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Ecologistes : et si dans un futur proche, le pire n'était pas « la branlée » d'Eva Joly ?

A écouter les commentateurs, à l'heure des bilans de cette campagne de premier tour et des scores attendus, la palme de la catatstrophe serait donnée à Eva Joly. Et si c'était les Guignols qui avaient raison dès le 15 mars (http://www.vodexa.com/les-guignols-de-l-info-du-15-03-12-clip-les-verts-EELV-temps-de-la-branlee-cathedrales) ? Et si – et cela, c'est mon interpellation et pas celle des Guignols - la catastrophe dans le futur proche pour l'écologie politique en France n'était pas ce score décevant mais autre chose, qui se dessine déjà, d'allusions en candidature suggérées : la participation d'EELV au gouvernement ?

Pourquoi les Guignols ont-ils raison ? Comme ils le font chanter aux marionettes des leaders écologistes sur l'air du temps des cathédrales dans un sketch qui fait huler de rire (vert) : « Comme tous les 5 ans, voici venu le temps de la branlée ». Car oui, c'est tous les cinq ans. Ce qui est étonnant, ce n'est pas qu'Eva Joly fasse le score qui se profile : ce qui était étonnant c'est que les leaders écologistes aient pu s'auto-intoxiquer de prétention – et d'absence de connaissance de leur propre histoire – pour croire et claironner sur tous les tons pendant la primaire que plus de 5% était de l'ordre de l'évidence pour la prochaine présidentielle pour une candidature écologiste et un score à deux chiffres l'objectif de l'ordre du possible. Cécile Duflot peut attaquer Mélenchon sur sa façon de faire de la politique avec un rétroviseur, c'est bien ce qui lui manque... Il est vrai qu'il y a en a rarement sur les vélos : question de culture technique, donc. Car depuis 1974, le score des écologistes à une présidentielle se promène de 1,32% à 5,25%. Tous les politistes spécialistes de l'écologie le savent et le disent, il suffit de les écouter : les écologistes font leurs meilleures scores aux muncipales et aux régionales parce que les électeurs leur font crédit d'avoir des propositions pour la vie quotidienne ; ils font de bons scores aux européennes, à la fois parce qu'ils ont un électorat moins abstentionistes que par exemple les socialistes (notament parce que moins populaire) et parce que les européennes – parce que considérées avec moins d'enjeux – sont moins touchées par le vote utile. La présidentielle (avec les législatives) est la pire de toutes les élections, étant le négatif des muncipales, des régionales et des européennes : éloignée de la vie quotidienne et écrasée par le vote utile. Et pour ces raisons, la pire pour les écolos. Comme le disait Thomas Legrand le 20 avril au matin sur France-Inter : « la présidentielle n'est pas faite pour l'écologie et l'écologie pour la présidentielle ».

Un mauvais score à la présidentielle ne résume pas l'influence des écologistes. En 1988, Waechter fait 3,74% à la présidentielle. L'année suivante, Les Verts obtiennent 10,59% aux européennes et des scores à plus de 15% dans bien des villes aux municipales. En 1995, Voynet fait 3,32%. En 1999, aux europénnes, 9,72%. Et l'ont pourrait multiplier les exemples.

A la limite, comme écologiste, on pourrait même se réjouir que les candidats écologistes fassent systématiquement un mauvais score à la présidentielle. Cette élection est le sumum quinquenal du pire conformisme politique, le moment où le système fait marcher à fond la machine à normaliser les débats, à asceptiser la réflexion, à faire adhérer au culte du chef. Oui, comme écologiste soutenant le Front de gauche, j'aurais préféré – mais on ne choisit pas ! - que ce soit à une autre élection que la « gauche de gauche » décolle, plutôt qu'à celle-là car c'est démarrer sur les bases de la personnalisation, de la politique des coups et des coups de gueule, des militants transformés en petits soldats, des foules de fans et de la puissance considérée comme une vertu, tout cela étant bien éloigné des valeurs écologistes de la non-violence, de la non-puissance, de la participation de chacun, de l'invention d'une politique à l'échelle humaine. On pourrait se dire, a contrario, que si Eva Joly y fait un mauvais score, c'est qu'elle ne rentre pas dans ce moule atroce, et que c'est le signe qu'il reste encore un espoir que l'écologie d'EELV ne soit pas normalisée. On pourait. Mais sans doute, ne peut-on plus.

C'est ma deuxième idée : et si la catastrophe dans le futur proche pour l'écologie politique en France n'était pas le score d'Eva Joly mais autre chose ? Ce score est attendu pour qui connait l'histoire de l'écologie politique. Il pourrait être le signe que l'écologie d'EELV n'est pas normalisée. Mais si : l'écologie est normalisée, en tout cas du côté des dirigeants et d'une grande partie des élus et militants d'EELV. Car alors même que la campagne n'est pas terminé, les dirigeants ont décidé et commencent à le faire passer comme une évidence en interne : ils iront au gouvernement. Que la politique qui s'annonce soit pro-nucléaire, d'austérité et sans grand soucis pour le climat, ce n'est pas grave. Pour ces écologistes là, dorénavant pour eux, c'est ça LA politique : être au gouvernement, dans les exécutifs, dans tous les cas. Gêrer, dans tous les cas de figure. Parce qu'on est devenu des vrais responsables politiques. La question de l'entrée au gouvernement sera donc la question de vérité pour EELV – mais l'épisode de l'accord EELV-PS, conclu alors qu'insatisfaisant, trahi avant même le premier tour de la présidentielle, donne malheureusement une partie de la réponse. Ce sera la question de vérité pour EELV, comme pour le Front de gauche. Déjà normalisé pour les premiers ? Sortis ou pas de la normalisation pour les seconds ?

L'inadéquation d'Eva Joly pouvait laisser l'espoir que les écologistes soient encore une minorité active, un mouvement antropologique pour changer le fond des valeurs de la civilisation, influençant les majorités en étant petits mais têtus dans l'affirmation de convictions et des modes de vie profondemment alternatifs. Mais non, l'intégration au système est quasi-achevée. Comme le disait Serge Moscovici dès 1994 dans une interview à Sciences-Humaines : "La minorité qui bascule trop vite, c’est-à-dire qui adopte trop tôt les formes de relations et de comportements du groupe majoritaire, ne peut précisément pas devenir majorité parce que qu’elle n’a plus son influence spécifique. Autrement dit, une minorité n’a généralement pas intérêt à jouer dans la cour des grands. Le mouvement écologiste, dans lequel je suis engagé depuis sa création constitue un bon exemple de ce processus. Lorsque ses dirigeants ont voulu fonctionner sur le même registre que les responsables des autres partis politiques, ils ont perdu leur possibilité d’action".

A avoir poursuivi sans réelle réflexion cette évolution, de l'entrée dans les éxecutifs régionaux en 1992 à la participation au gouvernement Jospin en 1997, les écologistes d'EELV ont commencé à perdre leur originalité, au risque de tout perdre : ne plus avoir l'influence spécifique en terme de « rapport de conviction » des minorités actives car apparaissant comme normalisés, intégrés, des politiques comme les autres ; sans pour autant faire les scores des grands, et donc pour autant, ne pas gagner l'influence « classique » de la politique du « rapport de force ». Non, sans aucun doute, dans un futur proche, la catastrophe la plus à craindre pour l'écologie politique en France n'est pas le score d'Eva Joly, mais bien l'entrée d'EELV au gouvernement Hollande... Catastrophe doublée, si des partis du Front de gauche – et on son écososcialisme naissant – faisaient le même choix. Et comme écologiste, même si on est allé planter notre herbe ailleurs qu'à Europe Ecologie, on ne peut pas s'en réjouir...

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20/04/2012, 17:34 | Par Fantie B.

Pratageant une partie de vos observations, je me permets de recopier un commentaire que j'ai écrit sur un autre billet (celui du concombre masqué - une explication de vote aussi, ici

(j'en profite pour répondre à la question du PPV - quelque part au dessus de mon commentaire là bas)

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J'hésitais, j'hésitais, depuis bien longtemps maintenant :

-voter Hollande pour des raisons d'efficacité la meilleure en ce premier tour.

-ou voter Joly parce que.. eh bien, parce que je suis écolo depuis que j'ai entendu René Dumont en 74 et que ses arguments m'ont convaincue en profondeur.

Donc j'hésitais.

.

Et puis ras le bol de cette campagne de EELV et de Eva Joly : où est l'écologie là dedans ? En quoi cette campagne a-t-elle fait avancer l'écologie auprès des gens ?

.

J'ai compris que voter pour ceux qui ont organisé cette campagne, c'était cautionner une campagne qui n'a pas porté l'écologie, qui s'est axée sur une conception très, trop justicière de la justice à mon goût, et en plus avec des manoeuvres pour placer (sans jeu de mot déplacé) un appareil, dignes du PS.

Voter pour eux par sentimentalisme ? par attachement à mes idées - certes - mais des idées que ni EE ni les Verts ne savent porter ?

Le vote de la présidentielle c'est autre chose que du comptage de pourcentage.

Alors, autant voter pour battre Sarkozy bien proprement.

Je n'hésite plus, et je vote Hollande.

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Je rajouterai après avoir lu votre billet, Stéphane Lavignotte,  que, telle qu'elle fonctionne, l'écologie politique en France ferait mieux d'entrer au PS et d'y constituer un courant.

Ce qui dégagerait peut-être de l'énergie "ailleurs" pour une écologie de lutte ou de propositions/réalisations locales, concrètes, sans ce mélange institutionnel qui a atteint son comble dans cette campagne.

Je ne veux pas, plus, cautionner un appareil écolo qui se prétend indépendant, et qui, une fois au pouvoir ne pratique même pas la méthode Chevènement (démissionner quand les décisions deviennent contraires aux accords passés).

Mais je souhaite l'existence d'un mouvement écolo capable d'agir - par ailleurs.

En résumé, ma nouvelle position : en tant qu'électrice je veux bien voter "réformiste" (PS).

En tant qu'écolo, c'est de l'action écolo, locale, auprès de nos concitoyens, qu'il nous  faut ! sans qu'elle soit "menée" par des groupes qui ont des visée institutionnelles.

20/04/2012, 22:09 | Par PHILIPPE ANTHONIOZ

Et si le choix providentiel d'un tribun talentueux, Jean luc Melenchon, ne cachait pas le fait que le PCF de 4% en 2002 était en dessous de 2% en 2007? Le PCF a bien joué en choisissant Melenchon.Mais après la présidentielle  comment gérer les contradictions d'un PCF et l'essentiel de la CGT  productivistes?

et que croiront les electeurs à d'autres échéances d'un parti de gauche qui planifierait l'écologie à la méthode jacobine?

20/04/2012, 22:10 | Par PHILIPPE ANTHONIOZ

Et si le choix providentiel d'un tribun talentueux, Jean luc Melenchon, ne cachait pas le fait que le PCF de 4% en 2002 était en dessous de 2% en 2007? Le PCF a bien joué en choisissant Melenchon.Mais après la présidentielle  comment gérer les contradictions d'un PCF et l'essentiel de la CGT  productivistes?

et que croiront les electeurs à d'autres échéances d'un parti de gauche qui planifierait l'écologie à la méthode jacobine?

21/04/2012, 17:02 | Par Netoyens en réponse au commentaire de PHILIPPE ANTHONIOZ le 20/04/2012 à 22:10

Jean luc Melenchon un tribun talentueux. Quand le sage montre la lune, l'imbécile voit le doigt. Il ne suffit pas d'être un "tribun talentueux" pour déplacer les foules. Méprisez-vous vos concitoyens à ce point ?

21/04/2012, 17:16 | Par melgrilab@yahoo.fr

Une branlée, Monsieur le Pasteur ? Avec un bâton ?  Oh !

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