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Obama's inaugural address: la rhétorique du mythe

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"This is the source of our confidence - the knowledge that God calls on us to shape an uncertain destiny." Barack Hussein Obama.

"Go west young man, and grow with the country" Horace Greeley

 

 

 

Voici quelques extraits choisis du discours d'investiture de Barack Obama montrant son attachement au mythe américain de la "destinée manifeste", -manifest destiny- que Pierre Lagayette - Professeur de littérature et civilisation américaines- nommait "la matérialisation linguistique d'une idéologie tentaculaire." Un mythe qui prend forme au début du 19ème siècle avec la présidence de Thomas Jefferson, soit 65 ans avant l’abolition de l’esclavage par le 13ème amendement à la Constitution.

Ce destin exceptionnel, fait du dessein divin, que l'Amérique croit porter en elle s'appuie sur la pensée providentielle des Puritains et "l'apostolat de la liberté". "Entre les deux se déploie la mission civilisatrice qui incombe à la nation américaine, et qui fonctionne sur les bases d'une expansion et d'un progrès constants" souligne Lagayette. Une idéologie qui a gagné la planète, dans tous les sens du terme.

Les Etats-Unis ont toujours eu recours à cet « habillage politique et idéologique de l’expérience individuelle», celle-ci ne faisant sens que dans la mesure où elle réalise un destin collectif. Que d’efforts déployés d’ailleurs pour un destin sensé, par définition, préexister. Mais les Etats-Unis se jouent des paradoxes et des obstacles. Les dérives raciales de la « destinée manifeste » ont semble-t-il été définitivement écartées avec l’élection d’Obama. Mais celui-ci continuera de diffuser la bonne parole de l’Amérique.

Leur histoire a un sens, et cette vision téléologique de l’avenir n’est pas prête de s’éteindre.

 

 

 

 

"The time has come to reaffirm our enduring spirit; to choose our better history; to carry forward that precious gift, that noble idea, passed on from generation to generation: the God-given promise that all are equal, all are free, and all deserve a chance to pursue their full measure of happiness.

 

(...) it has been the risk-takers, the doers, the makers of things - some celebrated but more often men and women obscure in their labor, who have carried us up the long, rugged path towards prosperity and freedom.

 

For us, they toiled in sweatshops and settled the West; endured the lash of the whip and plowed the hard earth.

 

Time and again these men and women struggled and sacrificed and worked till their hands were raw so that we might live a better life. They saw America as bigger than the sum of our individual ambitions; greater than all the differences of birth or wealth or faction.

 

This is the journey we continue today. We remain the most prosperous, powerful nation on Earth.

 

For they have forgotten what this country has already done; what free men and women can achieve when imagination is joined to common purpose, and necessity to courage.

 

Our Founding Fathers, faced with perils we can scarcely imagine, drafted a charter to assure the rule of law and the rights of man, a charter expanded by the blood of generations. Those ideals still light the world, and we will not give them up for expedience's sake

 

Our spirit is stronger and cannot be broken; you cannot outlast us, and we will defeat you.

 

(...)you are on the wrong side of history; but that we will extend a hand if you are willing to unclench your fist.

 

(...)it is ultimately the faith and determination of the American people upon which this nation relies.

 

(...)those values upon which our success depends - hard work and honesty, courage and fair play, tolerance and curiosity, loyalty and patriotism - these things are old. These things are true. They have been the quiet force of progress throughout our history. What is demanded then is a return to these truths

 

Et de conclure: "Let it be said by our children's children that when we were tested we refused to let this journey end, that we did not turn back nor did we falter; and with eyes fixed on the horizon and God's grace upon us, we carried forth that great gift of freedom and delivered it safely to future generations."

 

Amen.

 

 

 

 

Tous les commentaires

La force de l'Amérique, c'est sa capacité à croire en son propre mythe. Pour le meilleur comme pour le pire. La société américaine, fourvoyée dans une culture de marché individuelle, contractuelle et pénitentiaire, a toujours au fond d'elle-même ce mythe fondateur de la marche en avant pour le progrès de tous, sous l'œil bienveillant de Dieu. Peut être juste pour se donner bonne conscience. Peut être, avec un élément catalyseur comme Obama, pour le vivre vraiment.

Le mythe américain, de part son messianisme, ses aspirations , la conviction de sa justification nécessaire, contient les ferments d'une dangereuse dérive qui s'est vérifiée presque quotidiennement depuis la naissance des Etats-Unis. Il s'entoure de grands principes qui sont là pour justifier les "écarts". La hauteur de l'idéal justifie tout le reste. On a déjà vu ça ailleurs, avec des idéaux qui ne répondaient pas au doux nom de liberté. Alors, justifier des dérives au nom de la liberté n'est-il pas finalement bien plus grave ?

Tous les mythes contiennent les ferments de leur propre dérive, sinon ca se saurait... le mythe libéraliste ou le mythe communautariste, le mythe libertaire comme le mythe sécuritaire, le mythe universaliste comme le mythe individualiste. Mais n'avoir aucun mythe conduit par défaut à n'avoir envie de rien, accepter d'être un élément passif, voir une victime, d'une machine rationnelle au sein de laquelle on nait, on bosse (beaucoup), on baise (un peu), et on meurt (toujours). Super. Le mythe c'est l'image de soi adossée à l'image d'une société qui donne un sens à sa propre existence, et même à sa propre mort. C'est, très clairement, plutôt l'apanage des jeunes nations que des vieilles, et ce n'est pas pour rien que les US se considèrent encore comme une jeune nation: le mythe est toujours là, et aujourd'hui il redresse la tête. On ne peut pas en dire autant du mythe égalitaire français, pour l'essentiel mort et enterré.

C'est vrai, assez passionnant cette question du mythe. Quid de ses liens avec le désir, au niveau individuel surtout ? A creuser. Quelques lectures à (re)faire... Bonne soirée Vincent !

Oui Samuel, c'est la bonne question que celle du désir. La position freudienne classique a voulu enfermer la question du désir dans l'unique fonction du mythe d'Œudipe (la Loi) alors même que le désir est puissance dionysiaque avant d'être une réponse à un manque, processus machinique avant d'être processus d'acquisition, tel que nous l'on décrit Deleuze et Guattari. Le commun ne se réduit pas au mythe, c'est notre réalité en tant que multitude. Il n'y a pas de sujet identifiable certain déterminé par une quelconque figure mythique, mais des singularités, des désirs à agencer sur un plan d'immanence, non prédéterminé par une vue unique et contractuelle avec l'État (celle que Thomas Hobbes et son Léviathan nous promettait), un seul monde possible auquel une vision mythique voudrait nous soustraire. Les États-Unis croient en la réalisation de leur propre mythe et créent en cela de la représentation. On n'a pas, à mon sens et pour contredire Vincent, à "croire" en un mythe pour construire une société mais plus à nous saisir de nous-même et de nos désirs dans la puissance de notre apparition dans le monde. Le mythe est un récit, une parole, il est avant tout une tradition orale qui circule, se transforme comme toute parole et en tant que telle reste le lieu d'une création et non pas celui d'une croyance à réaliser à tout prix, car c'est aussi la parole qui est la première action du politique en tant qu'espace ouvert de la multitude propice à la construction et à l'invention. Construire une société sur la "croyance" en un mythe et un dieu, c'est à mon sens soustraire le réel de la multitude dans une représentation plutôt que reconnaître la multitude du monde dans sa puissance de volonté à s'inventer, c'est assez archaïque finalement comme processus. Croire n'est pas savoir. La société américaine aurait plutôt tendance à réaliser son mythe, à le prendre au pied de la lettre, plutôt qu'à construire une société, et, comment réaliser un mythe si ce n'est avec les moyens de la représentation. N'oublions pas que l'élection d'Obama s'est déroulée grâce à un processus médiatique hors norme. Espérons qu'il ne reste pas pétrifié dans la figure de son hyper-production mythologique : "Je suis la réalisation (comme on dirait je suis la preuve) du mythe".
Merci pour cette vidéo, un bijoux !

doublon

Beaucoup de bruit pour pas grand'chose autour du discours d'investiture de Obama : 98% de son discours aurait très bien pu être tenu par n'importe quel président - même bush. . 1) travaillez et vous serez récompensés 2) Nos soldats en Irak et en Afghanistan sont les nouveaux héros des temps modernes 3) Peuples qui aimez la liberté, vous pouvez compter sur nous. 4) Dieu est de notre côté. . ___________ . Serge ULESKI : Littérature et peinture à l'adresse suivante : http://sergeuleski.blogs.nouvelobs.com

Il est typique de la construction du mythe américain , qui se batit sur ses antithèses, que la phrase "Go West young man" , qui fait partie du mythe libertaire, était à l'origine, comme l'a souligné Thoreau, la conséquence de l'intolérance : "If you don't like it here, go west young man". C'est la raison pour laquelle, afin de donner une incitation à l'initiative et recréer l'espace de liberté, John F Kennedy avait lancé le slogan de la Nouvelle Frontière.

C'est l'archétype de la parole anesthésiante. On appelle les États-Unis le pays de la liberté. Mais pour une population de 280 millions d'habitants, il y a 2,3 millions de personnes incarcérées (en Chine pour 1,3 milliards d'habitants, il y a 1,5 millions de personnes incarcérées). Il faut ajouter plus de 5 millions de personnes sous contrôle judiciaire. On arrive à 3,2% de la population sous l'emprise de la justice, c'est-à-dire 1 personne sur 30 ! Le mythe de la communion et du destin collectif rend aveugle devant la réalité de l'individualisme de l'organisation sociale américaine. C'est aussi le pays des self-made men (à la Warren Buffett), mais la mobilité sociale est bien moindre aux États-Unis qu'en Europe. Ainsi va la parole politique.

@ Georges de Furfande : je ne connaissais pas le point de vue de Thoreau sur cette phrase que l'on attribue a Greeley, journaliste, et fondateur du New York Tribune. Réformateur, progressiste et anti esclavagiste, Greeley a semble-t-il piqué ce mythique bon mot à John Babsone Lane Soule, dans un éditorial du journal Terra Haute Indiana Express en 1851. La course vers l'ouest s'est achevée en 1890. L'immense sol américain était enfin colonisé. Il fallait maintenant trouver de nouvelles frontières, JFK l'avait bien compris. Au-delà d'un interventionnisme accru dans les affaires internationales, que d'aucuns nommèrent 'impérialisme', la nouvelle frontière fut aussi l'espace, et les premiers pas sur la lune en 1969. @Tchavolo : "la parole anesthésiante" : belle formule. Merci de ces chiffres et de ces données, ainsi que du lien. A quand remontent ces stats ?

Les chiffres sur la population carcérale datent de 2006 et proviennent d'un rapport de Human Right Watch, que je ne parvient malheureusement pas à retrouver. D'après un rapide furetage sur Google, les 2,3 millions de prisonniers semblent encore d'actualité pour 2008. Pour une présentation plus détaillée vous pouvez lire Punir les pauvres de Loïc Wacquant. Sa thèse est qu'au Etats-Unis la pauvreté est gérée par la prison pour les hommes et par l'assujettissement à l'administration sociale pour les femmes (je caricature largement son propos). Quelle que soit la validité de sa thèse, les chiffres sourcés qu'il fournit font réfléchir. Notamment, l'écart entre le taux chômage français et américain est à peine supérieur au taux d'incarcération. Ça laisse songeur.

J'ai une méfiance instinctive à l'égard des mythes et des hommes providentiels. Certes, comme le dit Vincent Le mythe c'est l'image de soi adossée à l'image d'une société qui donne un sens à sa propre existence, et même à sa propre mort. Mais ce que nous rapporte Tchavolo sur la situation américaine est un sacré anti-mythes. Quant à l'ampleur du mouvement d'idéalisation à l'égard d'Obama - quelles que soient ses qualités -, elle donne une étrange impression, qui évoque quelque chose d'infantile. On a certes besoin de rêves et d'idéal, mais mettre tant d'espoirs en une personne, devenue un demi-Dieu, n'est-ce pas Too much  ?

"Quant à l'ampleur du mouvement d'idéalisation à l'égard d'Obama - quelles que soient ses qualités -, elle donne une étrange impression, qui évoque quelque chose d'infantile." YES Art Monika, je n'ai pas osé le dire !

Stéphane et Samuel, merci ! Je craignais d'être seule dans mon coin à bougonner comme une (fausse) sceptique. Je trouve tout à fait sidérant que les gens s'aliènent ainsi à un homme, dont je précise une fois de plus que je reconnais les qualités. Ce qui m'inquiète, c'est l'espèce d'admiration que son arrivée au pouvoir suscite chez beaucoup de gens. Il est paré de toutes les vertus, on attend de lui qu'il prenne en mains et règle tous les problèmes du monde. On fait comme si une personne seule, de par son intrinsèque et singulière existence, pouvait modifier le cours du monde, en infléchir les défauts et les injustices. Cette foi aveugle dans le Grand Homme, que Freud analysa notamment dans Psychologie collective et analyse du moi, me fiche la trouille. Car la foule est aveugle, elle délègue à son Grand Homme son moi idéal ou son idéal du moi. Nous avons des exemples dans l'histoire de ce à quoi conduit cette aliénation, et pourtant le même processus se répète. Toutes proportions gardées - c'est très politiquement incorrect - j'ai pensé à l'admiration infantile de nombre de français lors... de la victoire au Mondial de Football... de l'équipe black blanc beur, brusquement devenue le symbole de la France réconciliée et victorieuse. J'avais été frappée par ce phénomène d'identification et d'aliénation, qui me semble être de même nature psychologique que celui exprimé par les supporters inconditionnels d'Obama. Je trouve cela malsain.

Chère Art Monika, je me dispute en ce moment avec mon ami sur ce sujet. Lui dit qu'il est important que nous vivions de temps en temps un événement où nous nous sentons liés les uns les autres par un phénomène commun. Je lui répond alors que je comprends, mais que cela peut aussi se faire à travers des phénomènes plus quotidiens et qui ne se concentrent pas autour d'un seul personnage (fascination de l'Un, qui est le propre du fascisme) ou d'une seule idée, mais tous les jours dans notre ressenti de la multitude. Pour ma part, c'est en buvant mon café le dimanche matin dans le chaos bruillant et enivrant de Belleville où mon corps est pris dans le flux des singularités qui me traversent et que je traverse que ce sentiment me prend. Ce n'est pas dans un stade non plus, où notre attention est portée non sur la multitude qui nous entoure mais par un seul événement qui soustrait notre attention à la puissance unifiante de cet événement, à l'objet unique qui nous porte d'une seule voix. A ce phénomène du commun par l'Un, j'opposerai le chaosmos de Joyce, où singularité, monde, mots, voix sont pris dans une turbulence, un mouvement dont l'ordre poétique ne détruit pas le flux, ne le fige pas, mais accueille la diversité par une réflexion dans son mouvement même. On me reprochera d'être lyrique. Ok, j'assume. J'en reviens toujours à cette idée, que la forme du politique incarnée au bout du compte par UNE figure, plutôt qu'être un mouvement de saisissement bruyant de notre diversité reste une forme archaïque, une croyance, un projet de représentation du monde, plutôt qu'une réalité de notre être-ensemble. Comme le dit Hannah Arendt, le politique ne concerne pas L'homme, mais LES hommes.

Bug.

Je partage votre réserve Monika, Obama est la meilleure chose qui soit arrivée aux Etats-Unis depuis longtemps, mais il faut savoir raison garder. Pour citer la bible, qu'il semble aimer, "mieux vaut le jour de la mort que le jour de sa naissance." (symboliquement bien sûr)

Ce que beaucoup de gens ne pardonneront pas à Obama, c'est qu'il renoue avec l'idée du Progrès et l'idéal des Lumières, dont nos post-modernes n'ont que faire. Voilà quelqu'un qui n'est ni collectiviste ni ultra-libéral, et qui croit en l'idéal démocratique. C'est assez pour faire scandale, et être mal vu, en particulier, de son bon collègue Hugo Chavez.

"Ce que beaucoup de gens ne pardonneront pas à Obama, c'est qu'il renoue avec l'idée du Progrès et l'idéal des Lumières." Vous y croyez encore Melchior au Progrès et à l'idéal des Lumières ? Cela fait un peu musée comme concept, non ? Parce que dans l'idéal des Lumières, si on n'est pas éclairé à cent mille Watt, on reste dans l'ombre si je ne m'abuse. Ce n'est pas mieux que l'éclairage de Dieu que cet idéal a remplacé.
Les "post-modernes" comme vous dites, ne sont ni collectivistes, ni ultra-libéraux à ma connaissance. Quand à la démocratie, ils ne la voient pas comme un idéal justement, mais pour beaucoup elle est une réalisation du mouvement immanent des puissances de nos singularités. C'est la lecture de Spinoza et son concept de multitude et d'immanence du politique contre la vision unique et contractuelle du Souverain de Hobbes qui les a plutôt inspiré.

Je me doutais bien que vous aviez quelque chose contre les musées. Voltaire, Diderot, Condorcet, Hugo, Jaurès: au musée (et le musée, fermé, faut demander la clé au garde-champêtre; et le garde-champêtre Guy Puckipette: l'est pas là, a dû emmener dare-dare à la ville chez le véto son chat VincentPeillon qui s'est étranglé en mangeant des croquettes socialistes retrouvées au grenier, et qui dataient du XIXème siècle, on n'a pas idée non plus...). Mais je vois passer dans le champ les petites oies Multitude et Immanence qui viennent chez Delphine et Marinette apprendre à ourler les torchons.

Ah oui, je ne suis pas du tout encyclopédique ! Je préfère la pratique du sample, du mixage, de l'hybride plutôt que la collection au formole. Je suis né avec la télé, j'ai étudié avec l'Internet, je suis de mon époque et je m'en moque, je préfère en rire plutôt que d'en pleurer. Et je trouve plus stimulant, plus vivant, plus libre de faire converser Goldorak et Platon par exemple plutôt que les tenir séparer dans ce que l'organe énigmatique de la bienséance voudrait les enfermer.

Hélas ! Pif Gadget est en liquidation judiciaire.

Hé Hé... Melchior vous tentez de botter bien haut pour un âne ! J'ai lu comme vous "Martine à la ferme", mais cela ne m'a jamais inspiré. Par contre Apulée m'est de meilleur compagnie en âneries.

Chut ! L'âne dort. . Au fait, l'âne est le symbole du parti de B.H. Obama.

Ah non, moi je ne partage pas le Baudet avec Obama. Hors de question. Et puis quoi encore ?

Il me semble que la situation de la société américaine aujourd'hui est le résultat d'une dérive dont tout mythe contient les ferments, comme le disait Samuel ci-dessus: l'idée d'une nation d'individus libres, sans le poids de traditions collectives, qui dégénère en nation d'individualistes dont les rapports sont avant tout contractuels. D'ou le développement d'une société légaliste et pénitenciaire, seule manière de gérer ceux et celles qui ne respectent pas leurs "contrats".

Ah, bonne parole Vincent ! Cela rejoint ce que je disais plus haut ! Mais attention à la "croyance" aussi. Connaître les mythes, y déceler avant tout un modèle créatif du récit de notre monde, certes, mais y croire !
Reste aussi ce que vous appelez "le poids de traditions collectives"... c'est lourd ! J'ai mal au dos là ... vous semblez être dans un rapport très fort à ce collectif traditionnel, mais le commun ne se résume pas au passé et à la tradition, c'est aussi ce que nous construisons ensemble au présent (notre présent pouvant être un point de jonction de notre passé et de notre futur). Et nos traditions ne constituent pas à mon sens un poids mais des éléments passés qui circulent et se réinventent dans un flux temporel marqués par nos singularités. Notre mémoire est faite aussi de notre oubli, le passé n'étant tel que parce que notre présent oublie et se souvient. Le poids des traditions, ça fait un peu folklore non ? Remarquez qu'aux États-Unis, la tradition est souvent très muséifiée, folklorique. C'est sans doute cette tradition comme poids qui justement fait d'elle une société qui a tendance à mettre en cire le passé plutôt que le laisser se constituer comme tel dans le mouvement du présent et sa capacité à faire de ce passé un élément vivant qu'il faut réinterpréter à la lumière de notre mémoire involontaire.

J'utilisais la formule "le poids de traditions collectives" dans le contexte des pionniers américains, qui fuyaient l'Europe et ses traditions sociales et politiques. Cela dit il faudrait sans doute catégoriser ces traditions collectives, selon qu'elles servent la communauté ou l'élite que la communauté est censée servir. Le problème semble être que la seconde catégorie, dont il faut à mon avis se débarrasser et qui était évidemment visée par les pionniers américains, ne peut pas être remplacée par rien, car ce vide mène à la barbarie. Ce vide, au départ, permet l'installation du mythe. La question ensuite est de savoir comment décliner ce mythe en une civilisation.

J'avais bien compris, Vincent, le contexte dont vous parliez. Mais on n'échappe pas à notre histoire même en traversant l'Atlantique. La table rase déjà est un mythe. Donc, en voulant vivre ce mythe de la table rase, on enferme le passé et la tradition dans un processus figé de la mémoire, et on construit à la place de la représentation à laquelle on soustrait le réel. On représente la nouveauté mais on ne l'a crée pas. Réalité et représentation doivent vivrent ensemble dans un mouvement dont l'un se nourrie de l'autre, mais pas au détriment de l'un et de l'autre. Je ne serai pas aussi catégorique que vous. Plutôt que catégoriser les traditions, ils faudrait à mon sens plutôt déconstruire les mythes de l'élite et du peuple déjà, dans le sens où à bien y regarder, de manière personnelle, rien ne vous empêche de vous nourrir d'une tradition aristocratique par exemple tout en étant issu d'une tradition paysane ou ouvrière et inversement. La question même des catégories qui ne sont que des signes de pouvoir devrait ne même plus être posée. La circualtion des mémoires n'est pas aussi fermée que cela et l'inconscient collectif n'est pas réduit à une condition de classe, surtout depuis l'ère moderne. Ce sont nos esprits conditionnés par les normes historiques des enjeux de pouvoir qui construisent leurs propres frontières. Rien de plus facile que d'avoir un pouvoir sur une catégorie, sur des identitées bien construites et signifiantes. Mais en faisant parti du monde, en se détérritorialisant de nos croyances identitaires, culturelles, sociales, on croise forcément les flux de traditions dont nous ne sommes pas les descendents directs, mais rien ne nous empêche de nous reconnaître dans tel ou tel aspect sans pour autant participer à l'économie sémiologique des signes de pouvoir qui ont tenté de les classifier.
Il ne s'agit pas à mon avis de détruire et de remplacer. Mais de circuler autrement dans cette mémoire.
Ce que vous appelez le mythe qui comble le vide, moi j'appelle cela de la représentation, du signe. A mon sens, les Etats-Unis crée du signe plus que du récit, dans le sens de la parole dite, non représentée. Et quant à votre logique de partir du mythe pour aller vers la civilisation , j'ai un peu de mal. Vous pensez vraiment qu'il y a un ordre ? Que le mythe en tant que récit élaboré préexiste à la civilisation ? Si tel est le cas, on construit comme je l'ai dit plus haut, non pas une société, mais une représentation de cette société. Le mythe n'est pas réel et n'a pas à être réalisé. Il fait parti des outils de notre conscientisation du monde. Il y a une porosité de circulation entre notre réalité et les mythes que nous avons élaboré pour mieux donner un sens et une morale à notre existance. Mais leur laisser le pouvoir d'une vérité comme fondement à la lettre de la construction d'une société, c'est une autre conception du mythe qui m'échappe un peu Vincent.

@en_mise_à_jour (si vous avez un prénom un peu plus humain, je suis preneur :)) Si je comprend bien votre argumentaire, il est basé sur la notion d'une différence entre la réalité et sa représentation, le récit et le signe, la tradition et son image. D'accord, mais le mythe est-il une réalité ou une représentation? Dans mon analyse le mythe est une représentation collective, un ensembles de symboles. Ce mythe façonne ensuite une société, une civilisation, par une projection de ce mythe dans la réalité. Concrètement, dans nos cultures, par le biais d'une Constitution. Réalité qui existe indépendamment du mythe, qui ne s'y soumet pas facilement (quand elle s'y soumet complètement, c'est généralement par voie d'un système totalitaire absolu, et encore!). Mais le mythe, lui, n'est que très peu influencé par la réalité, il s'estompe plus qu'il ne se modifie, et peut resurgir quand la réalité lui recède un peu de terrain. Comme aux USA actuellement.

Je suis déçu Vincent, je pensai que vous m'aviez reconnu. Art Monika, elle, ne s'y est pas trompée un peu plus haut ;-)
On se retrouve en partie. Mais pour ma part j'accorde plus d'importance à une vision anthropologique du mythe comme récit structurel du monde. Cela ne le fait pas préexister pour autant. Je dirais même le contraire, c'est la société qui façonne (pour reprendre vos mots) ses mythes et non l'inverse comme vous le dites. Pour moi le récit mythique part toujours d'une réalité qui comporte une part de mystère, c'est ensuite le récit créé autour de cette réalité mystérieuse qui en lui apporte son caractère transcendant. Que dire sinon des mythes modernes, des mythologies urbaines ? Chaque civivilsation crée ses archétypes. Le mythe est donc toujours contemporain d'une certaine réalité. Mais je me rends compte que nous parlons du mythe en générale, alors même qu'il existe, il me semble, plusieurs types de mythe. De quelle nature serait alors celui que nous prêtons au mythe américain ?
Pour moi, le mythe n'est ni une réalité totalement, ni une représentation totalement, c'est une sorte de méta-narration comme on peut la rencontrer au théâtre ou au cinéma, un récit qui n'est pas représenté sur scène ou dans l'image, mais raconté par les personnages et qui nous renvoie en dehors du champs de la représentation que nous sommes en train de regarder. Ce serait une sorte de hors-champs.

Fichtre, Stéphane! Bon, j'aurai dû m'en douter :) Que la société façonne des mythes, sûrement, on voit ca à chaque coupe du monde de foot avec les superstars par exemple. Mais ce ne sont pas des mythes fondateurs. Il me semble qu'un mythe fondateur surgit d'une rupture, d'un schisme qui fait que la société d'après n'est plus la même que la société d'avant. Comme les Révolutions françaises ou bolcheviques. Comme l'exode des pionniers vers le Nouveau Monde. Pour moi ceux-là ne sont pas hors champs, ils sont centraux.

Merci Stéphane -je me sens très proche de vos réflexions- et Vincent d'avoir ainsi étoffé le débat. Merci également aux autres intervenants, et aux notes de lectures qui ont été faites ! A bientôt pour un autre billet sur la nature du mythe.

Je suis en train de lire Francois Flahault "Le crépuscule de Prométhée". Il me semble que ce "mythe américain" est typiquement prométhéen : * conquète de la nature, de territoirs vierges au service de l'homme * développement et enrichissement infini, basé sur la connaissance et la technique, repousser les limites, les frontières * accent mis sur l'individu, méfiance vis à vis de la société et de la politique. L'individu n'a de compte à rendre qu'à Dieu Les Etats Unis sont encore plus plongés dans l'approche prométhéene que les Européens, qui malgré tout croient encore aux relations entre les individus et entre les générations, au poids le la culture, à la transmission. C'est aussi pour cela, sans doute, que les USA nous fascinent tant : les américains osent ce que nous n'osons pas, il s'affranchissent complétement de la crainte des Dieux. Olivier

Les Européens ont goûté à l'approche prométhéenne avec le nazisme, ce qui explique une certaine réticence...

Inutile de dire que dans ma crainte des Hommes providentiels auxquels les foules aveuglées s'aliènent, le moustachu au bras tendu et aux aboiements féroces tient une place paradigmatique de choix . Encore une fois, je parle des processus d'idéalisation et d'aliénation, pas d'Obama. Vincent le Schtroumpf n'aurait pas reconnu en mise à jour  ? Comment est-ce possible ? Petit manque d'attention ;o)

Oui, comme vous dites! Mais quelle est cette habitude des Stéphanes de se faire renommer avec des noms pas possibles (Lémur Cata, en mise à jour...). Ce serait de Nicolas ou des Brice je comprendrais encore, mais Stéphane....

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