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La démocratie à l'heure du Brésil (et pas l'inverse)

Dans les rues de Recife, un air nouveau résonne. Comme partout au Brésil. Les derniers artistes nord-américains et les rythmes latino d'Ivete Sangalo laissent progressivement place au tube de cette fin d'hiver, les élections générales. Sur les grandes avenues, les vendeurs de CD ambulants, tireurs de charrette, laissent peu à peu place aux 4x4 montés d'enceintes délivrant les messages des différents partis qui vont s'affronter dans l'arène politique. La musique n'a pas pour autant disparu. Elle est toujours présente, accompagnant les programmes des différents candidats. Sur fond de rythmes latino, le centre-ville est désormais une salle de meeting géante dans laquelle tous les discours se superposent, formant parfois un brouhaha tel qu'il est impossible de discerner de quel parti émane cette voix qui vous promet, demain, un avenir meilleur.

Le Brésil vit depuis quelques temps maintenant au rythme d'élections qui vont remettre en jeu les fauteuils de Président de la République et de 2/3 des sénateurs à l'échelon national. Mais également ceux de Gouverneur et de députés au sein de chaque État fédéral composant le Brésil. Le paysage politique du géant sud-américain est donc inévitablement voué à muter au cours des prochaines semaines: soit pour confirmer une tendance établie depuis 2002 - la première élection à la tête du pays de Luiz Inacio "Lula" Da Silva - et la prise de pouvoir du Parti des Travailleurs, soit pour voir émerger une nouvelle majorité qui pourrait se dessiner autour du Parti de la Social-Démocratie Brésilienne représenté part José Serra dans la conquête de la présidence. Ce dernier avait déjà affronté le Président Lula en 2002. Il devra cette fois faire face à Dilma Rousseff, candidate désignée par "le calmar" pour lui succéder.

Mais au delà du résultat à venir de ces élections (dont les sondages placent cependant le Parti des travailleurs en tête, du moins au niveau national), on pourra retenir la formidable capacité de la société brésilienne à s'adapter et d'adapter à sa culture un évènement en phase de céder à la banalisation dans nos vieilles démocraties. Le Brésil, au delà des clichés, est un pays de fête, où le langage du corps est aussi important que les mots. Alors une élection ne peut se résumer à un simple débat télévisé, cravates ou tailleurs serrés, regards creusés, l'air suspicieux quant à une éventuelle reprise de la croissance économique ou une possibilité d'énième sauvetage du système des retraites. Le futur fait peur. Mais pas ici. Les affiches électorales, fleurissant le long des routes, offrent aux passants les larges sourires des candidats qu'elles présentent. Et lorsque passe la voiture de campagne, on aurait presque envie de simplement danser au milieu de ces sourires.

Évidemment le Brésil est un pays neuf, un pays d'avenir, qui n'est sorti d'une dictature militaire qu'en 1984. Malgré les criardes inégalités sociales, trop souvent recoupées par les inégalités raciales et la militants" portant haut le drapeau de leur protégé. Sur les plus grandes avenues de la ville, cette pratique oscillant entre la traditionnelle "haie d'honneur" des sportifs à la sortie des stades et une cérémonie protocolaire vous menant sur les plus hautes marchés de l'Élysée permet de faire deviner à peu près l'ampleur que peu prendre un tel évènement. Mais également cette capacité d'adaptation. Au Brésil, tout le travail est décomposé. Dans les bus, une personne s'occupe exclusivement de la conduite tandis qu'une autre vous attend un peu plus long pour régler le voyage. La personne qui livre un meuble n'est pas la même que celle qui va la monter dans votre appartement. Dans un pays en pleine transition démographique, tout est bon pour créer le moindre emploi, aussi "simple" soit-il. Ces élections ne dérogent pas à la règle.

Tout est bon pour passionner les foules, les amener vers ce "jeux" démocratique. Ces élections sont décrites à travers les différents médias européens comme relevant plus du "show médiatique" que du véritable débat d'idées. Mais le Brésil est une terre de show, d'éclat, de fête, parfois accompagnés de tumultes et de scandales. On ne peut en vouloir au Brésil d'agrémenter ce qui s'apparente parfois à une soupe froide et fade d'un peu de cachaça et de rythmes balancés. En espérant seulement ne pas se réveiller avec la gueule de bois.

Tous les commentaires

18/09/2010, 12:26 | Par patrick 44

Bonjour Simon,

Merci pour ce papier d'ambiance qui en dit plus sur le vrai Brésil que bien des analyses savantes.

Il y a un autre médiapartien qui vit au Brésil et fréquente ce site, tu peux lui envoyer un message ou un clin d'oeil directement via son adresse dans le Club, il s'agi de François-Mary Bourreau qui a travaillé à Sao Paulo dans la gestion des problèmes de transports de la connurbation et à qui, il y a longtemps, j'ai "volé" un collaborateur dont j'avais besoin pour lancer le tramway nantais .

 

Encore merci pour le papier, on en attend d'autres au coeur de cette élection.

22/09/2010, 21:31 | Par labasoche

Bonjour Simon,

Tout d'abord bravo pour ta description actuelle sur le Brésil. C'est assez bien observé au gré de tes promenades et très bien écrit.

Comme tu le sais, le pays comprend une multitude de facettes et de contrastes.

J'aime aussi ce pays magnifique ou je réside définitivement. J'ai travaillé aussi à Rio il y a quelques années mais à mon retour en France, je n'ai jamais pu me réadapter à la vie de l'exagone tellement ma saudade pour le Brésil est restée persistante.

J'ai sauté le pas et je jouis de ma retraite au soleil à présent.

São Paulo qui est le pôle économique du pays est différent de Recife.

C'est une jungle de 20 millions d'habitants ou tout est permis.

Tout le monde y vient pour l'unique illusion, la seule raison "l'argent", mais aussi le côté "bling bling". Seule la pollution quotidienne est en prime aussi bien pour les riches, que pour les autres catégories.

Le Brésil est un vaste pays d'avenir, riche, ou toutes les origines, les cultures se cotoient et se complètent sans problème.

Lequel, va pour la première fois, avoir sans aucun doute à sa tête une femme "président".

Cordialement

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