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«J'ai vraiment l'impression d'être devenue un pion»

«Voici la situation incroyable dans laquelle je me trouve..., et dans laquelle vous risquez de vous retrouver vous aussi. Moi qui n'ai pas pour habitude de me plaindre, j'ai décidé d'en informer le plus de collègues possibles, quelle que soit l'académie où ils travaillent. Merci de faire passer le message à qui vous voudrez.

 

J'enseigne depuis 22 ans l'anglais dans un petit collège rural de l'académie de XXX où je suis officiellement nommée « à titre définitif » (en tout cas c'est ce qui est noté sur i-prof) depuis septembre 1988. Ce collège étant de petite taille, il n'y a que deux postes d'anglais: le mien (à temps complet) et un autre, qui est partagé avec un autre collège de la région. Mon collègue venant d'obtenir le concours de chef d'établissement, son poste est donc vacant pour la rentrée prochaine, sans toutefois être passé au mouvement.

 

Et voilà que vendredi dernier, j'ai été informée par mon chef d'établissement, qui me soutient activement dans mes démarches, de la décision de la Direction des Ressources Humaines de nommer un stagiaire à temps complet (c'est-à-dire, pour lui, 16 heures) sur notre collège pour la rentrée prochaine, et de par ce fait de me donner un service partagé sur deux établissements. De plus, il paraît que je serais alors la tutrice du stagiaire nommé. Quel comble! Je tiens à préciser, pour info, que c'est uniquement grâce à ma principale que je suis au courant de ce qui se trame, et que personnellement le Rectorat n'a pas eu la courtoisie de me contacter à ce sujet. C'est à peine croyable, j'ai vraiment l'impression d'être devenue un pion sur un échiquier. Apparemment, je ne suis pas la seule dans ce cas. Dans mon académie, un autre cas se présente, où là il s'agit d'un enseignant en SVT avec 25 ans d'ancienneté à qui l'on va demander « gentiment » d'aller se balader l'an prochain.

 

Plusieurs syndicats ont été contactés, sans réaction pour l'instant. Si ceci vous révolte autant que moi, merci de transmettre ce courrier à tous ceux que vous connaissez en sachant que nous sommes tous concernés. Le changement de statut des stagiaires, sous prétexte de les mettre davantage en contact avec leur futur métier, va peut-être faire faire des économies sur le budget, mais déstabiliser bien des établissements, et remettre en cause notre statut. Nous ne pouvons pas laisser faire les rectorats en douce et créer ainsi des précédents qui pourraient être utilisés à d'autres escients...»

 

Témoignage d'une enseignante d'Anglais dans un collège sur l'application de la réforme de la formation des enseignants.

Tous les commentaires

Comment faire pour arrêter cela?

La règle est claire : personne ne peut être tuteur contre sa volonté. Il suffit de dire : "je regrette" à son chef d'établissement, et c'est fini. Bien sûr, d'amicales pressions seront exercées ; c'est parce que les rectorats sont dans l'incapacité de mettre en oeuvre cette réforme, tant décriée en off... Aussi, si cette enseignants s'est adressée au SNES-FSU, inutile d'attendre une réponse (le SNES n'est pas contre la mastérisation, voir les votes au comité technique paritaire ministériel de mai 2009).

 

Il ne faut pas confondre la direction du SNES et les militants syndicaux. Nombre de ces derniers résistent autant qu'ils peuvent. Ce qui ne dédouane en rien la première. Bien au contraire.

Désolé de venir ternir une peut-être légitime colère mais je connais des millions de gens-2,5 pour être précis- qui n'en ont rien à faire des tergiversations sur les nommnations d'une personne qui de toute façon disposera dans sa vie professionnelle d'avantages et de priviliges inconnus ailleurs ( absentéisme délirant sans justification ni sanctions, retraite payée sur la base des six derniers mois, évolution de carrière à l'age etc...)Bref quand les enseignants auront décidés de soutenir les luttes des travailleurs et les luttes plus générales des opprimés, les dits opprimés essayeront de mieux comprendre ce qui arrive aux enseignants qui pour moi et pour beaucoup sont des privilègiés autistes et toujours à se plaindre pour des résultats dont la nullité est attestée par toutes les enquêtes. Et puisqu'il s 'agit ici de l'anglais sait-on qu'apres 600 heures d'enseignement par ces enseignants qui se plaignent de devenir tuteur plus de la moitié des élèves sont incapables de comprendre un texte compris partout en europe par des élèves qui n'ont que 100 heures.... et on voudrait qu'on pleure!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!alors que c est moi qui paie en plus.... je voudrais bien défendre l'école de la République...mais pas quand elle est tenue par ces gens qui actuellement la tiennent à commencer par les enseignants mais aussi et surtout les conseillers multiples et obscurs qui nous ont pondu depuis vingt ans les programmes aberrants que nous connaissons ( en grammaire, lettres, histoire ....) et les pédagogies stupides qui les mettent en musique,et qu'annonent des professeurs irresponsables et obéissants sauf en ce qui concerne leurs avantages acquis par des syndicats collaborateurs et corporatistes, bref pétainistes dans leur âme.

Tout à fait d'accord avec votre sentiment. Les profs, et les fonctionnaires en général, n'ont JAMAIS JAMAIS JAMAIS cru bon, par solidarité humaine seulement, de soutenir les très nombreux combats animés dans le secteur privé, frappé lourdement pendant des dizaines d'années .

D'autre part, comment continuer à admettre l'incoyable incompétence de nos enfants en matière de langues étrangères, après 8 annnées de cours pour l'anglais - du CM2 à la terminale) , à savoir qu'ils sont incapables de maîtriser une conversation élémentaire. Mais c'est également dans de nombreux autres domaines que la dégringolade est amorcée et c'est inquiétant pour la poursuite des études des bons élèves, dont les parents n'ont pas les moyens de rémunérer des répétiteurs privés.

Pour avoir fait partie de "la grande famille", je trouve inadmissible que les syndicats de l'Education Nationale ont poussé dans la rue lycéens surtout, mais collégiens aussi (à défaut de grives on se contente de merles), afin de faire aboutir des "réformes" (diminutions des heures de cours pour certaines catégories de profs certifiés et autres PEGC, profs de sports, techno, dessin, etc...) qui tardaient à arriver. Et ils y sont arrivés. C'est même la seule chose que ces manifestations ont apporté, en plus d'un nombre incalculable d'heures de cours perdues pour les bacheliers ! Ca me reste en travers, d'autant que parents et gamins imaginaient, dupes qu'ils étaient, que ces manifestations défendaient l'Ecole Publique.

Je témoigne ici d'une mémorable épreuve de bac à laquelle j'ai assisté, où les profs chargés de la surveillance des épreuves "taillaient la babaille" sans aucune retenue, évoquant leurs affaires personnelles devant les candidats qui; dérangés par le bruit des voix, ont rappelés auxdits profs, que le silence était demandé et de rigueur. Vexés, ces profs se sont alors réunis dans une petite pièce vitrée, d'où ils pouvaient surveiller....et se sont consolés avec du pastis ! Et ceci n'est malheureusement pas un cas isolé.

Alors oui...moi aussi j'ai la colère comme KAKADOUNDIAYE.. .au nom de nos enfants qui ont dû faire avec tant de médiocrité pendant des années.

Et croyez-moi, Proviseurs, Principaux, rectorats et inspections académiques n'avaient cure de ce qu'on leur rapportait.

Faut-il aussi dire comment les proviseurs d'excellents établissements scolaires "négocient" entre eux pour l'acceptation des dossiers en classes prépas ? Ils sont d'une arrogance ces gens là....qu'il doit y avoir aussi des victimes chez les profs, les bons. Dommage pour eux.

 

Désolée à mon tour de vous dire que vous répétez le discours des médias proches du pouvoir en place. je sais que la mode du moment est au "cassage de profs"... "une personne qui de toute façon disposera dans sa vie professionnelle d'avantages et de priviliges inconnus ailleurs ( absentéisme délirant sans justification ni sanctions..." Des avantages, certes, des contraintes aussi, comme tout le monde, des privilèges ? Lesquels ? L'absentéisme? Mais enfin, allez voir comment cela se passe vraiment : les privilèges dont vous parlez sont largement discutables et pas du tout inconnus ailleurs, et cet absentéisme est un beau mirage ! Il n'y en a pas plus qu'ailleurs, alors arrêtez un peu de vous enflammer sur ces lieux communs ! Exemple : un prof est dit "absent" lorsqu'il est en stage, et ailleurs non, cherchez l'erreur ! Et ce n'est qu'un exemple... Il suffit que TF1 en parle pour que ce soit une vérité largement vérifiée? Mais enfin, soyons sérieux !

D'autre part, ce ne sont pas les enseignants ni des "conseillers" (?) qui "pondent" les programmes ni imposent les dites pédagogies stupides (des exemples, svp...), et d'autre part, les enseignants sont bien loin d'être irrésponsables et obéissants (des exemples aussi, là, SVP), "pétainistes", par-dessus le marché ! Au sein de la classe, il est libre (et en est responsable) de sa méthode. Bien sûr qu'il y a des cons, des fumistes et des moutons partout, même dans l'éducation nationale, mais de là à crier au scandale généralisé, bon sang, réveillez-vous !

Je vois que la propagande anti-éducation nationale a le vent en poupe !! Merci de la suivre aussi facilement, sans réfléchir ni vérifier les infos sérieusement ! Merci pour vos enfants !

Ouvrez les yeux avant qu'on vous enfume !

"remettre en cause notre statut", désolé mais votre statut n'est pas coulé dans le bronze.

une simple remarque : la retraite d'un fonctionnaire de l'Education Nationale est 75% de son dernier salaire. Comment faire, quand rien n'a été "provisionné", pour financé son poste ? doit on payer le remplacant à hauteur des 25% restants ?

La logique dit "oui", le politiquement correct dit "non"

Il est facile, aux politiques de dirent "oui" à toutes demandes sans se soucier du financement futur et il serait temps que les futurs "créanciers" se préoccupent un peu des implications que cela représentent pour l'ensemble des citoyens

Sans être totalement d'accord avec les propos de kakadoundiaye, inclure dans les paramètres décisionnels une analyse à partir du critère "retour sur investissements" ne me choque pas

 

 

Et que pense l'étudiant en journalisme de l'abattement d'impôts de 7650 € accordé aux bénéficiaires d'une carte de presse ? Tous les journalistes le méritent-ils ? Comme pour le journalisme, le retour sur investissement est peu évaluable en éducation, surtout entre des pays différents puisque la France investit 20% de moins dans l'enseignement primaire que la moyenne des pays de l'OCDE. Pour l'enseignement des langues, le constat est dramatique : comment faire parler TOUS les élèves quand ils sont 30 dans une classe ? Cela a un coût. Je suis prêt à payer ma part. Et vous ?

pour une restructuration je fais 185 km par jour .

Il y a 35 ans, j'en parcourais autant de ces fichus kilomètres. Ca n'a rien de bien actuel vous savez.

 

Je sais que cela ne va pas résoudre ce problème mais je suis scandalisée par ces nominations massives de stagiaires sur des postes d'enseignants mais aussi de CPE dans des établissements plutôt difficiles.C'est dommageable pour le mouvement mais je crains que pour certains celà soit lourd car tous ne sont pas prêts à assurer un service complet.

Je déplore que sur ce point,comme sur beaucoup d'autres,nos syndicats ne se soient pas assez battus.

Ce qui se prépare en ce moment avec cette réforme des lycées est bien inquiétant;

 

 

Je ne saurais que vous inviter à prendre connaissance de ce qui a été mis au point par nos brillants Commissaires Européens en matière d'Education. Je vous assure que vous ne vous poseriez plus aucune question ! Pauvres enfants, il n'y a que ça de vrai.

En réponse :

par retour sur investissement, j'évoquais la chose globalement. Au fil des ans, le rapport qualité/prix se détériore. Le pourquoi, le comment, chacun pourra trouver dans la bibliothèque qui s'est constituée petit à petit à se sujet une réponse à son attente. Le sujet est inépuisable.

Ce que je voulais surtout dire est : l'auteur enseigne depuis 22 ans donc il n'a connu qu'un monde ou la notion d'équilibre des comptes de la nation était tabou. Nous sommes arrivés à un point de rupture. Nous empruntons pour payer les intérêts de la dette comme un vulgaire ménage en surendettement.. Il y a 2 ans, pour éviter de faire comme l'Argentine, nous avons du emprunter pour renflouer le système bancaire. Transfert des actifs pourris des banques aux Etats afin d'éviter que les banques soient aux abonnés absents.

Son statut (celui de l'auteur) s'est étoffé pendant les 30 glorieuses, période ou l'inflation permettais certaines largesses.Ensuite nous avons eu les 30 pas-glorieuses pendant laquelle nous avons vécu de plus en plus à credit. Cette période s'achève. Il va lui falloir changer de logiciel. Histoire de lui remonter le moral : pendant les années 50/60 nous étions 30/35 par classes et notre culture générale, vous savez la notion d'honnête homme, avait une signification

 

Pendant les années 50/60... les professeurs étaient encore respectés dans leur travail au lieu d'être méprisés à ce point

Pendant les années 50/60... le collège unique n'existait pas et tous les élèves n'allaient pas jusqu'au brevet des collèges, facile donc pour ceux qui restent (la "présélection" ayant été faite plus tot) d'être tous "sages" et "cultivés"

Pendant les années 50/60... c'était le professeur qui demandait des comptes aux élèves sur leur travail et non l'inverse

Pendant les années 50/60... le professeur avait encore le droit de punir ses élèves (voire de leur en mettre une s'ils dépassaient les bornes, et non l'inverse)

Pendant les années 50/60... les parents ne « levaient » pas les punitions de leurs chers bambins

Pendant les années 50/60... les parents ne se permettaient pas d’entrer dans la classe du professeur en plein cours pour menacer ce professeur parce que bambin s’est ramassé à un contrôle pas bossé

Pendant les années 50/60... ce n'était pas l'époque des enfants rois, des téléphones portables (transformés à l'occasion en appareils photos, caméscopes, lecteur de musique etc. à utiliser en cours ou dans les toilettes des filles parce que c'est plus drôle à raconter et télécharger sur Facebook), des pantalons en bas des fesses, des strings fillettes, des chaussures à roulettes, etc.

Pendant les années 50/60... papa ne demandait pas à fiston chéri le soir en rentrant : "alors, ils t'ont pas trop emmerdé, les profs, aujourd'hui?"

A notre époque, celle d'une société de consommation à outrance, celle dans laquelle ce sont les lobbys commerciaux qui décident des contenus des règlements intérieurs voire des lois qui y sont liés, celle où l'individualisme est une valeur qui permet d'affirmer son identité... 30/35 par classes de petits anges... on y est déjà et on en rêve la nuit !

J'en ai marre des commentaires grincheux sur les fonctionnaires. Je pourrais argumenter mais je n'en ai même pas envie. Pas de temps à perdre. Allez plutôt voir comment cela se passe dans les établissements. Et peut-être serez -vous alors moins donneur de leçon.

complètement d'accord avec vous; ces diatribes sur les profs privilégiés, ça me fait doucement rigoler!!! et pourtant… je ne suis pas prof!! c'est dingue, non? il faudrait peut être arrêter de penser systématiquement en terme de revendication catégorielle, de lorgner perpétuellement sur les pseudos avantages du voisin!!nombre de km contre point de retraite, vraiment ça ne vole pas haut!! ce qui est sûr, c'est que l'ambiance se dégrade considérablement dans les établissements scolaires quelque soit le niveau ; et effectivement ce sont les enfants qui trinquent… et surtout les moins soutenus d'un point de vue familial!!

 

Exactement ! Il est bien là, le scandale !

Les vrais questions ce sont:

L'intérèt optimisé des enfants, des parents, des enseignants.

La capacité de l'Etat a faire son travail intelligemment, je dirais scientifiquement, dégagé des idéologies, avec des stratégies à long terme, à se préoccuper de faciliter la vie des citoyens au lieu de s'acharner à la compliquer en permanence.

 

Ces commentaires sur les profs sont sinistres et m'étonnent venant d'abonnés de Mediapart. Comment peut-on être aussi réactionnaire ? Tchao.

Tout à fait d'accord sur le caractère odieux et imbécile de ces commentaires anti-profs et anti-fonctionnaires, sur les "privilèges", sur leur "incompétence", etc.

Cela dit, être propriétaire de son poste, comme on l'était de sa charge sous l'Ancien Régime, est-ce bien raisonnable ?

Que les juges soient inamovibles, c'est évidemment indispensable. Mais les pour les enseignants (et encore plus pour ceux du supérieur) , la démocratie et les principes de la République ne me sembleraient pas gravement ébranlés s'il en était autrement, comme pour tout autre salarié.

Revenez sur terre, camarades...

Je crois que ce qu'il y a à souligner dans ce témoignage, c'est "l'impréparation" la plus complète de cette réforme de la formation des enseignants :

  1. la place donnée aux stagiaires n'est pas clairement affichée et assumée par la hierachie- l'arrivée d'un jeune collègue ne posait pas tant de problème les années précédentes.
  2. la "revalorisation" des enseignants par la proposition de nouvelles fonctions, normalement valorisantes (celle de formateur), est un bide total et va à l'encontre de ses propres objectifs : faire accepter la réforme par la communauté enseignante. Là, si l'on voulait créer du conflit, on ne s'y prendrait pas mieux.
  3. Le côté formation des collègues néo-enseignants est biaisé sur un autre point car, arrivé sans préparation, les "anciens" ont plus l'impression de boucher les trous creuser par le ministère que de faire vraie oeuvre de formation.
  4. La manière d'agir de la hierachie contraste fortement avec des pratiques plus compréhensives qui avaient cours dans l'Education nationale, ce qui engendre le ressenti de mépris. Les déplacements d'office sont plus utilisés lors de sanctions disciplinaires pour des fautes importantes...Veut-on punir les enseignants et venger les commentateurs du dessus ?

Là, j'approuve totalement !!!

Bon courage.

Après ce commentaire, être sur deux établissements n'est pas en soi un problème. Beaucoup d'enseignants le font. Le service le réclame et cela peut-être parfaitement compris et est parfaitment compris à l'heure actuelle. La question que certains commentateurs devraient se poser est pourquoi ici ce n'est pas compris.

Bien sûr ... Ces remarques sur les enseignants, je les entends depuis des années! Sans oublier la petite phrase acide : " Alors c'est les vacances?", phrase déplacée quand on considère l'évolution des congés sur l'ensemble des salariés et le temps que passe un enseignant à ses préparations. Un enseignant consiencieux, et il y en a beaucoup.

Je me trouve pour ma part à l'aube de ma retraite et j'ai durant ma carrière de professeur de lettres changé de poste -régulièrement - par moi même, pour voir d'autres milieux, d'autres élèves, d'autres expériences et éviter ainsi de ronronner dans ma quiétude de prof installé, connu et estimé. C'est si facile. . . Bien sûr, cela a déplu à bon nombre de mes collègues qui ne comprenaient pas cela. Mais j'ai apprécié à chaque fois, de me remettre en question, de redécouvrir, de modifier mon enseignement au nouveau public rencontré. Mais ceci n'est qu'un détail.

Ce qui importe c'est de savoir qu'au cours de ces changements de postes, de découvertes d'établissements différents, j'ai côtoyé pour la plupart, des enseignants motivés, soucieux de leurs élèves et de leur réussite. Bien sûr qu'il y a -comme partout - des fumistes qui se cachent là pour ne rien faire, des incompétents, des gens nerveusement fragiles. Mais pour la grande majorité, c'est leur métier de choix dans lequel ils s'investissent et donnent beaucoup. D'ailleurs les élèves ne s'y trompent pas. Mais ce que je viens d'écrire est, il est vrai, tabou. Et c'est dommage que ce corps de métier n'accepte pas ses défauts: reconnaître les lacunes d'un enseignant permettrait de l'aider, au lieu d'étouffer, de laisser pourrir.

D'autre part, il y a la folie de l'évolution des programmes qui se surchargent au fil du temps, qui pour nous - en Lettres- s'encombrent d'un jargon souvent inadapté au public que nous avons en face de nous. Mais un enseignant est libre de ses modes d'application et c'est son rôle d'adapter les notions et leur vocabulaire de transmission aux élèves qui sont en face de lui, pour les intéresser, les enrichir, les former. Il est désolant néanmoins d'avoir vu au fil des années l'horaire des cours de français réduire comme peau de chagrin, ce qui fait qu'il faut jongler dans des séquences de 4 heures par semaine, dans lesquelles on nous a conduit à sacrifier la langue, l'orthographe... d'où les déplorables conséquences actuelles que l'on peut constater, en lisant les forums par exemple. En effet ce n'est pas uniquement la faute de l'évolution des supports de communication. Que faire alors? Je l'ai lu dans cette tribune, de ci de là, on sacrifie l'enseignement public, en France, par des coupes d'horaires, des surcharges de classe et des programmes souvent décalés de la réalité. Malheureusement j'ai l'impression que le débat se fait autrement : en compte de postes, de nombre d'élèves que l'on peut caser dans chaque classe, des économies que l'on peut faire...

Pour terminer - bien que je pourrais évoquer tellement d'autres points - j'ai été conseiller pédagogique et à de rares exceptions ( puisque je l'ai dit plus haut , tout existe dans une catégorie professionnelle...) j'ai accompagné des jeunes enseignants enthousiastes, créateurs et sincères. D'ailleurs les élèves ne s'y trompent pas et ils savent vous donner leur confiance, même en cette époque si difficile pour eux où ils sont harcelés par quantité d'activités externes, d'utilisation de médias divers, ce qui les dévore, les disperse, les égare, même si cela les enrichit aussi. Eh bien malgré cela, ils savent vous rendre ce que vous leur donnez. Bien sûr, ce qui m'a désolée le plus dans la dernière partie de mon enseignement, c'est la dégradation de leur travail personnel . A de rares exceptions ils arrivaient en cours - sans avoir rien relu ni écrit - et il est difficile d'avancer ainsi... Bien sûr là encore il ne faut pas faire le procès des parents, car si certains sont critiques envers l'institution scolaire ( toujours la part de la diversité, tout comme la part de ceux qui dans votre Tribune "cassent" du prof), la grande majorité nous fait confiance et travaille avec nous.

Je suis toujours choqué par les propos qui sautent à pied joint dans la division des gens qui gagnent leur vie en travaillant, et ce d'autant plus lorsque ces propos émanent d'abonnés dont j'ai souvent apprécié la pertinence. Oui il y a "des privilèges" dans certaines professions, des privilèges généralement obtenus de haute lutte, non par ceux qui en profitent aujourd'hui mais par les générations précédentes, mais ces petits privilèges ne doivent pas nous empêcher d'être solidaires face aux grands privilèges qui sont en train de nous concocter un nouveau Moyen-âge. Chaque fois que nous acceptons par notre passivité ou par notre participation aveugle aux soumissions médiatiques que soit touchée une catégorie sociale c'est l'ensemble de la résistance à ce Moyen-âge qui faiblit.

Cela ne doit en rien diminuer notre sens critique et je ne fais pas partie de ceux qui gardent un bon souvenir de l'école. Mais ceci est un autre problème, résolument autre.

Bonjour Sébastien Rome, bonjour à tous,
Je retiens cet extrait de l’intervention de Christine parlant des enfants :
« Bien sûr, ce qui m'a désolée le plus dans la dernière partie de mon enseignement, c'est la dégradation de leur travail personnel. A de rares exceptions ils arrivaient en cours - sans avoir rien relu ni écrit - et il est difficile d'avancer ainsi... Bien sûr là encore il ne faut pas faire le procès des parents... »
Derrière ce constat factuel on ne peu plus juste, il y a pour moi toute la désuétude effective de notre service public d’éducation.
L’école n’est plus le lieu éducatif grâce auquel les enfants se construisent en construisant leur représentation du monde. Il faut se rendre à l’évidence.
Ils arrivent à l’école en ayant déjà une représentation du monde.
Et l’école n’y peut rien.
Dans ces conditions, l’éternel débat sur les moyens de l’école, car c’est bien de cela qu’il s’agit (aujourd’hui à propos de la gestion des postes dans le secondaire), est certes essentiel, mais il doit être second... sous peine de ne jamais pouvoir déboucher sur un consensus politiquement majoritaire.
Il faut d’abord débattre pour parvenir à un consensus préalable sur ce que peut ou doit être l’ambition éducative dans nos sociétés.
Et les agents du système éducatif actuel sont dans une position intenable pour engager ce débat depuis leurs problématiques professionnelles, tout simplement parce qu’ils font partie du problème en tant que parties prenantes d’un système très largement dépassé par son environnement (d’où la difficulté des partis de gauche largement investis par le corps enseignant à élaborer une doctrine et un projet éducatif national alternatif à la hauteur du désastre).
Je crois que l’efficacité de leurs possibles et si nécessaires contributions s’arrête où commencent leurs revendications. Les secondes occultent, invalident les premières.

Sur le fond, je ne peux que proposer mes contributions précédentes (une et deux) et surtout renvoyer encore aux travaux de Bernard Stiegler.

A défaut, nous en resterons éternellement à la polémique initiée par la réaction de Kakadioundiaye qui n’y va pas avec le dos de la cuillère.
C’est à la fois inquiétant...
Mais tellement juste...
Et vraisemblablement si nécessaire.
C’est très inquiétant parce qu’au moment où nous subissons tous le projet absolument régressif que mènent à marche forcée notre président de la république, son gouvernement et sa majorité parlementaire, cette réaction illustre s’il en était besoin la pertinence stratégique de leur projet de déconstruction.
Mais c’est tellement juste.
Je site : « Bref quand les enseignants auront décidés de soutenir les luttes des travailleurs et les luttes plus générales des opprimés, les dits opprimés essayeront de mieux comprendre ce qui arrive aux enseignants qui pour moi et pour beaucoup sont des privilégiés autistes et toujours à se plaindre pour des résultats dont la nullité est attestée par toutes les enquêtes. »
La fin de cette phrase (« qui pour moi... »), n’est acceptable qu’au regard de ce qui la précède, mais à cette condition elle l’est pleinement.
Mais il y a plus à dire encore, du moins si l’on est convaincu que l’éducation est, non pas au cœur, mais LE cœur de l’utopie démocratique et de l’ambition républicaine.
Alors il faut se demander pourquoi, depuis tant d’années, des décennies en réalité, les enseignants et leurs syndicats représentatifs n’ont jamais été en capacité d’engager et de tenir un conflit social dur et digne de ce nom (comme en ont tenu tant d’ouvrier au prix de leurs emplois), face à toutes ces réformes successives contre lesquelles ils nous ont pourtant et systématiquement abreuvés de grands discours dénonciateurs et mobilisés... avant de se coucher. Qu’est-ce qui les en empêchait ? Serait-ce qu’ils manqueraient de conviction... comment dans ces conditions se plaindre d’avoir de moins en moins de soutien ? Comment ce fait-il que le mouvement des « instits désobéisseurs » soit aussi minoritaire ? Ne soit soutenu par aucune grande centrale syndicale ? Quand verrons-nous une grève massive et reconductible dans nos écoles ? Quand cesserons ce légalisme complice et la veulerie d’une trouille du petit chef aussi injustifiable que congénitale, qui accréditent ostensiblement et avec une constance inégalable la futilité des motifs de protestation.
Maintenant, il est trop tard.
Sarko et ses sbires veulent déconstruire la République et le principe d’égalité en droits des citoyens.
Ils savent qu’il suffit pour cela de démanteler le service public d’éducation.
C’est à peu près chose faite.
Alors oui, il ne faut pas s’étonner du coup de gueule de Kakadioundiaye, il est nécessaire et donc bienvenu.
Les injustices sont telles, la misère et l’oppression vont être si largement aggravées que le temps est probablement venu ou les masques doivent tomber. De la part de ceux qui disposent encore d’un statut protecteur, les discours plaintifs ne sont plus acceptables, ni de mise. Ou ils agissent enfin, concrètement et radicalement, à la mesure de leurs protestations verbales ou ils se taisent.
Pour les enfants, la situation est catastrophique.

A Jean Claude Charrié,

 

Je suis d'accord avec votre analyse, à ceci près que vos arguments ne sont pas ceux de Kakadioundiaye, et je ne vois donc pas pourquoi ses propos seraient "nécessaires et bienvenus". Cela me paraît dommageable de leur accorder quelque crédit, d'autant plus que vos remarques, et notamment votre référence à l'ouvrage de Stiegler, me semblent nettement plus constructives que les propos tenus ici ou là.

Merci en tout cas pour vos contributions, elles m'ont permis de découvrir le site Skhole.fr, et de m'intéresser à nouveau à l'oeuvre de Stiegler.

J'entends bien cela.

Ceci dit, je crois vraiment que la situation va se dégrader très fortement pour une grande partie d'entre nous et j'ai rédigé un peu vite sous le coup de la colère, je m'en excuse, parce qu'une fois de plus c'est l'éducation qui va trinquer... même en cas d'alternance politique.

Il n' y a qu'à voir comment elle est traitée par tous les partis sans exception.

Uniquement d'un point de vue utilitariste et comme un passage obligé.

Clientèle oblige !

 

Alors que ce devrait être strictement l'inverse.

Comment organise-t-on tout le reste, pour nous occuper correctement des enfants c'est à dire pour construire effectivement l'avenir.

 

mieux vaut être pion sur l’échiquier comme cette enseignante que pion sur les chéquiers comme Topaze. le changement d’affectation d’office dans l’intérêt du service n’a pas besoin à ma connaissance de l’accord de l’intéressée. alternative possible : demander sa mutation avec choix prioritaire?

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