Mon.
28
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Ségo is not dead

J'ai des oreilles qui traînent dans les couloirs de Solférino. Elles entendent toutes sortes de choses et me les rapportent. Comme ces propos tenus par un rédacteur de L'Hebdo des socialistes, le magazine du PS envoyé aux militants  :

"C'est dingue. Il ne se passe pas un jour sans un, voire plusieurs messages, de militants en colère. Ils ne comprennent pas pourquoi on ostracise Ségolène de nos pages. Ils envoient des mails ironiques, du genre "Je ne savais pas que Madame Royal n'était plus de ce monde." ou appellent carrément à la rédaction pour gueuler." Ca avait notamment beaucoup "gueulé" au lendemain de la publication d'une photo prise lors des obsèques d'Aimé Césaire. On y voyait tous les éléphants - Jospin, Hollande, Mauroy et Fabius - alignés en rang d'oignon mais de Ségolène, point. La Zapatera du Poitou s'en était d'ailleurs émue, n'hésitant pas à comparer l'Hebdo des socialistes à la Pravda (comme quoi, d'autres que moi usent de comparaisons excessives...).

L'anecdote pourrait sembler anodine. Elle en dit long, à mes yeux, sur l'engouement toujours très vivace que Ségolène Royal a suscité et suscite toujours au sein du "peuple de gauche" (ça, c'est comme le tutoiement automatique, ça me fait rire). Comme elle aime à le répéter, indéniablement "quelque chose s'est levé". Et n'est pas encore retombé. Ce "quelque chose" pourrait même la porter à la tête du Parti. Jusqu'à récemment, les sondages ne donnaient pas cher de sa motion. C'était oublier un peu vite le crédit inouï et unique dont elle bénéficie auprès des militants. D'ailleurs, ses adversaires, eux, ne s'y trompent pas. Toujours d'après la paire d'oreilles qui furètent rue de Solférino, l'équipe Delanoë tire une tronche d'enterrement. Du côté du maire de Paris, on sait que c'est loin, très loin d'être gagné.

Reste que j'ai toujours du mal à comprendre "l'effet Royal". Pour ma part, quand j'entends la reine du chabichou, je suis presque toujours partagée entre rire et consternation. Rire quand elle s'improvise télévangéliste new age au Zénith ou qu'elle se met dans "une colère saine". Consternation quand elle préconise de faire raccompagner chaque policier femme par un autre fonctionnaire de police ou qu'elle invite tous les Français à avoir le drapeau tricolore chez eux. Mais ça, ce n'est que mon avis. Bien différent de celui de nombre de militants. Alors comment expliquer le succès durable de l'ex-candidate à la présidentielle? Peut-être tient-il à une raison toute simple : l'équipe de sa motion est sans doute la seule à donner l'illusion d'un renouvellement, avec des personnalités telles que Najat Vallaud-Belkacem, Aurélie Filippetti, Delphine Batho... C'est vrai qu'à côté, Delanoë, avec son remake de la dream-team Jospin, fait très old-school, voire carrément vieille garde. Et je crois que les socialistes attendent désormais un vrai changement. Mais Ségolène Royal l'incarne-t-elle réellement? Je suis plus que sceptique.

Tous les commentaires

Parfois, laisser sortir un commentaire c'est comme un soulagement, ouf! il fallait le dire, et c'est comme ça que j'ai lu votre billet. Pour moi, n'étant pas un ex-, votre avis m'intéresse mais est-ce que ces personnages incarnent réellement le renouveau ?

Rire, consternation, sceptique, déçue mais pas désabusée, ex du parti depuis deux ans, et exaspérée d'être contactée sur son portable par un militant, tout en ayant des oreilles qui traînent à Solferino... J'ai un peu de mal à vous comprendre, je dirais même, je suis un peu perplexe... Pourquoi vous tourmenter ? Oui, sans aucun doute, Ségolène incarne le changement, et depuis longtemps...

@Rosebud Ah oui, c'est la question : comment, elle fait des erreurs, et les militants continuent de la suivre ? Pourquoi? Eh bien, à mon avis, c'est que, justement, contrairement à ce que répète le discours officiel depuis des mois, les militants ségolénistes ne sont pas forcément les ségolâtres dont on s'est moqué. Mais ils ont bien senti qu'elle représentait une ouverture dans un parti à l'électroencéphalogramme plat, agité juste par des luttes fratricides. Et ils ont expérimenté la démocratie participative à l'échelon de la militance, et cela change tout. Il me semble que les militants la soutiennent pour ce qu'elle leur apporte, et pour ce qu'elle porte : pas parce que ce serait une idole. En vous lisant: "Pour ma part, quand j'entends la reine du chabichou, je suis presque toujours partagée entre rire et consternation" cela m'a rappelé une réflexion que je me suis faite depuis un certain temps, mais qui ne s'adresse pas particulièrement à vous. Je me demande si une certaine façon de mal supporter certaines maladresses que Ségolène Royal a eu, comme tout le monde en a (je ne parle pas de la surexploitation qui en est systématiquement faite par ceux que sa popularité irrite) n'aurait pas à voir avec une image de mère parfaite que chacun aurait au fond de soi. "Le petit père des peuples", " La mère parfaite", "L'homme providentiel", je pense qu'il faut que nous méfions de notre tendance à souhaiter un dirigeant idéal, et, pire encore, à croire que cela existe... En tout cas, de nombreuses femmes politiques témoignent du fait qu'on ne leur passe rien.

Pour les femmes plus âgées, elle représente la fille qui agace, quand elle est parfois maladroite, occasion de déception quant à la fille parfaite, qui doit renvoyer une image de perfection. Même chose, adapté à la soeur qui réussit, pense t-on, mieux que soi, renvoyant à un sentiment - erroné - de sa propre médiocrité, avec un irrépressible sentiment de jalousie morbide, sentiment qui s'exprime avec une violence parfois inouïe. Oui, il y a un gros travail à faire en direction des femmes; les hommes l'acceptent bien mieux...

Billet émouvant.

Vous posez une bonne question, Rosebud : "comment expliquer le succès durable de l'ex-candidate à la présidentielle? " Je me la pose aussi mais associée à une autre : comment expliquer son rejet, durable aussi par une partie importante de ses électeurs potentiels ? Pour moi ce sont des questions dont il faudrait pouvoir débattre sereinement. C'est important, d'autant plus si le courant de S. Royal devient majoritaire au PS.

Rosebud: Tout ceci sent le réchauffé et même le chabichou périmé, reste une petite curiosité, sans plus, sur votre obsession manifestée des jours de suite, c'est diiiiingue! et juste à ce moment là... mais, à chacun la liberté de ses fixations, on ne choisit pas, n'est-ce pas?. Allez, respirez, soufflez, regardez et profitez de la vie autour de vous et en dehors de ce parti où vous n'êtes plus; oubliez ces oreilles rapporteuses qui traînent dans des couloirs que la plupart d'entre nous ne fréquenterons jamais, ou alors ces appels téléphoniques qui vous empêchent de faire votre marché en toute tranquillité. Libérez-vous de cette persécution dont vous êtes l'objet. Mais si cela continue, n'hésitez pas à venir tout nous raconter, cela soulage et si cela peut vous apporter du réconfort, nous sommes solidaires. Juste une remarque, vous qui savez utiliser tout le florilège poétique dédié à cette responsable politique et à ses "télévangélisés", vous qui connaissez tout le catalogue de clichés, avez-vous jamais pensé à la déception du peuple de gauche un soir de 2002, lorsque leur porte drapeau, leur champion en qui leurs espoirs avaient été déposées a fait pschtttt, la larme à l'oeil... et montré le peu de détermination collective qui l'animait et le peu d'intérêt qu'il leur accordait, le peu que ce peuple comptait pour lui devant sa "blessure personnelle"? J'ai entendu même traiter d'idiote cette femme qui un soir de 2007 s'adressait à ce même peuple de gauche pour leur dire qu'un espoir s'était levé et que le combat continuait. C'est cela la différence, le mystère que vous n'arrivez pas à comprendre ou que vous ne comprenez que trop.

Si obsession il y a, c'est en tout cas obsession contre obsession. Comme vous le dites, JNSPQD, chacun la liberté de ses fixations. Pourquoi ne pas laisser respirer Rosebud, et faire vos propres billets pro Ségolène ?

Darcos essaie de faire dicter l'enseignement de l'Histoire par les députés... merci de vos conseils mais je préfère suivre mes propres réflexes. Pour votre information et en toute confidentialité, je ne suis pas pro Ségolène, c'est cette responsable politique qui définit et défend à peu de chose près ce que si j'avais les compétences requises, l'ambition personnelle et la capacité à me faire entendre, je proposerais moi-même pour la cellule de vie que j'aime et pour la société qui m'entoure. En somme c'est Royal qui est pro-jnspqd! Bonne continuation Fantie B.

Cher JNSPQD, Merci de vous inquiéter pour moi mais je ne me sens aucunement persécutée. J'en profiterai aussi pour répondre à Penelopp et tenter de dissiper sa perplexité. Comme je l'ai écrit, je suis déçue. Déçue par le Parti socialiste, par certains de ses responsables qui en donnent une piètre image, par le manque d'idées, de projet, par le caractère inaudible de ses positions. Comme beaucoup d'autres, du reste. Mais je suis toujours profondément attachée aux valeurs socialistes. Et j'aimerais qu'elles soient portées sans complexe par celles et ceux qui dirigent le PS. D'autre part, je ne nourris aucune obsession anti-Royal. Mes doutes et mes interrogations valent pour le parti en général. Et je trouve très intéressant d'échanger et de partager nos points de vue à ce sujet. Merci pour vos réactions, donc.

Rosebud, merci de votre réponse qui me semble asez franche. L'on peut poursuivre son combat sociétal à l'intérieur ou à l'extérieur d'un parti, moi même je n'ai adhéré au PS que lorsque le temps me l'a permis, c'est-à-dire, au lendemain de ma prise de retraite professionnelle, pourtant mes convictions sont les mêmes depuis ma jeunesse. L'important est de tâcher d'observer une ligne de conduite ou éthique comportementale le plus proche possible de se ce que l'on prône pour les autres, et comme cette observance est impossible dans l'absolu, le propre Hercule aurait échoué, d'essayer de comprendre, de se comprendre, d'accepter pour les autres et de s'accepter soi même lorsque dérapage il y a. Pour autant, personnellement, je ne ressens pas ce besoin d'aller "dégommer" d'autres responsables politiques ou groupes de citoyens qui ne font pas des atteintes aux libertés fondamentales de notre République, et je suis toutjours étonnée devant ce phénomène, c'est tout.

Alors DSK, selon vous, a porté atteinte "aux libertés fondamentales de notre République" ? Parce que, excusez-moi, mais "dégommage" groupé il y a eu.

A propos du "télévangélisme", j'ai été sollicitée à mon domicile un samedi matin, il y a deux semaines, par deux femmes adeptes des Témoins de Jéhovah, et nous avons discuté un bon moment. Nous avons évoqué Ségolène Royal, et l'une m'a dit "c'est sûr, elle dérange"... Ce qui dérange obsède forcément, plus ou moins, mais la bonne question à se poser n'est pas, il me semble "pourquoi tant de gens la suivent", mais bien plutôt "en tant que femme, qu'est-ce donc qui me met dans cet état là ? Que je ne veux pas affronter ? Et pourquoi ?" Moi par exemple, je me pose une question : pourquoi, dès qu'un fil est ouvert sur Ségolène Royal, des femmes y "rappliquent" immanquablement, pour attaquer celle-ci, ainsi que les femmes qui la soutiennent ? @ Rosebud, lorsque je suis déçue, cela ne me fait pas rire; lorsque vous dites, et vous n'êtes pas la seule, "entre rire et consternation", vous exprimez une ambivalence : d'où ma perplexité.. @ Fantie "obsession contre obsession", ne marche pas dans ce contexte, ou alors dans ce cas, tous les militants sont obsédés. Deux "obsessions" qui ne peuvent être mises sur le même plan. Tout ne se vaut pas... @jnspd Excellente réponse ! C'est exactement ce que je ressens : Ségolène est pro peneloppe, c'est pourquoi je la suis et lui fais confiance : au plan de ses idées, je ne suis jamais en désaccord, c'est rare, c'est inespéré, extraordinaire, et cela m'émeut énormément de voir le travail qu'elle accomplit. Il semble qu'il y ait quelques noeuds émotionnels à dénouer chez nos médiamies "anti-ségo".

J'approuve tout à fait ce que vient d'écrire JNSPQD, éprouvant les mêmes sentiments (y compris l'espoir que le courant du renouveau l'emporte). On peut être déçu du PS (oh oui !) sans vouloir se reconnaître déçu du socialisme. De toutes façons on n'a rien à perdre, à espérer que les urgences démocratique, sociale et écologique soient enfin (il est grand temps) prises en compte par le grand parti de la gauche.

Melchior, les premiers mots que j'ai appris à décoder, il y a très longtemps, étaient adressés à un petit "borriquito" aux yeux "de azabache". Je comprends que nous soyions souvent sur la même longuer d'onde... Connaissez-vous "PLATERO Y YO" de Juan Ramón Jiménez, prix Nobel de littérature?

Newsletter
Je m'identifie