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Demander la démission de Hortefeux ? Pas si simple !

Si je trouve salutaire la somme d'articles de Mediapart sur la récente sortie beaufesque de Hortefeux, si je recommande l'article d'Antoine Perraud sur l'historique de la xénophobie parlementaire post-guerre d'Algérie, je ne défendrai pas le mot d'ordre demandant la démission de Hortefeux.

Je hais ce type-là, pourtant. Mais, précisément, je le hais comme je trouve détestable toute la camarilla poujadiste et, par bien des aspects, néo-vichyste au pouvoir autour du petit chef Sarkozy.

Dans les Feuillets d'Hypnos, René Char écrit : "il n'y a pas une place pour la beauté, toute la place est pour la beauté". Lorsqu'il écrit cela, le poète est résistant. Il a d'ailleurs pour nom Capitaine Alexandre, est dans un maquis de ce qui s'appelle alors les Basses-Alpes et, ainsi qu'il l'écrit encore dans les Feuillets a sur lui un colt, "promesse de soleil levant".

Bien sûr, loin de moi l'idée de comparer la situation politique actuelle de la France avec l'occupation nazie et ses collabos (même si je pense que sous le sarkozysme, le collabo est une espèce vouée à renaître). Si je me réfère à cette phrase de Char, c'est pour ce qu'elle dit sur une situation politique détestable - ce qu'est à mes yeux le sarkozysme - et sur la façon dont il faut alors penser et agir.

Demander la démission de Hortefeux, dans les termes de Char, c'est penser que dans la situation politique nationale actuelle, il y a une place pour la beauté au milieu de l'abjection et, du coup, c'est, sans s'en rendre compte nécessairement, pactiser avec l'ennemi (car, oui, comme le dit La notion de politique de Carl Schmitt, il y a en politique des amis et des ennemis) en cherchant avec lui un compromis, un espace commun.

Or, il n'y a pas de compromis possible avec l'Etat. Cela n'a pas toujours été le cas mais la politique sarkozyste, politique de guerre aux gens, opère une mutation structurelle de l'Etat (ce qu'un article de Mediapart appelle, de mémoire, "la beauferie au sommet de l'Etat") qui rompt avec, en gros, l'Etat issu de la Résistance. L'Etat nouveau qui émerge a pour ambition d'écraser subjectivement voire physiquement le peuple, les gens, les étrangers, les ouvriers mais aussi nombre de petits-bourgeois intellectuels. J'en veux pour preuve la chasse aux sans-papiers, les suicides à France Télécom, le mépris dans lequel ont été tenus les enseignants-chercheurs en grève, les décrets destinés à réduire à néant l'instruction publique et ses agents, etc.

Ainsi, il faut aller jusqu'au bout de son idée. On demande la démission de Hortefeux et après ? Qui, pour le remplacer ? Fadela Amara, gage de progressisme ?

Demander la démission de l'actuel ministre de l'intérieur est en vérité une façon de sauver la mise au sarkozysme, de laisser penser que celui-ci peut être autre et, qu'en tout état de cause, il est démocratique.

Pour le dire plus simplement, si vous étiez dans un café et qu'au comptoir, des beaufs attablés rivalisaient en remarques réactionnaires et racistes, iriez-vous demander au plus grossier d'entre eux - et à lui seul - de se taire ?

Tous les commentaires

*** Sylvain Jean merci pour votre billet.

Je souscrit à vos analyses et encore plus à vos références.

Mais, je n'ai pas la même conclusion.

Quand les heures sont sombres, quand le pouvoir est entre les mains des plus odieux ( avec leurs alliés récents ou anciens, de différents horizons...) ;
quand la lassitude, la bêtise, l'angoisse,la peur s'installent pour notre malheur dans notre vie citoyenne juste par la victoire des maffieux, des racistes, des lâches ; quand un peuple en est arrivé là ! son sort pourrait être joué !

Rideau, rentrez chez vous les grincheux, les idéalistes idiots/es.

Nous sommes vos maîtres ... en outre, (ne pas le nier…) notre gouvernement, vous l'avez voulu ! Alors de quoi vous plaignez-vous ?

*** NON, Sylvain Jean, tant que les braises de la résistance sont toujours là, réchauffent l'âme et le coeur de quelques uns et quelques unes ; tant que les bavures, injures, exactions des plus forts font trembler leurs victimes et écoeurent les honnêtes gens, il y a un espoir.

Un seul être indigné peut beaucoup, et au cours de périodes encore plus terrifiantes, nous l' avons vu.

Deux font un groupe actif et trois font une armée qui peut renverser l’ennemi.

Cela nous l'avons aussi connu.

Pétain et les siens n'ont pas gagné ! Leurs victimes sont innombrables mais ils ont perdu.

Notre histoire française actuelle, dans un autre genre et avec d'autres moyens, contient tous ces germes qui amène la délation, le racisme d'état triomphant, la haine, la collaboration frileuse avec les voleurs.
Au nom de notre histoire, en mémoire des poètes tels que Victor Hugo, Max Jacob, Aimé Césaire, René Char, au nom de tous et toutes les résistants/es. Au nom de la beauté, Monsieur Hortefeux, Ministre de l'Intérieur de la République Française ,OUI cet homme du gouvernement Sarkozy se doit de démissionner .

Des conduites beaucoup plus anecdotiques ont entraîné, cette issue légitime et pour des personnes ayant des postes sans commune mesure avec celui de Mr Hortefeux.

Comme le banal " beauf " raciste en public ( veinard il lui reste la sphère privée pour se lâcher...) doit s'excuser ou passer devant la Justice.

 

Je ne dis pas qu'ils ont gagné, je dis qu'il faut qu'ils partent tous (qu'on les chasse) ! Pas de compromis, quoi !

Monsieur Jean,

Les révoltes logiques sont aussi les plus belles. A bientôt.

Demander le départ de Hortefeux n'est pas accorder un crédit aux autres ministres de Sarkozy et à Sarkozy. Qui tous soutiennent Hortefeux.

Demander le départ d'Hortefeux n'est pas proposer un remaniement ministériel.

Demander le départ d'Hortefeux est une façon de dire que cet Etat est devenu indigne, souligner la rupture en cours dans l'idéologie dominante. C'est un travail se déstabilisation, de décrédibilisation de ce régime qui est tenté par ce mot d'ordre.

On peut bien sûr dire "A bas l'Etat et tout le pouvoir aux gens". Pourquoi pas?

Mais la politique, je pense, ce n'est pas la déclinaison de quelques principes philosophiques; c'est la fidélité à des principes et la recherche des médiations pour mobiliser les classes populaires. C'est là qu'est le pari.

pascal b,

Où voyez-vous "la rupture en cours dans l'idéologie dominante" ? Et qu'appelez-vous "médiations pour mobiliser les classes populaires" ?

Hêtre,

Des syndicats, des organisations qui organisent des "gens" des quartiers populaires. Sinon, "les gens" sont une abstraction. L'organisation du dissensus dit par Rancière, tel que le comprends, passe par là.

L'idéologie dominante devient officiellement raciste et xénophobe. C'est nouveau.

pascal b,

1) Les gens peuvent s'organiser eux-mêmes. Ils n'ont pas besoin de syndicats, d'associations ou de charité pour être, au mieux, encadrés (surveillés), au pire, trahis (combattus). Les gens ne sont pas "une abstraction", sauf pour l'Etat, les syndicats, les associations, la charité.

2) La domination est dans la continuité de ce qu'elle a entrepris et non pas en rupture avec ce qu'elle a entrepris.

@ Hêtre : mais toute la difficultés est là !
"Les gens" ne s'organisent plus eux-mêmes.


Beaucoup de gens se contentent de vivre les uns à côté des autres.

 

Nous avons changé d'époque, l'individualisation des comportements et des aspirations est passée apr là, elle est dans les têtes.

La moindre tentative de former une association au sens premier (socius) voit surgir, bien plus qu'un élan de mise en commun,des élans de mise à l'écart, de mise en concurrence, des élans d'égo.

Comment on fait avec cette nouvelle donne ?

Fantie B.,

Toute la politique est là : Les gens s'organisent eux-mêmes. Cela demande du travail. Effectivement.

Hêtre,

"Les gens s'organisent": acceptez-vous d'en donner un exemple? Un exemple d'une organisation" qui dure. Juste pour confirmer que "les "gens ne sont pas une abstraction". Et que ça n'a rien à voir avec un syndicat, comme vous le dites.

"Les gens": cette expression fut employée par le PCF qui voulait trouver un mot pour remplacer "travailleurs". D'où mon doute quant à la non-abstraction de ce mot on ne peut plus vague.

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