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Le collectif "Soutenons le mur", ou l'art d'avoir toujours raison

 

 

 

 

 

La croisade du collectif « soutenons le mur » et ses enjeux

 

 

 

Le contexte de la polémique autour du film « Le mur » et son procès, étant connu, je ne m’y attarderai pas. J’ai choisi de m’intéresser au discours militant des partisans du film « Le mur » et consorts. Ce discours vise à convaincre l’opinion publique que la psychanalyse est une fausse science, dangereuse de surcroît, et ce à grands renforts de billets, commentaires et tweets vibrionnants sur le Net. Parmi la masse invasive des énoncés vengeurs, on peine à trouver en provenance de ce mouvement un article véritablement étayé sur la question, -mis à part celui deBrigitte Axelrad, « À propos du film « Le Mur ou la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme »,  lequel tranche sur l’indigence des réponses inondant la toile de leurs approximations  et de leurs anathèmes. Disons que c’est une bonne synthèse de tout ce qui se dit aujourd’hui sur la question, mais du point de vue exclusif des neurosciences.

 

Bien plus, à y regarder de près et à lire entre les lignes, on se rend compte que ce n’est pas seulement la psychanalyse qui est attaquée mais aussi la pédopsychiatrie, lesquelles disciplines sont d’ailleurs à dessein confondues. Pourquoi se fatiguer à discriminer finement les approches, alors que cela amoindrirait la portée des slogans du collectif « soutenons le mur »? La caricature et la simplification sont bien plus persuasives.

 

Beaucoup d’éléments parmi les messages soutenant le film « Le mur » sont tirés directement de la source B.Axelrad (en provenance d’un site zététique), laquelle a fourni en outre le plan version light de certaines interventions. A lire tous les énoncés anti-psychanalyse (la psychanalyse devenant une catégorie fourre-tout),  on n’entend plus que les répétitions d’un même message (syndrome du perroquet).

 

 

 

Brigitte Axelrad, assurée de sa formation en psychosociologie, remet en question le travail et les recherches des pédo-psychiatres français dans le domaine complexe de l’autisme, et valorise à l’inverse les thèses des neuroscientistes et des psychologues TCC, selon le principe « deux poids, deux mesures ».

 

A croire que n’importe qui peut aujourd’hui peut se croire dispensé de faire médecine, puis une spécialisation en psychiatrie, pour affirmer connaître le domaine complexe du spectre autistique et faire valoir son avis sur la question par rapport à celui des psychiatres non acquis « au tout TCC »! Il suffit dorénavant d’avoir undiplôme de psychosociologue ou de mathématiques ou de professeur d’histoire-géo, -cas de J-L. Racca et Yann Kindo, autres pourfendeurs des « psyK », lesquels roulent comme leur consoeur zététique pour les associations pro ABA et le film « le mur »-,  pour  avoir un avis averti concernant le syndrome autistique.

 

Rappelons que contrairement à ce que dit le collectif de « soutenons le mur » dans une stratégie de désinformation bien huilée la plupart des pédopsychiatres et des psychanalystes souscrivent aujourd’hui à une approche complémentaire de l’autisme et à l’étiologie neuro-génétique, voire neuro-toxique. Les spécialistes de l’autisme reconnaissent en outre les méthodes d’apprentissages et éducatives  issues du cognitivisme (TEACH) ou du comportementalisme (ABA). Reste que comme le dit Pierre Delion (professeur de pédopsychiatrie), la souffrance spécifique des enfants autistes  nécessite un accompagnement psychothérapeutique, voire le packingdans les cas les plus graves.

 

La manœuvre visant à confondre psychanalystes/psychiatres sur la base de leur incompétence et manque de résultats est grossière. Elle vise dans le contexte de la réforme de la santé mentale à favoriser les neurosciences (la médicalisation de l’esprit), l’apprentissage et la socialisation ( nécessaires, répétons-le ! mais pas suffisantes), au détriment de la psychiatrie et de l’enseignement de la psychopathologie. Tant qu’à faire, pourquoi ne pas remplacer les pédopsychiatres et psychanalystes par des neuro-psychiatres et des psychologues TCC ! Le problème sera enfin réglé…Les parents seront contents. Ils cesseront enfin de souffrir, et leurs enfants aussi. Puisque s’ils souffrent, c’est « la faute aux psyK». La psychanalyse sert d’exutoire à la douleur. On peut au moins lui reconnaître ce mérite…

 

L’avis du collectif « soutenons le mur » et consorts a plus d’écho dans les médias et auprès des lecteurs de journaux en lignes que les explications basées sur les recherches faites par les grands spécialistes de l’autisme que sont les professeurs Pierre Delion et Bernard Golse.

 

Par consorts, on entend Sophie Robert, productrice du film « le mur », autoproclamée « anthropologue de la psychanalyse », Magali Pignard mère d’enfant autiste et praticienne ABA, Jean-Louis Racca, Mme Resplendino/consultante, Yann Kindo, blogeurs sur MdP, et tant d’autres encore. J.-L. Racca (mathématicien ?) fustige Elisabeth Roudinesco dans un billet sur MdP, au motif que n’étant ni historienne, ni psychiatre, elle ne devrait pas s’autoriser un avis sur la question de l’autisme. Dans ce cas, on peut lui faire le même reproche.Sauf que dans le cas d’Elisabeth Roudinesco, ses ouvrages historiques sur la psychanalyse plaident pour elles, ce qui n’est pas le cas de son contradicteur, lequel que je sache, n’a pas produit à ce jour d’ouvrages de références dans ce domaine.

 

 

 

Quant aux  journalistes qui se sont intéressés à l’affaire, ils se sont contentés de relayer le point de vue des non-spécialistes, auto-proclamés experts en la matière, sympathisants ou partisans de l’association qui a commandité le film « le mur », plutôt que d’enquêter dans les services incriminés, accueillant les enfants autistes. Ou se contentent de renvoyer dos-à-dos le clan des psys et celui des pro ABA. Le problème, contrairement à ce que l’opinion croit, est infiniment plus complexe qu’une guerre de chapelles. Ce n’est pas seulement un problème de santé mentale ou de handicap mais aussi un problème politique et éthique. Ces associations par leur intolérance à toutes formes d’altérité (voire leur fanatisme) et leurs méthodes ne sont pas sans rappeler les associations contre l’avortement.

 

La campagne de dénigrement de la psychanalyse orchestrée actuellement par la nébuleuse scientiste  vise à influencer l’opinion publique, moins sur l’autisme en réalité, que sur les approches issues de la psychanalyse, ou affines. Ainsi, la pratique du packing se trouve à l’heure actuelle au centre d’une seconde polémique directement liée à la première,  -affaire Pierre Delion. Cette dernière polémique solidaire de la première donne lieu à des commentaires  fondés sur des approximations et amalgames, du genre : packing =  psychanalyse ( ce qui est faux) ; psychanalystes = tortionnaires. Et d’amalgames en glissements nauséabonds, on en arrive à diffamer des psychiatres dévoués à la cause des enfants malades

 


Un communiqué du Collectif des 39 nous avertit  sur MdP que le «  Pr Pierre Delion, membre de notre mouvement, affronte en ce moment une campagne de diffamation de la part d’une association de parents d’enfants autistes. Cette association entend dicter sa loi aux professionnels, mais également aux autres parents qui pourraient être tentés par une approche relationnelle prenant appui sur la psychanalyse sans pour autant récuser la nécessité d’une ouverture à toutes les autres possibilités de prise en charge. »

 

blogs.mediapart.fr/edition/contes.../defendre-le-travail-du-pr-pierre-delion-

 

 

 

L’enjeu dans ce contexte « propagandiste » est double, d’une part relayer le point de vue des associations  de parents d’autistes exclusivement pro TCC (thérapies cognitivo-comportementalistes), de l’autre discréditer les approches héritées de la psychopathologie et de la psychodynamique freudiennes, affines, ou complémentaires. L’enjeu, au-delà des doléances des parents d’enfants autistes, serait-il la conquête du marché de la santé mentale en France, mondialement acquise aux TCC ? Dans ce contexte, les partisans de la méthode ABA se livrent à un intense lobbying.Deux élus UMP , Nadine Moreno et Daniel Fasquelle se sont engagés dans leur combat.

 

« La secrétaire d'Etat à la famille, Nadine Morano, a souligné jeudi sa volonté d'encourager les "méthodes comportementalistes" dans le traitement de l'autisme, à la veille d'une journée mondiale de sensibilisation à cette maladie. "La France était en retard sur les méthodes comportementalistes", a affirmé Mme Morano, lors de la visite à Paris d'une école expérimentale recourant à une méthode éducative, fondée sur l'analyse du comportement appliqué, dite ABA (Applied Behavior Analysis). »

 

 

 

www.lemonde.fr/.../journee-mondiale-de-l-autisme-morano-veut-encourager- les-methodes-comportementalistes_1327718_3224.html 

 

Quant  à D. Fasquelle, il envisage  ni plus, ni moins, une

 

« Proposition de loi visant l’arrêt des pratiques psychanalytiques

 

dans l’accompagnement des personnes autistes,

 

la généralisation des méthodes éducatives et comportementales,

 

et la réaffectation des financements existants à ces méthodes

 

 

 

Présentée par Daniel FASQUELLE,

 

Député du Pas-de-Calais »

 

 

 

www.danielfasquelle.blogspot.com/-

 

Les sympathisants du collectif « soutenons le mur » moquent ceux qui osent s’interroger sur leur combat et leurs méthodes, allant jusqu’à dire qu’ils sont des adeptes de la « théorie du complot ». Ce n’est peut-être pas un complot, mais cela ressemble fort à un plan concerté entre les associations de parents pro ABA, des officines neuroscientistes et certains représentants de l’UMP. A ceux-là s’ajoutent quelques scientistes égarés par leur idéal de scientificité, près à en découdre avec tout ce qui s’apparente selon eux à une pseudo-science. Aveuglés par leur croisade, ils ne voient pas que cette affaire du film « le mur », est un événement interdépendant de la nouvelle politique de santé mentale en France. Le combat du collectif « soutenons le mur » est exemplaire de l’alliance entre ultralibéralisme (privatisation des services et contrôle social des populations via la gestion sécuritaire et économique des risques), scientisme (idéal du progrès d’essence néolibérale imposé à tous, via les directives de l’OMS et le modèle hégémonique du DSM) et populisme (dérive sécuritaire impulsée par Nicolas Sarkozy) qui ne laisse pas d’inquiéter. Que les usagers reprennent la main, quoi de plus normal ! Mais si c’est pour se faire instrumenter, et participer du démantèlement des services publics au profit de structures privées supposées mettre en œuvre des approches scientifiques, non merci !

 

La rhétorique du collectif « Soutenons le mur » et consorts

 

 

 

La rhétorique du collectif « Soutenons le mur » se distingue par sa trivialité et son agressivité. Un exemple : les psychistes (3), quelle que soit leur orientation, -certains en effet ne sont pas freudiens-, et leurs sympathisants se voient systématiquement affublés du sobriquet psyK. C’est un des signifiants du dialecte geek, issu de la novlangue scientiste. Le K final est parfois redoublé, façon, psyK Klan, marque infâmante, implicitement rapprochée de l’acronyme KK pour Klux Klan. C’est un détail certes, mais révélateur de la haine quasi célinienne (du point de vue du style) des militants de « Soutenons le mur ». Derrière « le style », chercher les relents fanatiques…

 

 

 

A lire la littérature des militants pro TCC, intéressés à la polémique « Le mur », on constate qu’on est en présence, non pas d’une argumentation raisonnée mais face à une rhétorique amputée de la partie « raisonnement », aussi bien purement « publicitaire ».

 

Dans la rhétorique, il y a une part de discours rationnel (logos), une part de discours émotionnel (pathos), une part enfin de discours référentiel et moral (èthos). Selon Barthes, le logos renvoie au message que l’émetteur (personne ou entité) veut faire passer, le pathos vise à émouvoir l’auditoire et à s’attirer sa sympathie, sinon son accord épidermique, l’èthosrenvoie à l’émetteur et à son point de vue moral.

 

Dans les interventions des défenseurs du film « le mur », la part du « logos » est réduite au minimum, au profit de l’èthos et du pathos. L’éthos confond dans le discours des partisans du film « Le mur »  le point de vue moral et le point de vue idéologique et met en avant, moins le raisonnement de l’auteur que sa personnalité. L’auteur(e) libellé TCC agit le plus souvent en qualité estampillée de mère d’enfant autiste. Dès lors sa parole au titre de son vécu douloureux, -et de ses griefs acrimonieux-, atteste par son authenticité sentimentale de la véracité scientifique des arguments avancés, posés comme éminemment scientifique à l’aune des stigmates exhibés. La souffrance pour être légitime, valide des  jugements péremptoires tels que « Les approches psychanalytiques  comme le packing sont cliniquement et thérapeutiquement indéfendables, leurs conséquences désastreuses ».

 

Nulle étude sérieuse et neutre sur le sujet n’est citée, références comprises. Faute d’études, on renvoie à d’autres articles ou billets du même acabit : vécu parental  = preuve scientifique = démonstration. Que des journalistes se soient prêté à cette stratégie mêlant victimologie parentale et cris d’orfraie scientistes, stratégie bénéficiant en outre à des labos privés d’obédience neuroscientiste, voire, on l’a dit, à la politique actuelle de la santé mentale, sans plus s’interroger sur les tenants et les aboutissants de cette affaire, ne laissent pas d’inquiéter sur la qualité de l’information délivrée.

 

Les zététiques montent au créneau, ravis d’avoir à se mettre sous la dent, une science plus consistante que l’ufologie ou l’astrologie. Outre qu’une telle affaire constitue une sacrée pub ! Enfin, on n’entend jamais les premiers intéressés dans l’affaire, à savoir les autistes (adultes) eux-mêmes. Dommage, ils auraient sûrement des choses intéressantes à nous dire sur la méthode ABA, par exemple.

 

Mais de quels intérêts réels, les enfants « autistes » sont-ils devenus les otages ?

 

 

 

 

 

Et maintenant, voyons de près les réponses apportées aux contradicteurs de Sophie Robert ou à ceux qui « doutent » par rapport à la cause du « mur », comme Nathalie Roussy victime, (comme moi-même), d’attaques verbales sur la toile pour avoir osé s’interroger sur le film et ses partisans, puis avoir appelé au dialogue. Dialoguer plutôt que s’invectiver, quelle idée !

 

Lien

 

 www.centpapiers.com/film-le-mur-appel-au...et...au.../90101

 

 

 

La partie supposée rationnelle de la rhétorique des  militants du film « le Mur » se caractérise par l’indigence des argumentaires, la mauvaise foi, les anathèmes, les amalgames et approximations, l’absence de dialectisation, laquelle pourtant enrichirait la démonstration.

 

La plupart des réponses, on l’a vu, se focalisent sur le pathos, et visent comme les messages publicitaires « à plaire sans forcément démontrer le bien-fondé de leur produit », ici sans démontrer solidement le bien-fondé de leur cause commune : faire front contre l’approche psychanalytique et affine (packing). Dans une époque où la victimologie (directement importée des Etats-Unis) triomphe, les réponses des parents pro TCC consistent essentiellement à émouvoir par le témoignage des souffrances endurées, mises sur le compte des abus des psychanalystes.

 

On ne présente que ce qui paraît probable ou vraisemblable. Effet d’annonce garanti ! « La psychanalyse a des conséquences désastreuses », martelé au fil des commentaires, d’une réponse à l’autre, la répétition  valant ici comme critère de vérité. C’est l’exemple même de l’argumentation fallacieuse.

 

Les arguments

 

Ils se fondent :

 

-sur la confrontation de deux modèles opposés,  présentés comme irréconciliables, sur la base exclusive, on l’a vu, de témoignages des parcours douloureux des parents  dénonçant les pratiques psyk comme le packing vs les bonnes pratiques TCC, à la fois bienveillantes et efficaces. Ces témoignages sont présentés comme des « faits  incontestables», et qu’importe s’ils sont déformés par la subjectivité à la fois  doloriste et agressive des témoins ;

 

- sur la disqualification (de l’adversaire) par l’ironie (le ridicule est censé tuer. C’est la méthode Sokal/Bricmont lesquels ont érigé le canular comme principe de dénonciation scientifique. La fiction venant ici au secours de la science) ou sur l’argument d’autorité (l’expert TCC internationalement reconnu cité à la rescousse d’une argumentation « langue de bois » dont le but est de convertir  à peu de frais les indécis ou néophytes.

 

Parmi ces arguments, on rencontre diversement mêlés au reste, des arguments manipulateurs, tronquant ou décontextualisant les citations de psychanalystes connus, pour mieux révolter l’auditoire.

 

Tout cela sans apporter aucune preuve : ni judiciaire (si mauvais traitements il y a, la justice devrait avoir son mot à dire) ni réellement scientifique puisqu’on est essentiellement dans le registre du pathique, voire de l’empathique. But : provoquer l’identification du public aux malheureux parents traumatisés par les psyK.

 

Autres procédés à l’œuvre dans les interventions des défenseurs du film « le mur » : l’intimidation et  la culpabilisation des contradicteurs. Etonnant pour des gens qui ne cessent de dénoncer celle faite à l’encontre des mères d’autistes ! Si vous n’êtes pas avec les parents, c’est donc que vous êtes contre eux (les mères en particulier), par suite contre les enfants. Je ne vois pas bien le rapport. Le fait d’être parent d’autistes ne délivre pas automatiquement un brevet de bonne conduite. On ne voit pas pourquoi les parents d’autistes échapperaient aux difficultés inhérentes à la fonction de parents. Toute défaillance parentale étant par ailleurs bien compréhensible et humaine. Ce n’est pas facile d’être parent, a fortiori dans le cas où les enfants sont  porteurs d’une maladie grave ou d’un handicap. Si le handicap transforme en effet l’existence des parents comme des enfants en parcours du combattant, doit-on pour autant instrumenter cette situation, à des fins publicitaires, ciblées sur un seul et unique produit thérapeutique  (la méthode ABA) ?

 

Dans cette affaire, on n’impute jamais la cause des dysfonctionnements de prise en charge à la politique de santé mentale, laquelle soumet à des restrictions budgétaires drastiques les services pédo-psychiatriques et les IME, avec des conséquences, réellement désastreuses pour l’accueil et l’accompagnement des enfants autistes. On préfère l’imputer uniquement à la fantasmatique hégémonie de la psychanalyse dans le domaine de la santé mentale. Idée fausse démentie par l’ouvrage de Robert Castel, La gestion des risques. Robert Castel analyse comment et pour quelles raisons les psychotechnologies ont remplacé la psychanalyse depuis les années 80, dans une conjoncture post-disciplinaire s’appuyant « moins sur les contraintes » que sur « la programmation de l’efficience ».

 

Toutes ces manœuvres manipulatoires visent à modifier l’opinion publique, plutôt qu’à répondre à l’adversaire PsyK (désavoué dès lors qu’il répond et quoi qu’il dise) alors même que les interventions des partisans du « Mur » se présentent comme réponses. Elles sont des pseudo-réponses puisqu’elles n’envisagent aucun questionnement différent ou aucun doute, de sorte qu’on peut les classer dans le genre des « annonces », voire des « slogans ». Elles tournent en boucle d’un site à l’autre. But : enfoncer dans le crâne toujours les mêmes messages, par suite emporter la conviction, voire l’adhésion inconditionnelle du public. De là, le silence de la plupart des psychanalystes qui ne veulent pas participer à cette polémique, d’emblée faussée.

 

 

 

L’argumentation est ravalée au rang de l’opinion, et ne fait pas démonstration, à tout le moins scientifique. Faute de raisonnement analytique ou de progression dialectique, on a la recension d’exemples tirés de la littérature (psychologie scientifique) dans le meilleur des cas, de témoignages de parents ou de professionnels ex-psychanalystes, -des repentis donc !-, lesquels expriment à longueurs de phrases des griefs amers lesquels valent pour arguments. Pire, ces exemples sont repris légèrement remaniés d’un texte à l’autre. Saturation garantie ! Quant aux citations et références à la littérature (scientifique), elles semblent avoir pour seule fonction de dispenser l’auteur du billet ou commentaire d’une réflexion véritablement personnelle.

 

On nous nous assène des signifiants récurrents tels qu’ « incontestable ». Dans une des réponses, ils forment même l’ossature du plan : thèse :incontestable, antithèse : incontestable, synthèse : incontestable.

 

Lien

 

article intitulé reponse àTaky Varsö. Lisez cet article dans son intégralité ici.

 

fr-fr.facebook.com/note.php?note_id=311876415509683 -

 

 

 

Autre méthode, envahir l’écran du Net et noyer toute contradiction sous l’avalanche des messages revendicateurs. Stratégie : prendre en tenaille l’ennemi, et l’étouffer sous les logos, les images attendrissantes (version icônes de la mère à l’enfant) vs les caricatures des psyks (version staliniens avec moustache et casquette qui vont bien). Impossible de dialoguer avec un énonciateur collectif qui  base son argumentaire sur ses propres certitudes et les impose sans nuances. Le raisonnement patine forcément.

 

 

 

On accumule des informations sans les analyser, les contextualiser et les périodiser. Et même quand on nous assure du contexte (en titre de partie), on se rend compte qu’il n’en est rien. Outre qu’on aura beau enfiler les informations  comme les perles d’un collier, cela ne fera pas une démonstration.

 

Une lecture comparée des argumentaires de la CIPPA (Coordination Internationale entre Psychothérapeutes psychanalystes, s'occupant de Personnes avec autisme :

 

old.psynem.org/Cippa/ - )  et des partisans du film « le mur » montre dans quel camp se situent le dialogue et le raisonnement scientifique…

 

La référence à l’unanimité internationale (anglo-saxonne) sur les TCC et le DSM, liée à l’OMS, constitue un argument princeps dans l’argumentaire des partisans du film « le mur » . C’est, nous dit-on, le gage de leur scientificité « incontestable ».

 

On considère les exemples comme des preuves scientifiques, et non plus comme l’illustration d’arguments ou visant à étayer une démonstration. Ces messages à destination d’un public de sympathisants ou passif (reconnu comme pouvant être convaincu facilement) qui s’étaient multipliés à quelques jours du procès du film « le mur », n’impliquaient en réalité aucun débat ni dialogue.

 

On considère le public, soit acquis à la cause commune, soit ennemi, y compris quand les contradicteurs ne sont pas pro Psyk, plutôt à chercher la vérité, sur la base de critères fiables de jugement, donc privilégiant une position neutre (la seule véritablement scientifique). Dès lors, reste à dialoguer pour faire semblant comme disent les enfants (pour faire démocratique et jouer en apparence le jeu du débat) mais en bidonnant les coordonnées du dialogue dès le départ. Les réponses proposés n’invitent en réalité à aucune discussion. On cherche l’affrontement à tout prix. La relation au contradicteur est considérée comme inenvisageable. 

 

On pose la thèse psyK négative, puis l’antithèse TCC positive.  Au fond, on ne cherche pas à emporter la conviction rationnelle, mais la conviction compassionnelle ou réactionnelle agressive.  Le discours est manichéen. Y a les méchants d’un côté (les Psyk sadiques), de l’autre les gentils professionnels TCC ; les pseudoscientifiques psyK d’un côté, les vrais scientifiques TCC de l’autre, le tout à l’avenant. Doit-on considérer le conditionnement de la méthode ABA comme un progrès scientifique indéniable ?

 

La seule preuve scientifique qui émerge dans ces réponses en forme de fourre-tout est celle de l’imagerie cérébrale combinée à la causalité génétique laquelle n’est pourtant qu’une théorie parmi d’autres concernant l’étiologie du spectre autistique. Les thèses en présence ne sont pas articulées avec l’autisme et ses divers modes de prise en charge, contrairement aux réponses de la CIPPA et de Geneviève Haag. L’argumentation des partisans du film « Le mur » est truffée d’éléments insérés à valeur supposée de preuves. Les arguments doivent paraître vraisemblables plutôt qu’être vrais.

 

On est avec le discours de « soutenons le mur » dans le registre de la polémique, et non dans celle du débat scientifique ou du dialogue réfléchi. Sa médiatisation via le Net a amplifié le phénomène. .

 

Camus définissait ainsi la polémique/

 

 «  Elle consiste à considérer l’adversaire comme un ennemi, à le simplifier, par conséquent à refuser  à le voir. Celui que j’insulte, je ne connais plus la couleur de son regard, ni s’il lui arrive de sourire et de quelle manière. (…) Il n’y a pas de vie sans persuasion. Et l’homme aujourd’hui ne connaît que l’intimidation. » Ajoutons, « et l’homme aujourd’hui ne connaît »  que la mauvaise foi » et la manipulation.

 

Persuader, en effet, c’est instruire. Le film « Le mur » s’il avait été neutre comme l’y engageait son genre, précisément documentaire, aurait pu être le lieu d’une vision contradictoire, réellement critique. Hélas ! comme ridiculisation des uns (psychanalystes) par les autres (TCC), il a mis le feu aux poudres sans enseigner plus avant  sur l’autisme et ses diverses approches.

 

 

 

On a une curieuse impression à la lecture des billets et commentaires des parents pro TCC et de leurs sympathisants scientistes, celle de lire la même prose. Comme s’ils avaient été écrits par la même personne, laquelle en outre n’en serait pas vraiment une, mais plutôt le reflet d’un discours émanant d’officines (pour certaines d’entre elles dotées de moyens financiers conséquents et soutenues par le pouvoir actuel), planquées derrière les associations de parents et tirant les ficelles.

 

Le vocabulaire du dialecte scientiste est celui du résultat (compter, mesurer, évaluer). Dans cette logique, la rationalité est alignée sur le chiffrage. La raison a peu à voir avec la rationalisation de type quantification/évaluation, principe de la marchandisation des corps et des âmes, argument princepsdu Marché.

 

 

 

Le discours pro TCC ne rechigne ni à la publicité, ni à la propagande. Ce qui compte, c’est l’action exercée sur l’auditoire (le public) plus que la vérité (la justesse ou l’intelligence des postulats). On cherche à façonner (dresser/redresser) l’opinion comme on cherche à formater les esprits. Mais la rationalité invoquée si souvent, (univoque), en restreignant les possibilités interprétatives, constitue un frein à l’analyse précisément rationnelle. L’art du bien dire (critiqué comme « littérarisme » par les néo-positivistes) auquel sont attachés les vrais scientifiques, ouverts, créatifs, audacieux, est en voie de disparition. La faute sans doute à la formation actuelle (toujours plus « cognitive » et moins littéraire) des jeunes étudiants-chercheurs. La victoire des experts de tous bords, dépourvus de culture et inaptes à la réflexion, ces nouveaux Homais, ne présage décidément rien de bon, mais cela est une autre histoire…

 

 

Note:

 

La gestion des risques, Robert Castel, 1981/2011, Les Editions de Minuit.

 

Tous les commentaires

1- Où avez-vous lu dans mon billet que je m’autorise  à avoir un point de vue de spécialiste sur l’autisme ? Ai-je développé une thèse (étiologique/clinique/thérapeutique) sur l’autisme ?

Je laisse cela aux personnes qui ont consacré une partie de leur vie à ce problème complexe, ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas d’idées sur la question. Simplement, il me semble qu’elles ont peu d’intérêt par rapport aux recherches et publications des vrais spécialistes, pédopsychiatres, neurologues, psychanalystes, psychologues cliniciens, ou par rapport au savoir qu’ont les professionnels  qui accompagnent les enfants autistes, également par rapport aux parents d’autistes, enfin par rapport aux premiers intéressés, les autistes eux-mêmes.

S’agissant de ces derniers, je trouve curieux que la littérature scientifique se passe de leur point de vue (récits autobiographiques de Sellin, Grandin, Williams, etc) lequel pourrait permettre d’affiner les questions de clinique et de thérapeutique. Serait-ce que leur savoir ne concorde pas toujours avec l’option TCC, en particulier comportementaliste ?

Donna Williams découvrant dans une structure spécialisée une méthode d’apprentissage (Lovaas ?) imposée à une jeune enfants autiste, et parlant des éducateurs, écrit ceci : 

« J’étais malade de les voir …Quasiment fous, ils agitaient des hochets et des objets devant elle comme deux sorciers trop zélés espérant exorciser l’autisme. (…) S’ils avaient pu utiliser un levier pour forcer l’ouverture de son âme et la gaver « du monde », ils l’auraient sans doute fait sans même remarquer la mort de leur patient sur la table d’opération. »

 

De là, à en tirer des conclusions négatives pour l’ensemble des méthodes d’apprentissage, certainement pas. Reste que la rééducation pour être utile et nécessaire a ses limites, notamment celle de ne pas prendre en compte les sujets autistes dans leur singularité psychique et existentielle. Finalement, j’ai donné quelques éléments de ma perception. Elle est personnelle. Il me semble que tout le monde gagnerait à se laisser enseigner par les autistes. Si mon domaine de recherche était l’autisme, je partirais de  leur savoir et vécu.

Je reconnais que des a priori déficitaires il y en a eu et il y en a encore chez les psychanalystes, mais ils ne constituent pas la majorité.

 

2- Cela dit, dans mon billet, je m’intéresse moins à l’autisme qu’à la campagne anti-psychanalyse initiée par le film « le mur », poursuivie avec l’affaire Delion, et à ses enjeux au vu des transformations dans les conceptions cliniques et thérapeutiques, interdépendantes du malaise dans la culture et la société. Egalement relativement à la possibilité d’une tutelle sanitaire qui nous imposerait des psys libellés TCC, sans laisser aux parents la liberté d’opter pour d’autres approches (projet de loi Fasquelle).

 

3- Je ne dis pas que les associations pro TCC partagent la même cause que les associations anti avortement, je dis qu’elles ont un peu les mêmes méthodes, plus une intolérance (à tout ce qui ne va pas dans leur sens) proche du fanatisme. Les pancartes avec les visages des enfants brandis  (méthode importée directement des Etats Unis ?) devant le tribunal de Lille et ailleurs m’y fait également penser. Peut-être ai-je été contaminée par les amalgames du discours du collectif « soutenons le mur ».

 

4- Concernant l’argument d’autorité, je dirai que ce ne sont pas les titres universitaires qui donnent une quelconque valeur à une démonstration scientifique mais la recherche, les publications, l’expérience au long cours. Si je pense que c’est mieux de parler d’un domaine que l’on connaît (cas des pédopsychiatres spécialistes de l’autisme), loin de moi, l’idée que des observateurs extérieurs ne pourraient pas avoir leur mot à dire, à la condition de ne pas s’autoproclamer « spécialistes ».

Concernant les partisans du « mur » donneurs de leçon, mathématicien et autres, j’ai envoyé une pique à un monsieur qui reproche à Elisabeth Roudinesco ce qu’on peut lui reprocher à lui aussi. C’est l’histoire de l’arroseur arrosé.

 

5- Concernant mes « titres » (Police, vos papiers ?) j’hésite… Diplômée de Lettres Moderne, d’Ethnologie, DEA Psychanalyse, concepts et clinique, doctorante dans cette discipline. C’est peu, mais ça n’empêche pas de penser librement. Et puis bizarrement, je me suis toujours considérée comme autodidacte.

6- Votre combat contre la peine de mort nous rapproche malgré nos différences et différends. Le féminisme peut-être. Je préfère la versant Judith Butler que le versant  « maternalisation » abusive.

7-Ah! J'oubliai, à propos du sobriquet "psyK", j'avais bien compris que c'était aussi KK comme caca. C'est fin... 

Merci Alain d'être passé. Je me sens un peu moins seule.

Tiens, moi je trouve au contraire qu'il s'agit d'une justification nombrilistique.
Le Mur, c'est la réponse à 40 d'abus de position dominante et dogmatique. Si on en est là, c'est pas l'incapacité des psychanalystes de vouloir réfléchir à leur pratique.

D'ailleurs, ceux qui y réfléchissent sont poussés à créer autre chose. Saviez vous que les TCC et les théories cognitivistes ont toutes été créées par des Psychanalystes se posant de bonnes questions ?

 

@Taky,

 

Vous avez écrit:

 

"Il me semble que tout le monde gagnerait à se laisser enseigner par les autistes. Si mon domaine de recherche était l’autisme, je partirais de  leur savoir et vécu."

 

"Les autistes" ne disposent d'aucun savoir propre puisque c'est leur environnement qui les identifie et les reconnaît comme tels, à partir du savoir spécifique - ç-à-d.: "qui crée espèce" - sur "l'autisme"que cet environnement pense déjà posséder et maîtriser alors qu'il n'est qu'en recherche/élaboration de ce savoir.

Par conséquent, les autistes n'existent pas davantage que l'autisme, ce que cet environnement peine à accepter.

Mais la personne "dite autiste", elle, existe bel et bien.

Qui effectivement, comme toute personne, dispose d'un savoir sur elle-même que, comme tout savoir, elle va rechercher et tenter de maîtriser par elle-même et pour elle-même.

Et qui, manifestement, ne nous regarde pas.

Finalement, en recherchant de notre propre initiative quel pourrait bien être le savoir de l'autre sur lui-même pour de plus nous en servir selon nos propres désirs ensuite, que faisons-nous réellement?

 

BJP

Bonjour BJP,

je trouve que vous avez raison de distinguer la personne dite "autiste" de l'autiste.

Effectivement, je suis bien d'accord, l'autisme n'existe pas. mais je pense que Taky Varsö, comme moi-même souvent , nous pouvons céder à la facilité de dire "autiste" quand nous pensons "quelqu'un dont on dit qu'il est autiste".

Enfin bon, je ne veux pas parler à la place de Taky...

Vous pensez que l'autisme n'existe pas... Grace à ce que vous pensez, des milliers d'enfants et d'adultes vivent en institution.

Vous pensez beaucoup, mais vous ne savez rien. C'est affligeant.

 

Calmez vous et pensez ! Non seulement à votre cas particulier mais à la diversité qui vous échappe !

Ami calmant

BJP, "Le personne "dite autiste" existe, elle,  bel et bien", écrivez-vous.

Tout à fait d'accord avec vous.

Quand j'indique qu'il me paraîtrait intéressant de s'appuyer sur le savoir qu'elles ont de leur fonctionnement psychique et cognitif, c'est plutôt dans l'idée d'enrichissement mutuel plus que dans celle de se "servir" de ce savoir. Les personnes autistes ont aussi des compétences spécifiques, inventent des solutions créatrices (dans le meilleur des cas: Grandin, Williams, Temmet, et d'autres encore). Pourquoi s'en passer?

 

Taky vous écrivez:

 

"c'est plutôt dans l'idée d'enrichissement mutuel"


Mmh... enrichissement de votre culture personnelle et de celle de votre interlocuteurice, est-ce là ce que vous voulez dire?

(question sans aucun préjugé ni arrière pensée... je sais, c'est con de le préciser parce que justement ça suppose que... mais en fait non... mais en fait si... enfin....bref...Embarrassé)

 

"plus que dans celle de se "servir" de ce savoir"

 

Euh...je fais tous les jours l'expérience que je ne peux pas me servir de ce savoir que l'autre élabore par lui-même et pour lui-même...

Quand bien même cet autre me suppose, dans le transfert et parfois même au-delà, un certain savoir sur lui-même. (Vous voyez ce que je veux dire?)

Je pense qu'au travers du mot "savoir", vous parlez de "connaissance" ou de "culture" qui, elles, effectivement et par définition, existent en rapport à l'autre en raison de leur caractère communautaire intrinsèque.

 

Me trompe-je?

 

"Les personnes autistes ont aussi des compétences spécifiques, inventent des solutions créatrices (dans le meilleur des cas: Grandin, Williams, Temmet, et d'autres encore). Pourquoi s'en passer?"

 

Oui, des compétences "spécifique...ment" humaines, comme tout le monde.

Je préfère pour ma part employer le terme de "compétences singulières", donc liées à ce que nous sommes et à qui nous sommes.

 

Et effectivement, hors de question que je me passe de ce qui est moi, que je me passe de moi!

 

Rigolant

 

BJP

 

NB:  Je crains que la discussion qui s'amorce ici, hors-sujet tout de même, ne finisse par pourrir ce fil.

Acceptez-vous, vous, Taky et aussi toutes celles et ceux qui "se sentent" pour ce faire, de la poursuivre "ailleurs", toujours sous la forme d'un dialogue sur un fil de commentaires?

A tout hasard je signale mon fil à moi, que j'ai laissé un peu livré à lui-même, et pas du tout dans le bon créneau horaire, la preuve est qu'il a disparu de la liste (tracker, c'est ça ?) avant d'avoir pu rencontrer le public du soir...

C'est sur mon blog : le spectre de l'autisme exagère.

 

Je mets le lien :

http://blogs.mediapart.fr/blog/alain-gillis/010212/le-spectre-autistique-exagere-0

Discussion sur l'approche phénoménologique !

BJP

Quand je parle de compétences spécifiques, je pense par exemple à la mémoire exceptionnelle des personnes dites autistes Asperger ou encore  à des  îlots de compétences très ciblés, - dans un domaine précis (mathématiques, linguistique, technologie, etc.) 

Ensuite, on peut envisager que les personnes autistes puissent apporter une aide précieuse notamment dans les approches éducatives et thérapeutiques, au titre de leur expérience et de ce qu'ils en ont tiré. Cas de Donna Williams, et de bien d'autres.

Dans Si on me touche, je n'existe plus (premier enseignement si l'on peut dire que ce titre!), Donna Williams témoigne de sa  différence laquelle bien évidemment n'est pas absolue, outre la portée universelle de son expérience singulière.

L'épilogue de son livre (passionnant), et la partie "Aperçu du langage particulier à mon propre monde"  + "Quelques suggestions" devraient instruire les éducateurs, thérapeutes et psys.

De même me semble-t-il la clinique devrait  pouvoir s'orienter en partant des témoignages des premiers intéressés dans l'affaire, qu'on oublie un peu trop ou dont on dénie la parole ( cas de Birger Sellins, sous prétexte que ce qu'il exprime, il le fait grâce à l'écriture accompagnée). Ce qu'il dit comme D. Williams d'ailleurs (mais elle, on ne peut pas l'accuser de s'être fait manipulée) ne va pas dans le sens des thérapies comportementalistes. 

Reste que beaucoup d'autistes n'appartiennent pas à la "catégorie" "autistes dit supérieurs" et que leur témoignage est beaucoup plus difficile à transmettre. Deligny que vous citez assez souvent, me semble-t-il, a consacré la dernière partie de sa vie (Lignes d'erres) a permettre qu'ils s'expriment . Aujourd'hui, une telle initiative ne serait plus possible. Il aurait les associations sur le dos...

 

Taky,

(Au fait: il se prononce comment votre nom complet? Je vous demande ça parce que je parle toujours ce que j'écris...)

 

Pour les compétences spécifiques, j'avais compris dès le départ de quoi vous parlez.

Je prétends "connaître" quelques personnes dites "Asperger", ainsi que celles dites "autistes de haut-niveau", etc. vous n'avez pas idée.

N'ai-je pas rappelé qu'en les identifiant de la sorte, on passe à côté de ce que ces personnes sont et de qui elles sont?

La rencontre humaine dans toute sa créativité est quasi-impossible en procédant de la sorte, si vous voyez ce que je veux dire...

 

(J'enrage devant mon écran car j'ai le sentiment de très mal exprimer tout ça... je ne sais pas...)

 

"Si on me touche, je n'existe plus"

 

Je suis dans cette situation depuis ma naissance, Taky (et tou(te)s les autres).

 

Et je dis: "I am a "Donna Williams" "

 

Mais j'ajoute, à l'instar de Confucius, : mon expérience n'a pas de portée universelle.

Je n'écrirai donc pas de livre, ne témoignerai d'aucune manière de mon expérience.

Désolé, mais c'est ainsi que je prétends aimer l'autre.

 

BJP

Bruno Jean Palard,

 

C'est intéressant ce que vous dites, mais peut-être devriez vous  détailler un peu plus concernant le fait que vous avez choisi de ne pas témoigner.

Enfin, ce n'est pas une obligation.
 c'est vrai qu'il y a quelque chose dans ce que vous dites qui m'échappe,  probablement du fait de mon propre mode de pensée... 

T.K.

 

...

 

Est-ce que si je vous dis que je ne désire pas me dire "comme ça ici et maintenant", quelquechose vous échappe encore?

 

(A propos: il fait quoi votre propre mode de pensée?)

 

BJP

 

PS: pour la prononciation de "Taky Varsö": plutôt balkan ou scandinave?...

 

Oui, Guy.

 

D'ailleurs l'appel dans ce sens est très clair puisque celles et ceux qui savent que sa tenue est fragile se sont d'elleux-mêmes regroupé(e)s en collectif qu'ellils ont nommé: "Soutenons le Mur".

 

Nous sommes donc en présence d'un "mur de soutien" qui, comme chacun un peu au courant des normes d'architecture qui régissent pareil édifice sait, ne comporte aucune ouverture.

Soit aucune entrée, aucune sortie, donc aucun échange possible...

Clin d'œil

 

BJP

 

Guy Baudon

Pour information complémentaire, je me permets de donner le lien de votre billet "Le Mur, ou comment s'abstenir de penser"

blogs.mediapart.fr/blog/guy.../le-mur-ou-comment-sabstenir-de-penser - 

Merci, je n'ai toujours pas saisi comment on fait pour copier un lien et le poster. La technologie, c'est pas mon fort...

 

Tuto en MP...

 

Clin d'œil

 

BJP

(commentaire de non spécialiste)

Effectivement, les défenseurs du Mur se distinguent par leur manque d'ouverture.
Depuis que les discussions sont engagées ici sur ce sujet, il leur a été souvent demandé - parfois très courtoisement - d'au moins accepter de séparer les problèmes principaux :

- l'autisme : l'état du savoir sur ce que c'est ; les différentes formes que prend l'autisme ; les problèmes auxquels se trouvent confrontés les familles dans lesquelles un enfant est autiste ; l'état des traitements proposés et leurs différences d'approche ou d'indication.

- la psychanalyse : ce que c'est, ce que les personnes qui font appel à la psychanalyse en tant que patients recherchent en elle ; théorie sous jacente du psychisme ; puis, ce en quoi certains courants ou ex-patients la contestent, soit en tant que théorie sur le monde psychique, soit en tant que pratique (cas particuliers liés à des expériences particulières ? contestation sur un principe ? leque ? celui de l'existendce de l'inconscient ? autre ?)

- autisme et psychanalyse : qu'est-ce que la psychanalyse a à dire sur l'autisme ? Historiquement, y a t-il eu des erreurs de la psychanalyse ou de certains psychanalystes en ce qui concerne l'approche de l'autisme ? Erreurs de quelles nature : dans l'adresse aux aprent sou dans le tratement de certains cas ou types d'autisme ? Aujourd'hui, la psychanalyse peut-elle apporter quelque chose à la situation de certaines personnes autistes, enfants ou adultes ?

-les thérapies comportementales : ce que c'est, principes de base et théorie sous jacente du psychisme ; puis, apports possibles pour l'autisme, contestations éventuelles sur el principes ou des expériences vécues...

Bien vu (et pensé)  Fantie B. 

 

 

Attention, possible diversion!

 

Rigolant

 

Nan, en fait je vous donne ci-après le lien vers un échange en cours entre Isabelle Resplendino et moi:

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/isabelle-resplendino/150112/lexil-des-francais-handicapes-en-belgique?onglet=commentaires#comment-1615868

 

Qui a quelquechose à voir avec le billet ci-dessus et son fil en suite, il me semble...

 

Dites-moi, svp, ce que vous en pensez.

 

BJP

 

Je rebondis sur un paragraphe :
"Reste que comme le dit Pierre Delion (professeur de pédopsychiatrie), la souffrance spécifique des enfants autistes  nécessite un accompagnement psychothérapeutique, voire le packing dans les cas les plus graves."


Que les enfants autistes nécessitent un accompagnement psychothérapeutique est tout l'objet du débat, justement, entre parents d'enfants autistes et intervenants de pratique psychanalytique. Ici, vous précisez que les psys sont à même d'accompagner la souffrance spécifique des enfants.


Une grande part des enfants autistes ont peu ou pas de langage, et ont un handicap mental plus ou moins lourd. Ils ne peuvent parler de leur souffrance. Par conséquent, vous ne la connaissez qu'au travers des manifestations de l'enfant. Les personnes qui la connaissent le mieux, ce sont les personnes qui s'occupent jour après jour de l'enfant, en tout premier lieu, les parents.


La plupart des autistes connaissent comme l'enfant normal (comme quiconque d'ailleurs) une alternance de moments de calme, de joie, de tristesse,  de colère, de souffrance, d'agressivité, etc.  L'enfant n'est pas que souffrance. L'enfant n'est pas en souffrance. Il connaît des souffrances diverses. Celle qu'il peut exprimer quand il se fait mal. Celle-là est évidente. D'autres, en particulier quand il est une boule d'agressivité sans raison apparente, parfois très violente, vous n'en connaissez pas la teneur. C'est un mal être, c'est sûr, mais vous êtes bien incapable de savoir ce que l'enfant ressent. L'important pour un parent, n'est pas de disséquer la nature de cette souffrance, il n'en a pas les moyens et le psychanalyste non plus. Il sait seulement que tous les désordres de l'enfant ont des causes que la science pointe chaque jour un peu plus du doigt. Seulement, le hic, c'est que la science ne lui donne que peu de moyen d'enrayer ces désordres.


Avec l'expérience, vous comprenez que les moments de mal-être de votre enfant ont souvent des causes discernables : Un enfant autiste que vous baladez entre x lieux de vie, avec x intervenants change de répères spatio-temporels trop souvent. Comme il a du mal à gérer le temps et l'espace, on comprend aisément que cette situation est génératrice d'angoisse. Un enfant sans langage, qui est conduit chaque semaine chez une orthophoniste classique qui l'abreuve de mots en lui racontant une histoire, peut rapidement devenir agressif. Un enfant qui connaît une série de crises épileptiques peut devenir nerveux, terriblement perturbé. Au fur et à mesure que le parent trouve des solutions adaptées à son enfant, dans chaque sphère de sa vie, il s'aperçoit que l'agressivité, l'angoisse, la mal-être se réduit de plus en plus. Une meilleure compréhension, une communication adaptée, un meilleur traitement épileptique diminue ses troubles, par exemple.


Après ce que je viens de vous exposer, je ne comprends pas pourquoi je confierai au psychanalyste la tâche "d'accompagner la souffrance" de mon enfant. Pour la première fois dans l'histoire des autistes, des pratiques éducatives aident les parents de manière très significative à développer le bien-être de leurs enfants, alors que la psychanalyse a plongé jusque-là les parents et les enfants dans de multiples souffrances et continuent encore de le faire.


Cette accusation n'est pas sans fondement. Des centaines de parents dont je fais partie peuvent verser au dossier des tonnes d'éléments à charge et ne s'en privent pas, qui racontent leurs cauchemars un peu partout sur les forums dédiés à l'autisme. La culpabilisation des mères, des pères, la responsabilité de l'enfant, toutes sortes de faussetés sur la nature de l'autisme, tout cela est bien réel, j'ai exposé, pour ma part,  ma critique argumentée ici :


http://blogs.mediapart.fr/blog/camille-lefevre/220212/autisme-et-psychanalyse

 

 

 

 

"Reste que comme le dit Pierre Delion (professeur de pédopsychiatrie), la souffrance spécifique des enfants autistes  nécessite un accompagnement psychothérapeutique, voire le packing dans les cas les plus graves."

Cela signifie donc qu'il faut définir la gravité d'un cas. D'où diagnostique, d'où critères objectifs. Et qu'on propose le packing pour soulager le cas, ce qui signifie : objectif thérapeutique, d'où évaluation d'un effet à court, moyen, long terme.

Le packing pousse les psychanalystes à évaluer leur pratique. Suivant leur logique, ils ne devraient ne plus le pratiquer.

 

Mon propos quelque peu indigné à la fin de mon laïus vient en conclusion d'une longue explication. Mais éloignons le pathos, comme vous dites à juste titre, et restons dans le logos.  Au lieu de traiter la matière de cette explication, vous vous emparez d'emblée de sa conclusion pour me présenter l'opposition classique des nouveaux psys tolérants qui travaillent avec toutes les autres bonnes volontés et les hargneux défenseurs des méthodes éducatives.


Certaines critiques ne sont que dans l'invective, c'est vrai. Je la comprends à l'aune de leur exaspération, mais elle est stérile, c'est vrai aussi, ne permettant aucun raisonnement et aucun dialogue. Par ailleurs, vous avez encore raison, je ne peux pas parler au nom de tous les parents d'enfants autistes. Mais nous sommes très nombreux à être ou avoir été confrontés à l'exercice de la psychanalyse dans la prise en charge de nos enfants et nous avons un certain nombre d'arguments à faire valoir pour demander son retrait de cette prise en charge.  J'en parlerai dans un prochain billet.


Votre manière de vouloir concilier tout le monde est a priori un gage de bonne volonté. Pourquoi ne pas travailler tous ensemble ? Et puisqu'aucune solution miracle, aucune théorie causale miracle il y a, pourquoi ne pas les traiter sur le même plan d'égalité ?


Les unes et les autres n'existent pas aujourd'hui, c'est une tautologie. A la différence que si nous sommes très loin de solutionner le handicap autistique nous en connaissons jour après jour les causes.  Dois-je vous rappeler qu'elles sont d'ordre neurologique, génétique, immunologique, métabolique, bref, d'ordre organique et fonctionnel ? Vous dites que la causalité génétique est une théorie parmi d'autres. Non, elle n'est pas une théorie. La causalité génétique fait partie des différentes causes avérées, de même que les autres causes qui peuvent lui être associées. Avérées, pas supposées.


Ces causes connues n'ont rien à voir avec les causes psychiques dont parlent de nombreux psychanalystes. Vous ne pouvez pas évacuer la teneur et la portée de leurs discours et de leurs pratiques au prétexte que d'autres collègues accueillent les pédagogies éducatives, ou que dans telle IME à orientation psychanalytique, on applique essentiellement des méthodes d'éveil et d'apprentissage. Dans ce cas, pourquoi et comment interviennent les psychanalystes auprès de l'enfant ?  S'ils s'éloignent de la "caricature" des crocodiles, sur quel savoir, sur quel enseignement se basent-ils pour légitimer leur intervention ?


La science a montré que la connaissance fonctionnelle et organique du cerveau est à la base de la compréhension du handicap autistique. Quand on continue d'avancer des théories causales qui ne s'appuient pas sur ces connaissances, y sont tout à fait étrangères, on a un problème de rationnalité et de légitimité.  Que l'on formule des théories du fonctionnement cérébral sur la base de savoirs  établis,  participe de la dynamique scientifique. Mais que l'on formule des théories qui ne renvoient en rien au savoir, et on tombe dans le domaine de l'opinion, de la croyance.  Les critiques rationnelles de la psychanalyse, en particulier dans sa légitimité à traiter l'autisme, se basent sur un certain nombre d'enseignements et de pratiques psychanalytiques pour démontrer leur incompatibilité avec les connaissances acquises du cerveau. A contrario, cette critique démontre que les pratiques pédagogiques s'appuient sur des savoirs théoriques et pratiques. Au lieu de rendre compte de cette critique  (mais peut-être l'avez-vous déjà fait), vous passez votre temps à n'y voir que ce qui relève du " dénigrement de la nébuleuse scientiste".  Ce dernier mot revient d'ailleurs très souvent, passons, je ne doute pas que vous ayez lu un tas de commentaires indigents, ils sont légions.  J'espère y avoir échappé et me prépare à un nouveau commentaire pour rentrer dans le vif du sujet, au travers du contenu du documentaire de Sophie Robert.  

"Mon propos quelque peu indigné à la fin de mon laïus vient en conclusion d'une longue explication. Mais éloignons le pathos, comme vous dites à juste titre, et restons dans le logos. Au lieu de traiter la matière de cette explication, vous vous emparez d'emblée de sa conclusion pour me présenter l'opposition classique des nouveaux psys tolérants qui travaillent avec toutes les autres bonnes volontés et les hargneux défenseurs des méthodes éducatives." Oui, je rebondis sur la partie (pour le tout) comme vous rebondissez sur un des paragraphes de mon billet Pas l'espace, ni le temps, ni le goût pour la friction dialectique (émoussé, du moins pour le moment) ici pour vous répondre de manière plus développée. Peut-être par un billet.. Pas sûr! Tout lasse, tout passe, comme on dit. En tout cas je vous remercie de votre courtoisie (inhabituelle venant des partisans du film "le mur") et de l'intelligence de vos propos. Cela change...

@Camille Lefèvre et Taky Varsö:

 

Taky écrit:

"En tout cas je vous remercie de votre courtoisie (...) et de l'intelligence de vos propos.  (...)"


Oui, je le fais également, après avoir délibérément supprimé quelques éléments de la phrase originale.

Merci à vous Camille Lefèvre.

Taky: amitiés.

 

BJP

J'approuve votre appréciation des propos et de l'attitude de Taky Varsö.

 

Vous écrivez ensuite:

"Tout ça pour dire que la causalité, quand elle concerne les modalités de l'existence humaines, ne peut pas dispenser d'un abord purement intuitif dont l'efficacité est tout à fait déterminante. L'accordage entre le patient et le médecin est toujours recherché comme un élément, en lui-même thérapeutique."

Oui et vous savez, Alain, pourquoi je rappelle et souligne cela (cf. mes interventions dans "Le spectre autistique exagère"...)

Et suite à votre dernière phrase "Je ne veux pas être trop long, mais juste pour finir, là : les généralités comme "les psys", "les autistes" , "les parents d'enfants autistes", "les thérapies comportementales", "la psychanalyse", etc... sont de véritables obstacles à la réflexion, en tous cas sur un format aussi restreint que celui des blogs.", ainsi qu'aux questions que vous soulevez en toute fin, j'ajoute ma suggestion que vous preniez connaissance du débat en cours dans le fil de commentaires (très long et parfois houleux, mais il existe...)" suite à l'article de Mathieu Bellahsen également publié sur le site du Collectif des 39, à l'adresse :

  http://www.collectifpsychiatrie.fr/?p=3223&cpage=3#comment-2819

 

A+, Alain.

 

BJP

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