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Garde à vue 2/3
Résumé de l’épisode précédent : il est 10h22 vous êtes en garde à vue.
-On la menotte?
-Oui ben sûrement pas j’ai mal à l’épaule, je sors d’une opération, j’ai des papiers du chirurgien si vous voulez.
-Mademoiselle, vous ne décidez pas.
A son collègue:
-Non c’est bon.
-De toute manière, je n’ai rien fait, je ne vois pas à quoi tout ceci rime.
-Mademoiselle, si vous n’aviez rien fait, nous ne serions pas là.
Ah ah ah.
En route, la 206, fidèle au poste, attend que sa soeur tout aussi bleue soit sortie de l’allée pour faire de même. Direction B, la géographie est un peu vague, je mélange les villes de ce bout de côte, tout est collé, on passe de l’une à l’autre sans vraiment s’en apercevoir, V-St-J-B-E/ BDM. J’y vais très rarement.
Nous roulons.
-C’est pas si loin finalement chez vous, on pensait que ce serait des heures mais non ça roule bien. Mais on a eu du mal à trouver.
(Vous n’avez pas de GPS? La traque aux bandits doit en être grandement facilitée...)
-C’est assez commode en effet.
-Non parce qu’on est debout depuis 4 heures du matin.
(Moi aussi quasi..)
-...oui on était en planque chez votre père, on attendait 6 heures. On l’a réveillé vot’ papa, il n’était pas bien content.
On se pince, c’est le dernier salon où l’on cause la 206 de la gendarmerie?
-Non vous ne l’avez pas réveillé, il lit beaucoup, il devait travailler, écrire...Pourriez-vous me dire de quoi il s’agit?
Je cherche, j’imagine: Hadopi déjà? Non, aucune lettre reçue. La drogue? Rien du tout pour faire des infusions pour calmer la douleur, je ne fume même pas, je ne supporte pas les anti-douleurs.
-Vous connaissez bien B.?
-Non pas vraiment, je localise mal. Mais je vais dans le coin faire de la plongée, au club nautique, rarement. Sinon, j’y viens en bateau depuis N pour plonger, je ne vais jamais à terre.
-Et vous connaissez Monsieur (je m’aperçois que je ne me souviens absolument pas du nom du type, appelons le... Y)Y?
-Ah non pas du tout.
-C’est lui qui a porté plainte.
-Mais comment voulez-vous qu’un type que je ne connais pas porte plainte contre moi.
-Vous êtes certaine de ce que vous dites? Vous savez, on travaille autant à charge qu’à décharge.
Ce leitmotiv, je vais l’entendre 50 fois pendant ma garde à vue, à cet instant, je ne comprends pas bien de quoi il parle.
-Vous ne connaissez pas monsieur Y ? Il habite une villa sur les collines de V.
-V? Mais je croyais que c’était B!
-Oui mais la gendarmerie est à B, et le monsieur est venu porter plainte à B bien qu’il habite à V.
C’est très clair, passons.
-Donc ce monsieur a porté plainte contre moi, nommément?
-Non il a porté plainte contre X.
-Ah mais vous voyez bien que je n’ai rien à voir là dedans, je m’appelle Sarah Faro, pas X!
(Expliquez-moi par quel algorithme on passe de X à Sarah Faro?)
- Nous avons mené notre enquête qui nous a conduits à vous.
Echangeur de l’autoroute. Et là, stupeur. Le capitaine sort un papier qu’il fait tamponner à l’employée. Il remise un reçu dans une pochette. Coup d’oeil dans le rétroviseur: je suis toujours là, nous ne sommes pas suivis.
-Oui c’est pour se faire rembourser. On n’a pas d’abonnement et on est obligé de faire un compte rendu de dépenses. Ce matin on a dû passer à la gendarmerie avant d’aller chez vot’ père, déclarer la mission, puis redescendre prendre des autorisations et de documents quand on a su qu’il fallait aller vous chercher chez vot’ mère.
Je les plains presque, comment ces gars peuvent-ils bosser? Les brigands les attendent?
Non parce que j’ai été assez idiote pour le faire, mais ceux qui ont vraiment quelque chose à se reprocher, ils filent rapidos avec de tels limiers à leurs trousses!
-Heureusement que je vous ai attendus alors!
-Eh eh oui! Donc Monsieur Y, certaine de ne pas connaître? Il conduit un gros 4x4 Mercédès noir, belle bagnole, beau mec, cinquantaine.
Mais de qui parlent-ils? Soudain, flash! Non! Non! Non! Oh misère!
Je tente:
-La maison, grosse baraque? Avec de magnifiques orangers?
-Oui, enfin il fait construire une piscine à la place des orangers.
(Pauvre nul, des arbres magnifiques, une piscine au bord de la mer, débile!)
-Mais la maison n’a pas été vendue?
-Ah vous le connaissez alors!
-Non, je l’ai vu deux fois, je lui ai dit «bonjour», c’était le colocataire de mon ex. Je ne connaissais même pas son nom
-Votre ex?
-Oui, E.
-Ah oui!!! E on en a entendu parler! Bref c’est lui qui a porté plainte.
-Contre X, mais comment votre enquête a-t-elle pu vous mener à moi?
-On lui a volé des cartes bleues, fait des achats avec en juillet et vous êtes impliquée.
Tout va bien, je n’ai rien fait, c’est bon, simple formalité. Dissipons ce malentendu immédiatement:
-Voilà, ça ne peut pas être moi je ne connaissais pas cette personne à cette date. Je n’avais pas rencontré mon ex. J’ai été chez Monsieur Y deux fois pour déjeuner, il n’était pas là, une autre fois je l’ai croisé alors que nous arrivions et qu’il partait. Basta.
Bord de mer. CRIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII. Arrêt brutal.
-Oh putain!
-Quoi? quoi?
-Les deux mecs là ils viennent de se faire le 4x4 allemand!
(Décidément, c’est obsessionnel ces 4x4.)
Ils sortent, l’un se cogne le genou sur la portière.
-Aïe merde!
Ils partent en courant. Je reste seule, non menottée dans une voiture de la gendarmerie nationale, garée en vrac, en bord de mer, à une heure d’affluence (c’est toujours une heure d’affluence, ici, remarque) pendant ce qui me semble une éternité.Je pourrais très bien filer, mais je n’ai rien à me reprocher je ne vais pas aggraver mon cas.
IIs partent, laissant une suspecte en garde à vue seule, après l’avoir appelée pour la prévenir de leur arrivée. Est-ce vraiment possible?
Retour.
-Ah putain les batards!
-T’as vu le bourricot il courrait vite hein!
Là, je vois que le capitaine est un peu gêné des propos de son supérieur. Si c’est pas des bons propos racistes, ça! Et vlan! Il remet ça!
-Putain de bourricot!
-J’ai mal merde.
Le genou, c’est toujours douloureux.
-J’ai noté la plaque, il y avait une voiture qui les attendait. Une bande organisée. Je transmets à la radio.
Scritch, scricth :
-Oui euh, suspects en fuite à bord d’une 205 blanche immatriculée machin en direction de bidule, trois personnes à bord, une femme au volant..
-Des bourricots!
Depuis mon arrivée dans cette région, j’ai développé une certaine résistance aux insultes racistes, aux propos ineptes, à la bêtise crasse. Je ne dis rien, je respire par le ventre, je souris, il fait beau et je n’ai rien fait MOI!
Provocation:
-Et pourquoi n’avez-vous pas tiré pour les arrêter net?
-Non mais mademoiselle, on n’est pas dans un film, il y a des lois, on ne peut pas faire ça c’est dangereux pour les innocents.
Me voilà rassurée, je ne crains rien, il y a des lois et on protège les innocents, douce France, merci!
Bord de mer toujours, nous croisons un collègue. Enfin non, un mec en bleu, mais pas le même bleu.
-Dites-lui pour les bourricots
-Oui bonjour, nous avons signalé une 205 blanche gnagnagnagna...
-Ouais ouais je transmettrai.
Nous repartons.
-Tu parles il transmettra rien du tout, lui il s’éclate avec son radar, il n’en a rien à foutre du travail de police!
Embouteillages, travaux.
-Ah je vais prendre un raccourci, y’en a marre!
-Oui descendez par là, capitaine.
Un chemin raide, mal entretenu, qui ne mène nulle part si ce n’est à la mer et à quelques vieilles maisons.
-Merde c’était l’autre chemin.Je ne suis pas du coin!
L’idée d’un gag me traverse l’esprit.
La gendarmerie, enfin oserais-je dire.
Un jeune gendarme:
-Victime ou suspecte?
-Suspecte
-Menottes?
Avant que je puisse dire quoi que ce soit
-Non pas la peine, empreintes, signature...
-Mademoiselle, voulez-vous voir un médecin? Avez-vous mal quelque part?
Oui j’ai mal à la France, à ma fierté, à ma dignité, à mon intimité, à mes parents.


Tous les commentaires
Pour toi, Sarah... Au cas où, une fois qu'ils auront trouvé la gendarmerie, tu te retrouves à la case prison (tu sais, comme dans le jeu de l'oie)...
Super récit... malgré le stress...merci pour les éclats de rire. J'aime beaucoup le "si vous n'aviez rien fait nous ne serions pas là", d'une logique implacable.
J'espère que vous allez passer à 2/4, voir 2/5.
Ah mais je ne suis pas d'accord avec vous, j'ai hâte de savoir pourquoi elle est emmenée dans le Château.
J'ai vu des policiers à l'oeuvre il y a peu et ça me parait terriblement réaliste.
J'ai cru comprendre que c'était pour affaire de carte bleue - normal pour des gendarmes - d'après ce que dit le capitaine Dugenou qui ne serait pas là s'il ne s'était rien passé.
Nuance: Ils ne seraient pas là si JE n'avais rien fait: qu'il se soit passé quelque chose, sans doute, que j'aie FAIT quelque chose nécessitant une garde à vue, à voir.
C'est bien ce que je dis.
Le capitaine Dugenou prétexte qu'il se soit passé quelque chose sans établir pour autant que vous ayez fait quelque chose.
Il prive de liberté une personne sans l'en informer dans le cadre d'une enquête préliminaire, dénuée de pouvoir coercitif. Il n'avait pas le droit de rentrer chez vous et c'est pour cela qu'il vous a fait signer l'autorisation préalbale prévue à l'article 76 alinéa 1 du code de procédure pénale. Ils n'avaient pas le droti d'entrer chez vous. Il s'agit d'un abus de droits. Ce qui signifie que vous auriez très bien pu les laisser dehors. Leur demander d'attendre qu'un témoin vienne ou que votre avocat arrive. Au cas où ces précisions venaient à vous inspirer, sachez que cela n'est vrai que pour les enquêtes préliminaires. Le mieux est de demander le cadre jurisdique dans lesquel les fonctionanires agissent. Pour éviter tout malentendu. Mais ne vous inquiétez pas, en cas de flagrant délit ils entrent généralement sans demander.
Votre placement en garde à vue à votre domicile est contraire à l'article 5-1 de la convetion européenne des droits de l'homme conmme cela est expliqué dans la circulaire du 1° mars 1977.
La garde à vue est donc nulle et la fouille à corps aussi. N'étant plus couverte par le cadre légal il s'agit au mieux d'attouchements sexuels au pire d'un viol. Cette hypothèse est intéressante pour faire réfléchir les excités de la garde-à-vue. On pourrait soutenir qu'il s'agit d'un crime aggravé pour avoir été commis en abusant de l'autorité conférée par ses fonctions (puisque le cadre légal n'existe pas) : Art. 222-24 du Code pénal. La prescription est de dix ans. Allez en parler à la LDH de Toulon pour voir. Comme le débat sir les garde-à-vue est d'actualité.
Enfin, êtes vous sur que c'étaient des gendarmes ? Depuis que BHL prend des auteurs fictifs pour des vrais et que Grasset fait ainsi une concurrence déloyale à l'Almanach Vermot, on n'est plus sur de rien...
POJ vous avez raison mais dans la pratique les gens signent toujours l'autorisation préalable.
D'autant plus que lorsque j'ai demandé si je pouvais appeler un conseil avant de signer on m'a dit non...A part lire, je n'ai rien pu faire. Notre culture juridique est nulle, il serait bon d'avoir des cours de droit à l'école. Un truc léger mais qui permettrait au citoyen de savoir de quoi il retourne!
@ Boddistava
Votre remarque est malheureusement exacte. Cela impose d'autant plus d'apprendre au public que la police doit agir dans le respect de la loi. Ce qu'elle ne fait pas en l'espèce.
Mais j'ai demandé un avocat, ils ont dit "non après", c'est pour cela que j'ai signé.
Et puis, même si je suis assez réactive sur la question de la violation du droit des personnes, je sais aussi par expérience, qu'on perd souvent voire toujours face aux flics et gendarmes (d'autres épisodes bientôt à ce propos).
Innocente, j'ai compté sur la vérité pour leur faire prendre conscience de la réalité. Naïve.
Je relaie volontiers cette pique de Joël Martin
Des pandores sans GPS, mais avec menottes.
On voit leurs priorités.
On embarque d'abord, on cherche après...
En tout cas c'est bien raconté, vous avez un sacré talent.
Il y aura la suite?
Merci!
Oui bien entendu, il y aura une suite!
Bravo Sarah, beau récit.
Vous réveillez de drôles de souvenirs. J'ai été interne pendant un an dans un SAMU - SMUR (les pompiers) et à l'époque nous étions réquisitionnés régulièrement pour les examens médicaux des personnes en garde à vue ... Nous connaissions donc bien le commissariat.
Ils ont à un moment commencé à réclamer aux pompiers des internes filles, pour des examens de femmes venant se plaindre pour viol : oui, elles venaient signaler un viol, et il fallait en gros qu'on confirme. Grosse bagarre après deux appels de ce type pour faire entendre que ça se traitait à l'hôpital, pour des prélèvements et examens en bonne et due forme, etc. En gros, elles étaient presque suspectes, quoi.
Et puis il est arrivé aussi qu'on nous demande (des filles, toujours) pour des examens médicaux de prolongation de garde à vue et qu'au passage, on nous demande de préciser si la personne examinée avait quelque chose de suspect sur elle ... Là aussi, grosse bagarre, démarche auprès du colonel des pompiers pour qu'il se dispute avec le commissaire et quon nous lâche avec ces fouilles déguisées ..
Bien sûr, je vous parle d'une époque révolue (1986/87), ça a sûrement beaucoup changé, enfin j'espère ...
Je ne vous explique même pas quand nous indiquions une hospitalisation (comme pour les femmes violées). On m'a quand même un jour répondu que ce jeune type qui crachait du sang, là, jouait forcément la comédie .. Très doué, le type, pas de doute. En fait nous devions dire que tout allait bien et qu'ils pouvaient rester en garde à vue .... Sinon, c'était beaucoup de complications pour eux, forcément (et sans doute déjà des problèmes d'effectifs et d'organisation que je ne nie pas, mais pas mon problème, à l'époque).
Oui Anne, cette époque est révolue. On ne s'embarrasse même plus de faire venir des médecins pour procéder aux fouilles coporelles intimes.
Ils sont retords, ils sont malins, ils savent exactement quoi dire pour intimider sans avoir l'air d'y toucher !
Tu refuses de signer l'assentiment pour une perquis, ils te disent qu'ils ont d'autres moyens d'y arriver...à part qu'il faut que l'enquête porte sur un délit passible de 5 ans de prison pour l'autre moyen, si je me souviens bien.
Mais du coup, les gens signent. De plus, il est devenu commun, normal, qu'on vous mette en GAV au domicile suite à la perquis, les éléments et objets saisis étant considérés - dés lors - comme des éléments donnant LES "raisons plausibles de soupçonner que" vous êtes coupable.
En fait, la seule façon de ne pas tomber inopinément dans leurs griffes et leur escarcelle...c'est d'avoir déjà eu affaire à eux, et de connaître le code de procédure pénale (çà sert toujours, la preuve...).
Ils profitent de l'effet de surprise, de la méconnaissance et de la naïveté du citoyen lambda qui, notamment, n'a rien à se reprocher !
Cordialement.
Merci, c'est bien ce que je disais plus haut: une éducation juridique est nécessaire à tout citoyen, dès l'école si possible, mais tout au long de la vie, le droit évoluant de manière assez rapide, disons :-)
Oui, on a l'impression qu'il faudrait donner en plus des cours d'éducation civique des cours spécifiques sur "des gendarmes ou des policiers sonnent à votre porte, que faire", ou "vous vous faites contrôler sur la route, ou dans la rue, quels sont vos droits et comment réagir".
Avec 900 000 gardes à vue par an, le phénomène n'est plus marginal...
Il y a d'ailleurs peut-être un petit business à monter : des séminaires de 2 ou 3 jours, avec jeux de rôles... je suis certain que cela aurait du succès. Si ca se trouve, ca existe même déjà !!
Je pense en revanche que ce genre d'enseignement ne doit pas relever d'entreprises privées mais du public. Sinon, quoi? Ceux qui peuvent payer des cours seront informées, les autres pas? La justice est l'affaire de tous les citoyens.
Certes, mais je vois mal notre état tout sécuritaire, tout "la preuve par l'aveu"...mettre en place des cours gratuits qui permettraient à ses citoyens de contrecarrer les méthodes malsaines de ses forces de l'ordre, notamment gendy !!!
Et pour l'anecdote, un gendy opj m'a arrêté samedi au bord de la route...et j'ai a nouveau eu droit à des menaces! Pas graves sur le fond...mais c'est juste la forme qui finit par prendre la tête, à force. Ce sont de grands malades, c'est gens-là...