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Samba, troisième rue à droite

Au début, c'est un peu déroutant. On a cette vague impression qu'il manque quelque-chose, un point de repère. Alors on se lance à la recherche de ce qui peut nous rapprocher au maximum de ce qui nous est familier. Une carte,des panneaux indicatifs, une office de tourisme, n'importe quoi. Il doit quand même bien exister quelque chose comme ça, non? Oui, ça existe, bien sûr. Mais commencer par là, ce serait emprunter le mauvais chemin...

 

Le patrimoine brésilien ne s'inscrit pas dans la pierre. Il n'est pas affaire de visite demusées, de vieilles bâtisses ayant abrité la visite de tel ou tel personnage historique. On ne croise d'ailleurs pratiquement jamais personne dans ces endroits, à part les touristes de passage. Cela ne signifie pas que ce patrimoine n'existe pas. Des lieux comme Olinda, Ouro Preto, sont de véritables "villes-musées", où tout est fait pour que la cité garde ses plus beaux traits d'antan. Seulement, ce patrimoine "historique" n'est qu'une infime partie de ce que peut offrir le Brésil. Beaucoup plus qu'ailleurs, le patrimoine brésilien est un patrimoine vivant, présent. Par ses musiques, ses danses, ses fêtes, mais aussi ses paysages, ses plages et ses vastes étendues terrestres vierges de toute intervention humaine. La "muséification" que nous connaissons en Europe, faisant du patrimoine l'affaire d'une partie seulement de la population s'intéressant, parce qu'elle en a le temps, la capacité, n'a pas lieu d'exister au Brésil. Et cela, en grande partie, car ce patrimoine n'est pas quelque chose de fini, de passé, mais parce qu'il est vivant et quotidien.

Samba, capoeira, forro, rîtes religieux ne se rappellent pas seulement au bon souvenir de la population lors d'évènements particuliers ou de "journées du patrimoine". Les écoles de samba, les églises, rythment la vie quotidienne. Il suffit de sortir, se promener dans les quartiers populaires pour le voir. La culture est populaire. Ce sont au contraire les quelques quartiers les plus riches qui sont les plus pauvres culturellement. Dans le centre-ville de Recife, si on lève les yeux, il y a cette impression bizarre que l'on ressent lorsque l'on marche: celle d'errer au milieu d'un vaste champ de bataille, un lieu qui vient juste d'être frappé par un terrible évènement: les imposantes bâtisses semblent à l'agonie, peinture craquelante et manquante à certains endroits, laissant simplement deviner cette époque lointaine où elles apparaissaient sous leur meilleur jour. Si maintenant on se contente de fermer les yeux, l'endroit parait désormais le plus vivant du monde, le plus remuant, le plus gai avec ses musiques qui ne cessent d'accompagner le moindre déplacement, ses klaxons et ses crissements de freins des bus, ses marchés grouillants. Tous les soirs, les bars se remplissent, les cultures semélangent: Afrique, Europe, Amérique se lient pour offrir ce cocktail unique, tandis que les maracatu rythment la nuit.

Lorsqu'on parle aux Brésiliens, qu'on leur demande ce qu'il y a à faire, à voir dans leur ville, il y a (à part cette fâcheuse tendance à conseiller de se rendre dans le centre-commercial) un lieu qui revient: la plage. Elle est avant tout un des lieux sociaux les plus important: on y reste la journée pour papoter, bronzer, faire du sport, mais également pour s'adonner au sport national au même titre que le football: le flirt (j'y reviendrais plus tard). Mais elle est également la fierté des habitants. On ne va pas vous indiquer le musée d'histoire de la ville, on va vous dire qu'il faut sortir le soir, aller en ville pour profiter de l'ambiance et faire la fête. La culture est vivante, elle s'échange, se partage. L'importance des danses telles le forro (typique du Nordeste, à pratiquer coller-serrer) appuient cette proximité de l'échange, ce visage"humain". Ce sont ses Hommes qui font le Brésil, pas ses murs.

L'exemple qui reste le plus probant dans ce domaine est évidemment le carnaval. Si celui de Rio n'est plus aussi spontané qu'auparavant (il faut s'inscrire, payer sa place pour assister au défilé, ce qui en exclue une partie de la population), les carnavals du nord du Brésil conservent eux leur aspect populaire. Tout le monde peu y participer, défiler comme il l'entend. Et c'est alors toute une ville qui défile, toutes ses composantes qui investissent les rues.

 

Alors non, on ne trouvera pas sur une carte ou un panneau indicatif une direction "samba"ou "carnaval". Une carte est beaucoup trop réductrice pour se permettre de représenter la culture brésilienne. Celle-ci est diffuse au sein même de la société et utilisée par celle-ci. Chez nous, il y a cette obligation d'aller vers la culture. Elle est symbolisée par un lieu, un musée, une bibliothèque. Ici la culture s'offre à ses habitants et le patrimoine n'est pas "conservé" (je pense tout à coup à ces vulgaires boites de conserve), mais"libéré".

 

 

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