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May

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Amalgame et mains balladeuses

L'affaire de la main de la grenouille (the “hand of frog”, par référence à la “hand of god” de Maradona lors de la coupe du Monde de 1986) mérite quelques commentaires allant au delà du manichéisme ordinaire.

 

Le football a bercé mon enfance.Je me souviens de mes premières chaussures à crampon, vite enfilées pour aller retrouver les copains de mon équipe qui s'impatientent sur le terrain; je me souviens du jeune garçon qui attend fébrilement le match du samedi après-midi, du jeune homme quittant la maison dans le petit matin blême pour aller jouer sur des terrains improbables...jouer, car c'est de cela qu'il s'agit et que beaucoup oublient. Ces quelques souvenirs sont là pour dire qu'il existe un autre football que celui des gazettes, de la télé et de la politique. Il y a le foot des gamins. Un divertissement et pour beaucoup une passion.Ce foot des éducateurs bénévoles. Ce foot des villes et des villages, des banlieues et des métropoles, ce foot du mélange et du brassage social comme il n'en existe guère plus en France. Dans mon club de petite ville haut savoyarde, il y avait de tout, des bons et des mauvais joueurs, des bons mais aussi des mauvais garçons certains plus proches de la pénitentiaire que du concours général. Mais sur le terrain il n'y a avait qu'une réalité. Celle du jeu, de l'envie, de la solidarité. Celui qui se laissait aller à jouer “perso” comme on dit était vite rattrapé par l'ire de ses camarades. L'enjeu était là mais ne servait qu'à attiser la passion de bien faire, du geste juste, du collectif créatif et efficace. Il y a un peu de nostalgie dans mon propos. Je le reconnais volontiers. J'ai omis les parents déchaînés sur la touche, les arbitres insultés, les mauvais coups, quelques camarades malheureux de devoir sous la pression paternelle chausser des crampons qu'ils détestent mais ici encore nous ne sommes ici que dans la petite histoire de la vie ordinaire.Dans ces matchs de club, les gamins ont des rêves de gloire, certes, mais aussi tant de joies à réussir un geste, une passe, une action... Ils gagnent et perdent un jeu. Avec sérieux et passion. Sans conséquence. Simplement avec l'envie de recommencer car l'expérience est magique. Que l'on me comprenne bien, prendre un jeu au sérieux c'est se respecter soi-même et les autres. Ce n'est aucunement sombrer dans un quelconque totalitarisme de la performance comme je le lis trop souvent sous des plumes talentueuses mais totalement ignorantes de l'expérience du foot des gens ordinaires.

Ce genre de chronique n'est que la manifestation de cette perversion originelle qui consiste à faire de ce foot là un enjeu de débat intellectuel, social ou politique. Un amalgame qui est de mon point une véritable prise d'otage symbolique. Et c'est ici donc qu'arrive notre main balladeuse.

 

A des années lumière du champ de patates et des valeurs que j'ai ici esquissées. Comme un grand braquage symbolique, la main de Thierry Henry devient le prétexte à un débat sur l'exemplarité du football et sur le poids de la morale face aux intérêts supérieurs du business. On y mêle même les Etats, à l'image de ce qui s'était passé lors de la tournée de l'équipe de France en Nouvelle-Zélande, ce qui est une tendance tout à fait inquiétante.La résurgence patriotique et nationaliste qui se fait jour autour du sport ne vient pas du sport, mais de ceux qui l'organisent, en profitent et le commentent. Le sportif ne doit pas devenir le bouc émissaire facile et le sport le terrain de résolution des travers immoraux d'une société profondément inégalitaire incapable d'une confrontation avec les sources profondes de cette inégalité. Que la politique nous donne un coup de main bien légal celui-là et consacre son énergie à moraliser une société pas à moraliser le foot. Le foot n'est que la victime consentante et hypocrite d'un système de valeurs qui place l'économie et l'argent au sommet de la pyramide. Lui faire porter la faute, c'est se moquer du monde. Faire reposer sur un joueur aussi bien payé soit-t-il le poids d'un système immoral est quand même particulierement pervers. Thierry Henry est payé pour jouer. Q'il le soit au delà de toute raison, n'enlève rien à la pureté de sa passion et son envie de gagner..Sa main est évidemment volontaire. Mais en le faisant, il ne fait aucun geste éthique ou moral. Il veut juste gagner. Je suis comme bon nombre de français, je préférerais que le match soit rejoué, que l'entraîneur réponde aux questions qu'on lui pose, que les joueurs justifient leur salaire...mais de là à leur demander de trancher un débat éthique, on se pince pour s'assurer que l'on ne rêve pas.

 

On assez glosé sur la main invisible du marché, si invisible qu'elle n'existe pas, pour ne pas se laisser embarquer maintenant sur une main balladeuse qu'on voudrait transformer en leçon de morale. La France black blanc beur qu'on a fait mine de découvrir en 1998 , elle est sur les terrains de France chaque dimanche. Et elle n'a surtout pas besoin de participer d'un débat qui n'est pas le sien.

Tous les commentaires

* **Ami du Nord, j'aimé beaucoup aimé vous lire, mais le foot et moi! Mais bien sûr, ce match se doit d'être joué à nouveau...

Apres la main de la grenouille, la main du coq en Irlande !

Superbe billet !

Stéphane Bossavit vous écrivez

«la main de Thierry Henry devient le prétexte à un débat»

 

Si vous le voyez comme ça (avec un Thierry Ternisien par exemple), c'est sûr que c'est délirant.

Mais ce n'est pas de ça qu'il s'agit.

Le débat, il existe en permanence, et cette main de Henry n'est qu'une goutte d'eau, la milliardième, qui fait remonter une fois de plus tout le malaise permanent, tout le consensus malhonnête, tout le dégoût des dopages dans le sport etc etc etc.

 

Si vous vouliez réfléchir normalement, vous auriez choisi de ne pas mentionner aujourd'hui Thierry Henry. Vous auriez fait un article sur le coup de boule de Zinedine Zidane, ou sur la main de Diego Maradona, ou sur les coup de Ralf Schumacher, et votre article aurait alors aurait été à 100% complètement et exactement dans le sujet,

contrairement à un article qui mentionne Henry et qui donc ressemble à une défense à chaud de ce joueur en particulier, ce qui n'a rien à voir avec le malaise du Foot, on est bien d'accord.

 

-

Vous écrivez si justement et si bellement:

«Que l'on me comprenne bien, prendre un jeu au sérieux c'est se respecter soi-même et les autres.»

 

Oui, absolument, elle est là, la question. Il nous faut faire en sorte de sauver le Football du pourrissement mafieux avancé qui le détruit.

Faire en sorte qu'on puisse enfin le respecter à nouveau.

 

Et pour cela, introduire quelques modifications simples que d'autres sports collectifs de grande audience ont su comprendre et adopter à temps:

- la vidéo

- deux ou trois arbitres en plus (dont deux de touche)

- nommer dans les statistiques du lendemain dans les journaux, le véritable tireur d'un but et non d'un "CSC" le malheureux défenseur que l'attaquant (tireur efficace et victorieux) a réussi à tromper et pousser à la faute

- nommer aussi l'autre attaquant, celui qui a fait la dernière passe décisive au marqueur du but

Merci de vos commentaires.

ll faut certainement introduire la vidéo pour les franchissements de ligne. Et des arbitres de surface pour les penalty.

De ce point de vue Michel Platini fait un excellent travail même si sa récusation de la technologie me semble anachronique.

Maintenant Thierry Ternisien touche plus que juste dans son billet quand il stigmatise l'aversion contemporaine pour l'aléas. Le sujet va bien au delà du sport. Nous n'acceptons plus l'accident, l'intempérie etc... et voudrions que les politiques publiques l'éradiquent. Impuissants en fait, nous mettons du principe de précaution partout. Le sujet mériterait un fil et une réflexion propre.

Bon dimanche

C'est Harald et non Ralf, pardon.

Je n'ai pas envie de contredire votre billet si bien écrit... mais de le continuer.

Loin de moi l'idée d'entraîner les sportifs dans un débat qui n'est pas le leur et bravo pour ces belles images du sport telle qu'elle s'inscrivent dans l'enfance et l'adolescence. La question " du jeu, de l'envie, de la solidarité. "

et bien d'accord avec vous pour ne pas demander au sport " de trancher des débats éthiques" "de résoudre les travers immoraux de notre société".

Mais les faits, fussent-ils sportifs, ont une image, une image qui ne peut pas ne pas rappeler d'autres images, qui ne peut pas ne pas symboliser, même à son corps défendant, la tricherie ambiante, un système libéral dont de nombreux opposants n'en adoptent pas moins les valeurs maffiotiques. ça n'a rien à voir avec "le sport", encore moins avec cette santé joueuse que vous décrivez fort bien, mais c'est une image qui finira peut-être par résumer à elle seule tout le système sarkozien : l'incapacité dans les moments critiques à prendre un peu de hauteur, à résoudre un marasme par le haut.


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