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La règle d’or et la maxime morale à l’école

Luc Chatel a choisi de faire sa rentrée politique dans la mouvance de la droite populaire ; pour ce faire, sur le même principe tactique de la «règle d'or», il cherche à piéger le monde enseignant, majoritairement à gauche, pour faire un clin d'œil à son électorat le plus droitier, en annonçant le retour de la morale à l'école.

On attend la circulaire. Elle devrait arriver ce jeudi, selon Emmanuel Davidenkoff qui a fait une chronique sur France info à partir cette information. Mais les choses étaient déjà pliées en juin, comme l'annonçait le Figaro. L'Inspection générale de l'Éducation nationale avait déjà remarquée en 2010, dans sa note de synthèse sur la mise en œuvre de la réforme de l'enseignement primaire,qu'

« en instruction civique et morale, la morale n'est presque jamais abordée et l'utilisation de maximes illustrées demeure rarissime. Par ailleurs, les traces écrites restent rares pour ce domaine parfois absent des livrets d'évaluation. Les exemples recueillis renvoient essentiellement à des interventions orales liées à des événements de la vie de l'école ou de la vie sociale, certainement utiles mais qui gagneraient à être complétées par l'enseignement attendu. » (Page 19 du document PDF).

Ce retour de la morale à la rentrée 2011, n'est donc que le retour du retour de la morale des « nouveaux » programmes 2008.

Mais ce retour en 2008 était prudent.

« Les élèves apprennent les règles de politesse et du comportement en société. Ils acquièrent progressivement un comportement responsable et deviennent plus autonomes.
1. Ils découvrent les principes de la morale, qui peuvent être présentés sous forme de maximes illustrées et expliquées par le maître au cours de la journée : telles que "La liberté de l'un s'arrête où commence celle d'autrui", "Ne pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu'il me fasse", etc. Ils prennent conscience des notions de droits et de devoirs.
 » (je souligne, programmes 2008 CP et CE1).

Il est bien dit « qui peuvent être », ce qui signifie que ce n'est pas une obligation. La maxime morale, telle quelle, disparait même pour les CE2, CM1, CM2 : On parle plutôt « règles » à connaître « les principales règles de politesse et de civilité », « les règles élémentaires de sécurité routière », « L'importance de la règle de droit dans l'organisation des relations sociales qui peut être expliquée, à partir d'adages juridiques » (je souligne à nouveau), « Les règles élémentaires d'organisation de la vie publique et de la démocratie ». (le texte en entier ici).

On voit bien qu'enseigner, éventuellement, quelques règles de droit, n'a que peu à voir avec le retour du retour de la maxime morale.

Déjà, les résistances étaient fortes. Rare sont les enseignants qui ont mis en œuvre cette pratique (et comment le Figaro a-t'il trouvé cette école à Carcasonne où l'on use, abuse ?, de la maxime). Même le Recteur Christian Nique, alors Recteur de l'Académie de Montpellier, avait « rassuré » les enseignants rappelant le caractère facultatif de la méthode d'enseignement (« les principes de morales peuvent être présentés sous forme de maximes »). Il avait rajouté dans cette interview de la rentrée 2008 à Midi Libre que rien ne serait imposé aux enseignants.

 

Le durcissement annoncé aurait donc pour but de raffermir la morale des jeunes en perdition. Pourtant dans ma pratique, je ne me lasse pas de faire la morale, parfois à l'aide de formules, aux élèves pris en faute. Pourtant, les élèves savent très bien faire la différence entre le bien et le mal et quand ils sont en faute. Etrange de croire qu'enseigner une chose qu'ils connaissent déjà aura un effet sur leur comportement. Imagine t'on faire apprendre aux grandes fortunes de France « Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les Citoyens, en raison de leurs facultés. » ? Est-ce que cela va changer leur pratique ? Va-t-on faire baisser la criminalité à Marseille avec de « nouvelles méthodes » en faisant apprendre aux braqueurs de Postes « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » ?

 

La raison est bien sûr autre et double : satisfaire l'électorat droitier qui pourra dire, « enfin, on va remettre de l'ordre » (voir ce texte sur Causeur.fr, à droite, sur la gestion de la question scolaire par le FN) mais surtout piéger la gauche qui ne manquera pas d'hurler au retour d'une école passéiste, de relents de vieille France. Il s'agit donc de cliver le pays en définissant deux camps : celui du sérieux qui tient aux valeurs de bon sens partagées par tout le monde et celui des dangereux libéraux-expressionnistes-soixante-huitards tenant du laissé faire des enfants qui, d'ailleurs, prend ces enfants en otage avec des idéologies politiques où les enseignants-fonctionnaires ne fonctionnent pas en obéissant.

Qui est contre la morale ? pas un seul enseignant, c'est certain. Qui fera de la morale comme cela ? très peu, c'est tout autant certain. Combien d'Inspecteurs iront dans des classes pour vérifier et imposer, par la force, cette façon de faire, après leur mauvaise expérience qu'ils ont eu de la désobéissance ? aucun.

Or tout le débat sur la violence à l'école et de la délinquance, car c'est ce débat qui est visé, est bien évidemment ailleurs. C'est l'évidence du quotidien qui nous fait dire aux enfants qu'« il ne faut pas faire à autrui etc... ». Les bonnes questions sont plutôt autres : comment doit-on réagir face à un enfant qui connait la violence chez lui et qui reproduit cette violence à l'école ? Une femme tous les trois jours meurt des coups de son conjoint ou ex-conjoint et combien sont meurtries ? Comment aider une femme seule avec ses enfants qui est dépassée par l'autorité qu'elle ne parvient plus à imposer ? Comment l'école peut-elle faire pour imposer ses valeurs face à une société publicitaire qui pousse à l'assouvissement du désir immédiat ? Mais aussi, quels sont les enseignants RASED disponibles, les Centres Médico-Psycho-Pédagogiques à proximité ? Comment l'école est organisée dans ses espaces et son temps ? Quelle est la place de la mixité sociale ?

 

Bref, le piège se referme, en supprimant les vrais enjeux du débat et faisant passer à la trappe la liberté pédagogique pourtant garantie par les programmes 2008. Comment éviter que le piège se referme ?

Tous les commentaires

29/08/2011, 22:03 | Par Oliv92

Je ne vois pas ce qu'il y a de gauche ni de droite à enseigner certains principes de vie en commun à l'école, de réfléchir ensemble aux conditions pour que chaque élève se sente écouté et respecté dans la classe.

En même temps, il est évident, que encore une fois, on ne peut demander à l'école de résoudre tous les problèmes que les enfants connaissent à la maison...

29/08/2011, 22:32 | Par Sebastien Rome en réponse au commentaire de Oliv92 le 29/08/2011 à 22:03

Effectivement, il n'y a rie nde gauche ou de droite à dire ce qui est bien ou mal (j'ai écrit "Qui est contre la morale ? pas un seul enseignant, c'est certain."). Mais le fait d'imposer d'écrire au tableau une maxime, en soulignant que c'est pour faire comme autrefois parce que c'était mieux avant (entendre avant la décadence de notre société), ça, c'est de droite réactionnaire. Ce n'est même pas une injure, c'est dans la définition de la position de la Droite populaire.

cf la charte de la droite populaire :

"Fondée sur l’autorité, le mérite et le respect, l’école de la République doit permettre à chaque enfant d’apprendre les valeurs morales et civiques ainsi que favoriser l’égalité des chances pour tous"

Les programmes 2008 laissaient la liberté pédagogique à chaque enseignant d'enseigner la morale, là, ce n'est visiblement plus le cas mais pour des raisons qui ne concernent pas les élèves.

Pensez-vous qu'il y aura un effet positif, une efficacité sur le comportement des élèves trubulents qui apprennent "tu ne feras pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse" ? sincèrement, dites moi.

 

 

29/08/2011, 23:23 | Par Oliv92 en réponse au commentaire de Sebastien Rome le 29/08/2011 à 22:32

Oui, il y a une effiicacité si ce qui est écrit est effectivement appliqué. Si c'est pour faire la lecon et ensuite pratiquer le contraire, effectivement, c'est encore pire.

J'ai la faiblesse de penser que si l'école peut être une petite enclave où un certain respect des uns aux autres se prêche et est appliqué, alors ce sera toujours une référence pour les enfants :

* c'est possible d'être respecté, écouté, considéré (même si à la maison on me traite comme de la merde)

* certains adultes ont des principes et les appliquent

* je peux faire confiance à certains adultes

Je suis peut-être naif... mais c'est en tous cas le fonctionnement dans la majorité des Kindergarten et écoles en Allemagne.

30/08/2011, 01:19 | Par Sebastien Rome en réponse au commentaire de Oliv92 le 29/08/2011 à 23:23

Votre raisonnement est étrange. Vous semblez dire que les enfants pourraient ne pas appliquer les maximes morales si les enseignants ne sont pas exemplaires. Vous laissez même penser qu'en Allemagne, tous les élèves sont toujours respectueux et qu'en France, les enseignants, "pratiquant le contraire", font le pire.

Rentrons dans la complexité pour aller plus loin.

Tout d'abord le sentiment de montée de violence à l'école en Allemagne est assez fort : cf l'article de 20 minutes sur une tuerie en Allemangne.

Mais comme en France, le fantasme de la violence prend le pas sur la réalité.

Une étude comparative sur la violence à l'école entre la France, l'Allemagne et l'Angleterre (ici pour la version courte ou ici pour la version longue). Plusieurs enseignements :

1) Les termes de "violence" de chaque pays ne recouvrent pas les mêmes faits

2) la perception de la violence diminue quand on donne plus de place à la participation des élèves (c'est-à-dire qu'un fait de violence est mieux vécu s'il conduit à une réflexion commune élèves-adultes que s'il est traité comme un élément de conflit insurmontable)

3) les incivilités (insultes, moqueries...) sont équivalentes en France et en Allemagne (pour des établissements comparables en terme de public).

4) l'Allemagne semble souvent plus, ou mieux, organisé pour donner une place aux élèves mais a contario les exigences scolaires y sont moins fortes (cf résultats PISA plus faibles pour ce type d'élèves en Allemagne) mais, pour encore creuser la complexité, les élèves allemands s'insérent mieux dans la société (cf l'étude de Dubet, Duru-Bellat et Vérétout - les sociétés et leur école).

Tout cela pour dire que ce n'est pas une maxime au tableau qui a de l'effet sur le comportement des élèves mais que c'est le dialogue qui existe après les faits qui permet de recevoir cet évènement comme peu signifiant ou comme grave, c'est-à-dire insurmontable.

Si les maximes pacifiaient le monde, les religions nous auraient débarrassaient de la guerre et de la violence. Soyons plus modestes que le gouverment actuel et travaillons à tisser des liens, sans naïveté.

La moraline que l'on nous vend n'est pas pour les élèves mais ne sert que des intérêts politiques qui recherchent une efficacité médiatique.

30/08/2011, 07:42 | Par Oliv92 en réponse au commentaire de Sebastien Rome le 30/08/2011 à 01:19

Aucun intérêt de discuter avec vous si vous déformez mes propos de facon grossière. Qui a dit qu'en Allemagne tous les enfants respectaient les règles et qu'aucun enseignant francais ne les respectaient ? Vous avez vraiment un problème.

J'espère que vous n'en faites pas autant avec vos élèves.

30/08/2011, 11:18 | Par Sebastien Rome en réponse au commentaire de Oliv92 le 30/08/2011 à 07:42

Je m'excuse de vous avoir inutilement provoqué. En vous lisant, j'avais eu l'impression que vous aviez compris que je défendais l'immoralité (parce que la morale est de droite) et que seule l'Allemagne respecté les élèves. Mais comme je vois que vous souscrivez sans réserve à ce que philip a écrit, je crois que nous sommes d'accord. « Les maximes écrites au tableau me paraissent bien dérisoires » et ne sont pas utiles en elle-même pour produire un effet sur la morale des enfants.

Personnellement, je discute en début d'année avec les élèves et je construis avec eux le règlement de la classe (et ensuite, chaque collègue faisant la même chose, nous mettons en commun pour les règles de l'école) . Le principe est simple : quels sont leurs droits ? Quels sont leurs devoirs ? « j'ai droit à me sentir en sécurité. Si chacun a droit à la sécurité, personne ne peut agresser une autre personne sans lui renier son droit. Ainsi je n'agresse personne verbalement ou physiquement. Mon droit est garanti par ma capacité à garantir le droit des autres »

30/08/2011, 01:20 | Par philip en réponse au commentaire de Oliv92 le 29/08/2011 à 23:23

"Si ce qui est écrit est appliqué...".

Cher Oliv92, dans les écoles de France il y a un Règlement Intérieur. Certains de ces règlements détaillent l'interdiction de cracher par terre, l'interdiction d'utiliser un téléphone dans l'enceinte de l'établissement, etc. la liste est souvent longue et met en général les droits des élèves en face de leurs devoirs.

 

Ce n'est pas de la morale pure au sens des maximes. MAIS ce sont des règles de vie en société, et des règles nécessaires à la bonne marche des écoles.

Depuis toujours, l'ensemble des profs et des surveillants s'efforcent de faire appliquer ces règles et luttent contre l'incivisme. Le problème c'est que ce souci de faire appliquer ces règles ne se heurte plus à une seule population d'élèves (les élèves ont toujours eu pour principal souci d'aller un peu plus loin ou de contourner les règles, c'est prévu et anticipé). Le problème, aujourd'hui, c'est que certains parents eux-mêmes s'insurgent contre ces règlements.

 

Combien de parents ont appelé leurs enfants sur le portable pour savoir s'ils étaient ou non en cours ? Combien de parents se sont pointés en réunion parents-profs avec une casquette sur la tête ? Combien de parents sont prompts à demander un rendez-vous pour remettre en cause une sanction ? Combien de parents démarrent un rendez-vous avec un prof à 17h en insistant grossièrement sur le fait qu'ils ont été obligés de quitter exceptionnellement tôt leur travail (parce que eux ne sont pas des fonctionnaires privilégiés - authentique Rire) ?

 

Les maximes écrites au tableau me paraissent bien dérisoires dans cette perspective. Les enseignants et les personnels encadrants n'ont pas attendu le gouvernement pour inculquer les formes minimales de respect et de politesse aux élèves. Et tant mieux ! Parce que sans les profs, et sans la vie dans le cadre de règles de l'Ecole, certains enfants n'auraient peut-être jamais compris qu'il est impoli de jouer avec son IPhone quand on discute au resto avec quelqu'un...

 

La morale disparaît de notre société, mais pas toujours dans les quartiers défavorisés. Dans les banlieues riches où l'argent et les gadgets électroniques coulent à flot, cette fameuse morale est tout aussi bafouée par l'égocentrisme, la cupidité et la jalousie. Appelons cela la soif de consommation.

Le gouvernement veut se donner bonne figure en rejettant sur l'Ecole ce rôle que les parents eux-mêmes ne veulent plus assumer. Evidemment, comme le dit Sebastien Rome, ceci brosse l'électorat de droite dans le sens du poil (beaucoup de cadres sup sont peu disponibles à la maison pour les enfants). Un gros pouvoir d'achat ne devrait pas permettre de sous-traiter l'action d'élever ses enfants. C'est très malsain.

30/08/2011, 07:43 | Par Oliv92 en réponse au commentaire de philip le 30/08/2011 à 01:20

C'est exactement ce que je dis.

30/08/2011, 12:00 | Par philip en réponse au commentaire de Oliv92 le 30/08/2011 à 07:43

OK, Oliv92, nous sommes donc en phase.

Je réagissais à votre remarque : "Oui, il y a une effiicacité si ce qui est écrit est effectivement appliqué. Si c'est pour faire la lecon et ensuite pratiquer le contraire, effectivement, c'est encore pire".

Ce "pratiquer le contraire" me laissait à penser que vous voyiez dans l'enseignement de la morale quelque chose de purement théorique.

Et au contraire cette morale est mise en pratique par l'Ecole, que le gouvernement demande qu'elle soit écrite au tableau ou non.

31/08/2011, 09:15 | Par Sebastien Rome en réponse au commentaire de philip le 30/08/2011 à 12:00

En fait, avec vous et Oliv92, nous venons d'expérimenter le piège de la droite : nous étions globalement d'accord mais nous avons réussi à trouver des différences clivantes : comment critiquer la "maxime morale" à l'école sans passer pour un "immoraliste" ?

31/08/2011, 01:59 | Par ericfischer en réponse au commentaire de Oliv92 le 29/08/2011 à 22:03

franchement, que peuvent des maximes de morale annonées ou recopiées face à la "morale" véhiculée par les médias audiovisuels...

29/08/2011, 22:19 | Par Luciole Camay

Imagine t'on faire apprendre aux grandes fortunes de France « Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les Citoyens, en raison de leurs facultés. » ? Est-ce que cela va changer leur pratique ? Va-t-on faire baisser la criminalité à Marseille avec de « nouvelles méthodes » en faisant apprendre aux braqueurs de Poste « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » ?

 

C'est toute la question de l'exemplarité ! Sans elle en haut lieu, nos gosses voient tout de suite qu'on leur raconte des craques !

30/08/2011, 01:20 | Par Sebastien Rome en réponse au commentaire de Luciole Camay le 29/08/2011 à 22:19

Nous sommes d'accords !

29/08/2011, 23:15 | Par Dominique C

"Comment l'école peut-elle faire pour imposer ses valeurs face à une société publicitaire qui pousse à l'assouvissement du désir immédiat "

On peut même aller plus loin sur les messages transmis dans notre société:

jusqu'à dire que l'exemple de l'inconduite vient d'en haut, style "Réussir sa vie c'est avoir une Rolex"... et en conséquence pourquoi un petit caïd de banlieue ne désirerait-il pas aussi"réussir sa vie" de cette façon, puisque c'est cela qui est désigné comme désirable?

30/08/2011, 01:22 | Par Sebastien Rome en réponse au commentaire de Dominique C le 29/08/2011 à 23:15

C'est exactement ce que je voulais exprimer et que vous avez parfaitement fait !

30/08/2011, 12:30 | Par Luciole Camay en réponse au commentaire de Dominique C le 29/08/2011 à 23:15

Tout ce qui brille est de l'or pour les enfants. A quoi bon s'embarrasser de scrupules, écrabouillons notre voisin si nécessaire, prostituons-nous, un seul objectif = l'apparence de la réussite. Mais avec quelle torture intérieure ! Et qui débouche sur le vide !

30/08/2011, 12:40 | Par NathaliRe en réponse au commentaire de Dominique C le 29/08/2011 à 23:15

Cher Monsieur Couturier

Oui, vous avez raison de redire cet excès indécent ridicule et vulgaire auquel il est nécessaire d'opposer d'autres perspectives. Ces messieurs dames savent ils que vivre au dessus des moyens des autres ne contribue pas à humaniser notre société. [...]

Un métier réflexif comme celui d'enseignant demande d'élever son idéal sinon, et bien, on tourne en rond, on ne tient guère compte de l'autre, de l'élève, de la classe, de la société et on arrive à 50 ans fier d'avoir une belle montre!!!

Personnellement si ce monsieur me donnait 50 000 Baal ce serait pour permettre à un maximum de mômes ( et à l'occasion à leurs parents) de lire une toile de Zao wou ki comme on lit une rivière ou des textes attrayants pour comprendre l'intérêt de l'échange des cultures, autrement plus nécessaires pour grandir qu'un défilé du 14 juillet!

Du moins c'est mon avis, et je le partage.

30/08/2011, 15:36 | Par Dominique C en réponse au commentaire de NathaliRe le 30/08/2011 à 12:40

Rire@ Nathalie: Accessoirement, la photo de mon profil montre que je suis de sexe (et de genre) féminin. On y voit aussi que j'étais enseignante en milieu rural (tendance pédagogies coopératives style "Freinet" mais ça n'est pas précisé).

Le prénom "Dominique" est un peu lourd à porter depuis 3 ou 4 mois...

30/08/2011, 18:08 | Par melgrilab@yahoo.fr en réponse au commentaire de Dominique C le 30/08/2011 à 15:36

Bah, y a des gens qui se prénomment Nicolas, et qui traînent ça depuis quatre ans...

30/08/2011, 18:58 | Par NathaliRe en réponse au commentaire de Dominique C le 30/08/2011 à 15:36

RireChère Dominique,

Vous faites bien de corriger mon erreur, j'apprécie. Merci.

Pour ce qui des grands pédagogues, Freinet est incontournable ainsi que Montessori dont les adaptations contemporaines sont toujours très utiles. En mathématiques, les outils actuels apportés par Mme Dominique Valentin sont indispensables! Clin d'oeil Cordialement.

 

30/08/2011, 23:37 | Par Pascal Quignon en réponse au commentaire de Dominique C le 29/08/2011 à 23:15

Tout à fait d'accord.

Comment amener des enfants à respecter autrui lorsqu'en même temps les médias les abreuvent de télé réalité où les gens sont humiliés, où les règles de vie les plus élémentaires sont sans cesse bafouées?

http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=11868

 

 

 

30/08/2011, 08:52 | Par Dominique Bry

Lu, recommandé, partagé.

30/08/2011, 10:59 | Par Laurence de Cock

Pour information, sur cette question, voir aussi les réactions suivantes :

http://aggiornamento.hypotheses.org/440

Bien cordialement

Laurence

30/08/2011, 13:28 | Par françois périgny

Luc Chatel veut "réintroduire la morale " à l'école ? Mais c'est trés bien ! Et ensuite les membres (ils se voient ainsi : des membres) de la classe dominante retourneront à l'école.

30/08/2011, 18:54 | Par Attentive

@Sebastien Rome

Tout comme vous, je pense que la morale doit être traitée comme une question éthique à l'école, par l'exemple, par les échanges, la responsabilisation des élèves au quotidien. Cela n'a rien à voir effectivement avec le fait de "faire la morale", donc " faire la leçon pour faire bien " ou se faire plaisir et entretenir la passivité des interlocuteurs.

Cela demande beaucoup de doigté aux professeurs qui sont confrontés de plein fouet aux conséquences de la misère sociale de certaines familles.

Comment gérer la violence ? Comment impliquer l'entourage ?

Je ne suis pas professeur, je travaille en milieu hospitalier. Je peux attester que l'hôpital n'est plus du tout - tout comme l'école - un lieu respecté et que notre quotidien, en tant que professionnels de santé, consiste de plus en plus à gérer l'incivilité des patients et de leur entourage..

30/08/2011, 19:26 | Par Sebastien Rome en réponse au commentaire de Attentive le 30/08/2011 à 18:54

D'ailleurs ce qui vaut pour les élèves en matière de morale, vaut, me semble t'il aussi, pour les malades au sein des hopitaux ("l'exemple, par les échanges, la responsabilisation" et j'ajouterai, l'écoute).

30/08/2011, 19:26 | Par Sebastien Rome

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30/08/2011, 19:42 | Par Marielle Billy

Sébastien, j'ai tendance à penser que si l'école devient le terrain favori de cette morale à trois sous, c'est qu'avant, elle s'est laissé tordre le cou, vider de sa vitalité et de son rôle "libérateur" ; je m'explique : elle est devenue l'anti-chambre du monde du travail, depuis les années 80, on n'a plus cessé de dire qu'il fallait préparer les mômes au travail, à l'entreprise, à l'employabilité, et on est devenu con. Du coup, tout est possible, y compris tenter de faire avaler aux français que cette moraline conseillée par le ministre est de la morale.

Maintenant, entre l'évaluation des compétences et la morale, on est cerné ! bref, faisons tout ce qui est possible pour montrer la bêtise ambiante : tu sens là ma manière de préparer ma pré-rentrée ...

Au passage, un grand merci pour tes interventions à Buoux.

 

30/08/2011, 23:32 | Par Vincent Présumey

En toute rigueur, la maxime "la liberté de chacun s'arrête là où commence celle d'autrui" est plus que discutable et son "apprentissage" relève déjà de l'idéologie assénée aux enfants, et constitue donc une atteinte à la laïcité, hé oui. Cette maxime postule en effet que "chacun" est un atome dont la "liberté" se heurte forcément à celle d' "autrui": ton territoire limite mon territoire, c'est la dure loi de l'ouest ! Si c'est bien comme ça, en effet, que fonctionnent les individus sujets de droit dans l'échange marchand, les individus humains réels et vivants n'existent que par la société qui les produit, et en ce sens on devrait bien plutôt dire que "la liberté de chacun commence où commence celle d'autrui". Leur morale et la notre ...

30/08/2011, 23:58 | Par Sebastien Rome en réponse au commentaire de Vincent Présumey le 30/08/2011 à 23:32

1 )Je souscris à votre dernière maxime. Elle est du même type de ce que j'ai écrit plus haut dans un commentaire : le respect de mon droit induit le respect du droit des autres donc je dois m'interdire de faire telle ou telle chose (j'ai le droit de jouer dans une cour propre donc je ne jette pas les emballages sur le sol). Vais-je écrire votre maxime au tableau le jour de la rentrée ?

2) votre remarque m'inspire aussi...qu'en est-il de la neutralité philosophique de l'enseignant laïque ?

31/08/2011, 20:58 | Par Vincent Présumey en réponse au commentaire de Sebastien Rome le 30/08/2011 à 23:58

Déjà, au moins, se poser la question. Peut-être pas suffisant, mais nécessaire.

30/08/2011, 23:46 | Par christian paultre

Entendre ce ministre nous faire l'apologie de la morale de l'ordre, de la soumission aux puissants , c'est complètement obcène, c'est comme si le pape faisait l'apologie de la fornication.

31/08/2011, 23:38 | Par guitou73 en réponse au commentaire de christian paultre le 30/08/2011 à 23:46

Je dirais même plus : il faudrait enseigner la morale aux politiques, je ne citerai personne, la liste est longue, ils font l'actualité dans Médiapart.

31/08/2011, 09:24 | Par nadja

De plus en plus les programmes comme les circulaires ne sont que des vitrines destinées à l'électorat ayant aussi pour but de rassurer leurs auteurs. Nous avons uneliberté pédagogique entière comme tu le rappelles, Sébastien. On ne montre aux inspecteurs que ce que l'on veut bien leur montrer et la plupart sont bienveillants pour peu que le programme soit achevé et qu'il fasse progresser les élèves..Il manque souvent aux enseignants de l'audace et ils s'autocensurent et s'encombrent de tout le fatras et carcan administratif. Bien sûr que la morale à l'école est depuis longtemps et toujours abordée à travers l'éducation civique, que les règles de vie sont réitérées et qu'on les digère avec les élèves... mais c'est comme si l'école était devenue le dernier refuge de civilités et qu'une fois lâchées dans la cité, les règles morales disparaissaient.... Les élèves ont souvent beaucoup de bon sens et de pertinence et nous interrogent sur nos pratiques d'adultes. On ne peut guère les duper. Alors, cette circulaire....faisons semblant de ne pas l'avoir lu. C'est ce que j'ai toujours fait dans ma carrière, une forme de résistance discrète. Nous pourrions d'ailleurs écrire un manuel des règles morales à l'intention de nos dirigeants.

31/08/2011, 11:03 | Par Sebastien Rome

Deux informations importantes (cf le Monde) :

- "Le ministre, qui tiendra sa conférence de presse de rentrée jeudi, qualifie de "grave erreur" la suppression de l'éducation civique après 1968"

C'est bien le clivage "chevelus de 1968"/ "rasés de près de 1958" qui importe. Personnellement, je vis en 2011.

- "Oui, je fais revenir la morale à l’école. [...] Pas forcément tous les matins, mais le plus régulièrement possible, le maître va maintenant consacrer quelques minutes à un petit débat philosophique, à un échange sur la morale. Le vrai/le faux, le respect des règles, le courage, la franchise, le droit à l’intimité… Ne fixons pas de carcans. Peu importe la méthode pourvu que le professeur transmette un certain nombre de valeurs." Luc Chatel dans Le Parisien.

Luc Chatel nous a t'il entendu ? Pas de méthode, pas tous les matins et Débat philosophique ! Ne désespérons pas de notre Ministre !

31/08/2011, 16:58 | Par Sebastien Rome

Il y a une suite à cette affaire de maximes :

 

Changement de cap : Luc Chatel veut imposer la philo à l'école 

31/08/2011, 19:34 | Par J80

Cette histoir de "leçons de morale" n' aucun sens.

Le refus de la "violence", par exemple, relève-t-il de la morale ? Si tel est le cas, pourquoi Monsieur Chatel continue-t-il de participer à un gouvernement qui fait défiler des milliers d'hommes et de femmes armés sur les Champs Elysées le 14 juillet ?

Parce qu'il estime que toute violence n'est pas contraire à la morale ? Cela renvoie à ce que pourrait être une guerre juste et donc à une question éminemment politique. La guerre menée par les troupes françaises en Afghanistan est-elle une guerre juste ? La résistance contre le nazisme était-elle une guerre juste ? Nous voilà alors bien loin des "leçons de morale" sur "la violence" hors du temps et de l'espace que veut imposer la droite.

La violence imposée à des millions d'être humains, en France même, par les politiques néolibérales feront-elles partie de ces "leçons de morale ou ces leçons ne s'adresseront -elles qu'aux "violences" (délinquance, émeutes des banlieues...) résultant de cette violence primordiale ?

Peut-on imaginer, dans l'école de Monsieur Chatel, une "leçon de morale" qui poserait le problème de savoir pourquoi les politiques néolibérales produisent à la fois le désordre et le besoin d'ordre, les émeutes des banlieues et la montée du Front National et le surgissement de la Droite populaire ?

Ces "leçons de morale" prendraient-elles en compte la violence symbolique du "mariage de Kate et Williams", ce monstrueux étalage de richesse et de privilèges ou ne retiendraient-elles que les seules émeutes des villes anglaises ?

Sans doute ne parleraient-elles directement ni de l'une, ni de l'autre de ces vilences et resteraient-elles totalement à côté de la vraie vie.

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