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Le corps humain est-il disponible pour le marché? par Sylviane Agacinski

Je vois dans Libération du 18 février que la position de Terra Nova est présentée sans nuance comme globalement favorable à la "gestation pour autrui" et évidemment "progressiste". Ayant lu le résumé du rapport sur "l'accès à la parenté", je vous livre quelques éléments à inscrire au débat.

 La parenté n'est pas un état mais une relation, un lien juridique établi à partir de la naissance d'un enfant. Elle est une liberté qu'on ne peut empêcher, non un droit qui donnerait lieu à une créance. Il n'y a ni droit à "être parent" ni droit à l'enfant. On se sert aujourd'hui de la notion de "parents d'intention" pour fonder un droit à l'enfant et donc, si nécessaire, l'usage d'une "mère porteuse". Mais, on oublie que cette notion est en fait le produit direct de la pratique même de la "gestation pour autrui": c'est en effet la cour de justice californienne qui, à partir d'un conflit entre parents commanditaires et une femme porteuse, à donné gain de cause à ceux qu'elle a appelés, après coup, les "intended parents", les "parents d'intention" (Johnson contre Calvert). On fait donc une pétition de principe lorsqu'on utilise cette expression comme allant de soi et comme si elle avait un sens en dehors de l'usage du corps d'autrui (usage de l'utérus ou des cellules).

La parenté est faite de devoirs qui résultent de l'établissement de la filiation d'un enfant. Cette filiation est établie soit à partir de la filiation naturelle, accouchement et reconnaissance paternelle, soit à partir de l'adoption. Dans le cas ou la procréation doit être assistée médicalement et recourir à un don de gamètes, il est nécessaire de recourir à une tierce personne pour substituer ses ovocytes ou son sperme à l'un des deux parents. On sait que l'un des grands débats bioéthiques actuels en Europe concerne la levée de l'anonymat du don procréatif de façon à assurer à l'enfant son droit à s'inscrire dans un ordre humain, c'est à dire à naître de personnes identifiables (ses géniteurs, même si ce ne sont pas ses parents), et non pas à avoir le statut d'un objet fabriqué à partir de matériaux biologiques anonymes.

Les limites éthiques de la procréation assistée reposent avant tout sur le droit de l'enfant, non sur un droit à l'enfant:

  • droit de l'enfant à ne pas être l'objet d'une convention ou d'un contrat ;
  • droit de l'enfant, qui est une personne, à n'être pas traité comme une marchandise (ce qui est le cas si sont vendus ou "indemnisés" la grossesse et l'accouchement) ;
  • droit de l'enfant à connaître les conditions de sa naissance, c'est à dire (même si les parents ne sont pas ou ne peuvent pas être les géniteurs) à savoir de quel homme et de quelle femme ils sont issus.

Il y a donc un progrès éthique vers une meilleure prise en compte des droits de l'enfant dans le cadre de l'Assistance médicalisée à la procréation. En outre, si la simple FIV (Fécondation In Vitro) peut être considérée comme une thérapie de la stérilité d'un couple, le recours à des tiers pour fournir des gamètes manquants n'est pas une thérapie mais la substitution d'une personne à une autre comme géniteur ou génitrice, ce qui est très différent.

Il reste que le recours à ces géniteurs de substitution, par la voie du don (encore anonyme pour l'instant) reste inscrit dans un processus médical destiné à pallier la stérilité d'un couple, que le problème vienne de l'homme ou de la femme. De ce point de vue, il est assez étrange de considérer que des couples homosexuels doivent être concernés par la médecine procréative. Car l'homosexualité n'a aucun rapport avec la procréation. Un couple formé par deux personnes du même sexe (qui a toute sa raison d'être) n'est ni fécond ni stérile et, dans cette mesure, n'a aucun besoin de la médecine. D'autre part, l'homosexualité n'affecte en rien la fécondité d'un homme, ni celle d'une femme qui peuvent donc, comme tout le monde, avoir les enfants qu'ils veulent, ce qu'ils ont d'ailleurs toujours fait et continuent de faire. La "coparentalité" est une façon de faire une nouvelle forme de famille avec un couple parental qui n'est pas le couple sexuel. Cela marche assez bien, sauf si l'on veut délibérément et a priori priver un enfant de père ou de mère.

Un père ou une mère ne se définissent par leur orientation sexuelle mais par leur sexuation : homosexuel ou non, un homme peut devenir père, et une femme peut devenir mère, mais aucun des deux ne peut occuper la place de l'autre sauf confusion des sexes préjudiciable pour l'enfant. Je ne suis pas sûre qu'il soit très "responsable" d'invoquer la psychanalyse pour justifier l'indifférence sexuelle des parents.

Maintenant si l'on considère que l'enfant doit pouvoir être l'objet d'une commande d'une ou de plusieurs personnes (pourquoi pas trois ou quatre? si le sexe des parents est indifférent, le deux n'a plus de signification), et qu'il doit être fabriqué par tous les moyens possibles, on entre dans une autre logique. L'enfant devient un produit désirable, et les techniques deviennent des moyens de le produire. On pourrait à la rigueur examiner ce point de vue, sauf qu'on ne peut considérer comme "une technique" l'usage d'une femme pour porter un enfant et en accoucher. De même, la vie d'une femme pendant neuf mois de grossesse n'est certainement pas "un procédé thérapeutique" (sic).

La surrogate mother, c'est-à-dire la mère de substitution, est une femme qui "met son utérus à la disposition d'autrui". Elle ne vit plus pour elle-même mais pour autrui, le temps de faire un bébé. Certains considèrent que le consentement d'une femme - généralement sans formation et sans emploi - suffit à fonder la légitimité de cette "pratique", exactement comme la "liberté" des femmes légitime la disponibilité de leur corps sur le marché du sexe. Alors que le marché procréatif s'étend où la loi le permet, que les femmes sont incitées à vendre leurs ovocytes ou à louer leur ventre à des prix variables en fonction directe de leur niveau de vie, on ne peut pas faire semblant de s'intéresser à la beauté des dons gratuits. La gauche "progressiste" s'intéresse-t-elle encore aux progrès sociaux et aux progrès éthiques? A-t-elle une vague idée des formes modernes de l'aliénation ou de l'exploitation? S'intéresse-t-elle à l'emprise du marché sur le corps des femmes? That is the question.

Tous les commentaires

Position intéressante ... La notion de droit à l'enfant/droit de l'enfant m'interroge, en effet.

La question de la GPA (Grossesse Pour Autrui) est complexe. Il y a un an, ICI j'avais tenté d'en présenter les facettes multiples à partir des travaux d'une commission de l'Assemblée Nationale. Le point de vue de Mme Agacinski est plutôt minoritaire et, si j'en juge par le texte ci-dessus, pour le moins malaisé à saisir.

Personnellement, comme pédiatre avant tout attaché à l'intérêt de l'enfant, il ne me parait pas du tout inconcevable d'imaginer un enfant se développant harmonieusement dans une "famille" où il serait arrivé par GPA, y compris si ses parents sont de même sexe. C'est dire si je suis loin de partager les vues de Mme Agacinski.

Deux arguments essentiels à méditer selon moi:

- Un enfant n'est pas et ne doit pas être considéré comme une marchandise, donc ne peut faire l'objet d'une transaction. L'esclavage c'était ça, vendre un être humain. Qui acceptera de dire à son enfant qu'il l'a acheté? Et combien vaut un enfant?

- Les femmes qui accepteront de louer leur corps seront des femmes pauvres contraintes à le faire pour raisons financières. Je serais tentée de dire que le jour où des femmes riches et/ou diplômées seront prêtes à louer leur corps neuf mois au lieu de prendre un travail bien payé on pourra reconsidérer la question.

Cela n'empêche pas de penser qu'en effet un enfant peut parfaitement s'épanouirdans une famille d'homosexuels, ce n'est pas le même débat.

En matière d'adoption (voire de vente), je partage entièrement votre point de vue.

 

- Et oui, hélas, les enfants s'achètent, même si des sommes sont versées à des intermédiaires, à des dons pour les orphelinats. Au delà de ce principe contraire aux droits humains les plus élémentaires, qui peut payer ?

 

- D'autre part, il est courant au Brésil et dans d'autres pays dont des départements français que des femmes louent leur corps pour satisfaire des couples sans enfant (situation triste j'en conviens) mais suffisamment fortunés pour les payer.

 

Il y a en effet une réflexion globale et des conséquences à en tirer. Au niveau national et international. De toute urgence.

 

Sauf à vouloir là encore maintenir le statu quo en toute hypocrisie. Ce que je n'espère pas personnellement.

Je le partage, également, Marie Lavin, car il s'agit là d'une conception éthique très utilitariste : le bonheur étant un droit, toute action est bonne qui permet le bonheur d'un groupe de personnes, finalement.

Cela dit sans nier d'aucune manière la détresse et le désir d'enfant des couples concernés.

Marie,

Qui a parlé de marchandise? Y faire référence, c'est un peu comme botter en touche, ce me semble.

Qui vous parle de "louer" son corps? Voyez un exemple britannique évoqué.

Dans la plupart des cas de procréation pour autrui , cher M Philips il s'agit de rétribuer la "location" d'un utérus, il y a donc, qu'on le veuille on non, échange d'argent contre un enfant. C'est uniquement sur cet aspect des choses que je me prononce.

Par ailleurs j'ai du mal à croire, alors que je suis d'accord avec Elisabeth Badinter pour dire qu'il n'y a pas forcément d'amour maternel "naturel", que porter un enfant soit pensable sans le projeter dans l'avenir, sans "échanges" avec cet enfant, sans investissement affectif.

Marie,

Dans la vie, il y place aussi pour autre chose que la location. Il y a place pour le don, pour la générosité, pour le partage. Nous acceptons bien le don d'ovule ou de sperme, ne pourrions-nous pas imaginer un don "d'hébergement utérin"?

Mais je veux respecter tous les points de vue et il est bien normal que sur un sujet aussi sensible, il faille laisser du temps au temps. Et votre position sur la mentalité d'une femme enceinte témoigne d'une évolution des idées: sans doute comme vous, il y a 50 ans, n'aurai-je pas accepter cette conception!

Cher M Philips, donner oui mais ce n'est déjà pas simple de donner un rein  (voir ce que disent Baudelot et sa femme dans "une promenade de santé") alors donner un ovule pose un certain nombre de problèmes, mais passons. Cependant cela ne me semble pas comparable à ce que vous nommez "hébergement utérin", j'ai bien du mal à croire qu'une femme saine d'esprit acceptera d'être enceinte neuf mois avec les conséquences que cela implique puis d'accoucher, avec aussi  l'obligation de ne pas s'attacher au futur enfant puis de le laisser,  le tout gratis....Franchement vous connaissez beaucoup de femmes sans besoin financier pressant  qui accepteraient cela? Je demeure convaincue comme S Agasisnki que ce seront les femmes sans emploi et pauvres qui seront les victimes de ce système. Ne voit-on pas déjà des femmes indiennes porter des enfants pour des citoyennes aisées des Etats-Unis? Croyez-vous qu'il s'agisse d'Indiennes riches et altruistes qui font un don d'hébergement utérin? Tout ce que j'envisage moi et avec horreur ce sont des hommes qui pourront imposer cela à leurs épouses pour gagner de l'argent....

Marie,

Tout ce que vous évoquez est juste. Cependant, je pense que sur un sujet si important du point de vue des principes, il faut aller au delà. Je veux dire "encadrer" la démarche. Comme pour tous les dons, il y a risque de dérives, donc nécessité "d'encadrement". C'est ce qui existe pour les IVG, pour les démarches de type euthanasie, par exemple. Bien à vous

agaçante Sylviane. Il manque à son tableau le désir d'enfant qui me parait fondamental dans la procréation. Un enfant non désiré est un drame : pour l'enfant comme pour ses parents. Et c'est là qu'intervient l'enfant aussi pour les homosexuels. Le désir d'un enfant, c'est le désir d'avoir un enfant de l'être aimé. Ce désir existe et les couples homosexuels avec enfant peuvent faire aussi d'excellents parents responsables. Pourquoi les en priver ? 

Ok pour  droit "de" l'enfant et non droit "à " l'enfant. Déjà rien qu'avec ça on peut ....partir du bon point de fuite. L'enfant.....l'avenir, qui est un temps de convergence, avant de devenir un point de fuite.

 Ensuite....ben oui, l'éthique, c'est forcément.....l'essence de tout acte médical.

Mais après, comment dire, il faut certes légiférer en France pour ne pas dériver, et surtout que les pays voisins qui ne conçoient pas les choses comme nous, nous les concevons, ne puissent entrer en conflit par des tribunaux et des avocats....peu scrupuleux.

Il y aura la loi française, en attendant autre chose.

Puis est ce que la médecine doit résoudre des problèmes qui se rattachent à la psychanalyse, alors que les avortements tardifs manquent de médecin,l'acte étant si peu rémunérateur, et puis ce médecin on lui demande d'assassiner sous couvert de loi, d'agir sur l'irresponsabilité d'autrui, pensez vous que vous ne deviendriez pas glinglin, qui que vous soyez, car ceci est le reniement de votre engagement?

Ne mets-t-on pas la charrue avant les boeufs, aidons les médecins avant de faire des lois?

Rendons à la médecine le corps, et gardons aux Freudiens l'esprit, mais si la frontière n'est pas tracée d'emblée entre les matières humaines, corps, esprit, et autre chose, ....on se pomme, on pomme les autres, et tout fout le camp.

Oui, laissons à César sa césarienne, et à Freud ses oiseaux, et les hommes aux femmes,et les homos aux homos, et tout à tout.

Mais faudrai  légiférer les corps sont des "sanctuaires", ou sang que tu aires, c'est sûr. Et quand dit Axel Khan?

Oui, Gourdon, il est des questions qui sont plus des questions de société que des questions médicales proprement dites, telles la gestation pour autrui ici, ou l'euthanasie légalisée, à laquelle vous semblez faire également allusion. Il me semble donc naturel que la société en discute et en débatte, et qu'elle le fasse vraiment.

Mais sans oublier que ce sont bien les médecins et/ou leurs techniques qui seront parfois convoqués pour appliquer les éventuelles lois à venir. Et que cela pose question (en tout cas à moi) ... Il faudra donc aussi réfléchir à ce qu'est la mission de la médecine, au service de quoi, et jusqu'où, même dans une perspective de l'amélioration de la qualité de vie d'humains. Mais jusqu'où, et où sont les limites du soin ? Qu'est-ce que la santé, sur laquelle nous sommes jusqu'à maintenant supposés veiller ? Qu'est-ce que le progrès, ici ? Les médecins de demain n'auront peut-être plus tout à fait les mêmes missions que celles pour lesquelles j'ai été élevée à la fac.

Bon, mais je suis médecin, pas vrai, c'est à moi (mes confrères) qu'on demandera de faire la piqûre ou l'insémination, ou autre. Sans doute pour ça que ça m'interpelle ainsi ? Par ailleurs, je ne prétends pas détenir une vérité. Mais tout paraît tellement évident (le droit à ...), parfois, quand je lis certains commentaires ou articles, ici et ailleurs ...

Par contre, ces questions sont-elles plutôt dans le champ de la psychanalyse ? Je n'en sais rien ...

Quant à Axel Kahn, je ne sais s'il a écrit quelque chose sur le sujet de la procréation assistée et de la gestation pour autrui. Sur l'euthanasie, oui (L'ultime vérité ?).

Je pense juste, qu'il est utile de différencier, en tout lieu, en toute acte, en tout, on ne peut réduire les choses à des lois, une vie à un geste, les médecins destabilisés par l'épisode de grippe, gérée de manière plus que desastreuse, par un ministre absent, et pour cause.

Nous manquerons de gynécologues, d'obstréticiens, d'ophtalmologues, de généticiens, de chercheur en science, et donc nous nous perdrons, car notre univers doit se coustruire sur un savoir étendu.

Toute science non partagée est en partie perdue. Petits détails, grandes conséquences, on perd les gens dans leur intimité, on instrumentalise les media, on fait du rambam, et pendant ce temps, on anesthésie avec moins de sécurité, mais tout va bien, puisqu'il suffit de penser que tout va pour le mieux dans le meilleur des possibles. Sauf que justement, faudrait un peu voir si la politique peut encore agir, ou bien si elle est pied et main lié au pouvoir de l'argent....ce que je crois fortement. et Malheureusement. 

Pour l'avortement tardif, ce que je pense en tant que "médecin" aussi, je ne serai jamais amené à pratiquer cet acte parce que les animaux, proche maquette des hommes, ces questions ne sont donc pas dans notre sphère.

L'animal est soi une production, soit un objet de luxe.....qui diminue l'utilisation des anti dépresseur et régule la pression artériel, et quand on le mène dans une maison de retraite.....fait disparaitre les conflits chez les personnes du 4ième âge.

En revanche, l'euthanasie même si je concède est indispebnsable pour nous, je ne la concevrai jamais pour les hommes. C'est une regression de la médecine: nous naissons, nous travaillons, puis tiens...."on" vous endort, et jamais la question des dérives ne se posent dans l'esprit de ces personnes qui pratiquent ces actes. Mais qu'ont -ils lus? Le meilleurs des mondes, 1984?

Enfin, ce que je reproche à la politique actuelle, et sa coupure, ce coté Me Irma, cette illusion. Ce que je reproche à mes contemporains, c'est le chacun pour soi et dieu pour tous, c'est l'idée du mélange, le déphasage des données. Est ce que Agansinsky ou Terra nova pensent que des données aussi difficiles à appréhender, comme la procréation assistée, l'euthanasie, même tiens une épidémie de rougeole peut être versée aux débats public, quand avant d'en arriver là.....il faut partir de ce que vivent les peuples, avoir la main dans la boue.

Le politiquue est le tronc qui relit la terre au ciel, pour penser agir, il fait la navette entre la base et le sommet. Et quand "ils" disent que c'est un métier! Non ce ne peut êtyre un métier.

Il y a ....20 ans, il y avait eu un papier dans "lire" sur les coktail lythique, dans les stades terminaux de cancer.

Pour ma part essayons  de délimiter les domaines, comme Agasinsky sait très bien le faire ou vous, ou moi ou Plenel, ou qui sais je Hubbert Reeves ou Axel Khan, "et l'homme dans tout ça?"

Mais ce débat reste malgré tout intéressant.  A bientôt.

Anne,

Je vous rejoins sur tout. Avec aussi cette petite précision qu'il n'est jamais exigé d'un médecin d'aller à l'encontre de ses conceptions éthiques, en particulier quand il est question d'avortement. Il devrait en être tout ainsi pour ce qui a trait à un geste entrainant la mort. Se limiter au volontariat.

Bien sûr, c'est la moindre des choses. Je crois d'ailleurs que ces "clauses de conscience" sont prévues dans les textes légalisant l'euthanasie.

Mais cela ne doit pas dédouaner d'une réflexion plus générale.

Il me semble que quiconque ayant été confronté de près, ou grâce à des témoignages, à la détresse profonde de personnes ayant des doutes sur leurs origines ne peut qu'aller dans le sens de Mme Agacinski. Adoptions non avouées, accouchement sous X, que de souffrance pour les enfants devenus adultes.

Sur la question du prêt, ou de la location d'uterus, pourquoi pas... mais les femmes qui font cela sont elles conscientes des risques? Une grossesse n'est pas quelque chose d'anodin me semble-t-il.

je ne pense pas que les femmes qui portent des enfants pour autrui le fassent à la légère… cela  ne me paraît pas envisageable; cependant, il faut remarquer que la grossesse (gestation…) est un état qui ne sied à personne de la même façon! personnellement, j'ai eu deux enfants, avec grand bohneur aujourd'hui mais sans grande félicité pendant cette fameuse gestation!!! je ne pense pas que je serais capable de le faire pour autrui!!! même dans la dêche la plus totale!

 À oliv92, "conscience du risque"… cela me laisse très, très rêveuse pour parler d'une grossesse!!! 

 

 

Il me semble, cher Oliv92, que les exemples que vous citez n'ont rien à voir avec l'homosexualité décriée par Sylviane Agacinski mais avec des enfants non désirés, en particulier après des viols. Or, l'enfant d'homosexuels ne présuppose nullement de garder le secret sur l'origine génétique. 

A Ben : vous n'avez jamais entendu parler de grossesse extra-utérine? (par exemple)... qui peuvent conduire à l'infertilité. Une grossesse comporte evidemment une part de risque.

Madame Agacinski continuez votre combat contre la gestation pour autrui. Je suis en révolte profonde contre ce concept. Et cela s'est encore renforcé depuis que j'ai vu le reportage sur France 2 dans l'émission "envoyé spécial" sur les mères porteuses en Inde. C'était insupportable de voir ces femmes parquées dans des dortoirs. Elles n'avaient vraiment pas l'air heureuses. Pourquoi cette marchandisation ? Pour acheter un frigo, un meuble.... L'exploitation humaine poussée à ce stade c'est atroce ! Je ne comprends pas pourquoi Madame Badinter qui s'insurge contre l'allaitement défend la GPA même non rémunérée. Toutes les femmes auront à pâtir de cette marchandisation de leur ventre. Françoise Lhéritier se pose la question de l'émancipation possible des femmes grâce à la GPA car elles n'auraient plus le poids de la procréation sur leurs épaules. Ce qui est la source première de la domination masculine. J'ai vraiment du mal à y croire. Cela me fait plutôt penser aux femmes allemandes recrutées par les nazis pour procréer pour la nation. C'est glaçant !

Myette,

Comment ne pas vous rejoindre dans votre révolte, totalement justifiée...mais qui a trait à autre chose. Autre chose de tout aussi important, plus même, la misère.

En aucun cas, quel que soit l'objectif de ceux qui défendent la GPA, on ne doit remettre en cause la dignité des gens.

Les réticences concernant les GPA ont déjà été énumérées par les précédents commentaires, et les dérives qui feront que des femmes porteront un enfant pour de l' argent parce qu'elles sont pauvres, seront inévitables . 

De plus, une mère-porteuse peut développer un lien affectif avec le futur enfant (sans le nommer instinct, l' Homme étant un être sensible et mental, cela peut être à l' origine d'un sentiment d' affection), et à des désagréments physiques (il y a même encore des femmes qui décèdent en accouchant),  peut s' ajouter une souffrance psychologique au moment de la séparation, voire un sentiment de culpabilité.

Et puis très important  pour moi, c' est l' enfant... qu'on semble souvent oublier dans ces débats. Les individus ne réagissent pas tous de la même façon,  et prendre le risque volontaire d'un éventuel mal-être d'un être humain dû à une recherche sans réponse de ses origines, c' est irresponsable, et égoïste.

Dire "personnellemnt, je ne vois pas d'inconvénient à ..." montre avec quelle légèreté on prend la chose; il ne s' agit pas que chacun se fasse empiriquement son idée; ce genre de choix ne devrait pouvoir se faire qu'à l' issue d'une étude sérieuse d' adultes ayant vécu ce genre de situation, pour légiférer en connaissance de cause, et les conséquences que l' on peut craindre vont bien au-delà d' "inconvénients".

Dire que le "désir d' enfant" justifierait de prendre ce risque me sidère. Certains estiment que "l'instinct maternel" n' existe pas, d' autres que le "désir d' enfant" est une priorité ... et on en oublie que l' enfant n' est pas un objet destiné à satisfaire des adultes, qu'il deviendra un adolescent et un adulte capable de souffrir, sans compter l' éventuelle souffrance de la femme qui l' aura porté. Durant l' enfance, les choses sont en général faciles; c' est au moment de l' adolescence que les problèmes jaillissent.

Au nom de quoi peut-on risquer de faire naître un être qui pourra souffrir de ce choix, pour éviter à des adultes la souffarnce de ne pas pouvoir procréer? Une souffrance non choisie ne peut justifier de créer une souffrance volontairement, même si ce n'est pas à 100% certain.

 

Sans compter que cet être peut souffrir bien avant l'adolescence, mais tout de suite, dès la naissance, voire avant  ..

Quid, s'il est porteur d'une maladie ou malformation ?

Quid, s'il faut, après un diagnostic anté-natal sur une échographie par exemple, discuter entre une interruption de grossesse, ou garder ce bébé et envisager de l'élever  avec un risque, voire une certitude d'une affection chronique ? Qui décide, la mère qui porte (et subira éventuellement l'interruption de grossesse) ? Les parents qui ont "commandé" cet enfant ?

Quid si le triple test dépiste un risque de trisomie ? Qui décide de la pratique d'une amniocentèse ? Quid si la mère porteuse ne veut pas subir d'amniocentèse (après tout, ce n'est pas elle qui va l'élever, ce bébé ...), et les parents en attente le souhaitent (ou l'inverse, d'ailleurs ...) ? Quid, après un diagnostic posé, si elle ne veut pas subir d'interruption de grossesse, et si les futurs parents, eux, ne veulent pas d'enfant trisomique ? Qui décide ?

Ce n'est déjà pas simple pour soi-même, toutes ces questions, au moment d'une grossesse ...

Elles ont par ailleurs peut-être déjà été traitées dans le rapport cité dans l'article, il faut que je prenne le temps d'aller le lire, du coup ...

Le désir d'enfant, oui, bien sûr ... mais l'enfant qui arrive n'est pas toujours tel qu'on se le représente, et ce dès avant la naissance. C'est là qu'est l'aventure, aussi, et par les temps qui courent, on ne veut plus trop d'aventures, dans ces domaines.

Josie,

 

Ce que vous écrivez est bien évidemment  juste. En même temps se pose la question des autres contingences avec lesquelles tout être humain doit vivre.

 

La difficulté de ce type de questions  est qu'elles s'inscrivent dans un ensemble beaucoup plus vaste avec lequel elles interagissent. Peut-on considérer "définitivement" comme contraire à l'éthique le fait que des femmes pauvres, parcequ'elles sont pauvres, louent leur utérus, sans s'interroger sur l'utilité d'un tel revenu pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants (par exemple) ?

 

 N'y-a-t-il pas une prédisposition des être vivants (de la vie en général) à vivre "sur le dos" d'autres être vivants ?

 

Et l'analyse à travers le "droit de l'enfant" ne permet pas vraiment de résoudre cette délicate question. Que vaut-il mieux, souffrir d'interrogations sur ses origines ou souffrir d'autres situations de la vie ? J'imagine que personne n'est vraiment en mesure de répondre à cette question puisque ce type de problèmes est "auto-réalisateur" (càd que les actes pour faire face audit problème interagissent avec l'expression du problème lui-même).

Désolé d'insister, mais je trouve ce problème des mères porteuses mal posé :

- à propos de la marchandisation du corps humain = ce n'est pas en se voilant la face qu'on résoud un problème. Les nourrices qui vendent leur lait aux mères qui en sont privées pour nourrir leurs bébés font de la marchandisation depuis longtemps sans que cela ne choque qui que ce soit. Louer un sein ou un uterus ne me semble pas très différent au plan éthique.

- à propos de l'opposition droit de l'enfant/droit à l'enfant = le droit de l'enfant c'est la reconnaissance d'un droit à son intégrité physique et morale et à une lutte contre tous les abus qui touchent à l'enfance. Cela n'a rien à voir avec le droit à l'enfant qui est le droit de pouvoir avoir des enfants quand on en a envie (préservatifs et IVG pour empêcher d'en avoir quand on n'en a pas envie, recours aux progrès médicaux ou à l'adoption pour en avoir quand on en a envie et qu'on ne peut pas en avoir).

Le seul problème qui vaille est donc celui qui se pose pour les OGM : si la science permet de faire des enfants non plus de manière réglée et sexuée mais sur commande à n'importe quel moment et dans n'importe quelle condition, doit-on pour autant en avoir sur simple manifestation d'une envie ? La réponse assurément est non car avoir un enfant a des conséquences sur le long terme pour soi-même et pour l'enfant. Cette responsabilité doit donc être mûrement réfléchie et mise à l'épreuve. Cela ne veut pas dire qu'elle doit être interdite mais que la balance avantages/inconvénients doit être pesée et évaluée.

Ce n'est pas ce que dit Sylviane Agacinski en voulant interdire aux homosexuels ce qui peut être autorisé aux hétérosexuels.      

Lincunable,

Je vous suis totalement dans votre raisonnement jusqu'à votre "doit-on pour autant avoir un enfant sur simple manifestation d'une envie? Non assurément..."! Car enfin, depuis la nuit des temps, des milliards d'enfants ont été et sont encore conçus dans le monde, non seulement sans aucune envie mais même sans aucune idée qu'une grossesse était envisageable!

Dans les démocraties, aucune loi n'intervient pour tout ce qui concerne la conception. Elle n'y met aucune condition! Un enfant est donc considéré avant tout comme le fruit d'une relation, la loi n'impose pas sa reconnaissance sauf en ce qui concerne un nom: celui que les services sociaux lui donne!

PS Ce commentaire n'étant pas un encouragement à "je sème à tous vents!"

Même si dans son texte, S. Agacinski parle à un moment donné du désir d'enfants des couples homosexuels, l'ensemble de sa position sur la gestation pour autrui ne se rapporte pas à ces seuls couples, ai-je l'impression, à la relecture. Il s'agit bien aussi du problème posé par le fait d'utiliser une femme comme une technique thérapeutique, en quelque sorte, quels que soient les couples parentaux qui le demandent. C'est aussi ce qui était en discussion dans les commentaires plus haut.

Quant à l'aspect "marchandisation"  on pourra discuter à propos de mettre sur le même plan le fait de tirer du lait et de le vendre , et le fait de créer et porter un enfant pendant neuf mois, puis de le mettre au monde , avant de le remettre à des parents (avec tout ce que ces étapes impliquent). Discuter ou questionner n'est pas forcément se voiler la face.

Il ne me semble pas que la seule question qui vaille soit seulement de s'assurer que le projet-enfant est bien muri et pesé (c'est indispensable, vous avez raison). Ce pourrait être aussi de savoir si tout est recevable pour y parvenir, techniquement ...

Si cette question met sous tension, elle est à bien mettre en débat, avant de la régler par la loi. Le problème, c'est aussi : comment faire débattre la société ?

Et dire que dans le même temps on interdit une affiche qui représente un corps de femme nue dans un caddie alors que certains souhaitent la GPA.

 L'affiche était provocatrice, féministe, libératrice. La gpa est son contraire.

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