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Nov

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Théopolitique de la neige (2): la boule de neige, prisme de nos guerres et nos luttes

Samedi, j'avais prévenu Maël : ce serait sans pitié. Il a 10 ans ans, c'est un de mes voisins du dessus ; j'en ai 42. Mais dans une bataille de boules de neige, ça ne compte plus. La bataille de boules de neige, c'est un moment de renversement, comme le mardi-gras, qui nous parle de nos guerres et luttes sociales. Comme un envers, nous rappellant le pire comme le meilleur de nos façons de lutter.

Dimanche après midi, ce fut sans pitié. Prêt à faire subir le pire à l'autre : écraser la boule sur le visage, la mélanger aux chevelures qui ont perdu leur bonnet, renverser l'autre par- terre et le rouler dans la neige... Ça nous dit, qu'à l'inverse dans nos luttes, heureusement, on ne peut pas tout faire subir à l'autre. Il y a des limites : de la loi et du respect de l'autre.

Dimanche après midi, ce fut sans morale. Arriver par derrière. Tirer la boule de neige dans le dos. Progresser caché derrière des personnes âgées. Prendre comme bouclier humain n'importe qui, de préférence le plus faible ou, Marie-Laure, la plus enrhumée. Comme ce n'est que de la neige et qu'il n'y aura pas de blessure, on peut appliquer l'adage que j'invente pour l'occasion : « Pas de préjudice, pas de morale ». Ça nous dit que dans nos vraies luttes, parce qu'on blesse vraiment, on doit respecter des régles, des règles dans la guerre militaire, sociale comme inter-personnelle. « Des préjudices, donc une morale » ; «De grands préjudices, donc beaucoup de questions morales » : par exemple, la bombe atomique et ses conséquences, Tchernobyl et ses conséquences comme interpellations radicales morales sur le sens du progrès et le devenir de l'humanité...

Dimanche après midi, ce fut une guerre de mouvement, comme aurait dit Gramsci. Bouger tout le temps, passer son temps à courir et glisser. Ça signifie, qu'on n'est pas dans la guerre de position : rester au même endroit, c'est la ratatouille assurée. Croire qu'on peut se cacher derrière un banc, un muret ; c'est être sûr d'être contourné et enneigé. Ça nous rappelle que dans la vie, dans notre société, au contraire, il ne faut pas négliger la guerre de position, tenir la tranchée, en gagner de nouvelles. Mais ça ne se gagne que par une guerre de mouvement. Même si on désespère parfois de la force des positions de l'adversaire dans cette France tellement figée...

Dimanche, ce fut le retournement des positions forts-faibles. Nous avons joué, enfants et adultes ensemble. La fin du pouvoir des adultes ! Les enfants mettent la pâtée aux parents ! Dans une bataille de boules de neige, ce sont les armes des faibles qui sont les plus efficaces, les mêmes que celles que nous racontent la Bible dans les histoires de Samson et Dalila, des femmes victimes des hommes, etc (Merci la Cafetière !). La ruse : arriver par derrière, en douce, sans se faire voir ou entendre... Le martyr : foncer tout droit sur l'autre, pour lui lancer du plus prêt possible, au risque de se prendre la sienne en pleine poire... Ça nous rappelle que dans nos luttes, les pauvres ne sont pas sans armes, mais qu'elles sont de l'ordre de la ruse, de la guérilla, de l'attentat suicide, de la grêve de la faim. Et que les forts auraient finalement peut-être intérêt à laisser quelques armes aux faibles.

Dimanche après midi, ce fut la fluidité des alliances. La guerre de chacun contre chacun. Je fais croire que je lance sur Sandra, et c'est René qui prend. Maël crie « Tous sur Milo ! », mais c'est finalement Samy qui est arrosé de boules, et la coalition fond immédiatement. Je ne suis jamais contre les mêmes et inversement. Nous sommes des enfants et des adultes, des femmes et des hommes, mais dans le jeu de boules de neige, ces grandes structurations  ne tiennent plus.

Ça nous rappelle que dans la vraie vie, des grandes structurations – classe, race, genre, handicap - marquent sacrément le marché du travail ou la politique. Et que dans ces cas là, les alliances sont peu liquides, encore moins poudreuses, mais ancrées et que souvent, c'est toujours les mêmes tous contre un... En l'occurence, la femme noire ou arabe des milieux populaires, elle a peu d'alliés !
La bataille de boules de neige, en dehors de toute structure de pouvoir et de domination ? Parenthèse enchantée ? Oui et non... Le non, c'est pour demain...

Demain : les tueurs de bonhomme de neige sont-ils des agents d'Al Qaeda ?

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