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Trésor Caché : Moby Grape "Moby Grape"

 

San Francisco, 1967. Dans la foulée de Jefferson Airplane, dont l'emblématique "Surrealistic pillow" est sorti en février, Moby Grape hisse très haut les couleurs du psychédélisme californien avec son premier album, publié en juin. La formation se compose de Skip Spence, ex-batteur de Jefferson Airplane (justement) reconverti pour l'occasion à la guitare, des guitaristes Peter Lewis et Jerry Miller, du bassiste Bob Mosley et du batteur Don Stevenson. Si l'on fait les comptes, on obtient trois guitaristes, autant que le futur Lynyrd Skynyrd ! De surcroît, les cinq musiciens chantent. Il faut donc s'attendre à une musique dense, gorgée de choeurs comme celle du Jefferson Airplane, et saturée de traits de guitare. Cette luxuriance, qui pourrait inquiéter, n'est que le revers d'un incroyable éclectisme : dans le creuset du psychédélisme viennent se fondre le blues, le folk, la country, la soul...

Moby Grape a de toute façon les qualités pouvant lui permettre d'éviter la confusion. Le groupe représente le côté clair du psychédélisme : loin des improvisations prolongées, il propose des chansons d'une grande concision (cinquante-six secondes pour la plus courte, "Naked, if I wanted to", très belle par ailleurs). Il dispose en outre d'excellents instrumentistes, en particulier Bob Mosley et Jerry Miller, dont les interventions à la guitare ne sacrifient jamais l'efficacité à la virtuosité. Skip Spence, enfin, est l'atout coeur ; il échouera dans un hôpital psychiatrique à force de LSD, avant d'enregistrer un des plus albums les plus maladivement sincères de l'histoire du rock, "Oar".

Les chansons marquantes sont nombreuses sur "Moby Grape". C'est "Omaha", une attaque sonique à trois guitares signée Skip Spence, qui sera du reste créditée du meilleur classement dans les charts. Mais le plus touchant est ailleurs : "Sitting by the window", écrite par Peter Lewis, ne peut être comparée à rien d'existant. Chanson douce-amère, où la pluie et la détresse amoureuse sont équilibrées par le vivant souvenir des temps heureux. Un arpège modal qui suinte les influences lysergiques introduit le chant, mélancolique, scandé avec un détachement étonnant, avant que ne résonnent les choeurs somptueux du refrain. Autre classique (si l'on en juge par le nombre des reprises) : "8:05", avec sa mélodie ravissante sur fond de guitares acoustiques. Cette chanson porte la patte de Jerry Miller, assisté de Stevenson. "Ain't no use", pure chanson de country-rock, est sans surprise ; mais elle est fort bien emmenée, et elle précède le "Sweetheart of the rodeo" des Byrds de plus d'un an. Pour les morceaux les plus agités, on citera "Hey grandma", ode à la vie hippie prise dans un déluge de guitares et de choeurs, qui ne manqua pas d'attirer l'attention de Roy Wood, ainsi que la formidable "Lazy me" de Bob Mosley. Si vous voulez savoir comment on peut associer guitares électriques saturées et guitare acoustique, écoutez cette chanson (en plus du "Gimme danger" des Stooges). "Mister Blues", la chanson de l'album la plus inspirée par la soul, est également signée et chantée (d'une voix si noire qu'on croirait entendre Otis Redding) par Mosley. Il n'y rend pas seulement hommage aux chanteurs noirs qu'il admire ; il y exorcise ses propres démons : diagnostiqué schizophrène, il sera victime de dépressions chroniques...

Si l'on met de côté les Doors, auxquels la personnalité sombre de Morrison confère une singularité irréductible à un quelconque mouvement, "Moby Grape" figure sans doute avec "Forever changes" de Love et "Surrealistic pillow" de Jefferson Airplane dans le trio de tête des productions psychédéliques californiennes de l'année du Summer of Love. Un "Immortel" dont on aurait cependant souhaité une réédition techniquement plus soignée.

(NDLR) Face à RCA (Jefferson Airplane), Warner (Grateful Dead) et Elektra (Love & Doors), la Columbia (CBS) voulut surfer sur la vague californienne en signant Spirit et Moby Grape. Et elle alla jusqu'à sortir dix des onze chansons de ce premier album sur 5 singles, certains même en vinyle multicolores !! Sans trop de succès, à part celui (relatif) de "Omaha



Moby Grape - Moby Grape

Moby Grape        Moby Grape

Etats-Unis     1967

Acid Rock      Note 10.0

 Un CD Legacy

Une chronique SEFRONIA de Damien Berdot

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