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May

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Baiser la mort tu disais, et j’ai combattu

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© SL, 2009

"Tre volte il cavalier la donna stringe

con le robuste braccia, e altrettante
poi da quei nodi tenaci ella si scinge,
nodi di fier nemico e non d'amante.
Tornano al ferro, e l'un e l'altro il tinge
di molto sangue: e stanco e anelante
e questi e quegli al fin pur si ritira,
e dopo lungo faticar respira."

Il Tasso

 

, le bras s’étira le long du bassin. Dans un brusque remous il anticipa ce qui pouvait se produire. La main avait pris position sur la hanche. Elle resta agrippée un assez long moment ; puis, reprit soudain son parcours essayant d’échapper à l’encombrement de son compagnon d’urgence lorsque la tête tournait en direction de ce dernier au point de commettre un nouvel enchaînement que celle-ci n’avait pas prévu. Le crâne se trouva alors dépourvu dans une chute imprévisible. Le cou avait lâché du lest sous le poids maintenant absent du bassin abandonnant tout ordre même des bras et des mains. Les deux tentèrent une reprise, aidés par l’appui des jambes, mais les mains avaient totalement disparu. Il sembla un instant que le lieu de leur mouvement résistait pourtant.

 

L’espace qu’elles laissèrent devint le fantôme de résonances intimes. Tout se déroulait sur les flancs à présent. La tête avait pris place dans une cavité osseuse avant d’atteindre sa chute. L’extrême du crâne recevait une caresse improbable, comme une tentative de consolidation, ou bien de consolation, qui sait ? Les jambes, quant à elles, trébuchèrent sur une partie sensible près des côtes ; le pincement fit sursauter l’abdomen et les convulsions atteignirent la poitrine.

 

Le crâne parvint dans la partie veloutée de la cavité tandis que les reins se recourbaient à l’action frissonnante du tremblement abdominal. Le mouvement n’avait pas cédé à cette illusion. Moins vertical, il était devenu presque centrifuge. Les épaules, pressées, répondaient par à-coups aux crispations saccadées de la mâchoire. Les fesses s’alourdissaient terriblement. Plus le crâne s’enfonçait, plus le derrière tombait de tout son poids, emportant avec lui le relâchement soudain des clavicules aux derniers sursauts

 

 

Revu le 12 mai 2010

 

 

Tous les commentaires

"Sans le savoir, les amants malgré eux n'ont jamais désiré que la mort. Mais quelle est cette façon d'expliquer qui ajoute à la mort le mystère qu'elle enlève à l'amour." Papillon de neige, Journal, 1939-1942, Joë Bousquet.

Anne, il semblerait que vous soyez en pleine lecture de Joë Bousquet... Curieux comme la lecture de cette homme paralysé éléve n'est-ce pas? Il ma aidé à traverser un désert. Et pardon, Stéphane, pour ces digressions.

Pierre, vos digressions et vos silences délicats ne me dérangent pas du tout, au contraire.
Amicalement,
Stéphane

Pierre, il s'agit d'une relecture, ou plutôt d'une nouvelle lecture. Il y a un peu plus de vingt ans, il fut une révélation, qui en accompagna une autre, inouïes. Mais tout cela était certainement trop grand pour moi, à l'époque…
Stéphane, pourquoi pas une traduction de l'italien ?

Anne, bien sûr, j'y ai pensé et vous avez raison de me le rappeler. Je ne l'avais pas sous la main et je n'ai pas voulu m'y risquer personnellement sur cette langue du XVIe siècle ; encore moins, je ne pouvais compter sur ma mémoire, trop imprécise. Je viens de faire une recherche sur Internet et j'ai trouvé une traduction qui reprend le livret de Il Combattimento di Tancredi e di Clorinda de Monteverdi qui a utilisé ce passage de la Gerusalemme liberata de Torquato Tasso, je la livre ici et je vérifierai plus tard sur ma source personnelle quand je l'aurai à nouveau.
Par trois fois le chevalier enserre la femme de ses bras robustes, et autant de fois elle se libère de ces liens tenaces, des liens d’un fier ennemi et non d’un amant. Ils reviennent à l’épée et ils se couvrent l’un l’autre d’un flot de sang et épuisés et haletant ils s’éloignent enfin l’un de l’autre, et, après cette longue fatigue, respirent.
Édité J'ai donc retrouvé la traduction de Michel Orcel (Gallimard, Folio 3690, 2002) :
Trois fois le chevalier serre la femme Dans ses robustes bras, trois fois autant De ces tenaces nœuds ell' se libère, Nœuds d'ennemi féroce et non d'amant. Ils retournent au fer, ils le rougissent Dans maintes plaies, et las, et haletants, Et l'un et l'autre à la fin se retirent Et, de ce long labeur, tous deux respirent.
Je préfère de loin cette traduction pour sa ponctuation, son respect de la sonorité plus franche, elle n'ajoute pas d'article là où en italien il n'y en a pas, moins verbeuse aussi, et enfin la traduction de "nodi" par "nœud" au pluriel plutôt que "liens", ce qui a mon sens fait toute la différence.
J'ai en commande une édition bilingue que j'ai hâte de découvrir et dont je mettrai les références ici.

Merci Stéphane. Cette traduction est beaucoup plus belle, en effet. Aussi pour le rythme. Incomparable. J'attends avec impatience cette référence de l'édition bilingue. C'est ainsi que j'ai appris l'italien, avec une édition de Salvatore Quasimodo.

"Baiser la mort"... "De la guérison..." , page 157 ( Epîtres - Puf) Nathalie Zaltzman, qui nous a quittés...

Merci pour ce beau billet.

La traduction est belle. Merci Stéphane, et aussi pour Monteverdi.

Merci Stéphane.

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