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Goncourt toujours
Les jurés Goncourt, ces académiciens désarmés d'une langue française has been, ont rendu publique cette semaine leur meilleure short list ever. Trois livres, et un quatrième pour faire tapisserie, lundi, dans le petit salon Drouant.
Ils nous avaient habitués à régulièrement ripoliner d'un beau blanc Minuit (plus rarement POL) leurs si sombres manœuvres. Personne n'est vraiment dupe mais tout le monde ou presque, les éditeurs, tous les éditeurs, les grands journaux, surtout les grands journaux, joue ce petit jeu, malsain pour le commerce du livre puisqu'il encourage une économie de casino, aussi préhistorique que corrompue.
Alors comment expliquer cette étrange liste 2009, serait-ce l'esprit de survie qui a conduit cette année un jury menacé de périr par le ridicule réitéré à retenir trois livres parmi les quatre volumes de leur dernière sélection ? Sauront-ils tenir leur rang en élisant Delphine de Vigan ou bien tenteront-ils pour une fois de rivaliser avec leurs élégants équivalents étrangers dont les jurys sont évidemment tournants ?
Avant de connaître la réponse ce lundi à 13 h, ne boudons pas le plaisir de voir trois auteurs Minuit figurer sur cette dernière sélection, trois dont une, Marie NDiaye, est désormais publiée par Gallimard. Non que j'apprécie les trois livres en question. Je n'ai jamais pu (ne serait-ce qu'apprendre à commencer à) lire Laurent Mauvignier. Affaire d'écriture qui heurte, comme une voix qui empêcherait d'écouter des chansons - celle de Morrissey mettons. Je reconnais néanmoins, aussi objectivement que possible, qu'il s'agit d'un écrivain.
Reste donc Marie NDiaye, et ses Trois femmes puissantes, et Jean-Philippe Toussaint, et sa Vérité sur Marie. Dans les deux cas, ce serait une magnifique nouvelle. Non qu'un ramassis de jurés couchés trouve des qualités à un très beau livre mais que le bandeau dont, au risque d'une forme de déshonneur, ils l'affubleront élargisse comme par magie le cercle de ses acheteurs, et sans doute même de ses lecteurs.
Si d'aventure Toussaint ou NDiaye décroche lundi le jackpot, on pensera très fort à Jérôme Lindon qui publia pour la première fois l'un en 1985 et l'autre en 1986 et, pour éviter de se demander quel auteur Minuit sera lauréat en 2034, on se prendra à rêver que ce maudit prix aura bien fini par disparaître.


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Depuis dix ans ont été couronnés par le Goncourt (entre autres):
Jean Echenoz, Jean-Jacques Schuhl, Pascal Quignard, François Weyergans, Atiq Rahimi...
Je ne cite pas les autres que j'apprécie moins, ni Littell (que vous n'aimez pas).
Mais comment pouvez-vous parler de "ridicule réitéré" ? Ou rêver que ce prix disparaisse?
Qui connaissait Atiq Rahimi avant le Goncourt ?
Mais c'est effectivement une bonne nouvelle pour Minuit.
Et j'espère de tout mon coeur que le prix sera attribué à Marie NDiaye. Moi, ce qui me choque le plus quand je regarde la liste de tous les lauréats de ce prix, c'est le nombre scandaleusement faible de femmes récompensées ! (seulement trois depuis 1984 avec Duras)
Vous avez raison : ces dix dernières années le Goncourt a sacrément progressé. Les cinq auteurs que vous citez sont indéniablement des écrivains, et pour certains d'entre eux de grands écrivains. Cinq sur dix, le Goncourt a donc la moyenne si l'on s'en tient à cette décennie. Si, en revanche, on regarde les dix d'avant, on a quand même Paule Constant (l'année des Particules élémentaires de Michel Houellebecq), Patrick Rambaud (l'année de Dora Bruder de Patrick Modiano),Pascale Roze (l'année de La Sorcière de Marie NDiaye), Andreï Makine (l'année de La Puissance des mouches de Lydie Salvayre), Didier Van Cauwelaert (l'année d'Assassins de Philippe Djian), Amin Maalouf (l'année de Baise moi de Virginie Despentes), Patrick Chamoiseau (l'année de Texaco de Patrick Chamoiseau, ça on touche pas, impecc), Pierre Combescot (l'année d'Alto Solo d'Antoine Volodine), Jean Rouaud (l'année de, allez on touche pas non plus, Les champs d'honneur de Jean Rouaud) et enfin Jean Vautrin (l'année du Grand incendie de Londres de Jacques Roubaud). Et puis, à la place des cinq «erreurs» des dix dernières années, on aurait pu rêver de Cendrillon d'Eric Reinhardt (plutôt que Gilles Leroy), Entre les murs de François Bégaudeau (plutôt que Jonathan Littell), Daewoo de François Bon (plutôt que Laurent Gaudé), White de Marie Darrieussecq (plutôt que Jacques-Pierre Amette), Se perdre d'Annie Ernaux (plutôt que Jean-Christophe Rufin).
La note tombe donc à 7/20
Tout à fait d'accord sur les "injustices" subies par Modiano, Houellebecq, Reinhardt, Ernaux, Bégaudeau, Djian, Darrieussecq, Despentes... mais Goncourt ou pas, ce sont des auteurs qui vendent déjà beaucoup de livres ! (je veux dire: comparé à la plupart des auteurs en France, pas comparé à Dan Brown ;-)
C'est l'éternelle question de toute façon. Et je crois sincèrement que si le Goncourt doit servir à quelque chose, c'est modestement à cette seule chose de faire acheter des livres, de faire découvrir un auteur par le plus grand nombre, et non pas à "consacrer" quelqu'un dont la reconnaissance publique est déjà bien établie.
Bref, c'est pas le prix Nobel non plus, le Goncourt...
Loin de moi l'idée de considérer le Goncourt comme une consécration, mais est-ce une raison pour le donner à de mauvais livres et, a fortiori, à des auteurs transparents ?
Certains des auteurs que j'ai cité vendent quelques dizaines de milliers d'exemplaires de leurs livres, d'autres beaucoup moins, c'est-à-dire fort peu dans un pays de 60 millions d'habitants dans lequel il n'est pas rare qu'un film de qualité dépasse le million d'entrées. Ces chiffres de vente ne permettent pas à tous ces écrivains de vivre de leur art, contrairement à beaucoup d'artistes qui œuvrent dans le domaine du cinéma ou du théâtre, par exemple.
Le pire sans doute : Laurent Gaudé, mais il fallait faire quelque chose pour Actes-Sud, régional de l'étape. Je regrette un peu cette fermeture à Mauvignier, mais enfin. Jérôme Lindon, mon premier éditeur : tempus fugit.
On peut également jouer au jeu des pires, Jean-Louis, c'est aussi drôle. Gaudé oui, pas mal mais Roze et Constant, c'est gratiné, quand on pense en plus qu'il s'agit des deux seules femmes des vingt dernières années, avec quand même Duras…
Oui, Paule Constant pour Confidence pour confidence qui est quand même (faut-il le rappeler ?) le titre d'une chanson de Jean Schultheis !
D'ailleurs, quand on se penche sur l'historique des lauréats du Goncourt depuis la première attribution en 1903, on trouve quand même des perles !
Par exemple:
1979: Pélagie la Charrette d'Antonine Maillet
Ce titre me donne envie de l'acheter !
je suis Mauvignier depuis le début et trouve son univers et son écriture tout à fait fascinants. Il me semble faire partie des vrais écrivains de ces dix dernières années. Qu'il ait ou non le goncourt ne me parait pas très important, il a déjà une notoriété et un public.
Certes, d'ailleurs de très bons écrivains, la vaste majorité d'entre eux n'ont jamais eu le Goncourt. Mais, dans le cas de Mauvignier, cela multiplierait pour ce livre son public par dix peut-être, et par trois ou quatre pour ses prochains livres. Ce n'est pas rien pour un écrivain.
Bien sûr, Marie Ndiaye ou Jean-Philippe Toussaint ce serait bien (pour eux - parce que moi, en tant que lecteur, je m'en fous). Et bien sûr, généralement, ce prix ne récompense pas des livres que nous aimons (toi et moi). Mais est-ce une raison pour chercher à établir un classement et mettre des notes ? Si ce jury est aussi ridicule que tu le dis (ce que je peux te concéder même si cela m'importe finalement assez peu - en tant que lecteur), pourquoi t'amuser à proposer rétrospectivement ton propre palmarès ? Au risque, cher Sylvain, d'être un peu déconnant toi aussi, parce que préférer Begaudeau à Littell, franchement...
Mais pour jouer, juste, Bastien ! Pour le pur plaisir de "refaire le match"…
Bégaudeau mille fois plutôt que ces Bienveillantes moralement douteuses littérairement rétrogrades.
Tiens, en préparant la rencontre avec Aharon Appelfeld, j'ai trouvé ceci, son avis sur ce livre, donné lors d'un chat avec les lecteurs du Monde en mai dernier : “Ce qui m'a étonné, c'est à quel point un homme pouvait s'identifier avec le mal. Et la question que je me pose, c'est quel est le but de cela. Quel est le but de son livre. Est-ce d'apprendre à s'identifier avec le mal ? Est-ce que c'est essayer de comprendre le mal depuis l'intérieur de nous-mêmes ? Je me demande quel est le but de ce livre. Moi, mon impression, c'est que le résultat est une démonisation de soi.
Comme vous le savez, j'étais dans un camp, brièvement, avant de m'échapper. Mais j'ai eu le temps de voir toute la perversion des meurtres des juifs. Il ne s'agissait pas seulement de tuer les juifs, il s'agissait également de les humilier avant de les massacrer. Par exemple, de les obliger à jouer de la musique classique avant de les assassiner. Donc il ne s'agissait pas seulement de tuer, mais d'une perversion des meurtres.
Et dans les quarante livres que j'ai pu écrire, je ne parle jamais des assassins. Ils n'existent pas dans mon âme. Ils existent dans le sens socio-historique, mais ils n'ont pas de place dans mon âme. Il n'y a pas que l'intelligentsia juive qui a critiqué le livre. Tout le monde devrait critiquer ce livre. M. Littell, l'écrivain, est un homme très intelligent, de grand talent. Et cela rend son livre d'autant plus dangereux."
je recommade (en toute impartialité!) CADENCE de Stéphane Velut qui a faitLittéraire/l'HMANITE et plus récemment CHRONIC'ART d'octobre;
et surtout dès le 5 août dans Mediapart !
http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/050809/cadence-premier-roman-brillant-et-perturbant-de-stephane-velut
Merci Sylvain pour cette longue et intéressante citation de Aharon Appelfeld que j'aime beaucoup. Mais, je suis là en total désaccord avec lui. Pas le temps en ce moment d'en dire plus, mais on en reparlera sûrement.
Monsieur Bourmeau,
Les prix littéraires nationaux sont une vaste fumisterie. Le Renaudot à Frédéric Beigbeder !!!!! Frédéric Beigbeder, écrivain !!!!! Et l'année prochaine ? Pourquoi pas le Goncourt attribué au fils du Président Nouveau ? Décomplexion, décomplexion !