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Une aventure picturale à Clichy sous bois (93), « Origines et créations, Peintures et Totems »

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«Clichy sans cliché» avait pour but de s’attaquer aux représentations, aux préjugés, aux idées reçues à propos des gens qui vivent en banlieue, à propos des quartiers et des cités. Aujourd'hui, toujours dans le 93, une autre exposition est soutenue par la même démarche : à partir d’un projet artistique, travailler les représentations, les idées reçues à propos de la psychiatrie et de celles et ceux qui s’adressent à elle, soutenir la question du « vivre ensemble ». L’atelier d’Arts Plastiques du Centre de Jour de Montfermeil, avec l’association Champ Libre s’expose à l’Espace 93, place de l’Hôtel de Ville du lundi 7 avril au vendredi 18 avril 2008 ( lundi – vendredi 10 h-12 h et 14 h-17 h., samedi 10 h. – 17 h.)

Cette exposition est installée pour 10 jours dans cet espace culturel, lieu rare dans ce bout du bout de la Seine Saint Denis, banlieue enclavée qui fut le théâtre du drame d’octobre 2005. En effet, l’Espace 93 est devenu un lieu de débats parfois mouvementés, comme en novembre dernier avec la visite de Fadéla Amara, mais aussi lieu d’accueil de spectacles de qualité ou qui a vu s’installer à plusieurs reprises l’émission de France Inter de Jean Louis Foulquier. Mais c’est à l’initiative marquante, au retentissement national, « Clichy sans cliché » d’octobre 2006, que l’événement actuel fait référence. « Clichy sans cliché », manifestation photographique promue par Claude Dilain, maire de Clichy sous Bois, et Jérôme Bouvier, d’ « Ivre d’Images - Production», avait permis à une douzaine de photographes de renommée internationale, de venir apporter leur regard sur la banlieue. L’événement pictural actuel s'adosse à l'atelier « Arts Plastiques », en 1996 au sein du Centre de Jour, une unité d’accueil et de soins de jour du 15ème Secteur psychiatrique de Seine Saint Denis, attaché à l’Etablissement Public de Santé de Ville Évrard. Il est animé par une plasticienne, Marie Boisson, qui vient transmettre aux participants, patients et soignants, ses connaissances artistiques, sa créativité et permettre à chacun des participants de l’atelier de découvrir des possibles, des chemins nouveaux, défricher des espaces inédits dans le domaine de la création artistique.

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Ici, nulle référence à l’art-thérapie : il s’agit d’un « travail collectif d’élaboration et d’expression qui tente de favoriser les inventions individuelles et les échanges entre les participants, l’entraide, l’écoute réciproque, tout ce tissu relationnel qui se crée ainsi dans le groupe », comme l’explique le psychiatre responsable du centre de jour. Cela permet pour certains, l’accès même à la parole, à d’autres d’être moins isolés, enfin à certains de découvrir leurs propres potentialités. Le passage au public, le projet d’exposition donne ainsi une ouverture sur la ville, s’offre ainsi au regard de l’autre, et fait que cette activité artistique ne soit pas du semblant, ou une simple activité occupationnelle. L’exposition rassemble deux types d’œuvres : - l’élaboration d’une œuvre collective, qui sera nommée « Origines et créations », - des approches techniques diversifiées, linogravures, peintures acryliques ou à l’huile, terre et encre, et pour finir des « totems ». L’œuvre collective s’est construite sur quinze mois d’atelier, « le long terme a largement profité au projet, la dimension du temps a permis à l’œuvre de se déployer et de trouver son aboutissement » nous a expliqué Marie Boisson. Après sept mois de réflexion, fut décidée la réalisation d’une tenture peinte, une œuvre de grande dimension, à l’image d’une tapisserie, objet mobile, transportable, pouvant s’adapter à plusieurs espaces. Il s’agit de sept panneaux de 150 x 120.

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Dans la seconde partie, la variété des approches techniques témoigne que chacun a eu la possibilité d’expérimenter et de choisir le matériau qui lui convient, de mélanger des techniques, de démystifier le rapport à l’art et de contribuer ainsi à une mise en confiance avec ses propres capacités de création. Les totems sont l’illustration de la récupération des écorces du cèdre abattu par la tempête de 1999, et sa transformation en œuvres multiples : les personnages qui sont présentés à l’Espace 93 et le totem monumental réalisé avec le fût du cèdre qui est resté implanté dans le jardin du centre de jour. Comment d’une catastrophe en faire une œuvre d’art ! Cette exposition mérite le détour car outre la magie des couleurs et des œuvres présentées ici, elle contribue aussi à tenter de présenter une autre représentation des personnes accueillies en psychiatrie. Saül Matifou.

 

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