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Du consensus brésilien

Les voitures publicitaires crachent leurs derniers slogans endiablés. Demain, il sera trop tard, les Brésiliens seront dans les bureaux de vote pour choisir leurs futurs représentants. Ce dernier jour de campagne résonne un peu comme un point d'orgue. Le bouquet final. Dans les rues les motos arborant fièrement les drapeaux à l'effigie de leur candidat défilent sans arrêt, klaxonnant à tout bout de champ. Les"militants" redoublent d'imagination pour attirer les passants, se déguisant et envahissant les carrefours à chaque feu rouge. Les messages publicitaires, eux, n'ont jamais semblé aussi nombreux et aussi forts. On commence presque à retenir par cœur les messages des différents candidats et la musique trotte encore dans les têtes quand on rentre chez soi. Le temps d'une dernière semaine, la ville semble avoir revêtu ses habits de carnaval.

 

En effet les festivités vont prendre fin ce samedi à minuit. A partir de ce moment, crime au pays de la fête, la vente d'alcool sera interdite. Histoire de tenter de s'assurer que personne ne trouble l'ordre nécessaire au processus démocratique ou n'oublie malencontreusement d'aller voter après une soirée bien arrosée. Car le Brésil fait partie de ces pays dans lesquels le vote est obligatoire comme dans de nombreux pays d'Amérique Latine, pratique sans doute influencée par le houleux passé politique de ce continent. Toutes les dispositions sont mises en œuvre pour inciter les citoyens qui, à partir de 16 ans, vont voter (majorité électorale la plus basse avec Cuba et l'Autriche). Cependant les mesures répressives sont assez faibles, une abstention non-justifiée entrainant, lorsque la mesure et appliquée (ce qui n'est pas souvent le cas) une faible retenue sur salaire. Et il reste de plus assez facile de justifier son manquement au devoir civique: déplacement professionnel, embouteillages, mais également analphabétisme et sénilité sont des raisons valables.

 

Pour autant, au delà des questions de forme et malgré la porosité du système, le vote obligatoire est une question qui reste discutée, dans le pays même, par les mouvements politiques d'extrême-gauche tandis que les «Eleção é farsa, rebelar-se é justo » ont également tendance à envahir les murs proches des campus des facultés. Au delà de la question révolutionnaire proposée ici, le vote obligatoire pose en effet certaines questions. S'il est affiché comme un moyen de réunir le peuple et de le forger au jeu démocratique - c'est avant tout une politique d'incitation - il tend néanmoins à faire oublier, quoi qu'on en pense, que la démocratie libérale vers laquelle s'est orientée le Brésil est également un choix en soi auquel tous les Brésiliens n'adhèrent pas. Le combat entre les deux gauches sud-américaines, incarnées par l'actuel président brésilien Lula et son homologue vénézuélien Hugo Chavez se joue également ici, même si le modèle social-démocrate largement favorable à l'économie de marché proposé depuis 8 ans maintenant aux Brésiliens a prit le pas sur le second. Il est ainsi intéressant de noter que le Parti Communiste Brésilien à en 2005 mis fin à sa collaboration avec le gouvernement de Lula pour rappeler que celui qui détient aujourd'hui 80% d'opinions favorables auprès de la population c'est également fait des ennemis au cours de ses deux mandats. Marina Silva, candidate à la présidence pour le « Partido Verde » faisait elle partie du gouvernement Lula jusqu'en 2009. A la tête du ministère de l'environnement, elle s'était notamment faite remarquée par ces divergences d'opinion avec celle qui va sans doute reprendre le flambeau lulien, Dilma Rousseff, alors ministre de l'Énergie. Le Mouvement des Sans Terre s'offusque lui de la politique agricole menée jusque là. Lula avait promis une réforme en faveur des petits paysans, avec une redistribution des terres. La tendance à plutôt été inverse avec une concentration encore plus forte de la production en faveur des grands groupes mondiaux.

 

Mais le consensus existe bien autour de cette « voie brésilienne ». Le vote obligatoire ne fait que l'amplifier et affaiblit la contestation. Le taux de participation aux précédentes élections était proche de 85%, soit autant que le lors des élections présidentielles de 2007 en France. Difficile dès lors de contester la légitimité de l'élection. Ce consensus se matérialise également par une opposition assez « légère » à la politique de Lula. Les deux autres principaux candidats à l'élection présidentielle (les autres étant quasi-inexistants dans la campagne) n'ont absolument pas pour but de renverser la tendance en place. Le centre-droit de José Serra s'inspire ainsi largement des thèses sociales-démocrates développées ces dernières années. Elles ont conduit le pays au rang de 8e puissance mondiale avec une croissance avoisinant cette année celle de la Chine. La « bolsa familia » est décrite comme la plus formidable avancée sociale de ces dernières décennies (des chèques sont remis aux femmes des familles pauvres en échange de la scolarisation et de la vaccination des enfants), permettant une réduction impressionnante de l'extrême pauvreté et la création d'une toute nouvelle classe moyenne, consumériste, propice au développement de l'économie du pays. Reste que les écarts de richesse n'ont presque pas été atténués. Le Brésil reste ce pays de tous les extrêmes.

 

Cette élection restera de plus largement marquée par l'inégalité quand à la diffusion de l'information politique. Les partis proches du pouvoir, puissants financièrement, peuvent se permettre de développer des campagnes d'envergure dans tout le pays. Le facteur financier joue largement lorsqu'il s'agit de mobiliser ces milliers de militants qui colorent le paysage brésilien depuis le début de la campagne ou lorsqu'il s'agit de permettre la diffusion des messages publicitaires. Les petits partis ont été inexistants, inaudibles. Dans une partie qui se joue autant au niveau des décibels que des idées, le résultat est plus que prévisible: dans les rues, ce sont les discours du Parti des Travailleurs de Lula qui résonnent le plus. La figure de Dilma Rousseff est sur tous les murs. Le parti des socio-démocrates de Serra arrive en deuxième position dans cette lutte pour l'espace public, devant les Verts qui parviennent également à trouver leur place. Les affiches des autres candidats sont quasiment inexistantes. Ce classement se retrouvera à coup sur demain dans la soirée au moment des résultats.

 

 

Tous les commentaires

03/10/2010, 00:36 | Par ghislain hochart

Certes , beaucoup d'imperfections !

Mais quel bond en avant !!!!!

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