partie de l'opinion vers des options encore pires que ce qu'on voit avec Sarkozy. Il faut la combattre avec tous ceux qui sont prêts à le faire avec des moyens démocratiques. Je crains surtout deux choses : 1) une victoire électorale de la droite, qui ramènerait à rien les combats pour défendre un peu plus de solidarité dans ce pays 2) je crains aussi une victoire "présidentielle" du PS, qui ne l'obligerait pas à remettre en cause la dérive des institutions, et qui l'amènerait à jouer le rôle de "juste milieu" entre stigmatisation de tous les mouvements qui sont à sa gauche et dénonciation molle de la politique sarkozyste, qui en laisserait peut-être subsister un certain nombre de pans délétères. Il me semble qu'en poussant à un antagonisme entre PS et mouvements de gauche hors PS-EE, on ne fait que renforcer les pires tendances de ces deux mouvements, confortés dans leur surdité au mouvement social (et surtout en rendant inaudibles ceux qui en son sein voudraient un rapprochement avec les autres composantes des gauches), dans leur incapacité à réexaminer la fiscalité, le rôle qu'ils assignent à l'État, le sens qu'ils donnent à "socialiste". Le présidentialisme, cette conviction d'être du côté de "l'équilibre" (en renvoyant les autres gauches du côté de "l'extrême") n'en sortent que renforcés aussi. Des discours qui persistent à condamner toutes les expériences de gouvernement de gauche apportent encore de l'eau au moulin. La seule façon d'ouvrir le jeu serait de pouvoir créer des ponts au delà de la ligne de fracture, ne serait-ce qu'en partant des bases, en se passant de l'accord des états-majors, dans un premier temps. Électoralement, la seule façon pour un candidat des autres gauches d'avoir une chance de s'imposer serait de l'emporter lors d'une primaire. Au premier tour des présidentielles, il sera trop tard : les électeurs auront trop peur de renouveler le 21 avril 2002. Mais pour cela, il faudrait arrêter de croire que laminer le PS soit la première étape obligée de tout changement et envisager des alliances sur certains principes et sur des compromis minimaux entre toutes ces gauches.

@ Velveth ... "Il n'y a pas de mouvement ni coalition de partis, aujourd'hui, susceptibles de concurrencer avec crédibilité l'axe PS - EE."

Le problème étant qu'on ne sait pas trop ce que va devenir EE, et qu'on sait trop ce qu'est devenu le PS. (je fais ce commentaire essentiellement pour retrouver + facilement le billet, que je reviendrai lire plus complètement demain)

J'ai comme une idée de ce que vont devenir EE et PS...

Hélas.

Rire

Arrêrez de nous assommer de vos "hélas" ! C'est pathologique, à la fin, Velveth. Si vous ne croyez plus en rien, ne vous mettez pas sans cesse en travers de la route de ceux qui veulent garder une espérance !

Ce serait intéressant si ce front se fondait réellement (lien ci-dessous), même si à titre personnel, l'affirmation selon laquelle le PS serait (plus ou moins) de droite (ou faussement de gauche) continue à me laisser rêveur : pour certains leaders, admettons, pour les militants et les sympathisants, ça me paraît un peu leste, et, pour tout dire, injuste.

http://www.frontpopulaireanticapitaliste.fr/

Question envoyée sur le site : que ferait ce front populaire une fois au pouvoir : quelles sont les mesures anticapitalistes au programme ? Ce n'est pas la propriété collective des moyens de production, sans quoi ça s'appellerait tout bêtement le communisme. Comment fait-on pour être anticapitaliste ?

Rebond suite à cet article :

http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/190311/face-marine-le-pen-limpasse-des-primaires-de-la

Quelles "primaires à gauche" ?

J'ai entendu parler de primaires du PS, peut-être à EE, mais des primaires à gauche ? Pour le reste, j'ai bien apprécié certains arguments de cet article, même si, comme d'autres, je n'ai personnellement jamais été convaincu par l'aventure personnelle de Chevènement depuis 1990-1991.

J'ai l'impression que nous allons finir par créer autant de partis qu'il y a de tribuns, chacun prétendant qu'il détient la solution vraiment de gauche aux problèmes de la gauche et du pays.

Il est sans doute vrai qu'il est trop tard pour élaborer un programme alternatif, mais où mène cette constatation ? À la résignation ? Au geste de ce commentateur qui dit qu'il va voter FN pour accélérer la recomposition politique ? Admettons qu'il trouve son compte dans certains points du programme FN, chaque vote FN (bientôt chaque vote UMP ?) renforce l'infâme idéologie de la "préférence nationale", et justifie l'ignoble, à commencer par cette volonté de faire des immigrés (ou de certains immigrés) les boucs émissaires de notre chômage, de notre "délinquance", volonté aujourd'hui bien partagée bien au delà du FN. Vouloir faire de la "realpolitik" à l'échelon individuel, en tant qu'électeur, c'est absurde. La realpolitik consistait pour Kissinger à soutenir des Pinochet en espérant qu'ils seraient plus dociles (ou moins sensibles au soutien de Moscou) que les Allende (mais peut-être surtout préférait-il vraiment Pinochet à Allende, peut-être n'a-t-il fait qu'annoncer l'énorme virage à droite des Etats-Unis). Cela supposait un certain contrôle sur ce que feraient ensuite les personnages ainsi mis au pouvoir. Le propre du vote individuel, c'est que, sauf à créer un collectif de soutien influent et écouté après l'élection, ceux qui votent ne glissent pas l'interprétation de leur vote dans l'enveloppe : ça ferait un bulletin nul. Tout comme est non avenue l'illusion selon laquelle ce que fera le candidat élu aura moins d'importance que ce que fera la gauche après "l'électrochoc" de l'élection. L'exemple de Sarkozy, qui a sans doute séduit un électorat sinon "de gauche", du moins populaire, montre où mène cette volonté de voter pour ceux qui donneront des coups de pied dans la fourmilière, ceux qui donnent l'impression de vouloir s'attaquer aux vrais problèmes des vrais gens, la main sur le coeur. On ne voit pour quelle fraction de la population ils roulent vraiment qu'une fois qu'ils sont au pouvoir. Et les dégats qu'ils font une fois élus sont autrement plus grands que ceux qu'aurait fait le PS, même vendu au grand capital. D'ailleurs, le temps où le PS privatisait plus que la droite est révolu. La droite brade au delà du soutenable, ce qui finirait presque par inquiéter même nos rentiers locaux. Nous avons vu les tentatives de reprise en main des media, les libertés publiques et les droits humains bafoués dès qu'une administration vous considère comme indésirable dans ce pays (ce qui n'est hélas pas tout à fait nouveau). Peut-on douter un seul instant que le FN, vu sa capacité de nuisance actuelle, vu la capacité de ses deux tribuns, père et fille, à mettre en difficulté leurs contradicteurs sur des plateaux télés qui ne sont pas toujours complaisants, feront pire encore, notamment aux libertés publiques, et à tout ce qui ressemble à de l'opposition, à tout ce qui ressemble à de la solidarité avec les sans-papiers, à tout ce qui n'est pas dans leur ligne ?

Quand je vois l'intolérance de certains, qui considèrent que désormais, pour avoir droit au vrai label "de gauche", il faut être "anticapitaliste", je me demande de quelle gauche ils parlent. Il serait peut-être temps de reconnaître que si il n'y a pas une seule gauche, il n'y en a pas non plus seulement deux ou trois, mais des myriades, et que, tant qu'elles restent émiettées, elles n'auront aucun poids, quelle que soit la sincérité, l'énergie, la capacité d'analyse ou de mobilisation de leurs militants et dirigeants. Il faut reconnaître le pluralisme et cesser de croire que certains détiennent les clés de l'histoire. L'histoire de notre avenir est incertaine, mais il faut peut-être aussi reconnaître que nous ne pouvons pas forcément décide hic et nunc que le capitalisme est destiné aux poubelles de l'histoire et que nous allons demain instaurer le nouveau grand système social où l'économique sera remis à sa juste place, où personne ne sera traité comme un paria, où personne ne crèvera de faim, ne devra dormir sous les ponts ou dans des conditions indignes.

Alors il y a beaucoup à reprocher au PS, mais peut-être pas d'avoir gagnédes élections, d'avoir gouverné, ou encore d'être un mouvement incohérent : le PS à lui-seul est presque aussi "divers" que la gauche toute entière. C'est sa faiblesse, mais peut-être aussi sa force. Mon principal reproche va à leurs dirigeants : d'être trop timorés pour savoir dépasser leurs querelles et tendre la main aux militants d'autres partis, associatifs... qui font une partie du boulot qu'il ne fait plus. Le reste, ce sont des choix stratégiques que chacun fait : il faudrait aussi reconnaître qu'aujourd'hui, beaucoup de divisions sont liées à des choix de stratégie, voire de stratégie pour conquérir ou conserver le pouvoir. On ne parle guère de la façon dont la société pourrait être plus démocratique, dont on pourrait dépasser le paradigme sarkozyste (qui me paraît antidémocratique) : il faut mettre des patrons partout, qui feront les bons choix, et tout se passera bien si vous obéissez au patron... Et, même à gauche, dès qu'il y a des problèmes d'efficacité, ils sont trop souvent convertis en problèmes de leadership. Bref, il faut à la gauche des assemblées qui fonctionnent et qui décident, comme il faut au pays tout entier, un parlement qui reflète réellement les problèmes de la population, et qui n'est pas seulement la chambre d'enregistrement de l'exécutif, aussi légitime et bien inspiré que soit ce dernier.

Pour conclure : je crois à titre personnel qu'il faudrait unE candidatE d'union de la gauche, et qu'un signal important serait que ceTTE candidatE ne soit pas issuE des rangs du PS. Pas seulement pour "calmer" la colère légitime qu'ont certains militants et certaines fractions de la population à l'égard du PS, ou pour faire droit à leur volonté de construire une autre gauche hors du PS (en l'excluant ?). Mais aussi pour que la prochaine personne occupant la fonction présidentielle ne soit pas toute puissante, investie qu'elle serait par le peuple, mais pour qu'elle soit aussi obligée de composer avec un parlement. Il ne faut pas se leurrer : le PS a de grande chance d'être le premier parti de gauche à l'assemblée. Aucun autre parti n'a le temps de s'imposer en aussi peu de temps.

Quant au programme ? Il est utopique de croire qu'on pourra mobiliser autour d'un programme sans mobiliser autour d'une dynamique d'union, qui elle-même est utopique, bien sûr... Même illusoires, des primaires de la gauche pourraient être un moyen de donner un horizon à une telle recherche d'union, et d'ancrer le PS à gauche plutôt qu'au centre. Mais vouloir le pire en espérant qu'il en sortira le meilleur, cela nous ramène à Vichy. Et la Résistance ? N'oublions pas que la France ne s'était pas libérée toute seule, pas plus que l'Italie et l'Allemagne, qui s'étaient donnée à Mussolini et Hitler sans être envahies, en période de difficultés économiques, n'ont pu s'en débarrasser sans une guerre mondiale. Si la gauche (ou les gauches) ne mettent pas en route une nouvelle Libération, une nouvelle Résistance, y compris contre elles-même, contre les dogmes et les certitudes binaires, qu'ils soient "libéraux" ou "anticapitalistes", elles resteront ce qu'elles sont aujourd'hui : timorées, atomisées, sans projet, sans légitimité.

 

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