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Si la gauche gagne en 2012, la fête aura-t-elle lieu sans les Musulmans ?

                        La nouvelle a fait le tour des réseaux associatifs et citoyens musulmans après la publication de l’article sur le site du CCIF dont le titre est lapidaire : « Sitôt passée à gauche, le Sénat propose une loi islamophobe »[1]. Cette simple proposition de loi -dont l’examen doit se poursuivre ce 17 janvier- vise à étendre l’interdiction de port de signes religieux aux crèches et centres de loisirs. Elle nous ramène brusquement à la dure réalité.

                        Si beaucoup parmi les Musulmans « n’y croient plus » depuis longtemps et que d’autres ont choisi de s’engager à l’écart des appareils politiques, certains qui cherchent à conjuguer antiracisme et question sociale tentent de prendre leur place dans les différents partis de gauche.  Pour ceux-là, le coup est dur, et vient ranimer les doutes: si la gauche gagne en 2012, la fête se déroulera-t-elle sans les Musulmans ? L’alternance politique sera-t-elle vraiment synonyme d’une autre politique musulmane pour la France ?

                        La gauche vient ici ajouter sa pierre à l’édifice des lois d’exception anti-musulmanes votées depuis 1989 et la première « affaire du foulard », visant à restreindre la visibilité de l’Islam (et notamment des Musulmanes voilées) dans l’espace public. Cette initiative du PS et du PRG confirme ainsi le tournant d’une laïcité libérale vers une laïcité répressive sous la poussée d’un racisme de plus en plus assumé, mais aussi d’un « intégrisme républicain » qui vient pallier au manque de courage pour assumer une alternative politique.

                        Cependant le simple fait que cette loi vienne renforcer le sentiment d’être stigmatisés en permanence des Musulmans ne constitue pas un argument en soi. Après tout, elle est peut-être nécessaire et reste « neutre » dans son application. L’argument est honnête si l’on reste dans la réflexion abstraite en ignorant le monde social. Car pourquoi modifier la loi, sensée s’appliquer à tous de la même manière, pour s’adapter à la nouvelle visibilité d’une religion minoritaire qui dérange ? Et quelle valeur accorder à une « neutralité » de plus en plus intransigeante avec les femmes voilées, mais qui s’accommode des manifestations publiques de la religion majoritaire ? Car du maintien du concordat d’Alsace-Mozelle, aux jours fériés catholiques en passant par l’organisation de la Fête des Lumières par la Ville de Lyon[2], les exemples d’exception à cette exigence de « neutralité » sont nombreux. Au fond, cette nouvelle laïcité, souple avec l’Etat et ferme à l’égard des individus, surtout si ceux-ci sont en position minoritaire, ne témoigne-t-elle pas d’une « révolution conservatrice » rompant avec la laïcité libérale de 1905 qui tenait à protéger la liberté religieuse des citoyens tout en  imposant la stricte neutralité de l’Etat?

                        A l’heure du printemps arabe, on peut attendre de la gauche qu’elle mette fin à une politique  musulmane aux relans coloniaux,  qui consiste à agiter les foulards d’une main et à acheter la paix sociale auprès des responsables de mosquées de l’autre. Si l’on est ambitieux, on peut également attendre d’elle qu’elle assume de donner toute leur place, rien que leur place, aux Musulmans de France. Par exemple en autorisant la création d’un institut d’études islamiques, comme le suggérait Mohammed Arkoun, qui permettrait de « réactiver la pensée critique au sein même de la pensée islamique » [3]. Car il est urgent de former des Imams qui sont aussi des citoyens français au lieu de confier systématiquement les mosquées à des responsables souvent étrangers et plus « dociles » politiquement.

                        En résumé il s’agit simplement de respecter la dignité des citoyens de confession musulmane et de leur donner accès à l’égalité tant espérée. C’est un programme ambitieux auquel la gauche ne devrait pas s’abstenir de réfléchir si elle ne veut pas poursuivre la politique de relégation des Musulmans aux marges de la citoyenneté. Mais c’est aussi aux Musulmans de prendre leur destin en main et de s’engager dans la vie de la Cité, chacun à sa manière, car cette proposition de loi émanant du Sénat vient leur rappeler que s’ils ne s’occupent pas de la politique, c’est la politique qui s’occupera d’eux.

 

 publié sur http://tammouzaldouri.blogspot.com/

 


[1] Le communiqué est disponible ici : http://www.islamophobie.net/articles/2011/12/01/le-senat-propose-une-loi-islamophobe

[2] Je précise que je ne suis pas pour l’interdiction de la Fête des Lumières. Je prends simplement cet exemple pour montrer les contradictions d’une vision stricte de la « neutralité ».

[3] Lire l’interview de Mohammed Arkoun ici http://www.saphirnews.com/Mohammed-Arkoun-La-necessaire-memoire-du-passe_a11887.html .

Tous les commentaires

Cher Tammouz,

 

La liberté et l'égalité des Musulmans en France s'exprimerait donc essentiellement par le fait que les femmes musulmanes sont voilées?

 

Ne comprenez-vous donc pas que pour beaucoup de Français (de toutes origines, y compris musulmane) ce voile montre l'inégalité des femmes et des hommes (eux ne sont pas obligés de cacher leurs cheveux) et donne à voir les femmes, dans une société laïque,  non comme citoyennes mais comme fidèles d'une religion?

 

Cela stigmatise deux fois ces femmes, ici. 

 

Il ne s'agit pas d'islamophobie, mais de l'affirmation des droits des femmes et de la laïcité, dans les termes qui sont partagés par la grande majorité des citoyens français, musulmans compris.

 

Que l'on permette aux Musulmans de pratiquer leur culte, que l'on favorise la diffusion de leur culture, que l'on combatte toutes les discriminations, est en revanche  le combat essentiel. 

J'aimerais une définition précise du terme: "islamophobe".

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