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Rwanda, après les mots les visages

Présenté hors compétition à Cannes, My neighbour my killer est un exceptionnel documentaire sur le Rwanda, le génocide des Tutsis et la mise en place d'une justice de reconstruction avec les auditions des Gacaca. On peut y voir le pendant en images du travail réalisé par Jean Hatzfeld dans sa trilogie.

 

La durée nécessairement  brève d'un film ne permet certes pas à Anne Aghion, la réalisatrice, d'entrer, comme l'a fait Hatzfled, dans toutes les complexités de ce génocide de proximité puis du processus judiciaire, local aussi. Mais ce qu'apporte ce documentaire qui raconte forcément la même histoire (il n'y a que quelques illuminés en France, comme Pierre Péan pour en inventer une autre), ce sont les visages, les regards comme encore, quinze ans après, figés par l'événement.

 

Quatre personnes sont au centre de ce film. Deux femmes Hutus mariées à des Tutsis dont les enfants, parce que considérés comme Tutsis, ont été coupés ; leurs bébés arrachés de leurs dos et jetés à terre. Deux hommes accusés d'avoir participer à ces crimes. On retrouve,  à l'oral, cette fois, cette incroyable langue imagée et précise, et on ne peut qu'être frappé par la densité et l'intelligence des récits, des victimes mais aussi des bourreaux, ce qui trouble davantage.

 

Anne Aghion, qui aura mis dix ans pour faire ce film, l'a dédié à la mémoire d'Alison Des Forges, historienne américaine auteure du livre de référence sur le génocide des Tutsis, et morte au début de l'année dans le crash d'un avion reliant New York à Buffalo. Allison Des Forges avait juste eu le temps de voir My Neigbour my killer, et d'apprécier, en particulier, la capacité d'Anne Aghion d'entrer à l'intérieur de cette situation historique complexe et d'en restituer les intérêts et les émotions aussi conflictuels soient-ils.  

Tous les commentaires

Merci pour votre billet de blog sur ce documentaire, Sylvain. J'attends sa sortie en salles (combien de copies ?) ou en DVD. Dans la trilogie de Jean Hatzfeld, ce qui m'a le plus frappée c'est le discours très cohérent des bourreaux. Et aussi quelque chose qui ressemble à une candeur terrible. Ce qui s'est passé au Rwanda déborde largement des frontières de ce pays. Bon festival !

Ignorer complètement les 200 000 hutus massacrés en dit long sur vos préférences....

Il ne s'agit pas de préférences mais de faits historiques. Contrairement à ce que votre propos qui confine au révisionisme semble indiquer, il n'y a eu qu'un seul génocide au Rwanda, celui commis par les Hutus contre les Tutsis ; même si des Hutus ont également été tués – ce que rappelait suffisamment l'historienne Allison des Forges pour être persona non grata a Kigali ces dernières années.

dianne Merci pour ce billet. Et pour le commentaire inclus sur les illuminés qui font des livres-choc sans quitter leur bureau. J'attends avec impatience la "sortie". Pour Annick, pour Yvette, pour Esther qui a cherché longtemps la fleur de Stéphanie, pour toutes celles qui ont été humiliées aussi en France et pour certains des miens qui sont leurs amis et qui les aiment. Voir aussi http://www.dailymotion.com/video/x5knff_tuezles-tous-genocide-rwanda25 Tuez-les tous ! (Rwanda : Histoire d'un génocide « sans importance ») est un documentaire français réalisé par Raphaël Glucksmann, David Hazan et Pierre Mezerette

Que signifie l'obscur commentaire d'auborddufleuve? double génocide? ou parlez-vous des hutus modérés massacrés par les hutus? Merci à Sylvain Bourmeau pour ce petit papier.

Oui je parle des Hutus modérés tués par les extrémistes Hutus, excusez moi mais ça me dérange un peu quand j'entends parler du génocide des Tutsis (tout autant modérés) alors que tant d'autres sont mort dans cette folie.

Cette immense tuerie a fait entre 600 000 et 700 000 morts Tutsis et entre 100 000 et 200 000 morts Hutus. Libre à vous de l'appeler génocide des Tutsis si cela vous chante. Les morts Hutus, un détail ? Et les 800 000 morts Hutus de 1997 ? Qui en parle ?

dianne Ça y est les champions de l'intox se sont fait leur alerte google et sont sur le coup ! Attendons nous à d'autres propos révisionnistes et délirants. Aubordufleuve de boue.

Raymondb A Cannes, y a pas que le glamour ! Comme Valéry Pratt, je remercie Sylvain pour ce papier.

J'apprécie que Sylvain Bourmeau écrive "génocide des Tutsi" et non pas génocide rwandais comme on le lit trop souvent. Maintenant pour répondre à aubordufleuve, je dirai que de 800000 à 1000000 de Tutsi ont été exterminés parce qu'ils étaient tutsi. Si l'on s'en tient au chiffre de l'enquête de HRW, quelques 30 à 50000 hutus dit modérés ont été tués (surtout dans les premiers jours du génocide). Mais ceux-ci n'ont pas été victimes d'un génocide, ils ont été assassinés pour leurs opinions politiques, comme opposants au pouvoir du parti fondé par le président Habyarimana (assassiné le jour du déclenchement du génocide). Il ne faut donc pas tout confondre: ceux qui sont morts parce qu'ils sont nés Tutsi et ceux qui sont morts parce qu'opposants au régime totalitaire du clan Habyarimana. Un peu comme les nazis tuaient leurs opposants politiques (commissaires soviétiques au temps de l'invasion de juin 1941) et les juifs qui n étaient pas des opposants. Je m'adresse à mediapart: j'attends de ce journal un véritable travail d'investigation sur cette affaire. On peut s'en prendre à Sarkosy sur beaucoup de sujets mais n'oubliez surtout pas que des hommes politiques comme Villepin par exemple ont parlé de "double génocide" et que la classe politique française, celle qui était aux affaires en 1994 et par la suite, est largement révisionniste. De même le rapport Bruguière (juge d'instruction indépendant?) est-il lui aussi largement sujet à caution et à connotation révisionniste. Au fait, ce rapport n'est-il la preuve qu'il est urgent de supprimer les juges d'instruction? la preuve de leur inféodation toujours possible aux pouvoir politique? Merci encore à l'auteur de l'article...

merci liberty pour cette mise au point

A voir aussi : Rwanda. A travers nous l’humanité... – un film de Marie-France Collard, membre et collaboratrice du GROUPOV (cf. note ci-dessous). Sous titré « à propos d'une tentative de réparation symbolique envers les morts, à l'usage des vivants », Rwanda. A travers nous, l'humanité... a été tourné au Rwanda en avril 2004, lors des représentations du spectacle de théâtre RWANDA 94 dans le cadre de la 10ème commémoration du génocide des Tutsi et du massacre des Hutu modérés. Comment le théâtre peut-il interroger le réel face aux acteurs premiers de l'histoire racontée sur scène ? La réponse intense, cathartique, active du public rwandais ouvre sur les préoccupations actuelles des rescapés. Qu'est la vie, pour eux, dix ans après le génocide ? En résonance avec les propos de la pièce, Rwanda. A travers nous, l'humanité... donne la parole à des rescapés du génocide dans leur réalité d'aujourd'hui durant cette période particulière de deuil. La mémoire du génocide s'y recherche, s'y établit à travers les réveils traumatiques, les évocations, les déterrements et enterrements de victimes dans la dignité, les peurs et inquiétudes face aux menaces qui pèsent encore sur eux. Ils expriment leur profond ressentiment à l'égard des occidentaux, suite à l'abandon et au silence complice de la communauté internationale pendant le génocide, mais aussi dans l'exclusion, les discriminations et la violence dont ils sont toujours victimes. http://moicontrelafrancafrique.lyon.over-blog.com/article-28150765.html
Note : http://groupov.be/index.php/index/showCollectif/id/7

Je connais en parti l'histoire du Rwanda et ces attrocités qui y sont passés par un ami qui y était Médecin sans Frontières et à réussi à rejoindre la France sous maladie contagieuse en cette année 94 suite à toutes les atrocitées qu'il y a vécu et nous en a parlé,il faut d'ailleurs avoir des esprits durs pour l'écouter,il a réuissit à ètre guérri mais en est encore traumatisé et ne cesse d'y penser en se rappelant ce qu'il a pu voir avec un de ses collègues qui voulant protéger des enfants,une école entière devant les tueurs s'est fait descendre devant lui avec son ami devant! Des hommes et des femmes se trouvant coupés en morceaux par tous ces guerriers,plus d'alimentation à trouver pour personne,des films qu'ils avaient faits se sont trouvés détruits par des forces de l'ordre! Une période de sa vie dans la famine,au bord de la mort attrapant certaines maladies dont une les obligeas à le rentrer en France. Depuis il a retrouvé enfin le bonheur et nous sommes toujours ses amis et le seront éternèllement,mais il a quitté la France pour aller vivre dans un Pays plus digne de sa personnalité ayant eu en sa période militaire dans sa jeunesse une double nationalité.

Pour précision: les termes Tutsi, Hutu et Twa sont des invariables qui ne s'orthographient pas au pluriel.

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