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May

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Pour faire réfléchir, si c'est possible, les canidés de la Réaction (celle d'extrême gauche comprise).

Ci-dessous, un texte de deux philosophes qui connaissent peu Francis Cabrel ou Miossec mais bien l'oeuvre d'Alain Badiou.

 

Le long article d'Eric Conan consacré à Alain Badiou dans l'hebdomadaire Marianne du 27 février 2010 intitulé :

« Alain Badiou. La star de la philosophie est-il un salaud ?» est un symptôme politique par excellence de notre triste temps. Il est à ce titre remarquable, comme peuvent l'être, en archétypes, les plus représentatives productions des idéologies régnantes. Il relève d'un procédé d'inquisition consistant à assimiler la pensée d'Alain Badiou aux éventuelles errances de son activité politique et personnelle par des témoignages négatifs de tout poil. Le seul but de cet article est de présenter le philosophe français le plus lu, traduit et commenté dans le monde - c'est un fait - comme une sorte de gourou sadique, de criminel politique, de vampire lubrique assoiffé.

Toute intelligence sait que les choses se jugent dans un contexte. Mais le propre de la bêtise de certains est de l'ignorer. L'article d'Eric Conan vise à discréditer ce que le nom et la pensée d'Alain Badiou représentent aujourd'hui - et éternellement -, en particulier chez les jeunes intellectuels, à partir d'une sorte d'enquête criminelle sur le passé de l'homme, à pure charge.

Double sottise de collégien : les années 60, 70, 80 ne sont pas les années 2010.

 

1.Les structures et les engagements politiques dépendent de séquences singulières. Leur valeur ou leur utilité ne peuvent en être détachées.

2. Une philosophie n'est pas une biographie. L'article d'Eric Conan est, il est vrai, dépourvu de toute compréhension philosophique, mais aussi politique, de l'œuvre de Badiou. Absolue vacuité. Révélatrice de la stratégie rampante d'un certain journalisme, et de sa déperdition dans l'inessentiel : quand l'ad hominem remplace la question des Idées ; et le fait divers, ou l'art de trouver de prétendues poubelles personnelles, les pensées.

L'article d'Eric Conan est un modèle dans l'ordre de la non-pensée du temps. Il constitue la quintessence, plus ou moins inconsciente, de l'idéologie douce et opiacée qu'un certain journalisme propage : que l'on comprend une œuvre sans la lire, et qu'on peut la réduire à un procès en sorcellerie de l'auteur ; que le communisme est l'envers du nazisme, et que ceux, parmi les citoyens, qui s'en réclament ou s'en sont réclamé, sous quelque forme que ce soit, sont des individus fondamentalement malades. L'équation aberrante du temps est en effet celle-ci : communisme = nazisme. Point final.

 

Contre cela, nous affirmons :

 

1. Que l'œuvre d'Alain Badiou est celle d'un grand philosophe. Ceux qui contesteront ce point devront d'abord en passer par les arcanes de l'Etre et l'Evenement et de Logiques des mondes. Nous verrons alors s'il en reste pour nier ce point, sinon par le ressentiment de n'avoir rien compris.

 

2. Que les positions politiques d'Alain Badiou, d'une part ses critiques du capitalo-parlementarisme, de la confusion entre la forme vide de la démocratie et sa forme vive, du cinéma de la représentation parlementaire, d'autre part son affirmation d'un « communisme générique », au nom de l'Idée d'égalité, de Spartacus à aujourd'hui, sont les seules positions qui méritent maintenant le nom de politique authentique . Le reste, bien installé, béni par tant de structures et d'hommes, et dont la critique vous assimile immédiatement à des loups féroces, à des anti-démocrates diaboliques, n'est que la forme contemporaine d'une idéologie de putois à moitié inconscients de leurs propres effluves : lorsque 9 millions d'hommes et de femmes meurent de faim et de maladie chaque année dans le monde mais que l'on préfère débattre de la main heureuse ou tricheuse du footballeur Henry, lorsqu'on assimile un sans-papier, un arabe ou un noir à un nécessaire délinquant, lorsque l'on fait croire au monde que son problème central se tient dans la terreur d'Al-Quaïda, et que l'on glisse ainsi dans une confusion si stupide qu'elle assimile 1,5 milliards de musulmans, si différents les uns des autres, à un phénomène purement sectaire, lorsque l'on fait d'une exception, la burka, pas plus répugnante que le droit de se teindre les cheveux en rouge, un débat de société pour tous. Et lorsque l'on cautionne ce fantôme de démocratie qui résulte de nos vieilles institutions et de ses paramètres à géométrie variable, rendant caduque le vote d'un peuple sur l'Europe par un tour de passe-passe à la chambre des députés, et lorsque, tous les jours, on habitue le citoyen à des catégories stupides : les mauvais communistes et les bons démocrates, la bonne Amérique et le mauvais Hussein... Lorsqu'on encense la Révolution française et diabolise la révolution russe. Lorsqu'on divise le peuple pour mieux régner, tandis que d'incroyables flux se font et se défont virtuellement. Lorsqu'on se satisfait, finalement, du monde comme il va... Et que l'on nous fait croire que le possible est impossible.

 

3. Il vous sera, dès lors, difficile de faire passer Alain Badiou pour un fou solitaire. La réalité est que nous en avons assez de ces mensonges, de la complaisance pour ce système, et que nombre de jeunes intellectuels ne renonceront jamais à l'Idée du Communisme. Si problématique fût-elle, cette Idée, si nouveau son mode de réalisation, si critiques que nous puissions être sur l'histoire communiste du siècle passé, si différents sommes nous dans nos propositions, nous savons une chose : qu'un communisme à réinventer, d'un nouveau genre, indéfini, est le seul avenir de l'homme. Parce qu'il est l'éternelle et seule vérité politique. La seule justice qu'une raison humaine puisse sainement concevoir.

Le temps n'est plus, que vous le vouliez ou non, aux mous, prétendus et arrivistes ''nouveaux philosophes'' - mais aux philosophes du renouveau.

 

Fabien Tarby et Slavoj Zizek, philosophes.

 

 

J'ajoute :

1/ Pas de quartier pour la réaction qui sent que la terre tremble !

2/ Nous verrons alors s'il en reste pour nier ce point (i.e. la haute valeur philosophique du travail de Badiou), sinon par le ressentiment de n'avoir rien compris, écrivent Slavoj Zizek et Fabien Tarby. J'invite le petit-chef de la tendance anticommuniste du NPA (appelée aussi tendance Cabrel) à méditer cette phrase qui s'applique à lui merveilleusement...

Tous les commentaires

Je ne sais trop d'où tu tiens que je lui préfère Conan puisque celui-ci est le jumeau républicain de Corcuff (vis à vis duquel tu es bien indulgent, eu égard à ses propres fixettes).

Par conséquent, Conan et Corcuff sont tous deux des ennemis politiques qu'il faut politiquement combattre non qu'ils soient des ennemis redoutables mais parce qu'ils sont dans les petits papiers de la machine médiatico-parlementaire.

Enfin, le discours de Corcuff montre, s'il en était besoin, le caractère fondamentalement conservateur du parti auquel il appartient. Si certains hésitaient, par gentillesse, à voter NPA, les propos de Corcuff, absolument homogènes au torchon républicain de Conan sur Badiou, doivent les faire réfléchir à deux fois.

Eclat(s) de rire.

Touché, Velveth ?

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