SNCM : les 10 plaies d'Egypte ?
Depuis la surprenante validation/blanc seing de la recapitalisation de la SNCM par la Commission de Bruxelles, la SNCM subit une véritable malédiction digne des 10 plaies infligées à l'Egypte selon les récits Bibliques...
- le 9 juillet : blocage par les marins STC de la traversée Propriano / Sardaigne (des passagers se sont plaints et ont écris au président de la région sarde afin de briser le monopole de la SNCM sur cette destination)
- le 12 juillet, 1100 personnes bloquées à Nice (bateaux défectueux le "Corse"). Les passagers ont attendus des heures, indignés car la "SNCM n'est pas à la hauteur"
- le 19 juillet , 1100 personnes bloquées à l'Ile Rousse, pour les mêmes raisons. Les passagers sont là encore furieux
- le 21 juillet, le Napoleon Bonaparte heurte un quai à Marseille et abime la coque sur 3 mêtres : traversée Marseille / Propriano repoussée.
Tout ceci, ayant lieu en pleine saison, pèsera évidemment sur les comptes, et l'image, déja bien entamée, de la SNCM est encore un peu plus abimée. Avec ce qui s'en suit en terme de perte de clientèle... Pas sûr que l'Europe est fait le bon choix.
D'autant qu'elle vient de déclarer illégales, avec une célérité étonnante, les aides accordées à la compagnie aérienne Alitalia, aides qui, il faut le rappeler, sont constituées par un prêt et de ce fait même ayant vocation à être remboursées.
Ce qui 'est absolument pas le cas pour la SNCM.
Etonnante différence de traitement dans les 2 dossiers pourtant proches si l'on se penche un peu sur l'historique des 2 compagnies, en termes de fonds publics.
Etrange également, le blanc seing total sans condition donné par la Commission pour le dossier SNCM : une réunion technique à Bercy en date du 30 septembre 2005 relatée dans un communiqué (disponible sur le site du ministère de l'économie) décrétait ce qui suit : "...Les représentants du Ministère ont enfin précisé, tant au vu des règles de la Commission sur ce type de dossier que d'une jurisprudence abondante (Credit Lyonnais, SERNAM,...) que la modification du plan de restructuration en cours ne pourrait être acceptée au regard du droit communautaire que si elle était accompagnée d'une part de nouvelles contreparties destinées à ne pas biaiser la concurrence et d'autre part, d'une garantie absolue que la viabilité économique de l'entreprise sera effectivement atteinte à l'issue du plan."
On peut, sans être grand clair, constater qu'aucune contrepartie n' a été demandée, en totale contradiction avec les règles et la jurisprudence communautaires et que la garantie ABSOLUE de viabilité économique est, au vu de la situation actuelle, fort improbable, surtout si l'enveloppe de continuité territoriale (55% du CA de la SNCM) venait à baisser...ou disparaître. Une plainte, étudiée en ce moment même par la Commission, a été déposée en ce sens par un cie concurrente.
Pas touchée, pas coulée ?
A suivre


Tous les commentaires
tout cela n'est pas clair pour moi qui ne suis pas grand clerc.
Philippe Riès Cher Scurpin, Merci pour votre post qui m'a alerté sur la décision, en effet stupéfiante, de la Commission européenne, tombée à un moment où j'étais sur la route entre la France et le Portugal. J'ai consacré à ce dossier très particulier de nombreuses dépêches (avec pas mal de scoops) quand je dirigeais le bureau de l'AFP à Bruxelles, jusqu'à l'été 2007. Décision curieusement retardée par la Commission, jusqu'au dernier moment et après que le Français Jacques Barrot ait abandonné le portefeuille des Transports (responsable de la concurrence dans son domaine) pour passer à la Justice. Soyez assuré que Mediapart y reviendra, d'autant qu'on retrouve dans ce dossier ténébreux les traces de l'intervention très active d'un personnage clef dans d'autres affaires (le "Tapiegate" notamment), Stéphane Richard, directeur du cabinet de la ministre des Finances Christine Lagarde. Et maintenez votre vigilance qui nous sera certainement utile. Le fait que Sarkozy soutienne activement Barroso pour un second mandat à la tête de la Commission européenne n'est peut être pas étranger à cette décision bizarre, qui semble en effet déroger complètement au droit européen de la concurrence. Mais vous savez sans doute que les parties concurrentes lésées peuvent faire appel de cette décision à la Cour européenne de justice à Luxembourg. Le voudront-elles? La "grande presse" française, cela vous étonnera-t-il, ignore cette affaire depuis l'origine. Ou ne la comprend pas.