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Plaidoyer pour la main invisible
En bonus, un peu de Friedman vintage 2005, avec le recul c'est franchement hallucinant.
Quelques évènements récents ont suscité un retour en force des positions sur l’incapacité supposée des marchés à se réguler par eux même. Que n’a-t-on pas entendu ces derniers jours sur l’incapacité de la main invisible et sur la nécessité de réguler et d’ « intervenir ».
Pourtant la crise bancaire qui sévit actuellement est pour nous la preuve tangible de la force du marché et de sa capacité intrinsèque à se « réguler ». Des montagnes de papier ont été émises sans avoir aucune contrepartie dans le monde réel. L’afflux de monnaie a généré plusieurs bulles successives, internet, énergie, matières premières et, bien sûr, immobilière ( 75% du patrimoine dans un pays comme la France). Jamais le pouvoir d’achat exprimé en m2 n’a été aussi faible depuis des décennies. La raison essentielle de cette situation tient aux politiques des banques centrales qui ont faussé le jeux « normal » du marché en suscitant des taux d’intérêts anormalement bas.
Aujourd’hui la monnaie excédentaire disparaît et logiquement on assiste à une remonté des taux d’intérêts et à une baisse des prix immobiliers. La théorie quantitative de la monnaie, pour ancienne qu’elle soit reçoit, de substantielles confirmations ces dernières semaines. A notre sens le krach bancaire n’est pas le signe d’un défaut d’autorégulation des marchés mais bien au contraire de leur bon fonctionnement, malgré toutes les tentatives pour en fausser le jeu, « you can game the system, you can’t break it ». Le prix à payer pour ces errements pouvait passer par la mise en faillite de la profession, les choix politiques qui ont été fait feront peser le poids de cette catastrophe sur tout un chacun et en particulier les plus démunis et ce de la façon la plus classique qui soit, par l’inflation. La garantie des comptes sans limitation de montant est un exemple patent, le smicard verra la monnaie qu’on lui paye en salaire être dévaluée d’un montant proportionnel à l’émission à laquelle les banques centrales et les Etats vont devoir recourir pour garantir les comptes de Total, de Suez, de Pinault, et de Bouygues ….
Les experts stipandiés qui feignent la surprise et plaident pour la reprise en « main » du marché et sa « régulation » sont, à notre sens, dans la situation des arroseurs arrosés. Tant que le système mis en place avec la fin de Bretton Woods et la pseudo « libéralisation » du secteur bancaire pesait sur les salaires des classes moyennes et des ouvriers, pas de problème, tant que l’organisation de l’émission monétaire permettait aux sociétés financières de grossir sans frein et d’accumuler une part croissante du PIB sans rien produire de bien nouveau (les premiers contrats à terme datent de la Grèce antique, la « révolution » financière et les supposées innovations ont un bien long passé), pas de problème, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Aujourd’hui le système bancaire est en faillite, assis qu’il est sur une montagne de papier sans valeur, on entend les mêmes que les licenciements dans l’acier et l’automobile laissaient de marbre entrer sur le sentier de la guerre en exigeant une intervention de l’Etat, quelle tartufferie !
Si l’on met de côté la face cachée de l’iceberg, à savoir la sociologie de la main invisible, l’agrégation des mécaniques économiques en un terme générique est pratique et permet une référence simple aux règles que l’analyse économique est parvenue péniblement à identifier au cours des siècles (l’offre et la demande, l’asymétrie d’information, les effets marginalistes ….). Le marché pour résumer, c’est là où se fixe le prix. Et le prix c’est ce que notre système économique assigne à tout bien qui fait l’objet de marchandisation et il se paye en monnaie pas par troc. Taxer le marché d’inefficacité lorsqu’il « price » à 0, c’est irrationnel. On doit noter que l’impossibilité de prévisions « solides » tient à notre sens à deux obstacles, d’une part l’économie et la sociologie sont toutes deux dans l’enfance de l’art et d’autre part, comme le souligne Von Mises, les acteurs modifient leur comportement à chaque évolution du marché et dans un sens qu’il est presque impossible de prédire absolument puisqu’à tout moment plusieurs choix crédibles sont possibles. Autrement dit aucun prix n’est fixé, le juste prix « chrétien » n’existe pas en dehors de la volonté sociale et politique de le fixer et donc d’influer sur le marché.
Nous ne repoussons en aucun cas le principe d’une intervention fondée sur une volonté collective pour éviter tel ou tel effet (quelqu’il soit) du fonctionnement du marché. Au contraire les sociétés humaines ont à notre sens le droit absolu de s’organiser comme elle le veulent, les règles économiques n’ont aucune vocation à guider vers l’établissement de règles sociales optimales contrairement à ce que ces mêmes tartuffes répétent à l’envie. Ce sont les membres de la société qui doivent choisir la façon de vivre et de s’organiser qui leur convient le mieux. Simplement, fixer par exemple une rémunération minimum trop forte par rapport au marché suscite en réaction un marché du travail au noir. C’est tout, maintenant, si l’on considère cet effet de bord de l’interventionisme, est-ce suffisant pour remettre en cause la volonté politique de fixer le prix du travail, pas nécessairement ! Le fonctionnement du marché n’a tout simplement aucun rapport avec notre morale et avec ce que nous pouvons considérer comme tolérable, il ne faut pas se cacher derrière un petit doigt économique du genre le marché ne « s’autorégule pas » cher à de nombreux économistes réformistes. il faut être courageux et dire que pour des raisons politiques, personnelles, humaines nous n’admettons pas que tel ou tel chose se produise et que nous sommes prêt à payer le prix pour ça. Lorsque la pluie tombe, personne ne pense à dire que le climat fonctionne bien mal on prend un parapluie et l’on fait en sorte de ne pas être mouillé.
A notre sens, il est en revanche dangereux d’ignorer complètement les lois de l’économie dans le fonctionnement des organisations sociales que l’on établit, ce qui se produit aujourd’hui le souligne crûment et c’est avec amusement que l’on voit ceux qui prétendaient à tort que leur politique était « économiquement meilleure » se répandre en palinodies de toutes sortes . Il en va de l’ingénierie sociale comme de la construction d’une maison on peut presque tout choisir (communisme, capitalisme d’Etat, anarcho syndicalisme, corporatisme fédoal …). En revanche chercher à s’abstraire des lois de la gravité c’est dangereux et surtout c’est inutile parce que les vrais problèmes ne sont jamais là. Il eut été plus « économique » et honnête de faire payer aux français un impôt direct dont le montant aurait été intégralement affecté au bien être du personnel de la finance, notre nouvelle aristocratie. Nous osons dire plus économique parce qu’au moins il n’y aurait pas eu de bulle du crédit et plus honnête car au moins comme les cers du moyen âge, nous saurions officiellement par la loi pour qui nous suons sang et eau !
La critique sociale est à nos yeux parfaitement légitime mais il faut avoir le courage de ne pas incriminer les outils qui sont très utiles et, au contraire, s’attaquer directement à ceux qui font mine de les mettre en œuvre en suivant en réalité un agenda politique et social.
C’est pour cela que nous défendrons avec énergie les outils de la théorie économique au moins jusqu’à Schumpeter et Keynes (avec de sérieuses réserves pour ce dernier, nous y reviendrons un autre jour en détail avec la révérence qui convient lorsque l’on parle de Lord Keynes). En revanche il faut se défier des discours fondés sur l’utilisation de tel ou tel outil pour justifier une organisation sociale qui serait plus adaptée qu’une autre. Chez Schumpeter il n’y a pas une ligne sur ce que « devrait » être une société, dans Capitalisme et Socialisme, son ouvrage le plus politique, il se borne d’ailleurs à tracer les perspectives des évolutions à venir de l’économie corporative, celle dans laquelle nous vivons et qui a pris le nom de néo-libéralisme (l’essentiel est bien sûr dans le néo). Chez Keynes, pas plus de prise de positions sociales au sens large, en praticien éclairé il ne veut rien révolutionner de la société de son temps, il donne des recettes pour faire fonctionner l’économie au jour le jour un peu mieux et un peu plus équitablement. Même chez Ludvig Von Mises pourtant obsédé par l’émergence d’etats totalitaires et omnipotents, le prima absolu donné à la volonté individuelle éclairée ou non suggère implicitement que tout est possible. D’ailleurs Von Mises ne critique pas les objectifs sociaux du socialisme mais souligne son incapacité à créer une économie planifiée qui soit aussi performante à satisfaire les individus en raison des problèmes liés à la fixation du prix en l’absence de marché. Autrement dit, même chez le plus anti-socialiste des auteurs possible, la critique est d’abord technique et s’appuie sur des arguments scientifiques, ce que Mises critique ce n’est pas de souhaiter un monde meilleur pour le plus grand nombre possible, il est lui-même un humaniste et un idéaliste, c’est le chemin suivi qui à ses yeux est dangereux en raison de contraintes économiques.
Nous en profitons d’ailleurs pour souligner au passage que la planification soviétique est morte précisément des contradictions internes qu’il avait souligné concernant la difficulté d’établir un prix sans marché, c’est la raison pour laquelle elle a sombré dans l’économie de la queue et du marché noir. A tel point qu’à la fin des années 70, les grands combinats échangeaient directement entre eux sans respecter le plan et recourraient aux services de courtiers en transport et en biens. Chassez le marché il reviendra au galops. Sans revenir sur l’histoire économique du soviétisme qui est passionnante à plus d’un titre il convient de souligner que jamais l’objectif de rénovation sociale et d’équité sousjacent n’a été vraiment critiqué par qui que ce soit de simplement honnête, Karl Popper, grand libéral au sens politique devant l’éternel, tresse des couronnes de lauriers au Marxisme pour ses objectifs d’émancipation et d’humanisme, pour sa sociologie aussi. La critique de Popper est d’ordre épistémologique, selon lui l’historicisme marxien contient en germe les éléments d’une autre oppression.
Sur le terrain économique, il se trouve que les solutions retenues assez tardivement par Staline, nationalisation totale et planification centralisée à l’extrême, étaient probablement impraticables du point de l’avancement de la science et de la technique économique du moment. Aujourd’hui nous pensons que les progrès de la technologie informatique et la création de places de marché informatisées faciliteraient certainement beaucoup l’instauration d’une seconde tentative de socialisme qui serait plus capable de fonctionner en suivant les règles du marché, à savoir être capable d’offrir des débouchés satisfaisants et soutenables au désir individuel et par la même à la liberté de chacun.
La science économique n’a rien à voir avec la « justice » et notre capacité à changer tel ou tel type d’organisation, il ne s’agit pas d’une science morale.
Il ne faut pas tomber dans le piège idéologique de Friedman et des pseudo-économistes qui lui ont emboîté le pas. C’est prendre au sérieux le sophisme suivant : « je connais le meilleur système d’optimisation économique (affirmation douteuse s’agissant d’une science laquelle est nécessairement sujette à l’infirmation de telle ou telle partie de son corps théorique comme toute science digne de ce nom), il suppose une organisation sociale précise (la free market society), et de fait il faut adopter cette dernière ».
Pour combattre ce sophisme il faut souligner que le fait scientifique doit nécessairement impliquer le doute et donc la modération et plus important encore que l’assertion suivant laquelle un type de société serait nécessairement associé à une théorie idéale peut être définie comme totalitaire puisque par définition elle rétrécit le champs des possibles et suppose, comme son antithèse marxiste, un horizon social et organisationnel clairement défini, de quel droit ? Il n’y a tout simplement presque aucune relation irréfragable entre les règles économiques identifiables et les ensembles sociaux auxquels on les applique.
Le spectacle lamentable des chicago’s boys en mission au Chili pour répandre la religion révélée suffit à le signaler, le « respect » de l’orthodoxie n’a aucun sens particulier en matière politique et c’est là tout le problème, notre monde est avant tout social et politique.
L’économie dont on parle tout les jours dans la presse est un objet politique et social qui n’a qu’un rapport rhétorique assez lointain avec la discipline elle-même (l’emploi d’un vocabulaire commun est assez trompeur). Il ne faut pas se laisser abuser par les amalgames. Touati, Cohen, Baverez et d’autres ne soutiennent pas un discours économique, ils défendent un ordre social. L’économie du MEDEF est un objet religieux qui a plus à voir avec une volonté de ré-enchanter le monde (au sens Weberien) qu’autre chose, c’est intellectuellement désolant et contraire au sens même d’une démarche scientifique.
Les objectifs poursuivis nous appartiennent en propre à tout moment et en tout lieu. Les outils économiques comme ceux de la physique ou de la sociologie et des mathématiques sont là pour nous aider à comprendre et peut être à construire un réel que nous souhaitons, rien de plus et rien de moins. Il est inutile et dangereux de s’attaquer à la main invisible même si nous en convenons, il s’agit d’un outil qui sera peut être remplacé un jour prochain. Il faut s’attaquer directement ceux qui se cachent derrière elle. Il ne faut pas lâcher la proie pour l’ombre !
Bien à vous Salluste.


Tous les commentaires
Ave Salluste et merci ; même si je n'arrive pas à tout comprendre avec précision tant votre texte est touffu, j'espère ne pas faire trop de contre-sens...je doute ... J'ai tendance à penser aussi que ce discours économique qui soutient mordicus qu'il faut donner des "liquidités" (ah ! ce mot qui évite de dire "argent") aux banques est un enfumage général qui est fait pour éviter de penser à l'autre possibilité : laisser mourir les flambeurs. Le discours économique ambiant est le lieu d'une idéologie cachée que je dirais volontiers "totalitaire". Les techniques de la finance sont des outils qui par leur brillante sophistication font oublier qu'un ordre social (comme vous dites à la fin) est ainsi construit, celui d'une société totalement manipulable à des fins de lucre pour une minorité. C'est Chomsky qui dit je crois que les USA sont un pays à parti unique, celui des hommes d'affaires ... Pour finir : ce que j'abomine plus que tout c'est ce vocable de "morale" qu'on a le culot (et l'inouïe bêtise) de nous servir ! Et une petite question en prime : si vous aviez été député français, auriez-vous voté contre le plan de sauvetage des banques ? Et encore, reste la grande question de la relation entre politique et lois économiques ? Salut à vous Marielle Billy (plus Virgile que Salluste)
Moi non plus, je n'arrive pas à tout comprendre. Alors, ou j'ai le cerveau enfumé ou c'est le schumbluck sophistiqué totalitaire qui nous enfume. Et vraiment, ça m'emmouscaille. Il va falloir que je reprenne des cours sur le nerf de la guerre pour ne pas me laisser couillonner dans la compréhension de la marche du moteur de ce monde. Quant à Salluste, je lui conseille cordialement de prendre des leçons d'écriture avec Françoise Giroud, mais si, mais si, qui composait des paragraphes pas trop longs avec des phrases courtes. Il suffit pour cela de lire et relire son journal pour en prendre de la graine. Ainsi, cher Salluste, vous vous ferez mieux comprendre des béotiens dont je fais partie, lesquels tireront un plus grand profit de votre enseignement fort intéressant.
J'ai lu la proposition de texte législative, elle est scandaleuse, je m'attends au pire lorsque les décrets d'applications seront publiés. Il y a à mon sens deux orientations parfaitement soutenables sur la situation actuelle. Soit on croit qu'un secteur bancaire libéralisé est une bonne chose et dans ce cas il faut accélérer les faillites en exigeant les vrais comptes, mettre sous tutelle judiciaire et préparer activement une reprivatisation en ayant purgé ces institutions de leur encadrement. Soit on croit à une solution plus mutualiste et alors il n'y a qu'une solution c'est la renationalisation pure et simple de la banque de détail, au moins ! Donc en aucun cas je n'aurai voté ce texte.
Cela me fait plaisir de vous lire, même si j'aurais besoin des prochaines 24 heures (au moins) pour intègrer et ranger chaque chose à sa place. Cela me fait plaisir parce que j'élucubre dans mon coin depuis de jours avec pas mal des raisonnements que vous exposez, sans arriver à classer ni à ordonner. Mais tout de même, en plein "cacao mental" comme l'on dit dans mon autre pays, au fond de moi, une petite voix me dit "Bien sûr que l'on peut faire autrement sans pour autant vivre en autarcie, ce n'est pas la mondialisation ni le "marché" qui nous enchaîne à un système pourri, c'est notre inertie à réagir et nous restons assujettis aux paroles des mêmes apôtres que nous avons suivis presque en chantant et qui eux continuent de débiter imperturbables leur doctrine... Bien sûr que ce système financier tel qu'il fonctionne aujourd'hui n'est pas la peau naturelle qui recouvre le corps social, ce n'est qu'une couche de plastique qui l'étouffe et empêche à ses pores de transpirer... au point que maintenant nous allons cotiser allégrement sans rien changer pour "sauver" aujourd'hui cette prochaine déroute annoncée...?" Je suis d'accord avec vous, en aucun cas j'aurai voté ce texte.
Merci pour vos commentaires et pour le style, je sais, je sais, je sais .....;)
Je suis assez d'accord avec votre commentaire sur le texte de soutien aux banques. Par contre, je n'ai rien compris à votre tribune d'origine. C'est à dire que je ne sais définir ce que vous proposez. Certes il semble que vous conveniez que une politique sociale à vocation par essence redistributive est à mettre en place en parallèle d'une politique (ou absence de politique) économique. Et vous ne semblez pas y être opposé, si tant est qu'elle ne pollue pas le marché, ce qui est absolument impossible, bien entendu. Donc, en réalité vous êtes contre toute politique sociale redistributive. Ensuite donc, je n'arrive pas à discerner votre position économique. Elle semble être ultra ou néo libérale, et s'appuyer sur une efficacité (parfois lente ou décalée) des marchés. Si c'est bien le cas, je dois vous dire que vous êtes dans l'erreur totale (en fait dans l'idéologie et pas dans la science - si l'on ose parler de science au sujet de l'économie). Vos modèles économique et vos démonstration des capacités autorégulatrice des marchés est ASBOLUMENT fausse, ou plus exactement vraie dans un cadre théorique parfait, qui n'existe jamais. Donc comme je dis, absolument fausse dans le contexte du monde réel. Vous êtes encore de ces néo ou ultra libéraux pour qui la liberté totale des hommes est la base de l'idéologie. Avec son corolaire d'asservissement des faibles par les forts, des pauvres par les riches. Un vrai Salluste, donc. A vomir ! Il est des jours où je me voudrais Robespierre !
Bon, prenons un anti-vomitif, c'est-à-dire de l'écoute et de la patience. Que va répondre salluste à eltrigo ? Faut savoir faire elburro pour avoir l'avoine quand on n'a pas de blé et que l'on veut avoir des idées claires.
Merci Salluste, de penser à regarder dans votre messagerie privée.
Bon appétit eltrigo ! Et merci pour vos commentaires qui me vont droit au coeur. Robespierre c'est un bon choix je vous félicite. Cordialement Salluste
à Eltrigo ; "Vous êtes encore de ces néo ou ultra libéraux" . Qu'est-ce qui vous fait dire cela ? Comment est agencée votre petite boite à étiquettes ? . " pour qui la liberté totale des hommes est la base de l'idéologie" . Une sorte d'anarchiste, alors ? Et vous, que pensez-vous de la liberté ? . Je ne suis pas du tout sûr d'être d'accord avec Salluste (il faut que je relise son billet posément) mais vous, chapeau, vous avez déjà reniflé l'ennemi à guillotiner. Au fait, quelle était la doctrine économique du grand Maximilien ? . "ce qui est absolument impossible, bien entendu." . J'aurais cru cela possible, moi. Mais si vous m'assurez que c'est "absolument impossible, bien entendu", et ce sous la menace de la guillotine, il n'y a pas à discuter,bien entendu.
Il est vrai qu'en vous lisant, Salluste, on demeure sur une question, celle qui a motivé ma dernière ligne du 1er message : "Et encore, reste la grande question de la relation entre politique et lois économiques ?" J'ai eu tendance à comprendre comme Eltrigo (un peu musclée la verve d'Eltrigo, mais ça arrive dans les débats. Eltrigo vous devriez vous rendre compte que cela nuit à votre message) que vous penchiez peut être vers une vision très libérale du marché qui doit aller sa route sans entrave. Et là, il serait intéressant que vous donniez vos hypothèses sur les conséquences qu'aurait eues le fait de ne pas aider les banques ? C'est donc la raison de mon interrogation. Car finalement, la seule chose qui vaille la peine d'être explicitée en bout de route, ce sont les effets sociaux des choix économiques et politiques ; en d'autres mots, quelle société fabrique-t-on ou veut-on fabriquer ?
Je pense qu'il n'y a pas de relations absolues entre les deux. La politique prime toujours et partout. Ce n'est pas sur le terrain économique qu'il faut agir, c'est sur le terrain politique. Après, la science économique doit servir à rendre le choix politique praticable, mais en définitive c'est une position subalterne et très technique. La très grande faute de Friedman est d'être entré dans des positions partisanes qui de facto vident son propos de toute portée autre que partisane. Je vous recommande d'ailleurs d'écouter l'interview elle est très claire on a affaire à un idéologue qui a été un bon théoricien dans le passé, d'ailleurs il le dit lui même "il y a deux Milton Friedman". Effectivement il faut que je prenne le temps d'aborder plus en détail les raisons qui me poussent à penser qu'en l'occurrence ne rien faire était envisageable. Pour mettre mes idées en forme il me faudra du temps qui me manque mais j'y viendrai, c'est promis. Cordialement
à M. Billy . J'aimerais bien savoir ce que vous appelez vous-même "le marché", comment vous le définissez et quelle image (à la fois intellectuelle et affective) vous vous en faites. . "socialisme qui serait plus capable de fonctionner en suivant les règles du marché, à savoir être capable d’offrir des débouchés satisfaisants et soutenables au désir individuel et par la même à la liberté de chacun." (Salluste) Cela me paraît clair: il s'agit de faire régir les échanges (donc les fonctions de base de l'économie) par la rencontre de l'offre (rentable) et de la demande (solvable), la rentabilité de l'offre et la solvabilité de la demande pouvant être régulées par l'intervention, limitée mais pertinente, des pouvoirs publics et de la société civile. On est très loin du marché ultra-libéral qui fait tant horreur (à juste titre) à Eltrigo, dont on attend avec intérêt le "deuxième rabord" et les propositions. . à Salluste . L'informatique et le développement de l'information devraient pouvoir faciliter la décision des entrepreneurs, et pas mal économiser sur les tâtonnements, essais et erreurs: les initiatives efficaces pourraient être validées, et celles qui promettent d'être inefficaces découragées, a priori.
Le marché ? Je ne m'en fais aucune représentation affective (l'affectif n'entre en rien pour moi dans les choix politiques et économiques) ; quant à l'image intellectuelle, c'est un peu ce que vous dites : offre / demande / concurrence / ensemble de règles juridiques pour l'encadrer (je dis cela "en gros" !) Le problème pour moi, c'est que cette histoire de "concurrence libre et non faussée" me paraît bien faussée pour la raison que vous dites plus bas (18h44). Certes les nationalisations ne font rien de bon à partir du moment où les états se placent, sans le dire bien sûr, au service des intérêts particulier d'une poignée d'hommes d'affaires (cf : ce que dit Chomsky - en espérant que vous n'êtes pas de ceux que ce nom révulse !) ; et nationalisation ou pas, dans ce contexte-là, celui de l'alliance objective du politique et du monde des affaires, on arrive au même sinistre résultat. Je redis (et cette fois c'est ma subjectivité) qu'on assiste un véritable totalitarisme de la finance (vous avez compris ce que je veux dire par ce mot de finance) qui asservit pays et individus (c'est du "marche ou crève") sans qu'il soit bien possible de l'identifier comme tel (mélasse idéologique emplumée de morale, éthique et valeurs). Quant aux solutions !!! je n'en ai pas car je n'ai pas de connaissance assez précise de l'état des choses, mais je vois une piste dans l'établissement de rapports de forces radicaux dans la société. C'est vrai aussi que Lordon par exemple dit des choses que je trouve intéressantes .... En gros, on a besoin de gens qui pensent et qui luttent sans se lasser.
Comme je commente Chomsky en allant dans son sens vous comprendrez que cette référence est à mes yeux parfaitement légitime. Oui effectivement comme je le souligne l'idéologie néo-libérale est totalitaire par essence car elle prétend être performative non seulement sur son objet l'économie mais aussi sur la société dans son entier ce qui est impardonnable. Le marché s'autorégule tout seul, faites disparaître les monnaies d'Etat et vous verrez les acteurs se créer leurs propres monnaies. La théorie fonctionne jusqu'à un certain point. Mais et c'est le sens de mon texte l'outil économique n'a en définitive aucun rapport avec les enjeux qui se posent à nous en termes politiques et sociaux. Les solutions n'existent jamais par elle même il faut les construire en échangeant avec les autres. Cordialement Salluste
Merci Salluste, bien d'accord avec votre affirmation : les solutions n'existent jamais en elles mêmes ... Au sujet de cette crise et d'autres, le pervers de l'histoire c'est que le politique fait semblant d'y pouvoir (et vouloir pouvoir) quelque chose (quant à un changement, j'entends). Mais pourtant : on pourrait réfléchir à l'impact sur la société, qu'aurait un parti politique assez fort qui donnerait clairement à entendre dans son programme son projet de contrôler la circulation des capitaux, et autre ...(Je dis "impact" dans le sens de "signe envoyé et reçu") Salut à vous M. Billy
à Salluste . Je ne crois guère aux vertus de la nationalisation des banques quand tous les leviers de commande sont aux mains des milieux d'affaires...
A Melchior Griset-Labûche, je partage vos réserves .....
@Salluste : en un mot comme en cent, excellent article dont je recommande la lecture à tous, même et y compris aux béotiens, quitte à passer du temps pour bien l'apprécier.
Frédéric de Paris
merci ....
Le marché pour résumer, c’est là où se fixe le prix. Et le prix c’est ce que notre système économique assigne à tout bien qui fait l’objet de marchandisation et il se paye en monnaie pas par troc. l'outil économique n'a en définitive aucun rapport avec les enjeux qui se posent à nous en termes politiques et sociaux. Eh bien, Salluste, moi qui était rebutée par votre titre et ne cliquait pas dessus dans le "tracker"... Je n'ai pas tout compris en détail mais je crois avoir saisi les deux phrases que j'ai soulignées plus haut; Et cela me conduit à une profonde méditation. Et qui sait, à un changement de représentations !
Oui, j'espère que vous allez nous redévelopper votre pensée.
Pour ma part, je suis contente de pouvoir bénéficier des études de Salluste, dont je lis tous les instructifs billets, et le remercie de les mettre à notre disposition ; dans l'un d'eux - http://www.mediapart.fr/club/blog/salluste/021008/chomsky-et-les-oligarques -, il nous a indiqué l'adresse du "nid" : http://www.opesc.org/commun/index.php... . Par ailleurs, j'attends avec impatience la réponse de Lionking à ce billet, leurs échanges étant un pur bonheur ! (étonnant, au regard du sujet traité, souvent ardu pour les néophites) ;o)
Chere Corinne, j'avais bien appose un commentaire au billet du cher Salluste quand il est apparu sous forme d'article sur l'edition et j'etais en attente d'une suite a l'echange lui-meme semblant bien occupe a l'epoque. Je ne retrouve pas ce commentaire ici et je ne sais s'il y a un lien entre le meme texte sous forme d'article ou de billet, il serait interessant de poser la question au redac' en chef de l'edition. Par ailleurs je ne vois meme plus le texte en allant directement sur la page de l'edition. Bien a vous
Autant pour moi, le billet est bel et bien accessible sous Inside Banking! Mon commentaire ci-dessous en attendant la poursuite des echanges avec Salluste: Cher Salluste, merci tout d'abord pour cette longue et riche lettre ouverte sous forme de plaidoirie à décharge du système telle que vous l’aviez promis suite aux échanges sur la contribution intitulée le douloureux réveil de la main visible. Que certains des mécanismes du marché soient vieux comme l’Homme ou l’Histoire, qu’ils puissent être mis en équation ou codifiés, ce n’est pas cela qui est fondamentalement en cause. Ce qui l’est par contre, c’est le dogme dans lequel ont fini par s’enfermer les théoriciens et les praticiens du marché car il va de soi que les uns ne vont pas sans les autres contrairement à ce que vous semblez suggérer dans votre analyse. D’un paradigme parmi beaucoup d’autres on en est arrivé au dogme du marché ultime système émancipateur et producteur du bonheur de l’Homme, en croyant voir dans la succession des événements historiques des deux derniers siècles une démonstration absolue de ce fait. La théorie de la main invisible a pu séduire, continue et continuera sûrement à séduire, mais à bien y regarder de près elle souffre d’un mal primordial contenu dans le qualificatif même de son appellation : l’invisibilité. En effet cette invisibilité dont il s’agit relève plutôt de l’empirisme et l’on est presque parvenu à faire de la théorie qui en porte le nom une sorte de principe ou d’axiome qui n’a pas à être remis en cause mais dont seuls les corollaires devraient être mis en débat. Sans poursuivre dans une discussion épistémologique complexe, la dimension psychologique non négligeable des individus et des sociétés devrait certainement inciter à plus de doutes dans les énoncés et les analyses de l’Economie en tant que Science. Rajoutons qu' il est d’ailleurs paradoxal de noter, dans la formidable accélération de l’Histoire depuis le XIXe siècle ayant vu l’énorme saut qualitatif dans les connaissances et les progrès technologiques prodigieux confortant l’Homme dans sa marche vers la maîtrise de son existence, qu’il subsiste encore un domaine quasi sanctuarisé dont on dit qu’il peut fonctionner de façon parfaitement autonome, sans aucune intervention extérieure. En revenant à des considérations moins philosophiques, un autre aspect de votre analyse qui me laisse perplexe réside dans la dichotomie que vous opérez entre le monde réel et le monde du marché. Vous expliquez avec des termes techniques que ce dont il s’agit, c’est simplement de la destruction de masse monétaire virtuelle ou n’ayant jamais du exister et que c’est une affaire interne au marché qu’on devrait laisser tout seul naturellement régler cette affaire. Tout le tumulte autour soulevé par les pauvres gens ordinaires et leurs dirigeants politiques en serait même presque secondaire. Je récuse totalement le clivage économie réelle - économie virtuelle, par ailleurs servi du matin au soir par la communication des politiques renforcés par de brillants experts économistes et relayé en bout de chaîne par une large sinon totale partie du perroquet médiatique. Quand par exemple, l’état français injecte dix milliards d’euros dans le système bancaire – qui au passage nous disait-on il y a quelques semaines possédait un tissu très solide et n’avait besoin que de garanties sous forme de paraphe du politique pour faire circuler à nouveau les liquidités dans les poumons de l’économie – est on dans du virtuel ou du réel ? Le coût immédiat ou à venir, est-il virtuel ou au contraire réel ? Compartimenter le système pour identifier la ou les quelques composantes qui sont atteintes de maladie est tout juste une tactique ayant pour but la non remise en cause fondamentale du système. Car le fait est bien là, évident aux yeux de tous ceux qui veulent les ouvrir : Il y a Un système dont l’unique objectif est l’exploitation croissante du plus grand par le toujours plus petit nombre. Et s’il n’est pas réformé en profondeur ou si des voies alternatives ne sont pas sérieusement envisagées, il se dirige tout droit vers l’implosion. Sans faire preuve d’optimisme exagéré ou tomber dans l’utopie, je pense que l’unique réponse au changement est entièrement entre les mains des citoyens globalisés. Je ne doute point que le prosélytisme de nos néo-communistes de Washington à Paris en passant par Londres aie de fortes chances de convaincre, mais ne nous trompons point, ce ne sera qu’un sursis car à la prochaine grande réplique du séisme il sera extrêmement difficile de se baisser pour ramasser les morceaux qui resteront du système.
problème lors de la "publication" !
Je reviens vers vous pour poursuivre ...car il y a du grain à moudre, n'est-ce pas ! Et puis, je suis étonnée que peu de commentaires ici ou là n'évoquent cette question que je soulève en terme de "rapports des forces" à (r)établir dans la société ! J'ai plusieurs hypothèses : crainte de passer pour un ringard - crainte de paraître violent dans ses positions dans une société devenue (très apparemment) extrêmement policée (par peur du conflit, par exemple) - effets en sous-main d'une sorte d'idéologie de la négociation (ce qui ne veut pas dire que pur moi, la négociation soit mauvaise), opposée à celle de la lutte, celle-ci ayant peut être bien souffert de ne plus être pensée à la suite des années de gauche au pouvoir et de ses messages contradictoires .....- coupure culturelle et sociale devenue très profonde entre le monde qui réfléchit, étudie, publie, milite dans les partis... et, pour le dire vite, le monde du travail. A titre personnel, j'ai par exemple remarqué que sur mon lieu de travail, en 25 ans (j'ai la cinquantaine) il est devenu incongru, même déplacé, de parler politique, comme s'il s'agissait d'un sujet très personnel (comme la sexualité, ou l'argent qu'on gagne) à ne pas dévoiler sous peine de heurter, de mettre à mal une forme de sociabilité. P. Rosanvallon dans l'interview de S. Bourmeau conclut par la notion "d'impolitique" ; mais je suis frappée, là aussi, qu'il ne dise rien d'explicite sur le devenir des luttes sociales ; je trouve que sur ce sujet de l'intérêt général et de son incarnation, il serait important d'analyser quelles sont les forces à l'oeuvre dans l'usure syndicale, l'émiettement des luttes... Cordialement M. Billy
Il m'est impossible vous faire une réponse argumentée et solide, même si je partage votre sentiment. Je reviendrai vers vous plus tard. Bien à vous Salluste