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Made in France 2009, by Sécurité Sociale

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DR

CPAM de Paris

Pour tout contact : 36 46
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Usage courant
— Bonjour Madame, Stéphane Léger, mon numéro de Sécurité Sociale est le : je connais par cœur mon numéro de Sécurité Sociale.
Bruit du clavier

— Merci Monsieur. Pouvez-vous me décliner votre nom et votre adresse s’il vous plaît ?
— Stéphane Léger. ça fait snob comme adresse 75019 Paris.
— Merci Monsieur Léger. Que puis-je pour vous ?

 

Mardi 9 juin 2009
— … oui, je vois que votre dossier n’a pas été traité du 9 au 25 mai 2009… effectivement !
— Mais, vous avez bien reçu la prolongation de mon arrêt maladie pour cette période ?
— Je n’ai pas de trace tant qu’il n’a pas été traité. Vous savez, nous avons eu des mouvement sociaux la semaine dernière, le traitement a du être retardé. Je vous invite à rappeler d’ici une semaine. Si votre dossier n’est toujours pas traité, il faudra nous communiquer un duplicata de votre prolongation.

 

Mercredi 17 juin 2009
— Oui Monsieur Léger, je vois sur mon écran que nos techniciens de saisie ont noté un trou de 48 heures entre le 8 et le 11 mai 2009.
— Oui, je me souviens maintenant, mon médecin faisait le pont du 8 mai, je n’ai pas pu avoir un rendez-vous avant le 11. Est-ce que cela va bloquer mes indemnités ?
— Non, vous avez une tolérance pour 48 heures, surtout un week-end, cela ne devrait pas poser de problème. Ne quittez pas Monsieur Léger, je tente de joindre un conseillé technique qui pourra traiter en urgence le paiement de vos indemnités.
Musique
— Monsieur Léger ? — Oui ? — Merci d’avoir patienté. Tous nos conseillers techniques sont occupés. Je vous invite à rappeler à partir 14h00.

 

14h00
— Ne quittez pas Monsieur Léger, je tente de joindre un conseillé technique qui pourra traiter en urgence le paiement de vos indemnités.
Musique
— Monsieur Léger ? — Oui ? — Merci d’avoir patienté. Tous nos conseillers techniques sont occupés. Je vous invite à rappeler le matin, les lignes sont moins encombrées.

 

Jeudi 18 mai 2009
— Ne quittez pas Monsieur Léger, je tente de joindre un conseillé technique qui pourra traiter en urgence le paiement de vos indemnités.
Musique
— Monsieur Léger ? — Oui ? — Merci d’avoir patienté. Il faut vous rendre à votre centre de Sécurité Sociale et remplir une attestation comme quoi vous n’avez pas repris le travail durant les 48 heures entre le 8 et le 11 mai 2009.
— Et le traitement du dossier prendra combien de temps avant le paiement des indemnités ?
— Actuellement, 15 jours Monsieur Léger.

Lundi 22 juin 2009, 8 h 30

CPAM de Paris
21, rue Georges Auric 75019 Paris CEDEX 19

 

Sourire
— Bonjour Monsieur, c’est ici l’accueil du public ?
Grand, beau, tatouage sur le cou
— Bonjour Monsieur, oui tout à fait. Sourire, grâce de l’œil
— Je viens pour un problème de paiement de mes indemnités journalières et la mise à jour de mon dossier. Sourire, mes lunettes de soleil, merde
— La personne qui pourra vous répondre va arriver dans quelques minutes. Vous pouvez vous asseoir si vous le souhaitez.
Canapé vide
Moi qui pensait déjà faire la queue !
— Donc, en fait le centre de la rue de Crimée a fermé, c’est ça ?
— Oui, tout à fait, tout es rassemblé ici maintenant.
“Direction de l’Administration Centrale — 3”, “Salle de réunion — 4”
— Depuis quelques semaines je reçois mon courrier avec l’adresse de ce centre, mais on ne m’a pas prévenu du changement.

 

Long cheveux bruns, grands yeux verts, mules à talon, sac matelassé rose
— … non Monsieur, ici c’est l’administration centrale, nous ne servons que de boîte à lettre.
— Ah… donc la rue de Crimée n’a pas fermé ?
— Non, pas du tout. Et à cette heure-là vous en avez pour deux heures d’attente je pense.
— Vous pensez que je dois vraiment faire la queue pour remplir une attestation ?
— Je crois Monsieur.
— Bon, on dira que c’est l’époque alors…

Sourire
— Oui, je crois.

 

9 h 00
Rue de Crimée, ascension, surtout aux abords du parc. Arrosage matinal. Combien de mètre cube d’eau ? Il pleut pas mal en ce moment. Trottoir, ombre, fraîcheur. L’homme dans le miroir du mur de la résidence, jambes écartées, mains dans les poches. Face, profil, tout va bien ! La main sur les fesses, on ne sait jamais, au cas où le reflet n’aurait pas bien saisi le relief conséquent. Silhouette au coin de la rue Hautepoule, brûlée, l’éclat matinal. Mur à vendre, Profilimmo, les oiseaux chantent dans le mur et le lierre persiste. La passerelle fait du bruit ce matin, encore les travaux.

 

CPAM de Paris
19, rue de Crimée 75019 Paris

 

— Numéro 21 ?
L’homme boite
— Numéro 21 ?
L’homme boite
— Non, pas par là Monsieur… venez ici, nous vous donnons un nouveau ticket, c’est le même numéro, la machine refonctionne.
L’homme boite
— Allons Monsieur, prenez votre ticket… numéro 21.
L’homme boite
— Prenez votre ticket Monsieur.
L’homme boite
— Voilà !

 

La jeune femme agent d’accueil spécialisée en Bornes Carte Vitale, la jeune femme utilisatrice de la Carte Vitale, roule les “R”
Je peux faire quelque chose pour vous Monsieur ? je suis à vous dans quelques instants Monsieur. Merci. Voilà, vous venez de faire votre demande de carte européenne, ah bon ? oui, vous allez recevoir votre carte dans une quinzaine de jour, vous gardez ce “Certificat provisoire de remplacement de la carte européenne d’assurance maladie” que la borne Carte Vitale vient de vous délivrer, merci la borne ! et c’est valable combien de temps ? “Période de validité du 22/06/2009 au 20/09/2009”, mais non ! seulement le “Certificat provisoire de remplacement de la carte européenne d’assurance maladie”, ah !? oui, regardez, non, ne regardez pas, ce n’est pas inscrit dessus, mais en attendant votre carte vous gardez ce “Certificat provisoire de remplacement de la carte européenne d’assurance maladie” qui “Période de validité du 22/06/2009 au 20/09/2009”, votre carte, elle, “Notes et informations : Toutes les normes applicables aux données visibles reprises sur la carte européenne et relatives à la description, aux valeurs et à la longueur des champs de données ainsi qu’aux remarques qui s’y rapportent s’appliquent également au certificat.”. Et on peut aller dans quel pays ? Tiens, on dirait du Times, c’est vraiment la fin pour cette typo, finir dans une Borne Carte Vitale, c’était peut être sa destinée, le dépliant avec la liste des pays, c’est mieux non ? Et dans quel pays ? mais c’est inscrit dessus, mais dans quel pays ? Malte ? oui Malte, et l’Italie ? mais vous avez la liste, l’Italie ? oui aussi, et l’Espagne ? le dépliant, et comment ça marche ? on paye en avance ? non, vous n’avancez pas les frais, vous pouvez regarder sur Internet, il y a une page qui explique tout cela, ah ! vous savez, je ne sais pas bien utiliser Internet… au-revoir Madame. Merci.

 

— Est-ce qu’il est vraiment nécessaire que je prenne un numéro et que je fasse la queue pour remplir une attestation ? Il n’y a pas un formulaire sur Internet ?

 

Bornes Carte Vitale
Sourire


— Vous pouvez me parler pendant que j’aide ce Monsieur à mettre à jour sa carte.
— Je vais voir Monsieur.
Guichet 3
Sourire

Accueil, trieur, c'est où le formulaire ?

 

——
Déclaration (à remplir par l’assuré)
Je soussigné(e)
Adresse
N° de Sécurité Sociale
déclare avoir pris connaissance de l’article L 114-13 du code de la Sécurité Sociale*
date du début de l’arrêt prescrit
dernier jour de travail
déclare n’avoir exercé aucune activité, salariée ou autre, chez l’ensemble de mes employeurs du au
préciser le nombre d’employeurs


* La loi rend passible d’emprisonnement quiconque se rendrait coupable de fraudes ou de fausses déclarations (artcile L 114-13 du Code de la Sécurité Sociale, 441-1 et suivants du Code Pénal).
CPAM 000 166.9 w

——

 

— Merci beaucoup, c’est vraiment très très gentil de votre part.


Borne Carte vitale n° 4, “Demande en cours de chargement, veuillez patienter”, Borne Carte Vitale n° 5, voilà Monsieur, celle-ci fonctionne, nous allons pouvoir faire votre demande.
— Par contre, pour la mise à jour de votre dossier, il va falloir voir un conseiller, vous pouvez aussi revenir un autre jour.
Il y a une photocopie pour le public ? non, vous avez une presse pas loin, vous en avez une vous ? oui, mais là je n’ai pas le temps, je suis avec une personne. Merci.

 

“Numéro 45

23 personnes avant vous.

Temps d'attente estimé à … 4mn"

Tu es déjà au bureau ? Au moins deux heures d’attente ils m'ont dit, je t’appelle quand je sors.

 

Numéro 40

Tiens, ça avance vite aujourd’hui. Vous savez ça dépend des jours. Non mais, parce qu’on m’avait dit… Polémique. Je trouve que ça avance vite aujourd’hui. Oui, bon ! 'y a quand même du monde, mais c’est parce qu’ils ont très envie de nous connaître, le moindre prétexte est bon pour nous faire venir, ils veulent savoir qui nous sommes, moi j’appelle cela de l’amour, et puis bon, au moins pour une fois, nous sommes tous pareils, logés au même niveau, noir, jaune, blanc, pauvre, riche, tous pareils. Ah non ! pourquoi tu dis ça ? Nous ne sommes pas tous pareils. Non mais, c’était ironique. Tu vois, c’est comme pour le voile, quand ils sont venus en Afrique avec leurs jupes courtes, les cheveux, tout ça, on leur a dit quelque chose nous ? bon, moi je porte pas le voile, j’ai une casquette tu vois, problème à la tête, mais chacun il fait ce qu’il veut, et puis c’est beau, c’est élégant, tu vois la dame là-bas ? elle est belle, non ? Dont acte.

Numéro 45, Guichet 3

Tiens, finalement j’ai bien fait d’attendre, ça passe vite aujourd’hui, vous aviez tellement envie de me voir, donc je me suis dis, allez, je vais attendre, comme ça je vais pouvoir la faire votre photocopie, oh ! c’est très gentil, vraiment. Ah ! vous voyez ça serre toujours de venir nous voir, ce n’est pas la date de reprise mais le dernier jour de travail.
Sourire
Bon, quand même, elle est gentille, mais ils pourraient mettre une chaise, allez, je m’accroupis sans rien dire, hop ! un stylo, alors, date de reprise, ah oui, quel con ! vous le traitez en urgence ? ça c’est adorable, vraiment, ça m’évitera de négocier avec la banque, surtout en ce moment, ah oui ? à vous aussi ils essaient de vous vendre des prêts ? c’est fou ça !

 

——
CPAM de Paris
21, rue Georges Auric 75019 Paris CEDEX 19

numéro de Sécurité Sociale est le : je connais par cœur mon numéro de Sécurité Sociale.
Date, 6 mai 2009
Objet : Fin de chômage / condition de résidence
Monsieur,
Dans la cadre de la mise à jour de votre dossier, des informations complémentaires me sont nécessaires pour assurer le renouvellement* de vos droits à l’assurance maladie.
Je vous invites donc à retourner dans un délai d’un mois à l’adresse postale indiquées ci-dessous, ce courrier accompagné des photocopies des documents justifiant votre situation actuelle.
– Si vous êtes salarié : vos trois derniers bulletins de salaire.
* Le décret n° 2007-199 du 14 février 2007 a modifié les articles R313-2 et R 161-3 à 5 du code de la Sécurité Sociale. Le droit aux prestations en nature des assurances maladie et maternité est désormais accordé pour une durée de 12 mois maximum, à laquelle peut s’ajouter un maintien de droit de 12 mois.
——
Objet : Votre demande de carte européenne d'assurance maladie
Monsieur,
Afin de répondre à votre demande et de mettre votre dossier à jour, je vous prie d'adresser, par courrier, à votre centre d'Assurance Maladie les documents suivants :
Un justificatif de vos droits correspondant à votre situation actuelle (copie de bulletins de salaire, avis de paiement Assedics, notification d'attribution de pension de retraite ou d'invalidité, ancienne attestation étudiante …)
Vous trouverez la liste des centres d'assurances maladie et des bornes interactives de Paris sur http://www.ameli.fr/assures/votre-caisse-paris/nos-services/nos-guichets-automatiques_paris.php
Restant à votre service,


Assurance Maladie en Ligne
Votre Conseiller d'Assurance Maladie.
Nous vous remercions de ne pas répondre à ce message.
Si vous souhaitez nous adresser un courriel, utilisez nos services en ligne.
——

 

Parce que ça fait un an que je ne suis plus au chômage, que je suis déclaré par mon employeur, mais on ne sait jamais, et puis ils veulent tellement me rencontrer, alors je suis là, vous comprenez, j’ai envoyé mes bulletins il y a quinze jours, je comprends, c’est un peu court comme délai de traitement ? toujours pas mis à jour ? bon, mais la carte européenne, la Times sur le “Certificat provisoire de remplacement de la carte européenne d’assurance maladie”, non parce que ça c’est trop beau, il me faut ce certificat vous comprenez ? Non, dans un mois je pars, mais la Times dans la Borne Carte Vitale sur le “Certificat provisoire de remplacement de la carte européenne d’assurance maladie”. Oui, oui, j’ai apporté les bulletins. Voilà ! Je suis à jour ? ouf ! bon, vous avez vu c’est bien moi, je vous ai bien apporté en main propre les bulletins de salaire, mon employeur est bien réel, allez, je vous embrasse, ça m’a fait plaisir de vous connaître, moi aussi.


“Certificat provisoire de remplacement de la carte européenne d’assurance maladie”
en Times, avec la bande bleue Sécu à gauche.

 

— En fait ils ont fermé le centre Manin, c'est pour cela qu'il y a autant de monde maintenant, parfois c'est 600 personnes par jour, mais ça dépend aussi des demandes, aujourd'hui vous avez de la chance, ce matin ça avance vite.

Tous les commentaires

Stéphane, le hall de la "Sécu" parait bien vide... Permet-moi de venir t'y serrer la main... J'espére que les raisons pour lesquelles tu y es (y fus) ne sont pas trop graves, cependant... Un peu de Giorgio Agamben, ici, dans ce hall. N'y voit ni malice, ni intention retorse, juste le fruit du hasard (le livre "s'est ouvert" à cette page): "Aise est le nom propre de cet espace non représentable. Le terme "aise" désigne en effet, selon son étymologie, l'espace à côté ("adjacens, adjacentia"), le lieu vide où il est possible de se mouvoir librement, dans une constellation sémantique où la proximité spatiale voisine avec le temps opportun (à l'aise, avoir ses aises) et la commodité avec la relation appropriée. Les poètes provençaux (dans les vers desquels le terme apparait pour la première fois en langue romane, sous la forme "aizi, aizimen") font de l'aise un "terminus technicus" de leur poétique, désignant le lieu même de l'amour. Ou plutôt, non pas tant le lieu de l'amour que l'amour comme expérience de l'avoir-lieu d'une singularité quelconque. En ce sens, aise désigne parfaitement ce "libre usage du propre qui, selon une expression de Hölderlin, est "la tâche le plus difficile". "Mout mi semblatz de bel aizin": tel est le salut que les amants, dans la chanson de Jaufré Rudel, échangent en se rencontrant." (Giorgio Agamben. "La communauté qui vient". Librairie du XXéme siécle. Seuil édit. 1990) Puissions-nous prendre nos aises avec celles et ceux qui nous sont chers. Cordialement.

Pierre, je suis content de te croiser ici.
Si seulement j'avais cru au hasard un jour... mais il n'en est rien, et j'ai beau essayé, je me dis toujours qu'il y a, non pas forcément une raison, mais au moins une curiosité à saisir.
Je suis attiré par cette définition d'Agamben du mot "Aise" et particulièrement sur l'intervalle juste entre une spatialité et une temporalité. Il y a un mot pour cela en japonais je crois dont le concept est assez proche, il me semble que c'est "Ma".
Quant à la Sécu...

Comment croire au hasard, Stéphane, quand il y tant de co-incidences et de nécessités. Peut-être serais-je capable un jour de dire l'histoire de ce livre-là, "La communauté qui vient", en tant qu' objet et en tant que message, par exemple. Il faudrait tout d'abord que j'en assimile la substance. Or il est d'une densité telle que les quinze jours qui viennent ne seront pas de trop pour que je commence à voir, je crois, d'où ça parle. 120 pages qui, au premier survol, paraissent sibyllines, mais on est habitués à savoir, n'est-ce pas, depuis Héraclite "le ténébreux" (une lumière intense), que ce sont ceux-là qui, faisant mine de parler d'autre chose, vont à l'essentiel, joignent le vide et le plein en un même mouvement. Il me suffira de dire, pour l'instant, que l'objet lui-même, le livre et le texte, sont venus à ma connaissance par l'intermédiaire de mon ex-compagne, quand nous nous sommes rencontrés, il y a bientôt vingt ans, que je l'ai violemment rejeté à ce moment-là, étant moi-même pris à cette époque dans un mouvement d'une violence sociale inouïe pour moi, et que je n'ai pu l'ouvrir et le lire et commencer à le comprendre que maintenant, au moment où la mère de mes enfants, et mes enfants eux-mêmes partent, chacun de leur côté, et chacun à leur manière. (Il n'y a rien de triste là-dedans: "c'est la vie") Or ce livre, ce texte à l'aspect touffu (étouffant textile ou étoffe d'une voile de navire?), se nomme "La communauté qui vient". Je n'y vois ni ironie, ni hasard, mais sans doute un signe, un clin d' oeil de l'aveugle qui raconte l'histoire où le lecteur découvre le texte au fur et à mesure que ses pas le portent... J'aime beaucoup cette allusion que tu fais à ce qui te semble être le "Ma" japonais, cet intervalle (est-ce aussi un interlude?), cet entre-deux, cette suspension entre ce qui a été et ce qui n'est pas encore. C'est que j'ai souvent pensé à ce déséquilibre nécessaire, cette chute en avant, ce moment où on n'est plus vraiment appuyé sur un pied et pas encore sur l'autre : c'est la marche en avant. Quant à la sécurité... Cordialement, Pierre

Je ne peux que souligner ces termes qui résonnent : "l'espace à côté ("adjacens, adjacentia"), le lieu vide…". On laissera ici l'intensité du vide circuler même après avoir occupé ce hall où tout ne peut être vu en totalité de l'extérieur, mais où à chaque apparition d'un nouvel élément correspond la disparition d'un autre. Constant "déséquilibre", oui, et j'ajouterai "dissymétrie" et "asymétrie".

Je fais le souffleur, mais beau dialogue tous les deux. Où le "déséquilibre" est à la hauteur. On dit la grâce aussi pour ce mouvement suspendu qui devient la "marche en avant".

La "grâce" comme en un entre-deux, comme en un "intervalle", voilà qui me plait. Mieux encore: la descente de la grâce (l'onction, le "chrestos") descendant sur nous quand nous sommes en déséquilibre entre deux pas... C'est un "entrechat"...

Il y a dans ce déséquilibre, quand un pied rejoint la jambe à la verticale, un très bref moment de quasi-équilibre sur lequel s'appuient, pour tenir ensemble, l'avant et l'après. "Ma" contient à la fois l'espace et le temps.

Le Mahabharatta décrit ce moment où la flèche est en suspens entre arc et cible... Une éternité dans une immensité... Une vie.

Stéphane, je cherche depuis tout à l'heure le nom de cet autre penseur italien dont tu as cité le nom en même temps que celui de Agamben. Je ne sais pas si c'est à propos de Pasolini, Char... et pourtant, il me semble que cela avait rapport avec les "luciole"... Je ne le trouve pas dans mes billets ni les fils, ni les tiens... Il faut dire que mon énergie est réduite au minimum, genre cuisson lente... Les mots d'Agamben dansent devant mes yeux, et si tu as trouvé "La communauté qui vient", tu sais que c'est un festival de citations et de références. Une forêt dense, mais pas un fourré. Il y a quelque chose sur le "quodlibet", et une référence à Benjamin citant Gershom Scholem que j'aimerais partager avec toi, Anne et Patrice...

J'adore le côté ubuesque des démêlés avec l'administration dépeints dans votre billet, Stephane. Ça me rappelle mes démêlés avec Pôle emploi, le 39 49, et le site mis en route depuis janvier et qui affiche toujours "momentanément indisponible, retournez à la page accueil" ! (voir dans l'édition Pôle Emploi, mon amour). Bonne chance !

Oui, il y a quelque chose d' ob-scéne à commenter le Mahabharatta dans l'antre du père Ubu... (qui, soit dit en passant, sait peut-être ce qu'il fait en empoisonnant ainsi davantage la vie du vulgus pecus (celui qui ne roule pas des Rolex): le découragement dans une longue, très longue file d'attente soft: stupéfaction et hébétude, découragement. Certains tournent les talons: un de moins pour les statistiques désastreuses) Mais je crois que, justement, cette obscénité-là doit répondre à cette obscénité-ci. Prendre de la hauteur, peut-être, pour ne pas s'effondrer. (Les "luciole", Stéphane,et les lucioles...)

Que de monde qui occupe maintenant ce hall ! Installons-nous dans l'intranquillité.
@ Patrice et Anne, merci de votre souffle et de cette figure en "quasi-équilibre" (j'aime le mot). À ce propos Anne, je cherche sur le net depuis un certain temps quelques écrits sur ce concept de "Ma" que j'ai vu un jour apparaître, mais je ne trouve pas grand chose malheureusement, si vous avez quelques références en papier, je suis preneur.
@ Grain de Sel, Ubu n'est pas loin en effet, mais certainement moins que votre expérience au Pôle Emploi. La Sécu semble bouger dans le même sens, mais le site fonctionne, le 36 46 malgré son obsession des "techniciens" répond aux appels, enfin, sur place, il faut comme le dit Pierre, d'un peu de hauteur pour s'en sortir. Pas facile pour tout le monde cet exercice d'équilibriste, non, loin de là, je pensais d'ailleurs au cirque par moment, au trapèze avec et sans filet. Je m'en suis sorti, merci. Mais je repense souvent à l'homme qui boite. J'espère de votre côté que l'expérience Pôle avance du bon côté enfin.
@Pierre, le nom de cet italien m'échappe, était-ce dans ce même contexte que le séminaire de Georges Didi-Huberman ? Je ne crois pas. Je me souviens que GDH parlait de Benjamin. Il parlait de l'image dialectique, de la collision de l'autrefois et du maintenant, du futur, quelque chose comme cela. Est-ce cela ? Il a aussi parlé de Dante à propos de Pasolini. On y est ?
Dimanche après-midi j'écoutais France culture, l'émission de Marie-Hélène Fraïssé qui retransmettait un séminaire de Philippe Descola, anthropologue. Il dit à propos de l'expérience ethnographique qu'elle vise à se plonger dans un monde différent pour en décrire, comprendre , analyser les différentes manières d'être au monde et que l'observateur présente ce monde en ses propres termes culturels et donc en le déformant forcément un petit peu. Il y a dans cette description, ce rapport entre la plongée et la distance, dans sa conscience-même en tant qu'expérience, le degré à mon sens de cette incertitude du monde qui oblige au "mouvement suspendu" pour reprendre les mots de Patrice. De là, il parle à un moment de l'expérience de l'utopie et de l'uchronie (déplacement dans l'espace et dans le temps). Je retrouve dans la description de cette expérience du déplacement suspendu, une forme d'exercice de sauvegarde critique et esthétique en milieu contemporain occidental, non négligeable.

Stéphane, immédiatement, grâce à ce médium, ethnologie et uchronie, dans ce hall, ou cette halle, qui pourrait être une halte, nous y sommes, en plein. Remplissons ce vide de ce plein. Je relirai ton message décemment, mais là, ici, cette nuit, je te parle à partir de Tarragona "Denominacion de origen 2002" et "Grafenwalder/ Pils" (je n'ai jamais retrouvé de bière tchéque, la meilleure du monde, d'après les Viennois, qui s'y connaissent, surtout du côté du Prater) Mais à travers (le train fantôme du Prater méne à quelques merveilles comme la rencontre de Gitti, prés du Alt Donau) les brumes de l'été, qui n'a pas encore fini d'être,, ceci, dans le Giorgio: "La méfiance petite bourgeoise à l'égard du langage se transforme ici en pudeur ( la rapidité dense d' Agamben m'empêche de résumer autrement que lui ce qui précéde cet extrait autrement que sous le terme (qui n'en est pas un) de "supinus" "supin") du langage vis à vis de son référent. Celui-ci n'est plus la nature trahie par la signification, ni sa transfiguration par le nom, mais ce qui se tient -non proféré- dans le pseudonyme et dans l'espace entre le nom et le surnom. La lettre à Rychner parle de ce "charme (et moi, P.F., je rajoute: "charme au sens fort, le seul qui dise") qui consiste à ne rien proférer de manière absolue". "Figure" - autrement dit, précisément le terme qui dans les lettres de saint Paul exprime ce qui trépasse face à la nature qui ne meurt pas-, tel est le nom qu'elle donne à la vie qui naît dans cet écart".

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