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May

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A JORGE SEMPRUN

C'est parce que Jorge Semprun racontait sur France Inter ou Culture la signification de Forêt de hêtres, en Allemand, que j'ai écrit ceci :

LA FORET DE HETRES

C'est cette forêt là et pas ailleurs. Des

hêtres. Des centaines de hêtres qui

sentent l'hiver. Alors y entrant, on peut

voir, et c'est tellement vain ce monde de

terre piquée d'arbres nus, qui parlent encore

de ceux qui ne sont plus. Qui parlent de la

clairière, souvenirs d'arbres qui tombent en

baraques sans air. Cette forêt à une mémoire

qui a grandie comme les branches, les feuilles

et leur disparition. Un arbre n'oublie rien et

regarde toujours plus loin, étirant sa cime.

En ce temps-là, la forêt de hêtre aurait aimé

des yeux et les fermer. Alors, ils ont inventé

une clairière en fer, en silence, et au centre un

feu toujours alimenté, ogre de flammes, monstre

d'odeurs. En ce temps-là, dans la forêt, personne

ne parlera de ce qu'il a vu, de ce qu'il verra. Reste

un silence indicible, froid à l'orée d'une clairière

morte, à y sentir les arbres morts pour des

baraques cachées, pour un four, des crisde

mère, chaque mère avec l'enfant en branche,

une forêt de femmes tenant des enfants, mortes

d'horreur. Un amlgame gris qui attend sa flamme,

la griffe dans le bras. La forêt de hêtre raconte

encore ce que des hommes ont fait aux hommes,

et qui les secoue un à un, la mémoire en tempête

qui n'en finit pas. Les arbres parlent en craquements,

en bruissements de feuillets sanglots. Et la forêt gagne

sur la clairière de ce temps. Dans d'autres pays la forêt

de hêtre se nomme autrement. En Allemagne Forêt

de hêtres se dit Buchenwald.

 

Merci à Jorge Semprun.

(Monde Sauvage, Michelle Tochet, L'Harmattan)

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