Rien ne bouge. Les arbres dénudés de leurs feuilles laissent passer la brise, immobiles. Le jardin est recouvert de neige. On devine sous une rondeur la sauge, on gratte l’épaisse couche protectrice à la recherche du persil, encore bien vert, qui va rendre son office dans la salade. Ici et là dépassent les ombelles sèches et brunes de l’achillée. Parfois la terre est restée nue et la voilà dure comme du bois. Tenter d’y mettre un coup de fourche-bêche est peine perdue. Tant mieux, ce n’est justement pas le moment de planter quoi que se soit. Et puis il y a ces jours de redoux, quand on se surprend à trainasser parmi les herbes jaunies, le sol gorgé d’eau. On arrange le paillis, bousculé par le vent, on modifie l’ordonnancement des pierres de la bordure, on observe les effets de la brûlure du gel. Lors des grands épisodes de forme, quand un coin de soleil brille, c’est le moment de s’essayer au plessis, de diviser et transplanter une vivace, ou d’aller arracher cette satanée ronce qui vous attrape les chevilles sur le chemin du potager. L’épineuse question sera résolue tout en douceur, par une traction lente mais néanmoins ferme qui extirpera les jeunes pousses roses prêtes à bondir (les vaches !) et leur racines. Les indésirables se laissent alors saisir comme endormies. Le compost attendra son tour, la pluie et la neige l’ont rendu trop lourd. Et puis rien ne presse, rien ne peut attendre le lendemain. L’hiver est long. Le jardin n’est alors jamais impérieux. C’est dans l’air glacial que le jardinier pourrait enfin s’étendre sur son transat.