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Démocratie, résistance et mouvement étudiant
15/03/2009
Depuis le mois de Janvier, le rythme de vie des étudiants de l’IEP de Lyon est bousculé. Une grève enseignante s’est d’abord abattue comme un coup de tonnerre sur nos emplois du temps, premières victimes d’une colère d’autant plus ravageuse qu’elle fermente depuis de longues années. Dans le même temps certains étudiants éclairés –entre autre par ces mêmes enseignants- ont contribué à l’effort de mobilisation : discuter pour informer, s’indigner pour convaincre, éveiller. Mais avant tout, garder confiance ! Car l’indifférence des étudiants est d’abord une ignorance, donnez-leur des raisons de se lever si vous voulez les voir debout. La première Assemblée générale est convoquée, par les enseignants, et les premiers étudiants se réveillent, par solidarité. Lyon voit défiler les étudiants de l’IEP dans la rue, les manifestations se succèdent en Janvier et le noyau se forme. Les nouvelles têtes hésitantes se joignent à ceux qui sont convaincus depuis le début. La machine est lancée, qui l’aurait cru ? Quoi ! Sciences-Po monte au front pour l’Université ? Certains prophètes inspirés annonçaient déjà la mort du mouvement : il ne survivra pas aux vacances de février.
Seulement voilà, la flamme reprend de plus belle après le temps du repos. L’inévitable sentence, qui met tout le monde sur un pied d’égalité, s’impose ce 23 février. L’ombre du blocage avait grandi de jour en jour depuis la fin du mois de janvier. Certains voulaient passer à l’action le plus vite possible mais l’Assemblée avait tranché à chaque fois : rien ne pressait. Finalement c’est à la sortie des vacances que les choses s’accélèrent. Il y a un temps pour tout et c’était le temps du blocage, voila tout. Dès lors, la mobilisation franchit une étape. L’IEP devient le premier établissement « bloqué » de Lyon. Paradoxalement, le « blocage » des cours a « débloqué » les esprits, les énergies, les volontés étudiantes. Peu à peu ils prennent conscience des revendications, de ce qu’elles représentent, rien à voir avec le timide soutien aux enseignants du début de mouvement. Le mouvement devient celui de l’Université dans son ensemble. Le comité se crée et le travail s’intensifie, il y a beaucoup à faire. Chacun y met du sien. Les locaux sont occupés tôt le matin et désertés tard le soir. Se lever à 6h30 pour transformer le vide en un espace de vie et le faire avec le sourire, heureux de défendre ses valeurs. Ca doit ressembler à cela la liberté.
En observant ces moments partagés à l’image des repas collectifs, des discussions enflammés et du travail acharné, j’ai le sentiment réconfortant d’être sur le bon chemin, du côté de la construction. Il n’y a rien de plus stimulant que ce sentiment-là. Il n’y a aucun regret à avoir de tout ce qui s’est passé à l’IEP durant cette mobilisation. Une brèche a été ouverte. Un espace de vie s’est construit. La vie, la création, c’est l’essence même de la démocratie.
Il est vrai que c’est par le travail scolaire que j’ai appris la grande histoire de la Résistance française. Mais ce n’est qu’au cours de ces dernières semaines, et par un tout autre travail, que j’ai compris le sens véritable de ces grands mots qu’ont laissé comme héritage sacré, à nous la jeunesse, les résistants de la première heure: « Résister c’est créer, créer c’est résister. »[1]
[1] Appel à la commémoration du programme du CNR du 15 mars 2004 http://www.dailymotion.com/video/x1irg4_lyappel-des-resistants_events

