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Le SNUipp-FSU, un syndicat désobéisseur ?

Ninon Bivès, élue du SNUipp et désobéisseuse a subi une sanction déguisée. : un abaissement de note totalement infondé alors que ses qualités d'enseignante lui sont reconnues par l'Inspecteur d'Académie lui-même.

Quelle allait être la réaction du SNUipp, jusqu'alors rétif à la désobéissance, face à une injustice frappant une de ses élues ? Suite, après mon précédent billet, du décryptage d'un choix dans lequel le contexte politique pèse de tout son poids ...

Voici le communiqué :

Soutien à Ninon Bivès, déléguée du personnel SNUipp

Lors du Conseil National des 14 et 15 septembre, la section départementale du SNUipp 82 nous a alerté sur la situation de Ninon Bivès, militante du SNUipp et déléguée du personnel. Suite à son refus d'organiser l'aide personnalisée selon les directives ministérielles et de faire passer les évaluations CM2 à ses élèves, elle a subi une inspection qui s'est soldée par un maintien de note, sanction déguisée, synonyme d'un avancement à l'ancienneté pour le reste de sa carrière, avec des incidences financières beaucoup plus graves que quelques retraits de salaire. Le SNUipp apporte tout son soutien à notre collègue, déléguée du personnel du SNUipp. Il réaffirme son opposition à toute sanction à l'encontre d'enseignants engagés dans différentes formes d'action individuelles ou collectives, classiques ou nouvelles, qui peuvent être complémentaires pour dénoncer et s'opposer aux réformes et aux attaques subies par l'école. Le syndicat en demande la levée.

Il s'est adressé en ce sens au ministère de l'Education Nationale en demandant que des mesures soient prises pour revenir sur les décisions prises au niveau départemental.

 

Il est signataire de l'appel à soutien (mis en ligne à l'adresse suivante : http://ninon-bives.resistancepedagogique.org/blogs.php?lng=fr) et propose aux sections départementales qui le souhaitent de faire de même.

Le Secrétariat Général

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Il n'était pas évident que les élus nationaux soutiennent clairement leur collègue. Les hésitations étaient nombreuses. Le premier choix était de signifier qu'il ne s'agissait pas d'une sanction mais d'un comportement « normal » de l'administration face aux élus syndicaux et comme on en voit souvent dans les entreprises. Il faut considérer, pour bien saisir la difficulté du choix, que c'est avant l'été que le couperet est tombé pour Ninon et ce n'est que seulement deux semaines après le communiqué du 12 septembre du « Réseau des enseignants du primaire en résistance », les désobéisseurs, que le SNUipp tranche.

Est-ce que ce soutien à leur collègue et donc à la désobéissance (« Il réaffirme son opposition à toute sanction à l'encontre d'enseignants engagés dans différentes formes d'action individuelles ou collectives, classiques ou nouvelles, qui peuvent être complémentaires pour dénoncer et s'opposer aux réformes et aux attaques subies par l'école ») signe un affrontement direct avec Ministère ? Darcos avait voulu la fin de la co-gestion du Ministère, est-ce que l'entêtement du gouvernement sur les retraites aura décidé le SNuipp de vouloir, lui aussi, la fin de la co-gestion ?

Un gouvernement déjà parti depuis le printemps, l'affaire Woerth-Bettencourt, les retraites, tout cela laisse à penser aux syndicats qu'ils ont plus de marges de manœuvre qu'en 2008. Comme cela se dit avant un match de foot, « l'adversaire est prenable ».

Pourtant, aujourd'hui, qu'y a-t-il a négocier avec Luc Chatel pour le SNUipp ? Rien ? On voit Luc Chatel revenir petit à petit sur certaines réformes de Darcos : débat sur les rythmes, remise en cause des évaluations, « ouverture » sur la formation pour le primaire. Le SNUipp peut-il défendre la désobéissance au risque de ne plus pouvoir négocier ? Il est vraisemblable que la situation actuelle permet de tenir les deux : une position plus dure envers le ministère et plus de négociations avant le changement de gouvernement. Une défense de Ninon Brivès, oui, certes, mais une défense discrète ; il n'érige pas leur collègue en étendard. Le communiqué n'est pas sur le site (à l'heure où ce billet est publié).

La défense de Ninon Bivès s'inscrit aussi dans un contexte interne qui permet une certaine « rupture » avec le ministère. Le SNUipp ne pouvait passer outre au risque d'une rupture avec une large partie de sa base, au moment d'élection interne, au risque de paraitre en décalage au cœur du conflit des retraites et à l'heure où les désobéisseurs rencontrent les syndicats d'Inspecteurs. Le SNUipp a donc fait un choix (durable ?) ; celui de soutenir, voire de laisser la possibilité aux sections départementales d'essayer « différentes formes d'action individuelles ou collectives, classiques ou nouvelles »...mais il serait injuste de laisser penser que ce n'est que la situation récente qui a permis ce changement d'attitude.

Plusieurs congrès avaient préparé cette option comme l'atteste ces résolutions :

Dès 2007, « Le SNUipp constate que depuis quelques années, des formes de désobéissance civile et de non violence active se sont développées à tous les niveaux (local, national, mondial). C'est le cas en France des actions des faucheurs volontaires d'OGM, des occupations (ASSEDIC, établissements scolaires..), de la résistance à l'expulsion des élèves et des personnes sans papiers... Le SNUipp considère que ces pratiques de lutte, avec les autres formes d'action du mouvement ouvrier (grève, notamment reconductible, manifestations ...) contribuent à l'action syndicale. » (je souligne). Mais les cas évoqués ne touchaient pas « directement » les enseignants dans leur rapport avec la hiérarchie de l'Education nationale. Le SNUipp n'avait pas à se positionner réellement sur ses formes d'actions exécutées hors de son terrain propre. D'où une incroyable inertie à mettre à l'œuvre ses principes au moment où commence la désobéissance aux réformes Darcos en 2008-2009.

Lors du dernier congrès au printemps 2010, le SNUipp affirme qu'[il] « s'est opposé vigoureusement à toute publication des résultats école par école qui les ferait entrer dans une logique de mise en concurrence dans un contexte de remise en cause de la carte scolaire. Il refusera également toute utilisation des résultats pour l'évaluation des enseignants. Ajoutant à la confusion, le ministère de l'éducation nationale lie les évaluations au versement de primes. Le SNUipp s'oppose à ce fonctionnement avec des primes, qui divise la profession et nuit au travail d'équipe. Le SNUipp demande l'abandon de ce protocole d'évaluations et qu'une réflexion s'engage sur cette question. Il mettra tout en œuvre pour obtenir son abandon. De nouveaux outils d'évaluation utiles aux équipes et visant la réussite de tous devraient être élaborés en associant enseignants et chercheurs ».

Et, plus significati encore, « ces derniers mois, les actions engagées dans notre profession ont été multiples et selon des modalités diverses, collectives et individuelles, classiques et nouvelles, (pétitions, manifestations, grèves, nuits des écoles, rassemblements « festifs », désobéissance, groupe des 25, pas de bébés à la consigne, votation citoyenne pour La Poste, collectifs, appels...). Ces formes d'actions sont complémentaires. Elles élargissent les formes classiques de mobilisation et contribuent aux mobilisations. La force des attaques et les difficultés à y résister ont conduit des collègues à s'engager dans des formes de résistances nouvelles. La responsabilité du SNUipp est d'être à l'initiative de différentes formes d'action et de les faire déboucher sur l'action collective. Le SNUipp s'oppose à toute sanction à l'encontre des enseignants engagés dans ces actions et demande leur levée pour celles et ceux qui sont déjà sanctionnés. »

Alors est-ce un modèle pour les prochains jours ? Est-ce que l'opposition politique reprendra cette balle au bond ?

 

 

Tous les commentaires

05/10/2010, 11:05 | Par remyrem2

Bel exercice acrobatique que de vouloir défendre le statut du fonctionnaire d'Etat tout en organisant la désobéissance à celui-ci.

En réalité, l'aide personnalisée ne vivra pas 5 ans de plus et sera enterrée dès qu'un ministère l'aura évaluée : questionner ce dispositif, c'est l'éliminer.

La question est : par quoi la remplacer ? Le SNUipp connaît parfaitement les remous que pourrait entraîner une refonte des rythmes scolaires et n'a pas envie d'être à l'origine de ce bouleversement.

05/10/2010, 13:15 | Par Sebastien Rome

"En réalité, l'aide personnalisée ne vivra pas 5 ans de plus et sera enterrée dès qu'un ministère l'aura évaluée : questionner ce dispositif, c'est l'éliminer."

C'est presque déjà le cas sur le terrain. C'est pour cela que, comme le note IGEN, elle est "acceptée" (eux estime que l'aide perso est accepté mais en fait elle n'est utilisé presque partout sur le mode de ce que Darcos appelé la désobéissance...)

"La question est : par quoi la remplacer ?" je proposerai quelques pistes.

"Le SNUipp connaît parfaitement les remous que pourrait entraîner une refonte des rythmes scolaires et n'a pas envie d'être à l'origine de ce bouleversement." C'est pour cela l'on laisse faire localement les enseignants et les villes...

 

05/10/2010, 14:45 | Par remyrem2

C'est pour cela l'on laisse faire localement les enseignants et les villes...

Qui est "on" ?

 

05/10/2010, 21:04 | Par Sebastien Rome

Sur les rythmes, il me semble que nous sommes passés à une situation où c'était non catégorique des IEN et des IA à une nouvelle situation où l'institution dit "faite si vous en avez le courage". Les villes sont souvent porteuses de ces projets ou les parents d'élèves, rarement les enseignants.

Es-ce que les syndicats ont réellement besoin de se mêler d'un problème où les instances décisionnaires sont les villes, les parents d'élèves et les enseignants (sachant que la proposition doit être validé par l'institution) ? Peut-on défendre, l'intérêt des enseignants sur la questiopn du rythme ? cela me paraît une bonne idée pour se faire flinguer en moins de deux...

05/10/2010, 21:52 | Par remyrem2

Les municipalités ne décident de rien seules. Des aménagements à la marge (étroite) peuvent être soumis à la communauté éducative pour des impératifs de cantine ou de transport scolaire et les enseignants s'y opposent rarement.

Concernant le lien entre le rythme scolaire et l'aide personnalisée, je vais être plus explicite : le SNUipp-FSU ne proposera pas la suppression de l'aide personnalisée pour ne pas avoir à expliquer aux enseignants que cet horaire sera reporté soit le samedi matin, soit le mercredi matin, soit pendant les congés.

Ainsi, le syndicat majoritaire ne donnera pas de consigne de désobéissance (qui ne serait pas suivie d'ailleurs), tout en soutenant les désobéisseurs (ce qui est normal, tous les syndicats du premier degré le font). Qualifier le SNUipp de désobéisseur est une galéjade.

Je considère que le mouvement des désobéisseurs se fonde sur des raisons légitimes. Ce sont toujours des personnes sincères dans leur engagement. Mais leur action remet en cause le statut des fonctionnaires qu'ils défendent par ailleurs. Cette contradiction n'est pas surmontable.

05/10/2010, 23:21 | Par Sebastien Rome

"Qualifier le SNUipp de désobéisseur est une galéjade", j'ai mis un point d'interrogation (au titre et à la fin) et je crois montrer qu'entre les mots et les actes, les écarts sont grands.

Ma conception de la désobéissance est conciste à faire jouer les règles (comme une porte qui joue) avec comme objectif de remettre le métier à l'endroit. Entre faire fonctionner la machine politico-administrative et faire avancer mes élèves, je choisis.

 

Sinon, sur la récupération des 2h, je n'y crois pas non plus. Nous ne reviendrons jamais à 26h, ni sur le samedi. Par contre, les 2h peuvent être réintroduites d'une autre manière et mieux utilisées dans une semaine et une année mieux organisée.

06/10/2010, 07:50 | Par remyrem2

En effet, il n'y a rien à attendre du SNUipp-FSU. Je pense même que ce syndicat emporte haut la main le record d'inefficacité syndicale car, depuis sa création en 1993, il n'a RIEN obtenu pour les enseignants (vérifiez...). Les contradictions de fond entre le grand frère (SNES-FSU) et le cadet (SNUipp-FSU) expliquent en partie ce triste bilan.

De toute façon, dans moins de dix ans, la FSU aura été digérée par la CGT et les fanions ornés des sympathiques petits bonhommes du SNUipp seront collectors sur Ebay.

Pour refonder les rythmes scolaires, plus que jamais la mise en place d'un vrai socle sommun de connaissances et compétences s'impose, vous l'évoquiez dans un récent billet parlant d'abrogation des programmes.

Encore faut-il que les tenants de l'élitisme au collège se mettent à la page... et l'élitisme, en matière d'éducation, n'est pas l'apanage de la droite (lire ceci).

07/10/2010, 00:09 | Par Sebastien Rome en réponse au commentaire de remyrem2 le 06/10/2010 à 07:50

" l'élitisme, en matière d'éducation, n'est pas l'apanage de la droite" là nous sommes d'accord et mon billet sur la suppression des programmes rappelait (je l'ai appris de Claude Lelièvre) que la coupure ne passe pas là où l'on croit...

Par contre je crois que sur l'inefficacité, vous manquez d'une vision "dynamique" : si un syndicat, moins "nombreux", le votre, le SE-UNSA, peut négocier et obtenir certaines avancées, c'est parce qu'il y en a d'autres qui adopte une autre position. Le pouvoir à donc à agir selon le mot de machialvel "En politique le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal.".

Sur les retraites, le problème sera que les radicaux soient suffisament crédibles pour pouvoir laisser aux modérer la marge de négocier. Le problème du syndicalisme en ce moment, est plus de rendre crédible au pouvoir qu'une action radicale est toujours possible que de savoir qui est capable de permettre de faire de minuscules petits pas.

La désobéissance aurait dû permettre aux syndicats d'avoir des marges de manoeuvre mais ils ont pris le mouvement comme une attaque "personnelle" et on trouve pensé qu'il s'agissait d'une remise en cause du satut de fonctionnaire. Je crois que c'est là une erreur quand la désobéissance est bien mennée, sur le fil.

07/10/2010, 18:46 | Par remyrem2

si un syndicat, moins "nombreux", le votre, le SE-UNSA, peut négocier et obtenir certaines avancées, c'est parce qu'il y en a d'autres qui adopte une autre position.

Et réciproquement ! Si un syndicat se suffit de sa stérilité, c'est parce qu'il y en a d'autres qui adoptent une autre position.

La désobéissance aurait dû permettre aux syndicats d'avoir des marges de manoeuvre mais ils ont pris le mouvement comme une attaque "personnelle"

L'actualité montre que l'UNSA n'a pas pris le mouvement de désobéissance pour une "attaque personnelle", puisque le secrétaire général du SIEN-UNSA a rencontré Ninon Bivès et Alain Refalo (compte rendu ici). Les intéressés apprécieront.

Concernant l'action sur les retraites, rappelons que ce que vous appelez les minuscules petits pas ont permis qu'il n'y ait pas d'amendement pour remettre en cause le calcul de la retraite des fonctionnaires sur les 6 derniers mois. Or il en était fortement question au mois de juin. Autre acquis, on sait d'ores et déjà que le thème de la justice sociale sera central lors de la prochaine échéance présidentielle. Insuffisant, mais réel.

En effet, il faudra analyser au scalpel la mobilisation du 12 octobre. La grève reconductible est tout à fait envisageable. MAIS c'est un exercice sans filet. Soit les enseignants adhèrent en ayant pour cap de s'arrêter quand le gouvernement reculera sur les 62 et 67 ans. Soit le mouvement reconductible commence avec 75 % de grévistes le mardi, 50 % le jeudi, 30% le vendredi et tout le monde en classe le lundi... Ce qui serait une catastrophe absolue pour l'action collective des 10 prochaines années.

Rendez-vous le 12 octobre.

07/10/2010, 19:28 | Par Marielle Billy

A suivre ...

Merci de vos billets.

 

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