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Annonces choquantes mais pratiques déjà établies

Les annonces présidentielles formulées après les émeutes de Grenoble et de Saint-Aignan réitéraient un discours que l'annonce de la création d'un Ministère de l'identité nationale et la réalisation du débat éponyme annonçaient déjà : la suspicion portée par notre société sur l'Etranger, par ce qu'il est et non par ce qu'il fait.

Hélas, les actes associés ont précédé le débat public, relevés par certains media vigilants: rappelons ainsi la mésaventure en 2008 déjà de trois philosophes qui avaient osé demander des explications aux policiers raccompagnant un sans papier embarqué au fond de leur avion http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/12/23/trois-philosophes-interpelles-a-roissy-apres-l-expulsion-d-un-sans-papiers_1134327_3224.html (archive payante) et http://philosophes-en-garde-a-vue.blogspot.com/2009/01/le-temoignage-de-sophie-foch-remusat.html.

Plus récemment, le 6 juillet dernier, en marge d'un congrès bordelais, un mathématicien indien a été trainé au poste pour avoir oublié ses papiers à l'hôtel. http://www.libebordeaux.fr/libe/2010/07/un-math%C3%A9maticien-indien-train%C3%A9-au-poste-en-marge-dun-congr%C3%A8s-bordelais.html. Quatre jours plus tard, on apprenait l'arrestation à Calais avec menottage d'un cinéaste guinéen domicilié à Londres et effectuant de fréquents voyages sur Paris: "parcequ'il avait trop de cheveux" et qu'on ne reconnaissait pas son visage sur son passeport. http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article14148.

S'il appartient à la justice de trancher s'il y a effectivement eu "bavure", de tels faits divers interrogent sur la banalisation des pratiques de stigmatisation des personnes dont la peau n'est pas blanche et de ceux qui tenteraient de s'y opposer : des pratiques dont notre société se moquait encore il y a dix ans sous le vocable complètement disparu du "délit de faciès".

Gageons que nos interlocuteurs étrangers sont plus intelligents que le pouvoir actuel le laisse entendre et qu'ils se garderont de suivre l'exemple ephémère du Zimbabwe et n' appliqueront pas un jour la réciproque à tous ces "blancs" qui sillonnent le monde.

Tous les commentaires

Bonjour;

J'ai eu connaissance du débat qui se prépare à l'ONU.

C'est trés intéréssant que celui-ci s'OFFICIALISE.....

Déjà le 15 juin, la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance du Conseil de l’Europe dénonçait le «climat de xénophobie» en France et demandait aux autorités françaises de combattre les attitudes racistes vis-à-vis des Roms et de "respecter les droits sociaux" de cette population. Le 24 août, elle réitérait sa mise en garde de la France contre une stigmatisation des Roms dans une déclaration publique du collège constitué par les 47 Etats membres.

Le 22 août, c'était au tour du pape Benoît XVI d'exprimer devant des pèlerins français, à sa résidence d'été de Castel Gandolfo, sa désapprobation après les expulsions de Roms par les autorités françaises.

http://www.sudouest.fr/2010/08/23/expulsion-des-roms-les-critiques-du-pape-166847-755.php

Ces condamnations font écho à la dénonciation de la «recrudescence notable du racisme et de la xénophobie» en France et de l’absence de «vraie volonté politique» de ses autorités, formulée les 11 et 12 août du Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale. Déclaration à laquelle répond notamment l'UMP Bernard Carrayon dans un communiqué où il dit. «Que ce soient les ‘experts' togolais et turc qui critiquent la politique française de la nationalité et de l'immigration pourrait faire sourire si cette question ne relevait pas d'abord de la souveraineté de notre pays. Je les invite d'abord à exercer leur immense talent ‘d'expert' dans leur pays»

http://www.lefigaro.fr/politique/2010/08/13/01002-20100813ARTFIG00342-discriminations-raciales-pour-l-ump-l-onu-se-trompe.php

Dans la logique ultra-droitière poursuivie désormais ouvertement par le pouvoir, l'étranger par définition suspect même s'il est mandaté comme expert par un organisme international, n'a aucune crédibilité pour formuler un avis sur les affaires intérieures françaises, a fortiori si celui-ci est ressortissant d'un pays jugé non démocratique par nos dirigeants. Arrêtons-nous un moment sur la signification de ce discours qui dévoie la notion d'expertise et met en doute la crédibilité d'un organisme international.

En associant la notion d'expertise à celle de nationalité et non à celle de compétence reconnue, ce discours fait fi de la méritocratie qu'il revendique pourtant et tente un dangereux amalgame. Dans cette logique, Mohamed el Baradei, diplomate égyptien n'aurait aucune autorité pour diriger l'Agence Internationale de l'énergie atomique, Rajendra Pachauri, ressortissant indien d'Uttarakhand ne devrait pas être Président du Groupement International des experts sur le Changement Climatique, Kofi Annan, ressortissant ghanéen n'aurait pas pu être le 7ème Secrétaire général des Nations unies et Margaret Chan, de nationalité chinoise n'aurait pas dû être élue Directrice Générale de l'OMS. Si nos collègues étrangers appliquent la réciproque aux experts de nationalité française, nombreux sont ceux qui viendront grossir les statistiques du chômage.

Par ailleurs la suffisance affichée par la France sur le thème de la démocratie mériterait d'être questionnée en termes d'indépendance de la justice ou de la presse à la lumière notamment du classement établi chaque année par Reporters sans frontières sur la liberté de la presse.

http://fr.rsf.org/press-freedom-index-2009,1001.html

Alors qu'en 2002 la France était à la 11ème place, elle se plaçait en 2009 au 43 ème rang loin derrière la Jamaïque (23ème rang), le Ghana (27), Trinidad et Tobago (27), l'Uruguay, le Costa-Rica et le Mali (30), la Namibie (35), le Chili, le Guyana (39), le Surinam (42). A propos du vote de HADOPI 2 RSF avait par ailleurs dénoncé en septembre 2009 un retour à la "censure du XIXe siècle où le régime préventif limitait la liberté d'expression avant même qu'elle ne soit exercée".

Enfin, ce déni des avis des institutions internationales dès lors que celui-ci ne va pas dans le sens des dirigeants nationaux est également une première : depuis bientôt cinquante ans, nos dirigeants mettent "Bruxelles" en avant pour faire passer les mesures impopulaires qu'ils avaient nécessairement préalablement validées en Conseil européen, et il y a encore quelques mois la France suivait très assidûment les recommandations de l'OMS sur la prise en charge de la pandémie de grippe A. A l'inverse, le discours fustigeant l'ingérance de la part de ces institutions provenait généralement de pays comme la Chine ou l'Iran. La France peut donc être fière d'être désormais admise au nombre de ces démocaties avancées qui seules peuvent mandater des experts compétents.

Et maintenant, c'est la Commission Européenne qui, par la voix de sa Vice Présidente et Commissaire Européenne en charge de l'Information et des media, dénonce la politique française de discrimination envers des ressortissants des pays membres de l'Union. Et l'Elysée de reprendre l'argument fallacieux de la nationalité de l'individu qui exprime une opinion officielle au lieu de prendre acte de la transgression par la France de principes internationaux auxquels elle a souscrit.

http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/09/15/expulsions-de-roms-pour-besson-la-commission-europeenne-a-derape_1411273_823448.html

La ficelle est grosse, surtout lorsque ce même pouvoir a imposé par voie parlementaire le traité de Lisbonne en remplacement du projet de Constitution européenne refusé par référendum. L'Europe on est pour quand ça nous sert et on s'assied dessus quand elle nous gène: c'est un peu le même principe que pour la Constitution française. Mais pour combien de temps encore ?

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