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Oct

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Globo et vous: tout pour croire

Globo e você, tudo a ver...

 

Dans un pays dont 25% de la population ne sait pas lire, plus de la moitié est analphabète et ou les journaux restent une chose peu accessible par leur prix pour la majorité de la population, la télévision détient un rôle central dans la formation de l'opinion publique. Un problème se pose cependant lorsque ce média est presque totalement contrôlé par un seul personnage. On peut alors s'interroger sur les moyens utilisés et les finalités de ce pouvoir homogène.

 

Tout le monde ce souvient du film de Orson Welles, Citizen Kane, nous apprenant au fur et a mesure du film la vie d'un magnat de la presse venant de mourir dans son manoir. Aujourd'hui, le même genre de film pourrait sans doute être réalisé à propos de l'ancien président du réseau Globo, Roberto Marinho (1905-2003). Créateur du réseau en 1965, beaucoup de personnes l'ont considéré comme la personnalité la plus influente du pays durant la seconde moitié du 20e siècle. Il suffit de savoir qu'il était capable de réunir 100 millions de personnes (sur une population de 150 millions d'habitants) en même temps sur ses chaines, que son groupe peut atteindre des audiences régulières de 80 points (à en faire pâlir un Nonce Paolini) et que Roberto Marinho a le pouvoir d'imposer l'heure a laquelle se dérouleront les matchs du championnat brésilien de football pour assurer la diffusion de tous ses programmes, notamment la très suivie telenovela de 21h, pour se rendre compte du pouvoir détenu par le président de Globo. Il n'a également aucun problème pour placer ses amis des cercles politiques aux postes les plus importants du groupe.

 

En France, le contrôle effectif des médias est souvent débattu autour du rôle joué par 3 ou 4 personnes proches des cercles politiques au pouvoir. Au Brésil, le débat se concentre une seule et unique famille qui peut diffuser à travers tout le pays ses propres émissions (la Globo possédant la particularité de produire la quasi-totalité des émissions qu'elle diffuse), sa propagande et favoriser en toute impunité les forces politiques de la droite brésilienne, démocrate ou autoritaire, avec laquelle la famille est très liée. Il est ainsi important de se rappeler que Roberto Marinho, fils du créateur du journal O Globo en 1925, a été lié au Coup d'État de 1964 et à la dictature militaire de qui permit le développement de TV Globo (avec l'aide financière du groupe Time-Life) qui deviendra ensuite Réseau Globo, permettant la diffusion dans tout le pays de la propagande militaire et de la Coupe du Monde 1970 (cela va de pair).

 

Lorsqu'un groupe réussit à rassembler 100% des téléspectateurs devant ses programmes et que la telenovela Gabriella attire régulièrement entre 93 et 96% des audiences, il devient plus facile de comprendre le pouvoir d'un homme, durant et après la dictature, sur un pays tout entier. Il existe ainsi cette expression qui dit qu'à partir de ce moment, les gens ont arrêter de parler portugais pour parler "globo-ese". Globo est un État dans l'État, toujours lié au pouvoir, quel qu'il soit, sans jamais s'y assimiler totalement. C'est pourquoi la chaine n'a pas perdu toute son aura après la chute de la dictature. Le pouvoir, démocratique ou non, étant en effet toujours prêt à utiliser la possibilité de bénéficier d'un tel réseau, prêt lui aussi à aider en retour. Ainsi les relations de l'ancien ministre de la Communication Carlos Magalhaes avec le senhor Marinho aidèrent le groupe à empêcher le développement d'autres réseaux (comme le réseau d'origine coréenne NEC), tandis que le président de Globo aidait Magalhaes à devenir gouverneur de l'État de Bahia (parachutage de la famille et des amis du candidat aux postes clé de la télé locale).

 

Mais la grande force de Globo, aujourd'hui encore, réside dans sa capacité à rassembler la "masse" de la population brésilienne. Les programmes sont élaborés (ou si peu) pour faire accréditer une sorte de vérité journalistique accessible à tous. Lorsque la presse est accusée d'être à la botte des politiques, l'image donne le sentiment de ne pas tromper. Grâce à Globo, la population va pouvoir réellement s'informer sur les questions de l'actualité nationale et internationale. Reste que le travail journalistique est en réalité totalement contrôlé, les sujets imposés et les informations très superficielles. Ainsi, lors des impressionnantes manifestions des travailleurs à la fin des années70, l'information des mouvements des syndicats de travailleurs a été totalement ignoré et seule la voix des syndicats patronaux a eu le droit à passer à l'antenne. Globo organisa également la défaite du candidat de la dictature en 1982 à Rio (trucage des sondages et des résultats) et ignora au maximum les manifestations gigantesques du peuple brésilien pour réclamer la tenue d'élections nationales. Et tout cela s'effectue sans que le pouvoir n'ai besoin de donner de directives. Ainsi après la chute du régime militaire, Globo organisa également autant qu'elle le pu la défaite du candidat de la gauche Lula da Silva, déjà censuré en tant que leader syndical à la fin des années 70. Face à lui, Fernando Collor, marié à la fille de Marinho. Le dernier débat télévisé fut un désastre pour Lula tandis que la Globo passait à l'antenne de faux sondages en faveur de Collor montrantr qui les brésiliens pensaient le plus capable de gouverner le pays.

 

Aujourd'hui, si l'audience de Globo n'atteint plus les 80 points et si Lula, après 4 tentatives, a finalement réussit à se faire élire, le groupe de Roberto Marinho reste le plus influent dans le paysage de l'information au Brésil, véhiculant l'image de la possibilitée de l'ascension sociale par le travail, la réussite individuelle, tout cela évidemment à destination des populations pauvres qui restent les plus friandes de telenovelas et dont les activités hors-travail restent limités financièrementt et géographiquement. Globo ne s'est également pas fait prier pour, à travers une de ses telenovelas, réécrire l'histoire du régime militaire en occultant évidemment son propre rôle. Et durant la dernière campagne, le groupe n'avait pas rechigné à trainer Dilma dans la boue. Mais la différence est finalement peut être intervenue en 2002 lors de la première élection de Lula: pour la première fois, le groupe devait composer sans le pouvoir, et entrait dans "l'opposition gouvernementale" pour la première fois depuis sa création.

 

Il est cependant intéressant de noter que d'une manière générale, les médias brésiliens restent très conservateurs, appartenant à de riches familles qui défendent la droite libérale du pays, incarnée ces derniers temps par José Serra. Au Brésil peut-être plus qu'ailleurs, il existe une véritable dualité des intérêts (qu'on pourrait certainement qualifier "de classe") entre le sud, riche centre économique et politique qui concentre les médias nationaux, dont les sièges sont partagés entre Rio et São Paulo, et le nord laborieux, centre historique et agricole. La cartographie des résultats des dernières élections est d'ailleurs à cet égard très frappante, une ligne nord-ouest / sud-est apparaissant clairement. Au final, si la sociologie des médias ne concorde en aucun cas avec la sociologie du Brésil, c'est peut être au premier problème soulevé ici qu'il faut revenir: la question de l'éducation et de l'analphabétisme pèse en effet largement dans le manque de relais de la majorité de la population brésilienne au sein des groupes de pouvoir, et donc notamment des médias. Il suffit de regarder ne serait-ce que 5 minutes la télévision brésilienne pour découvrir le décalage qui y réside avec la réalité: vous ne trouverez ainsi quasimment que des journaux et des émissions animées par des Blancs, de préférence jeunes et de sexe féminin. La publicité semble, également, avoir choisit sa couleur. Mais cela n'empêchera pas Globo de continuer à prêcher tous les jours le bon Brésil.

 

 

Pour plus d'informations, voir le reportage de la BBC: Beyond Citizen Kane, disponible sur youtube

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