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Elections européennes en Croatie: les leçons d’un élitisme démocratique

Croatie - UE

 

Pas moins de 28 listes se présentaient ce dimanche aux premières élections européennes de l'histoire de la Croatie, qui deviendra, magie de la numérologie, le 28ème membre de l'UE cet été. Un nombre qui, rapporté à celui de la participation (environ 21%), soulève un paradoxe : alors que le scrutin a fait l'objet de peu d'attention de la part des quelques 4,3 millions d'habitants appelés à se rendre aux urnes, il a semble-t-il passionné les partis croates traditionnels et même suscité la création de mouvements politiques ad hoc.

Pour se représenter l'élection, il fallait donc scruter la tribune plutôt que l'isoloir. Y voir les ténors s'agiter, réclamer les votes, aller chercher un passeport en forme d’accessit pour Strasbourg. Car le bulletin n'est plus la base principale de leur légitimité. Depuis le milieu des années 2000, la classe politique croate s'est rapprochée des milieux d'affaire et de la politique européenne. Discréditée par des scandales de corruption à répétition dont le plus retentissant a envoyé l'ancien premier ministre Ivo Sanader en prison, elle a pallié au désaveu populaire en constituant des réseaux d'intérêts européens. Elle a saisi l'opportunité qui lui était offerte de tirer sa légitimité du haut plutôt que du bas.

Depuis que la région est sur les rails de l’intégration, « les élites politiques de tous les pays des Balkans tirent leur légitimité de la communauté internationale, c'est elle qui attribue les brevets de compatibilité démocratique, de modernité, d'efficacité. » note Arber Zaimi[1]. Bruxelles a charmé jusqu’au président serbe Tomislav Nikolic pourtant héritier de la ligne ultranationaliste de Vojislav Šešelj [2]. En Croatie, les ex-europhobes ont convoité ce dimanche un siège de député et les 7000 euros de salaire mensuel qui vont avec. Quant aux électeurs, désenchantés par l'Europe avant même d'y être entré, écoeurés par l'arrivisme de ses représentants, ils sont restés à la maison.

La droite menée par les conservateurs du HDZ (créée par Franjo Tuđman) alliés aux populistes du HSP l'a emporté devant les sociaux-démocrates de la coalition Kukuriku qui dirige le pays depuis décembre 2011. Ce matin, le site internet Izbori créditait la liste de l'opposition de près de 33% des suffrages exprimés contre 32% pour la majorité, soit respectivement six et cinq sièges sur les 12 à récolter. Le dernier ira au Parti travailliste qui arrive, loin derrière, en troisième position. Un résultat à relativiser, tant les électeurs ont déserté ce suffrage. Ils étaient, selon le quotidien Novilist, moins de 21% à s'être rendus aux urnes. 

La dissension du lien entre les élus et les citoyens éloigne ces derniers des enjeux de l’adhésion. Une large partie des croates n’était pas au courant que des élections se tenaient dimanche. Plus nombreux encore sont ceux qui ignorent tout des critères de Copenhague et des impacts qu’aura l’ouverture du marché croate. Or la cassure qui existe entre la société civile et ses représentants risque d’entraîner une autre fracture : celle des solidarités de la région.

Le premier lien à disparaître est celui qui liait la Croatie à ses voisins d’Europe centrale au travers du CEFTA (Central European Free Trade Agreement), dont le pays est automatiquement exclu avec son entrée dans l’UE. Une sortie lourde de conséquence puisque certaines entreprises qui vendent dans les Balkans envisagent de délocaliser en Bosnie ou en Serbie afin d’éviter les droits de douane. Un second lien risque d'être rompu entre les travailleurs croates et les chantiers navals de Pula, Split, Kraljevica et Trogir dont Bruxelles exige la privatisation et la mise en concurrence. 

En Europe, de nombreux observateurs moquent la volonté de la Croatie de rentrer dans une UE en crise, au sein de laquelle elle tiendra un rôle périphérique. Si son pouvoir de négociation sera faible, et son indépendance budgétaire réduite, il n'en demeure pas moins que le processus engagé depuis 2004 relève d’une logique cohérente tant d’un point de vu culturel qu'économique et historique. [3] Le véritable enjeu est d'ordre démocratique. Le déficit de popularité dont souffre aussi bien les dirigeants croates qu’européens pose une question fondamentale : Ceux-ci peuvent-ils continuer à tracer les règles de la concurrence en faveur d’un gotha européen auquel ils ont rêvé d’appartenir, au détriment des 4/5ème d'une population qui les ignorent ?

 

 

 

 

 

[1] Arber Zaimi coordonne les commissions chargées d’élaborer le programme du mouvement Vetëvendosja au Kosovo.

[2] L’ex-président du Parti radical serbe a été inculpé par le TPIY pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre

[3] La Croatie dont la culture est un mélange slave et latin se tourne vers l’Europe après avoir subit le contrecoup du désagrégement de l’ex-Yougoslavie et de la guerre

Références :

http://en.wikipedia.org/wiki/European_Parliament_election,_2013_(Croatia)#cite_note-Izbori_Kroatie_EU_1503-7

http://www.izbori.hr/2013EUParlament/rezult/rezultati.html

http://www.presseurop.eu/fr/content/news-brief/3667061-la-toute-premiere-fois-des-croates

http://www.novilist.hr/Vijesti/Hrvatska/DIP-Do-16-sati-na-izbore-izaslo-14-63-posto-biraca-GONG-Nema-vecih-nepravilnosti

http://balkans.courriers.info/article22118.html

http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-actualite-internationale-les-balkans-a-l-epreuve-de-l-union-europeenne-2013-0

http://ec.europa.eu/enlargement/pdf/key_documents/2012/package/hr_rapport_2012_fr.pdf

Tous les commentaires

15/04/2013, 22:26 | Par deva68

C'est clair. NON à l'UE

Photo : === COMMUNIQUÉ DE PRESSE === LA SPECTACULAIRE ABSTENTION AUX PREMIÈRES ÉLECTIONS EUROPÉENNES EN CROATIE EST UN NOUVEAU SIGNE DE NÉCROSE DE L'EUROPÉISME. Lire : https://www.facebook.com/notes/fran%C3%A7ois-asselineau-union-populaire-r%C3%A9publicaine/la-spectaculaire-abstention-aux-premi%C3%A8res-%C3%A9lections-europ%C3%A9ennes-en-croatie-est-u/10151350283667038

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