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La FED au bord de la faillite ?

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En un an de crise du crédit, la FED a souvent été louée pour son pragmatisme et son inventivité. Cette créativité risque d'avoir un prix énorme, en effet l'institution qui a cessé de n'accepter que des collatéraux solides a littéralement déstructuré son propre bilan. La lecture de celui-ci inspirerait les plus grandes réserves s'il s'agissait d'une institution privée.
Qu'on en juge, en un an la part des bons du trésor et autres papiers garantis dans les avoirs est passé de 91% du portefeuille d'actif à seulement 51%, le reste du portefeuille s'est garni d'actifs inédits pour la banque centrale, d'humbles papiers commerciaux et d'infréquentables obligations adossée à des emprunts immobiliers (MBS).
La banque communique très pudiquement sur le contenu des avoirs détenus au titre des opérations nouvelles acceptant ce type de collatéreaux (TSLF : Term Securities Lending Facility) voir le lien pour se faire une idée http://www.federalreserve.gov/releases/h41/Current/. Elle donne comme valeur d'actif la valeur faciale des titres détenus à la suite du programme d'émission de 150 milliards de dollars. Suite aux derniers évènements la banque a d'ailleurs décidé de faire croître cette facilité qui est désormais passée à 200 milliards de dollars. Le programme dure maintenant depuis plusieurs mois et de nombreux titres sur le marché ont connu des dépréciations, apparemment la banque centrale n'a pas l'air d'en avoir souffert.
Au titre des joyeusetés on peut noter le prêt correspondant aux titres repris à JPMorgan Chase dans le cadre du programme de sauvetage de Bear Stern. Les vertueux avaient grondés soupçonnant que JPMorgan Chase s'était défaussés du papier de mauvaise qualité en échange d'une simple obligation de participer aux pertes en deçà d'un certain montant, les mauvaises langues ont eu bien tort, le prêt consenti rapporte et le portefeuille n'a pas été dégradé, un homme confiant pourrait aller jusqu'à croire que la banque centrale a fait une bonne affaire, ce n'est pas notre cas.
On doit aussi ajouter le prêt passé récemment à AIG pour 85 milliards de dollars (le montant est en fait la limite d'une ligne de crédit).
Tout cela ajouté représente tout de même presque 300 milliards de dollars d'actifs potentiellement risqués. En contrepartie la banque n'a pas jugé utile de faire de provisions et son capital se limite à 38 milliards de dollars. Autrement dit le ratio de capital/actifs non sécurisés est désormais inférieur à 8, que font les instances de régulations !
Plus grave encore le trésor va proposer à la banque une somme de 100 milliards de dollars pour alimenter les comptes de la banque et lui permettre de mener encore plus d'opération de type TSLF, au train où vont les choses la part de bilan non garanti va dépasser les 400 milliards de dollars.
On se doit d'ajouter que le fonctionnement du REPO a également été modifié pour permettre la reprise de Mortgage Back Securities, cette ligne pèse 110 milliards de dollars sans que la banque ne prenne la peine de communiquer sur la ventilation des titres déposés en collatéral.
Or l'année passée les Repo comptabilisés étaient voisins de 30 milliards de dollars, il y a de fortes chances pour que le gonflement ait succédé à l'assouplissement des règles, bien sûr le timing de détention moyen des titres est faible et l'emprunteur ne « vend » pas ses titres, il les offre en garantie, mais voilà c'est la saison des faillites ! Notre estimation des montants à risque est donc probablement inférieure au montant maximum imaginable.
Autrement dit la banque commence à avoir un profil Actif/Passif/Capital qui commence à ressembler aux brokers qui font faillite, on ajoutera avec malice qu'avec la reprise d\'AIG elle assure le financement du paiement des assurances sur défaut de paiement, c'est le moment de faire des swap !! C'est bien d'avoir plusieurs cordes à son arc c'est moins bien lorsque cela sert exclusivement à payer ….
Une banque centrale ne fait jamais faillite, enfin presque, tant que les FED Notes seront émises avec la bénédiction de l'Etat et qu'elles seront acceptées comme bonne monnaie, tout ira bien. En revanche il est parfaitement clair que la FED a dépassé son rôle d'assistance au secteur financier, elle est en train de le subventionner silencieusement. Comme si la baisse des taux financée in fine par les déposants ne suffisait pas.
Or la tourmente n'est pas finie il faudra probablement aider les géants en gestations que sont Morgan Stanley – Wachovia ? et Bank Of America – Merrill Lynch, les fusions n'ont malheureusement pas la vertu d'assainir les bilans. Or ceux-ci ne sont pas flatteurs. On doit d'ailleurs noter que les deux institutions en « forme » JPMorganChase et WellsFargo se tiennent prudemment en réserve alors que le bal des fusions bat son plein. Si il y avait vraiment une bonne affaire à faire nul doute qu'elles sortiraient le chéquier.
C'est en considérant cette situation que l'on peut mieux comprendre la volonté du pouvoir politique de trouver une solution de financement globale de la catastrophe. Dans les faits le financement a déjà commencé depuis plusieurs mois et il devait devenir de plus en plus difficile de le cacher.
Le prêt du trésor à la FED est probablement le prélude aux très gros chèques qui vont suivre.

 

Eric Grémont chercheur à l'OpesC

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Philippe Riès Cher salluste, Quand j'étais correspondant senior Asie-Pacifique pour l'AFP à Hong Kong avant et pendant la crise asiatique, je rendais visite à Marc dans son petit bureau de Central, encombré de livres, rapports et souvenirs de la Chine maoïste. Quel bonheur de retrouver cet accent et cette sagesse économique inimitables. Marc est un de ceux, avec le légendaire Docteur Jim (Walker) de CLSA, qui m'ont orienté vers les travaux de l'école autrichienne, qui sont les seuls à permettre de comprendre et les cycles économiques et les crises financières (les vrais ressorts, pas la tambouille technique qui varie à chaque crise). Si vous vous donnez la peine de relire ce que Mediapart a publié sur cette crise sous ma signature (et sur mon blog) depuis sa naissance en mars dernier, la grille de lecture est assez évidente. Et sur l'impuissance de la Fed, je vous renvoie à mon dernier papier sur la trappe à liquidité japonaise. Dans cet entretien, Marc ne pousse pas le raisonnement jusqu'au bout. Mais ce qu'il dit sur l'inflation (et par conséquent les taux d'intérêt réels négatifs aux USA) est capital. J'affirme depuis des années que pour un pays massivement endetté vis à vis de l'extérieur comme les Etats-Unis, l'inflation (avec comme conséquence le "debasement" du dollar) est la porte de sortie la plus prévisible. C'est le meilleur moyen de rembourser leur dette interne et externe en monnaie de singe. Je souscrit donc entièrement à la position "officieuse" chinoise qu'il est impératif de reconstruire un système monétaire international qui ne soit plus centré sur le billet vert, les Etats-Unis ayant clairement failli à leur responsabilité. Et je ne cesse de m'étonner du silence officiel des autorités européennes et françaises. Comme chacun sait, les seuls combats qu'on est certain de perdre sont ceux qu'on engage pas. Merci encore et je ne saurais trop recommander la lecture du livre de Marc Faber "Tomorrow's gold", publié il y a quelques années par CLSA.

M Riès C'est après avoir mis le papier en ligne que je me suis rendu compte que l'école autrichienne était déjà très dignement représenté sur MédiaPart, en parcourant vos articles ! Je me suis trompé concernant l'interview, il faut que je la change. Faber est un de ceux qui parlent le plus clairement de ces mécanismes complexes et parfois contre intuitifs au grand public. J'ai pour lui beaucoup de respect, en plus, si l'on en reste à ses interviews il a beaucoup d'humour et de distance ce qui ne gâche rien. Merci pour vos commentaires

...Dans cet entretien, Marc ne pousse pas le raisonnement jusqu'au bout. Mais ce qu'il dit sur l'inflation (et par conséquent les taux d'intérêt réels négatifs aux USA) est capital. J'affirme depuis des années que pour un pays massivement endetté vis à vis de l'extérieur comme les Etats-Unis, l'inflation (avec comme conséquence le "debasement" du dollar) est la porte de sortie la plus prévisible.
C'est ce que le prof d'économie de ma fac en Belgique nous apprenait en première année de sciences économiques, en 1985. Dette intérieure, dette extérieure, rien à voir, ni dans la gestion et ni dans les dangers. La France l'oublie constamment (la Belgique aussi...).

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