Thématiques du blog
Le Plan Paulson, l’innovation comptable et la magie de la finance
Le Plan Paulson tel qu’il a été discuté puis rejeté par la Chambre des représentants, méritait effectivement une bronca du législateur. C’est un mélange de jeux financiers et d’innovations comptables d’une grande complexité qui cache les objectifs poursuivis.
Sur la politique comptable
La section 132 du projet de loi proposé permet à la SEC de suspendre le principe de comptabilité Mark to Market.
Ce principe comptable de valorisation des actifs est sur le point d’être abandonné, alors même que les institutions financières américaines en avaient fait la promotion à travers le monde depuis des années. C’est le retour à une comptabilité classique, permettant aux institutions de valoriser les actifs à une valeur liquidative finale imaginable. Ce revirement satisfera ceux qu’effrayait le modèle Mark to Market. A notre sens, plutôt que d’un bouleversement philosophique et éthique, il s’agit d’une action tactique visant à stabiliser le marché et à sauver l’establishment de Wall Street. Quelques explications s’imposent.
Les grandes banques américaines qui demeurent sont officiellement correctement capitalisées si l’on en croît leurs publications légales. Or le plan Paulson pèse 700 milliards de dollars, correspondants selon son promoteur à des avoirs toxiques détenus par des institutions financières aux Etats-Unis. De fait, le plan suggère que le secteur en son entier est en faillite ce qui est le cas à notre sens. Il y a donc un hiatus entre la réalité officielle des publications de ces institutions et le plan Paulson. Certaines publient encore de plantureux bénéfices (Wells Fargo, JPMorgan Chase) ou plus modestement affirment être à l’équilibre (Bank of America et Citigroup). Le marché, bien inspiré, n’a pas tenu compte des dénégations des uns et des autres pour liquider telle ou telle banque qu’il pensait exposée. Pour quelqu’un qui ne lirait que les points trimestriels, sans regarder les cours ni suivre l’actualité quotidienne, apprendre la disparition de certaines sociétés serait un choc. Le gouffre entre les données publiées par les entreprises et le plan de sauvetage général initié par Paulson suggère fortement que certaines insittutions ont une gestion plus proche de celle d’Enron que d’une PME de quartier. A chaque fois qu’une institution a fait officiellement faillite, l’autorité publique a géré de grosses pertes dans leurs comptes, c’est arrivé avec BearStern, lors de la faillite de Lehman et lors de la reprise en main de Washington Mutual. Autrement dit, après coup, on s’est rendu compte que ces sociétés n’avaient pas été confrontées simplement à des problèmes de liquidités et de défiance mais à une sous-capitalisation dramatique.
Pour notre part, nous étions incrédules devant la prise de risque légale conjointe des autorités et des managers concernés puisque la fraude que nous pressentions était de plus en plus évidente. A partir d’un certain moment elle deviendrait impossible à cacher. L’explosion du Libor confirmait ces doutes. Les banquiers en savent long sur le bilan des uns et des autres ; s’ils refusent de se prêter ce n’est pas le fruit d’une panique hystérique comme on le répète partout c’est au contraire le résultat d’une appréciation parfaitement rationnelle de la situation. Le principe de valorisation des actifs en fonction du marché était très confortable lorsque le prix de ceux-ci montaient.
Dès lors que la pente s’est inversée, l’attachement du milieu bancaire à cette règle est devenue pour le moins ténu. La modification de politique comptable permise par le texte a, en fait, déjà eu lieu avec la bénédiction des autorités et leur coopération pleine et entière. Voir dans ce mouvement un retour à la raison, c’est se montrer bien naïf, surtout lorsque l’on considère d’autres aspects de l’architecture du plan Paulson.
Le Plan Paulson est une indulgence plénière
La question la plus pertinente posée lors de la présentation du plan était la suivante : comment la puissance publique valorisera-t-elle des titres qui valent si peu ?Et la question subséquente était plus inquiétante encore : comment les capitaux propres des banques résisteront-ils aux dépréciations massives liées à des publications qu’il faudra bien faire à l’occasion de ces cessions ?
Heureusement la SEC peut maintenant modifier les règles comptables et revenir au modèl antérieur. Sous prétexte d’une sagesse retrouvée, il permet surtout de résoudre d’un coup ces deux épineux problèmes.
En effet : les actifs toxiques seront vendus à l’administration au prix auquel ils sont encore inscrits dans les comptes des banques. L’opération apparaîtra d’autant plus lisse que ceux-ci n’ont pas été dévalués lorsque la règle l’imposait. Sur le papier l’opération permet donc de recapitaliser massivement le secteur bancaire en offrant en bonus une complète immunité légale aux managers ayant tordu leur comptabilité puisqu’ils céderont ces titres à leur valeur d’enregistrement comptable à un acteur public et dans le cadre d’une opération visée par le Congrès. L’opération sera apparemment blanche dans les comptes des sociétés intéressées, le public ne pourra se plaindre de plus-values apparentes puisque les moins values n’auront jamais été publiées. Les managers pourront prendre leur retraite en paix. c’est la puissance publique elle-même qui les lave de tous soupçons puisqu’elle rachètera les titres au prix comptable affiché, mais très discutable, en Mark to Market .
On pourrait croire que les garanties demandées au nom du contribuable offriront de solides rétributions pour les avances consenties. C’est sous-estimer la perversité des mécanismes proposés. Le responsable du Trésor est effectivement tenu d’obtenir des garanties des institutions cédant des titres mais en revanche il n’y a pas de procédure automatique concernant la valorisation de celles-ci. Paulson choisira arbitrairement le niveau de garantie en « share or preferred shares » ou encore en dette senior qui lui semblera le plus « approprié » pour protéger l’intérêt du public. Selon nous ce qui va se passer sera donc à la fois simple et scandaleux. Chaque institution négociera au mieux le montant de pertes qu’elle reversera au trésor sous forme de preferred shares (qui sont en pratique des obligations) ou de dette senior. Nous serions stupéfais d’apprendre que le Trésor demande de simples actions, même sans droit de vote et ce un pour une raison très simple : les montants en jeu sont tels que la nationalisation du secteur aurait été enclenchée, l’état de la politique américaine interdit tout simplement une telle démarche. Le schéma ressemble donc en fait à celui de la reprise de Bear Stern par JPMorganchase. Celle-ci n’a assumé qu’une petite partie du risque du portefeuille d’actifs pourris dont l’essentiel a été repris par la FED. Les montants que récupérera le trésor seront en réalité limités, au moment même de l’opération, du fait d’une décision arbitraire du directeur du trésor, les pertes sur les titres acquis peuvent être complètes. Sommes-nous trop défiants ? Non, si le Trésor demandait des garanties proportionnées aux pertes réelles possibles, il mettrait en danger les institutions qu’il se propose de sauver car il faudrait bien à un moment ou un autre qu’elles publient les montants de dettes seniors ad-hoc ou de preferred shares émises (lesquelles ne sont pas considérées pleinement comme du capital par les normes de Bâle II, il s’agit de capital hybride), de facto elles en viendraient à publiciser l’état désastreux de leurs comptes ce qui est précisément ce que le plan Paulson cherche à éviter. Pour enfoncer le clou, il convient de signaler qu’aucune institution ne pourra profiter du plan au-delà d’un plafond de 100 milliards de dollars, on peut penser qu’il s’agit d’éviter le favoritisme. C’est oublier un peu vite qu’il s’agit d’un montant prodigieux, voilà qui laisse plutôt imaginer que la banque la plus en difficulté doit avoir un trou de cette envergure. En l’espèce notre coupable idéal est le géant Bank of America- Merril Lynch .
Pour résumer, le plan Paulson bouleverse les règles de comptabilité actuelles pour laver plus blanc que blanc les comptes d’institutions en faillite qui seront ainsi recapitalisées discrètement en ne cédant au public qu’une indemnisation symbolique au regard d’une perte potentielle totale dont nous soupçonnons fortement que le montant est d’ores et déjà négocié à ….. 700 milliards de dollars, l’augmentation prévue de la dette de l’Etat américain. Les managers fautifs et leurs équipes seront lavés de toutes les charges qui auraient pu peser sur eux et retournerons à leurs affaires comme si de rien n’était. La moralisation de Wall Street commence sous les meilleurs auspices !
Eric Grémont chercheur à l’OPESC


Tous les commentaires
Excellent ainsi que les articles de votre site. Voilà des idées intéressantes !
Merci voilà des compliments qui me vont droit au coeur. C'est que ça demande du travail !!;)
Article très intéressant. Merci. Sur le site de l'OPESC, je ne vois pas quels sont ses moyens: avec quel argent ce groupe fonctionne-t-il? (ceci sans mettre en cause son honnêteté!)
Tous mes compliments pour cette analyse qui rétablit les faits et les évènements dans leur signification réelle. Bravo !!!
Le plan Paulson est incontestablement une manipulation pour limiter la dégradation des bilans des banques américaines et éviter des nécessités de recapitalisation massive. Il est douteux qu'il parvienne à ses objectifs, car de nature tactique il n'est pas correctement pensé. D'abord il est clair que si les actifs sont transférés à leur coût historique (qui en fait serait le coût nominal) , le coût sera facilement prohibitif. Le plan , rédigé en blanc seing, semble plutôt reposer sur un achat à une valeur de convenance, qui serait supérieur à la valeur de casse actuelle mais avec une décote. Le problème qui a été posé est celui de cette valorisation, avec les dangers de la bureaucratie, de la corruption et de l'incompétence face à des produits souvent très complexes. Compte tenu par ailleurs du fait que la vente des actifs sera faite dans les pires conditions (prêts déjà découpés par exemple), le coût que l'on peut déjà estimer est de près de 5.000 Milliards de dollars. Il est évident que Paulson s'en moque quelque peu, puisque ce sera une autre administration (probablement démocrate) qui devra assumer les conséquences du plan. Par ailleurs il est clair qu'au delà du problème bilantielle, le problème le plus fondamental est celui des produits dérivés. ( CDS ne particulier) avec des sous-jacents divers, qui exigent absolument que les actifs hypothécaires ne se dévalorisent pas trop, mais aussi que des indices et autres facteurs déclenchants ne suscitent pas des tsunami. Faute pour les régulateurs et les banquiers de comprendre et maitriser le monstre qu'ils ont créé , on peut douter qu'ils atteignent leurs objectifs. La démonstration la plus flagrante est la volonté tactique de changer la règle marked to market. Celle-ci est totalement liée au fonctionnement des marchés financiers. Elle est à la base de toute possibilité de maintenir, et maintenant de rétablir, une liquidté des marchés de crédit. Les investisseurs n'investissent dans des titres que si leur valorisation est faite par le marché. C'était le rôle des marchés boursiers et les marchés de dérivés ont été batis sur la base du fait que le marché privé des crédits établissait la valeur des actifs échangés sur ces marchés. Il suffit de rappeler que les seuls marchés de CDS ont un volume de 60. 000 milliards de dollars , soit l'équivalent du PIB mondial, et que les marchés dérivés ont un volume dix fois supérieur. Il est clair que tout ce marché est une bulle de taille astronomique, fondée sur la confiance. Le plan Paulson essaie, avec 700 milliards de dollars, soit une goutte d'eau , de restaurer la confiance. Le principe "market to market" est d'importance beaucoup plus fondamentale. Tout ces marchés se sont développés sur la base de l'arrogance et de l'incompétence des régulateurs , banquiers , économistes et gouvernements. L'arrogance de Wall Street et son incompétence, encore plus grandes que leur immoralité, se traduit dans le plan de sauvetage. Dans la tragédie grecque on voit comment les Dieux rendent fous ceux qu'ils veulent perdre parce que ces humains ont cru être à leur égal. Washington et Wall Street avec la crise des subprimes nous jouent une tragédie grecque. Le problème est que ce sont les citoyens sur qui le théatre va s'effondrer
Il y a des points intéressants dans votre commentaire Monsieur de Furfande, mais je vous trouve bien présomptueux de dire : "Tout ces marchés se sont développés sur la base de l'arrogance et de l'incompétence des régulateurs , banquiers , économistes et gouvernements. L'arrogance de Wall Street et son incompétence, encore plus grandes que leur immoralité, se traduit dans le plan de sauvetage." Je pense qu'il faut garder un peu d'humilité et réserver ses propres compétences à essayer de faire avancer la réflexion, aider les gens à comprendre ce qui se passe, imaginer les scénarios et proposer des solutions réalistes. C'est jeter le bébé avec l'eau du bain comme on dit. C'est facile de donner les banquiers et régulateurs en pâture, comme des boucs émissaires. Et cela avance à quoi ? A supprimer les banquiers et les régulateurs ? A monter la population contre les gens travaillant dans la banque ? Le système portait en lui les fruits de sa propre destruction, incitant par recherche effrénée de profit individuel à pousser les exigences de rentabilité à un point devenu irréaliste. Tant que le marché "croyait" à la valeur des actifs qu'il négociait, la bulle gonflait. Dès un petit indice démontrant que la valeur ne représentait pas la réalité, même sur un marché limité, mais du fait du mécanisme de contagion dans la globalisation financière, la bulle a explosé. Il y avait déjà eu la bulle internet, voici celle de l'immobilier américain, la prochaine sera peut-être celle des CDS ou des crédits à la consommation ... Les banquiers, régulateurs, économistes, et les gouvernements ne sont pas arrogants ni incompétents. Ils ont été pris au piège de ce système. Ils essaient maintenant d'en tirer des leçons pour assainir la situation à moyen terme et de limiter les dégats au mieux à court terme, en agissant sur la liquidité et la confiance. Le plan Paulson, même s'il est insuffisant et paraît injuste en sauvant des banques tout en laissant sur le carreau les ménages américains en faillite et sans toit, cherche à cantonner le poison afin de cristaliser, limiter les pertes au sein des bilans des multiples acteurs financiers pour que le marché arrête d'imaginer des pertes non dévoilées, cachées, qui impliquent une appréciation trop forte des risques sur ces acteurs et donc des exigences démesurées de fonds propres. En ce sens il est utile et permet d'éviter le pire en terme de conséquences économiques sur le crédit aux entreprises et aux particuliers, impliquant faillite d'entreprises, chômage de masse etc. Après on peut en effet discuter comme le fait très bien Salluste (Eric Grémont) des options comptables de mise en place de ce plan, de la manière dont seront valorisés les actifs en mark-to-market ou en valeur historique ... J'ai cru voir qu'il était prévu que les établissements (américains) vendent leurs actifs pourris subprimes aux enchères à la meilleur décote, ce qui se traduira à ce prix dans les bilans et comptes de résultat. Je vous livre ce que j'ai compris (mais j'ai peut-être tort) : la valeur totale de rachat par le fonds est estimée à 700 milliards de dollars. Si ensuite la valeur des crédits (et donc des actifs immobiliers sous-jacents) baisse encore, le fonds subit une perte assumée par l'Etat donc les contribuables. Ceci nécessite une mise de fonds initiale de 700 milliards, alimentée par de la dette d'Etat ou de l'impôt, mais qui n'est pas en soi une perte. Elle peut se traduire ensuite en une perte allant jusqu'à ce montant maximum. selon la valeur à laquelle le fonds arrivera à écouler les actifs, la perte sera réalisée, la dette remboursée, l'impôt "restitué" moins la perte effectuée et les intérêts de la dette. Si vous avez compris autre chose, merci de commenter.
Mon billet ne parlait pas du succès de l'opération, comme vous, je crains fort qu'il ne soit beaucoup trop tard, il est fort probable que les assets des banques soient en train de se réduire plus rapidement que ce que le Plan Paulson va apporter. La destruction monétaire ne sera peut être que ralentie, il y a de fortes chances pour qu'elle ne s'arrête pas. A ce sujet on peut être inquiet de l'activisme de Buffet. C'est un homme du Middle West très attaché à son pays, ses interventions répétées sur les marchées (GE, GoldmanSachs) sont peut être une tentative de sa part pour ramener la confiance plus qu'une quête des bonnes affaires. Bien à vous Salluste.
Le blanc seing à Paulson LEGISLATIVE PROPOSAL FOR TREASURY AUTHORITY TO PURCHASE MORTGAGE-RELATED ASSETS Section 1. Short Title. This Act may be cited as ____________________. Sec. 2. Purchases of Mortgage-Related Assets. (a) Authority to Purchase.--The Secretary is authorized to purchase, and to make and fund commitments to purchase, on such terms and conditions as determined by the Secretary, mortgage-related assets from any financial institution having its headquarters in the United States.
Merci pour ces explications, qui révèlent beaucoup de chose. On comprend mieux pourquoi les banquiers ont l'air très satisfaits du plan proposé. Cela décrédibilise complétement l'explication "l'état ne dépense pas à perte, il achète des valeurs non liquides (dixit Laurence Parisot) qui vaudront peut etre beaucoup plus dans 2 ou 3 ans. Nous avons vraiment affaire à un hold up légal, avec le support de Paulson, qui fait partie du "milieu" de la banque. Olivier, 38 ans, vivant à Francfort
Les banquiers sont effectivement très contents. C'est la raison pour laquelle de nombreux élus démocrates et républicains ont résisté au texte, il fallait leur rendre justice, ce n'est pas en France que l'on aurait vu des députés des deux camps prendre au sérieux la défense de l'éthique et des deniers publics en prenant au passage le risque de se faire étriller par les appareils de leurs partis respectifs. C'est à ce genre de petits "détails" que l'on peut distinguer les démocraties des républiques bananières ! Cordialement Salluste
Dans la partie Journal, un article de Philippe Riès évoque le lobbying fait par les banquiers en Europe avec semble-t-il le même succès auprès de la Commission. Le journaliste approuve la modification de la règle comptable. Le lobby bancaire est d'une remarquable efficacité. Alors que tout le droit des entreprises en difficultés est fondée sur le fait que l'entreprise assume le risque de liquidité de ses actifs, avec l'ouverture d'une procédure collective à son égard si ses actifs ne sont pas assez liquides pour faire face à son passif exigible, les banques veulent être exemptées de ce risque. On a donc ce paradoxe que ce sont les entreprises dont la liquidité est la plus importante, dont c'est le métier et la raison d'être d'assurer la liquidité de ses actifs, qui vient invoquer les risques de liquidité du marché. Les ratios prudentiels sont destinés à ce que les déposants aient confiance dans les banques. A l'heure où la question qui est posée par les citoyens est de savoir s'il peut faire confiance à sa banque, la réponse nette et claire est qu'une banque qui cherche à échapper à la règle "mark to market" est une banque à laquelle son client ne peut pas faire confiance. L'adoption d'une modification de la règle comptable devrait donc être un signal de forte inquiétude pour les clients des banques .
Voici l'article en question.
Hé oui c'est dans ce genre de périodes que l'on comprend qui sont les bosses ....
Je crois que les autorités ont toujours trop peur d'une déconfiture des banques et de la finance parce qu'il y va de la "survie" du marché dit réel. Faire autrement aurait sans doutes pour réaction une levée de boucliers qui aurait pu être néfaste au colmatage rapide auquel il a fallu procéder. Par ailleurs, je crois que l'urgence de la situation ne permets pas de réfléchir à un fléchissement, sinon une réorganisation de la finance. Il m'est aussi avis que la Présidence actuelle aux USA veut donner tout le poids de cette "mer.." à la prochaine administration qui pour beaucoup sera celle d'Obama : à celle-là de se dépatouiller, et surtout en ayant des chances de souffrir des critiques et des quolibets de la Finance et des Républicains si l'on tend vers une moralisation et à une restructuration du monde de la Finance.Et cela d'autant plus que cela fait très mal au libéral Paulson, qui comme le souligne Frédéric Lordon dans un article du Monde Diplomatique, doit recourrir à une "léninisation" (l'image est forte de la part de Lordon mais au combien significative) de fleurons US de la finance. Les prises de décisions actuelles en Europe et aux USA sont bien significatives que le Dogmatisme règne toujours sur la raison. Pour beaucoup ce qui arrive est juste une petite correction et pour eux le système financier va bien. Et comme disent les Américains : "If it ain't broken, you ain't fix it" (ne répare pas ce qui n'est pas cassé). Rappelons aussi un enjeu qui est de taille : la survie de la NYSE comme première place financière au monde. Voilà ce qui inquiète plus dans les hautes sphères US. Car si le NYSE chute, ce qui pourrait advenir, les USA seraient totalement cuits car le NYSE leur permet de dégager les capitaux dont ils ont besoin structurellement.
Il est clair que les 700 milliards auraient dû être utilisés pour que l'Etat devienne actionnaire de chacune de ces banques d'un montant égal au prix de reprise des créances pourries (devenues publiques) De cette manière, le nouvel actionnaire (les citoyens) deviennent propriétaires, et peuvent espérer retrouver leurs billes à terme. (dividendes et plus value) Et surtout, chaque société est responsable de ses actifs pourris...Mais l'Etat redevient propriétaire...Les cocos sont de retour ! Je me fais un cinéma ?
Non pas du tout Alexos. Les derniers pas de la FED sont d'ailleurs particulièrement frappants, elle double son émission en exigeant encore moins de garanties. Il n'y a plus aujourd'hui que la signature de l'Etat qui permette le fonctionnement du marché. Je me permet de signaler au passage un des effets pervers de la politique menée. A chaque fois que l'Etat garantie l'intégrité de tel ou tel type de créance il réduit le rôle du marché et lui interdit de fonctionner. Lorsque l'Etat américain a garanti les actifs de Fannie et Freddie il a porté un coup mortel à un marché du crédit déjà mal en point. A quoi bon prendre un risque quand on peut acheter quelques uns des bons maintenant garantis, dans le contexte actuel ce serait pour le moins dangereux. L'Etat américain assèche le marché libre en proportion des engagements qu'il prend et chaque intervention publique nous rapproche du moment où le crédit va être renationalisé, bien sûr le débat sur la renationalisation des profits éventuels n'est lui pas ouvert et n'est pas prêt de l'être. Et encore nous n'avons rien vu parce que quand l'Etat va émettre les bons du trésor correspondants au plan paulson la captation sur le marché de l'épargne sera telle qu'il deviendra difficile de se financer même pour les PME de quartier.