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Municipales : l'arrivée d'une nouvelle France
Le raz-de-marée en faveur de la gauche aux élections municipales a provoqué une avalanche de commentaires posant la question de la personnalité du chef de l’Etat, dont le style est fortement mis en cause ; le mécontentement social et la perte du pouvoir d’achat ; ou le jeu de bascule, classique d’un camp à l’autre, d’une élection à l’autre, de la droite vers la gauche, et inversement…
Toutes ces analyses ont une pertinence, en particulier la première d’entre elles, la concentration d’une grand nombre de pouvoirs entre les mains d’un seul homme, à tel point que l’on a pu parler de « monarchie élective ». Mais ces observations présentent un inconvénient en se situant dans un champ politique déjà constitué, étroit, déconnecté d’une carte ethno-sociale de la France qui a profondément changé en vingt ans.
Je fais l’hypothèse que l’élection de Nicolas Sarkozy le 6 mai 2007 a été une des dernières tentatives de la droite classique, en s’alliant avec l’extrême droite, de freiner ce processus de passage à une société multiculturelle. Ne l’oublions pas, ce qui a fait le succès de Nicolas Sarkozy a été en grande partie fondé sur un discours, un mot d’ordre redoutable dans son effrayante simplicité : « La France, aimez-la ou quittez-la. » Thématique fortement appuyée sur des références à la grandeur passée de la France, de son Empire disparu, du refus de tout examen critique du passé colonial par la fabrication de discours sur « l’anti-repentance ». Cette démarche qui entendait se situer dans une certaine tradition du nationalisme français, à base ethnique et de rejet de populations en provenance du Sud, est, comme on le sait, empruntée au Front national. Le succès électoral a donc bien été celui du transfertd’une grande partie des voix du Front national vers le candidat de la droite classique, et ce, dès le premier tour. Ce transfert massif explique le score de 53% obtenu au second tour par le candidat Sarkozy, mais n’efface en rien le camp nouveau qui était en train d’émerger.
Car ce que l’on avait moins vu dans cette élection, c’est la très forte mobilisation d’une grande partie de la jeunesse « blanche-black-beur » des quartiers, des cités populaires en faveur de la candidate de la gauche. Non pas un vote d’adhésion à son égard, mais de rejet puissant de cette conception de la nation. Les scores obtenus par la gauche à la faveur de cette élection de 2007 dans certains quartiers ont été impressionnants, de 60 à 80 % dans des villes de banlieues populaires, partout en France. Nicolas Sarkozy avait raison d’évoquer le combat contre « les idées de 68 » dans sa campagne, car c’est bien le spectre de Mai 68 qui est apparu, porté par une jeunesse puissante, combative, motivée, voulant vivre, s’exprimer et être représentée dans la France d’aujourd’hui. La défaite de 2007 n’a pas fait disparaître ce potentiel de combat et d’aspirations. Bien au contraire, le discours de Dakar de 2007 expliquant la « non-histoire » de l’homme africain, l’instauration de tests ADN en octobre, les quotas d’expulsions des immigrations, le sort réservé aux enfants étrangers, n’ont fait que le renforcer.
Si bien que l’arrivée au gouvernement de jeunes femmes issues de la diversité a pu être vue, au mieux, comme une réponse à ce mouvement, au pire comme une manœuvre pour entraver, casser, différer cette marche en avant. Ces personnalités d’ailleurs, comme on a pu le voir lors de ces élections municipales de mars 2008, censées représenter au plus près possible le terrain des communes, ont été soit battues, comme Rama Yade à Colombes, soit élues dans les beaux quartiers, comme Rachida Dati dans le 7e arrondissement de Paris, ou bien se sont réfugiées dans le silence, comme Fadela Amara, dont le mouvement « Ni putes ni soumises » est en voie de marginalisation dans les quartiers.
De manière inexorable, ce mouvement vers plus de représentations multiculturelles, que veut la jeunesse, se poursuit donc. Et les nouvelles minorités, comme c’est la tradition en France depuis plus d’un siècle, pénètrent dans la société française par l’intermédiaire de la gauche. Toutes les villes qui ont connu des émeutes de jeunes, en 2005 ou 2008, ont à leur tête des maires de gauche, de Clichy-sous-Bois à Aulnay, avec l’élection de Gérard Ségura. Comme à Asnières, ou les quartiers nord ont en masse voté pour le candidat PS, Sébastien Pietrasenta, âgé de seulement 30 ans, écartant ainsi Manuel Aeschliman, maire de cette commune depuis de nombreuses années, et ami personnel de Nicolas Sarkozy.
On pourrait ainsi multiplier les exemples de la mobilisation de cette jeunesse nouvelle, privée d’expression et vivant dans la précarité, qui, de Toulouse à Saint-Etienne, et de Caen à Amiens, a massivement voté à gauche. Ce vote, par en bas, pour des mairies, est très significatif de l’évolution du paysage social et culturel français. L’électorat vieillissant du Front national s’est abstenu, provoquant la chute de la droite classique dans les villes; mais les forces vives d’une jeunesse inquiète restent mobilisées, actives. En ce sens, comment ne pas rapprocher ces élections « locales » d’une autre élection, internationale celle-là, qui voit l’émergence du candidat Obama aux Etats-Unis ? Ne plus tenir compte de la couleur de peau, mais de la compétence, tel est le message d’une jeunesse qui affirme son poids, entend jouer un rôle. L’apparition, la construction d’une nouvelle France continue, au moment où l’on s’apprête à parler de Mai 68, quarante ans après…


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Pourvu que cela soit.
Analyse limpide. Bravo
Pessimisme municipal 2008 par Michel Yvernat 1/ Les élections municipales de 2008 consacrent la spécialisation de la gauche dans la gestion des collectivités locales. C'est un peu comme si le corps électoral considérait que la gauche étant tellement désunie, il valait mieux lui confier des responsabilités émiettées. Donc le raz-de-marée relève plus de la division du travail entre gauche et droite et d’une certaine ergonomie politque que d'une victoire, d'une sanction nette de la droite. Le corps électoral compense le caractère anxiogène de son président par la mise en place d'équipes municipales confirmées (en Île de France 58% des maires sortants ont été réélus dès le premier tour) ou rassurantes comme l'arc républicain d'Asnières face à un Maire ultra dispendieux et "sarkommunautarisé". 2/ Parlons des jeunes ou plutôt des bandes et des jeunes gens qui ont "fait" novembre 2005. Si à la présidentielle le vote Royal a suivi de manière rigoureuse la carte des ZUS, parce qu’il s’agissait de s’opposer à celui qui incarnait la répression policière et judicaire honnie, il n'en est hélas pas de même pour ces municipales. La forte abstention en Seine-Saint-denis est à ce titre emblématique. Beaucoup de cités voient la participation populaire baisser nettement par rapport à la participation moyenne. Il y a un décrochage parce que l'élection municipale est une élection de notable avec des maires qui passent de plus en plus pour des adjoints de la BAC plutôt que pour une autorité "médiatrice". Les lois Sarkozy sur la sécurité et le rôle qu’elle tente de faire jouer au 1er magistrat des communes n’y sont évidemment pas pour rien. Mais il y a aussi une logique de la victime qui supplante celle du vivre ensemble dont tout le monde se gargarise. Le travail d’un élu local est de permettre à tout le monde tout le monde de vivre sur un même territoire. En ville, il faut respecter à la fois les intérêts de la personne non voyante qui a besoin d’obstacle pour se repérer dans son cheminement et celle qui est paraplégique en fauteuil qui a besoin de fluidité. Le rôle de la politique locale est de bâtir des stratégies pour combiner l’existence des jeunes en bandes, celles et ceux qui sont en grandes difficultés avec leur voisinage souvent victime de leurs bruits, de leurs trafics et de leurs violences. Pour caricaturer et bien me faire comprendre il faut que, d’une manière ou d’une autre, cohabitent l’agresseur et l’agressé. Mais ces stratégies n’existent pas car depuis longtemps le principe d’une justice de l’acte a été abandonné par l’opinion publique. La victime est le cœur de cible des politiques et sécurité et même de prévention. Il y a tout un travail à faire auprès des citoyens pour que d’une part l’autorité du maire soit restaurée en tant que puissance médiatrice et non pouvoir ou expression du pouvoir exclusivement répressif. Et que d’autre part le « tout victimisation » recule. Par ailleurs la justice est inadaptée aux actes mineurs qui sont les plus gênants pour le voisinage. La loi Sarkozy sur l’occupation des halls d’immeubles est inapplicable. Du coup, les habitants comme les élus et les policiers attendent que les prédélinquants passent à la vitesse supérieure en matière de délit pour pouvoir enfin s’en « débarrasser » pendant quelque temps. 3/ Pour ce qui est de la « multiculturalité», la route est hélas encore longue. La commune est l’institution certes la plus appréciée, à travers la figure du maire, par les français mais elle est aussi la moins démocratique. Le maire est une puissance publique sans véritables contre-pouvoirs locaux (voir l’article de Paul Alliès). Sa force « militante » repose, à la manière de féodaux, sur des notables et des ayants droits. En matière de « monarchie élective » pour reprendre le terme de Benjamin Stora, le statut de maire se pose là. En fait tout est dépendant de la personnalité de l’élu et en la matière heureusement il n’y a pas que des caudillos en miniature. Cependant, malgré les qualités humaines de beaucoup de maires, arriver à pénétrer les arcanes du pouvoir local n’est pas une sinécure. Les jeunes issus de l’immigration qui intègrent les exécutifs municipaux ont été préalablement passés à la machine à formater des partis au point d’être coupés de leur base. D’autres répondent de fait à une politique de quota avant la lettre. Il n’y a pas vraiment de leaders locaux. Les jeunes « ambitieux » qui voudraient monter, les appareils se chargent de leur couper les ailes ou de les faire entrer dans le rang. Enfin les listes de jeunes dites pluri-ethniques (sans le vouloir vraiment) sont souvent caractérisées de communautaristes ou d’instrument de tel ou tel autre parti en lice pour détourner des voix. En d’autres termes, il n’y a pas d’autonomie possible. La perspective qu’avait pu faire naître le Cran d’une véritable intégration citoyenne est tombée en désuétude. L’espoir qu’a pu faire naître le vote Royal en 2007 est hélas lui aussi retombé. Enfin, les votes des résidents étrangers non communautaires manquent cruellement au point que certaines listes ne reposent que sur 30 à 40% de la population réelle de leur commune. Désolé pour le côté pessimiste de ce point de vue.
Au début de la Sarkosie beaucoup se sont réjouis de la place qu'il faisait à la "diversité", Rama, Fadela, Rachida et en plus des femmes. C'est quoi le bilan? toutes les trois sont dans les choux et qu'est-ce qu'elles ont fait changer, Rachida elle a supprimé 63 conseils de prud'hommes où les salariés de toutes origines peuvent encore se défendre contre la délinquance patronale. Fadela elle a été dans les cités, certes, mais au bout du compte, sans moyens elle n'a pas pu faire grand chose.
Pour ma part je suis en désaccord avec ce concept de "diversité" comme un phénomène nouveau. Les jeunes "divers" ce sont les enfants des travailleurs immigrés qui ont fabriqué les bagnoles Renault et Citron, le problème c'est que eux ont un mal fou à trouver du boulot alors que l'industrie Française a fait venir leurs pères pour travailler sur les chaînes automobiles.
Aujourd'hui pour eux le problème c'est la discrimination à l'embauche et une fois embauchés comme pour les femmes il faut qu'ils en fassent 2 fois plus que les autres et qu'ils restent "à leur place", qu'ils ne s'amusent pas à se syndiquer.
Les partis politiques de gauche, les syndicats ont soigneusement occulté l'histoire coloniale de notre pays, cette année la commémoration du 17 octobre a eu lieu aussi dans des entreprises, ce qui est une avancée notable.Cette occultation explique la difficulté à recruter et mobiliser les jeunes magrébins dans leur rang. C'est un peu différent pour les antillais qui dans la Fonction publique ont réussi non sans difficulté à prendre une place.
Le lieu où le racisme peut être combattu le plus efficacement c'est sur le lieu de l'exploitation et dans la résistance commune, ça ne résoud pas tout mais tant que les jeunes seront chômeurs dans leur cité de banlieue, ce sera le terreau dans lequel toutes les droites puiseront l'alimentation de leur haine et des fantasmes des pauvres gens dans la mouise.