Oui monsieur le ministre il y a de la violence chez Rimbaud !
Il faut aussi savoir dire stop. La sortie du nouveau ministre de la culture est encore plus nauséeuse que la chanson qu’il prétend défendre. La profonde inconséquence de tels propos eu égard aux responsabilités d’un homme public est confondante. Chacun le sait et la grande majorité de nos concitoyens en sont je pense d’accord : la liberté d’expression n’est pas la liberté de tout dire. Toute parole ne se vaut pas. M. Miterrand le sait parfaitement et feint de l’ignorer en plaçant volontairement au même plan deux paroles publiques, deux talents (ou absence de talent) que tout sépare. Il faut le rappeler nous vivons dans un pays où fort heureusement l’histoire et le façonnement progressif d’un vivre ensemble ont permis de construire des limites acceptables par tous à la dérive des mots. La loi, démocratiquement votée, est là pour défendre ceux qui n’ont pas de parole publique, c’est à dire l’immense majorité des citoyens de ce pays, contre celle de ceux que les média accueillent. Dans ce pays on ne peut pas diffamer impunément. Dans ce pays, on ne peut pas nier l’holocauste impunément. Dans ce pays on ne peut pas inciter à la haine raciale. Dans ce pays, parce que nous avons su batir un consensus sur le principe même et la nature des limites, nous jouissons d’une liberté de pensée, de parole, d’idée peut être sans égale dans le monde. Ce compromis sur la liberté d’expression que l’histoire a forgé avec ses reculs et ses débats existe bel et bien . Il fonctionne, disons le sans détours, malgré les errements de notre presse et les dérives autoritaires qu’on voit se développer . Et puis bien entendu, ce compromis s’actualise en permanence, parce que notre monde change. Cette idée est tellement évidente qu’on peine à comprendre qu’un homme cultivé se soit ainsi empêtré dans un commentaire aussi outrancier. Car notre ministre non content d’entrer dans un sombre débat avec la délicatesse d’un éléphant y ajoute de la confusion. Il mêle plusieurs questions qui sont à mon sens les suivantes. Faut-il censurer oui ou non une telle chanson ? La réponse appartient à la justice qui doit dire si les paroles transgressent la loi, et à nul autre. Nous sommes dans un pays où l’on ne lynche pas les mauvais garçon parce que la meute réclame du sang. Mais encore faut-il que la justice fasse diligence. Il y a ensuite la question éthique. Faut-il programmer dans un concert une telle chanson ? Cette question est une question de responsabilité des organisateurs. Il ne me semble pas illégitime de voir dans les paroles de cette chanson un concentré de haine des femmes qui justifierait totalement à mon sens une non programmation ou le refus d’un éditeur de diffuser les textes. A ce stade les propos du ministre de la culture exercent sur des personnes de tous âges une pression en faveur d’orelsan qui personnellement me choque et doit certainement choquer de nombreux citoyens particulièrement sensibles à la cause des femmes. J’ajoute que ces propos circulent sur le web sans aucun contrôle et que l’onction du nouveau locataire de la rue de valois ne fera qu’apporter une caution implicite à des propos d’une abjection rare. Troisième question : la liberté de parole peut-elle être dissociée de la notion de responsabilité ? La violence n’est évidemment pas en cause en tant que telle ou bien alors nous pourrions fort utilement censurer de nombreux passages de la bible. C’est son usage. Son objet. Son intention qui doit gouverner l’appréciation. Tout est là à l’évidence. Pourquoi notre ministre laisse ses lettres et son esprit au vestiaire pour proférer de tels propos ? S’agissait-t’il de complaire au prince régnant plus féru du répertoire de Doc Gynéco que de celui de René Char. Ou bien était-ce la volonté de s’afficher dès sa prise de fonction en défenseur intraitable de la liberté de parole fusse t’elle connectée aux égouts de la pensée. Bien misérable que tout cela s’il s’agit de tactique. Bien étonnant que tout cela s’il s’agit de conviction. Quand au pauvre Rimbaud qui a honoré la langue française et élevé l’ame de nombreux lecteurs je suis bien malheureux de voir en si noire compagnie. Oui monsieur le ministre il y a de la violence chez Rimbaud. Citons dans les vers nouveaux et chansons
« Et toute vengeance ? rien !... Mais si tout encor
Nous la voulons. Industriels, princes, sénats,
Périssez ! puissance, justice, histoire, à bas !
Ca nous est du . Le sang ! le sang ! la flamme d’or »
Lisez là, relisez là en entier. Méditez là ! La violence n’est pas la question. Elle irrigue ce monde. Mais comment ne voyez vous pas l’abime qui la sépare des divagations d’un rappeur trompé ?

Tous les commentaires
.
Je me demande à quel moment on va nous sortir, à propos d'Orelsan, le fameux : Mais c'est Mozart qu'on assassine !
Tout est possible effectivement.
Le nouveau ministre de la culture ne trouve "rien de choquant" à la façon dont Orelsan "exprime le dépit amoureux" et "ne sait pas si les chansons d'Orelsan deviendront des classiques". Il esquisse ainsi un premier pas pour s'inscrire dans la grande tradition des mollusques de la rue de Valois. Rappelons que son prédécesseur, C. Albanel n'avait rien trouvé de choquant à ce qu'un président fâché avec la langue française et exhibant son mauvais goût artistique et littéraire préside le Conseil de création culturelle et surtout soit habilité à nommer et virer la direction des chaînes de radio et de télévision publiques alors même qu'il exerçait déjà (via ses réseaux de relations et le poids législatif et économique de l'Etat) une influence déterminante sur les grandes chaînes privées et de nombreux autres organes de presse. On peut poursuivre avec le fait que le prédécesseur de C. Albanel, R. Donnedieu de Vabres n'avait rien trouvé de choquant, en tout cas avait refusé de s'exprimer à ce sujet, lorsque le PDG de TF1, (c'est à dire du 1er média, du 1er véhicule culturel en France hors Internet) avait déclaré publiquement que son métier consistait à "vendre du temps de cerveau humain disponible" à Coca Cola, aux annonceurs publicitaires.
Ce pouvoir a l'art de flirter avec la confusion pour brouiller les repères et tuer le sens en déchiquetant l'Ethique... Merci pour ce billet, humaro
Non...ici, c'est Stéphane Bossavit, que je remercie pour ce billet...
kairos En somme, vous voulez faire du jugement de goût une sentence pénale: si le poème est mauvais, il est censurable, s'il est bon, ne passons pas pour un esprit prud'hommesque, on a Rimbaud dans sa bibliothèque (Et Sade, tiens, que préconisez-vous? Vous savez que "Les 12o journées de Sodome" est dans la Pléiade!)... Quant au tout jeune Rimbaud, à sa fréquentation réelle, vous auriez peut-être regretté celle du rappeur Orelsan; il n'avait pas la méchanceté dans sa poche, il sortait les poings facilement et même une canne épée, l'Archange Arthur... Et les poèmes, outre qu'il ne parurent pas du vivant de l'auteur, exception de "Une Saison en enfer", abandonné chez l'imprimeur, ils succitèrent bien des indignations... avant d'atteindre le statut de classiques "intouchables", grâce notamment à l'esprit de révolte des surréalistes... Je ne suis pas certain qu'enrôler Rimbaud pour justifier l'interdiction d'un concert en raison d'un ou deux textes déjà anciens et "violents soit moins "nauséeux " que ce que voulez dénoncer chez le nouveau minsitre de la Culture... Je m'en tiens pour ma part à la position d'André breton: il y a un espace poétique spécifique, qui n'a pas à se soumettre aux conventions, d'ailleurs fluctuantes, de l'ordre social, l'esprit de création en dépend... Si Olresan frappe une femme ou l'insulte, s'il se produit dans un meeting ou signe un manifeste qui incite à des comportements délicteux, que les tribunaux en jugent, il y a , vous le dites, suffisamment de loin pour agir, mais les "foules" militantes, d'une cause ou d'une autre, donnant ou coupant la parole, merci bien... La scène est un lieu de spectacle, l'imaginaire doit y être souverain, il me semble...
Ce n'est pas moi qui enrôle Rimbaud, c'est notre ministre. Je critique très exactement ce que vous dénoncez à savoir le mélange entre le jugement littéraire et l'exercice de la loi. Si je rappelle la dimension juridique, c'est pour qu'elle soit bien séparée du débat esthétique. Le ministre les mêle selon moi à dessein pour faire croire que l'indignation est une demande de censure. Ce n'est pas le cas et tout cas pas le mien. On peut critiquer, dénoncer sans demander pour autant l'interdiction pour faute de gout. Votre réaction montre bien de ce point de vue que la tactique binaire de notre ministre fonctionne puisqu'elle transforme ma propre liberté de critiquer en une manifestation de conservatisme rétrograde.
Il semblerait que Fred. Miterrand puise son inspiration politique dans les propos de l'a-culturé Lefebvre dont chacun sait qu'il est un fin connaiseur de Raimbaud et un usager virtuose de la réthorique poètique.