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Etres Français

Les identités françaises sont plurielles, d'ici et d'ailleurs. Elles constituent La France de Farouk Mardam Bey, d'Edwy Plenel, d'Elias Sanbar[i], et la mienne, une France qui n'est pas exclusive, obsédée par les racines, par la pureté, mais une France ouverte, issue de rencontres entre des cultures différentes, une France métissée. Un Français d'un pays étranger a des chances de se sentir différent des Français de France, étranger à eux, même s'il est né en France.

Les Français des colonies se sentaient eux aussi à leur époque différents, parfois trahis et incompris par des Français de la métropole. Ils reconstituaient sur place une France aux couleurs locales. Et pourtant, ils n'étaient pas si différents de la métropole dans la mesure où ils étaient moins dans un rapport de rencontre avec la population indigène ou locale que dans un rapport de domination. La culture française s'imposait aux colonisés, en particulier à leurs élites, comme la « civilisation ». Elle devait les sortir du despotisme, des ténèbres où ils étaient. La fin de l'Histoire, occidentale, était la démocratie et les Droits de l'Homme, les principes de la révolution française. Les élites indigènes ont pris conscience du paradoxe entre cette culture civilisatrice et les réalités de la colonisation.

C'est au nom des principes démocratiques bafoués qu'ils ont lutté pour leur liberté et leur indépendance d'abord vis-à-vis de la puissance coloniale, puis récemment vis-à-vis des régimes oligarchiques et néo-colonialistes qui lui ont succédé dans les pays arabes. Les peuples arabes ont récemment clamé leur volonté de parvenir à la fin de l'Histoire occidentale telle que la puissance coloniale leur avait enseigné.

Une page de cette Histoire occidentale et coloniale est tournée. Les Français des anciennes colonies qui sont aussi des Algériens, des Tunisiens, des Syriens, des Marocains, doivent à présent développer leur « francitude » en puisant dans la culture du monde arabe pour enrichir et renouveler l'idée démocratique occidentale qui traverse aujourd'hui une crise profonde. Ainsi, l'avenir de la France se déclinerait au pluriel dans la multitude des solutions possibles dépassant l'horizon occidental pour retrouver un nouvel horizon, à la fois d'Orient et d'Occident.


[i] Farouk Mardam Bey, Edwy Plenel, Elias Sanbar, Actes Sud, 2011

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Il y a également des Français d'origine asiatique. Pourquoi n'est-il pas précisé ici que la France s'ouvre de fait à leurs cultures?

J'ajoute que la France "s'ouvre", ce qui ne signifie pas qu'elle se perde ou se confonde avec les autres cultures. Comme le font tous les autres pays, même ceux qui ont été récemment colonisés, elle associe des traces de toutes ses expériences, mais en gardant des repères de son identité.

La France est surtout plus belle...quand elle est moins polluée!...peut importe les couleurs?...je parle de pollution de l'air...

Merci beaucoup de cette réflexion!

JCD

oui, c'est vrai : merci !

et en fait doublement merci, car je viens de voir la subtilité du titre de votre billet, dont je n'avais pas vu la marque du pluriel d'un nom que j'avais pris initialement pour un verbe en lisant trop vite ^^'

chère Thi,

n'est-il pas aussi risqué de vouloir définir la France, uniquement comme un mélange de ce qu'elle n'est pas ?

En cuisine, les seuls plats qui se définissent comme des mélanges de ce qu'ils ne sont pas, sont les purées Blédine et les soupes de ma grand-mère, que dans la famille on appelle la soupe "j'y fous tout".

Bref, de la nourriture adaptée pour les nourrissons et les vieillards, qui ont le point commun de ne pas avoir de dents, les uns, pas encore, les autres, plus à l'avenir.

Tous les autres plats ont une forme qui leur est propre, ils ne se réduisent pas à la somme de leurs parties, ils sont un assemblage de leurs parties qui forme un tout singulier.

Il y a à mon avis beaucoup de crispations autour de la question de l'identité de la France, et beaucoup d'incompréhensions, parceque chaqun défend quelque chose qui lui semble important sans chercher à le concilier avec ce que les autres défendent, et en croyant même que ce que les autres défendent menace ce qu'il défend.

Concilier l'ouverture aux autres avec le fait d'exister soi-même en tant que soi-même, en tant qu'un tout singulier, et non en tant qu'un simple mélange de ce qui n'est pas soi-même.

Non ?

Christel a mis en ligne un entretien passionant à ce sujet:

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/christel/130911/la-difference-notre-difference-voulue-ou-choisie

D'accord avec vous sur le fait d'être singulièrement soi-même.Mais on est au croisement de plusieurs cultures et influences du fait des déplacements, les siens propres et d'autres qui se sont multipliés avec la mondialisation..Etre Français, c'est admettre cette pluralité

 

On peut admettre cette pluralité, sans pour autant penser qu'il faille l'admettre pour être français.

Sans certitude, je dirais qu'il devrait y avoir dans chaque pays une certaine volonté collective de vivre ensemble, au dessus de laquelle personne ne pourrait se placer pour imposer de nouveaux arrivants, ou pour expliquer à quelles affirmations il faut adhérer pour pouvoir appartenir à cette collectivité.

A la volonté collective de dire qui est accueilli et sous quelles conditions, et selon quel processus d'intégration, et à quelles affirmations il faut adhérer pour être admis ou ne pas être exclu.

A chacun aussi de ne pas considérer que l'autre a le devoir de vivre avec lui.

Je crois que selon Rousseau, le contenu du "contrat social" est justement que l'on décide de considérer le choix collectif comme le seul légitime, même si ce n'est pas le notre, et pourvu qu'il ait été fait dans le respect de tout le monde. Et il me semble aussi que personne ne doit considérer l'autre comme ayant le devoir d'accepter ce "contrat".

Préserver la paix dans une société, c'est préserver ce contrat en ayant conscience de sa fragilité, et du fait que l'on ne donnera pas envie à l'autre de vivre avec nous si on commence par nier sa liberté de ne pas vivre avec nous.

 

Votre réflexion est intéressante et pose des questions. Comment se constitue cette volonté collective? Quel est le rôle de l'Etat, des élites? L'Etat a joué et joue un rôle important dans la définition de la nation, de l'Etat-nation. Je pense que c'est aussi aux individus de jouer leur rôle et de tisser un lien social fondé sur le contrat de la réciprocité, du partage d'une culture nationale et locale et d'autres cultures. Il ne faut pas que cette volonté collective soit exclusive, mais inclusive et respectueuse des libertés individuelles.

D'accord sur les dangers que, j'ai l'impression, vous soulignez. Que l'Etat impose une culture nationale sans laisser les gens la construire par eux mêmes. Ou qu'une majorité ne respecte pas des minorités ou individus, au point que ceux-ci n'aient plus, à juste titre, envie de vivre avec la majorité : ce serait ici la majorité qui casserait le contrat social et la paix.

Il reste à placer dans ce tableau d'une société, une chose que j'ai bien du mal à placer : son passé. Il me semble que comme les individus, les sociétés sont des "touts" qui ont leur vie propre, leur culture propre, leur histoire propre. Leur histoire étant souvent bien plus longue que celle des individus qui leur appartiennent momentanément, et pouvant se terminer un jour, comme on l'imagine pour les "civilisations disparues". Les sociétés habitent aussi un lieu, comme si elles étaient "l'esprit du lieu", l'esprit qui habite en ce lieu.

Une culture nationale doit pouvoir être construite par les gens du présent, chacun devant respecter une certaine liberté des autres de choisir ce qu'ils veulent amener, sans vouloir totalement controler ce que les autres amènent. Une culture nationale doit aussi pouvoir se renouveler.

Mais quel est le poids du passé ? Si une culture nationale était une fresque que peignent ses membres successifs, et qui a commencé à être peinte au moment où est née la société qui la peint, quel raccord doit-il y avoir entre la partie de la fresque qui se peint à présent, et ses parties déjà peintes ? Qu'est-ce qui doit persister ? Qu'est-ce qui, dans "l'esprit du lieu", doit être respecté ? Y-a-t-il des choses dans le lieu, devant lesquelles tout individu membre de la société, devrait ôter son chapeau, en signe de respect, comme si c'était le Dieu maitre des lieux ?

Dans cette question aussi résident je crois, des sources de crispation identitaire, qui sont parfois mes propres crispations. Peut-être que je fantasme dans ma perception du réel, mais peut-être que j'ai raison de penser que pour un membre d'une société, le passé culturel de cette société devrait être un héritage qu'il devrait considérer comme le sien, "l'esprit du lieu" où il vit comme quelquechose qu'il doit respecter. Qu'en pensez vous ? De quelle manière selon vous, doit-on respecter l'héritage culturel de la société dans laquelle on vit ?

 

 

Samuel_, je me pose les mêmes questions que vous.

 

Mais j'ai remarqué que sur Mediapart il était malheureusement impossible de dialoguer à ce sujet. Du passé faisons table rase car il est dépassé et erroné, la France est métissée, sa culture est plurielle, l'identité et la nation sont des notions de droite etc..

 

Content aussi de ne pas être seul sur Médiapart à me poser ces questions (même si il y a quand même des lieux où elles sont posées, même sur Médiapart).

J'ai l'impression qu'elles ont été sorties du champ de délibération de la démocratie, par le procédé qui consiste à dire que toute réponse autre qu'une certaine réponse politiquement correcte, est immorale ou stupide ou ignorante, et bien souvent les 3 à la fois.

Mais cela n'empèche pas d'avancer dessus, en demandant par exemple à des gens ce qu'ils en pensent, et notamment à des français d'origine étrangère quel est leur rapport avec le passé culturel de la France. Peut-être qu'on arrivera ainsi à trouver des réponses dans lesquelles se complètent toutes les choses qui aujourd'hui paraissent difficiles à concilier ?

 

Oui, voire cette réflexion est taxée de droite, raciste, néo fasciste ou néo-pétainiste. Rien que ça Innocent

 

Cette forme de pensée, qui se croit investie d'une mission "antiraciste", semble méconnaître qu'elle s'appuie sur un virage à droite de la gauche, qui a abandonné (a) les ouvriers et (b) des pans entiers de réflexion... à la droite extrême, qui en fait ses choux gras.

 

Le pire est qu'il n'est pas non plus certain que sa stratégie lutte réellement contre les fondements du racisme...

 

Voila, c'est presque trop beau pour être vrai, nous risquons même de nous ennuyer, puisque nous sommes surement d'accord sur l'essentiel. Rire

Il serait bon il me semble, d'interroger les gens sur leur perception de cet héritage culturel, et la manière dont ils veulent se l'approprier et se le partager, tout en se partageant aussi des nouveautés bien sur...

Chaque "être" est exotique , c'est en cela qu'un pays peut être multiple en ce qui concerne la notion d'identité .

Je me suis sentie plus proche de tas de personnes d'origine étrangère non pas parce qu'elles étaient étrangères, mais parce que le point de départ était plus évident que nous étions "autres" et ainsi notre proximité plus facile à exprimer :je pense que c'est une erreur de se croire "semblable" .

Cela me semble une erreur et surtout une peur que de se penser dans "une même identité nationale" de départ : la fraternité universelle est un fait ,et comme toutes les fratries se nourrit de ses différences, un peu comme les hommes et les femmes qui sont dissemblables et pourtant dans une humanité commune .

En fait en se pensant "pareil " , on se découvre "autre" d'où des malentendus , mais en se pensant "autre ", on arrive à se sentir parcellement "pareil " avec moins de malentendus, car cela évite les dérives narcissique ou grégaires.

Cela amène aussi à l'idée que l'"autre" est un plus comme "soi" l'est pour l'autre . Je crois que le dépassement de l'ère colonialiste sera atteint quand être soi sera de part et d'autre une évidence et non une surenchère pour se prouver nos différences .

Il en sera de même pour l'homme et la femme .

Cela se voit déjà pour certains et certaines jeunes gens ,même si une partie de la population cherche toujours à exarcerber des différences d'une manière superficielle .

Oui, ce qui compte, c'est bien l'humanité. Mais pour comprendre l'Autre, il faut faire aller vers sa culture. On est tous d'influences plurielles, surtout si l'on s'est beaucoup déplacé..

A voir : nos identités nationales en question et en photos sur www.patriaobscura.fr

Être être humain tout simplement. Le métissage est une donnée internationalement nationale et inversement. C'est cela la bonne nouvelle pour nous tous sur cette Terre commune. Je partage par expérience les propos de Boris Carrier. Merci pour votre billet.

La grande question, surtout, serait de savoir quand les peuples vont enfin réaliser que le nomadisme, les mouvements de gens et de tribus (et là je parle aussi des tribus qui se considèrent "civilisées") ont TOUJOURS existés, depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos jours. La "Mondialisation culturelle" (que je différencie de la "globalisation" - la première étant positive puisqu'il y a transfert de savoirs, la seconde négative en raison de l'effacement des cultures qu'elle engendre à cause d'une "pop culture commerciale" sans véritable savoir derrière) a elle aussi toujours existé ; sauf qu'au Moyen-Age les gens pensaient que le monde était plus petit qu'il n'était en réalité. La culture française (et les autres cultures européennes) se sont constituées sur la base de mélanges des cultures latines, grecs et même arabe (nombres, médecine...) et chinoise (poudre à canon, papier...), Gutemberg n'a fait qu'améliorer une technique qui était arrivée par la "Route de la soie", il ne l'a jamais inventée. Et oui, à l'époque, déjà, la Chine était en pointe sur les techniques et technologies de son époque.

Que les négationistes de tous crins se replongent dans leurs livres d'Histoire (les bons) avant de parler de "leurs racines" (complètement réinventées selon leur propres fantasmes sur la question).

Il va falloir aussi, un jour, que l'on fasse une place, dans ces livres, au démontage du mythe des "Gaulois nos ancêtres" qui n'ont, non plus, jamais existé, en tout cas, pas comme on les présente aujourd'hui dans ces "beaux manuels d'histoire de France".

Pour revenir à notre époque... Les mouvements de population ne vont faire qu'augmenter dans les décennies qui viennent, c'est un fait, il serait temps que les politiques sortent de leur "bulle" et en prennent acte et travaillent, enfin, à faire que les gens (oui se sont des êtres humains!!) qui migrent, le fassent dans de bonnes conditions ; de même qu'ils devraient agir de façon plus efficace du point de vue pédagogique pour que ces gens s'intègrent mieux et contre les racismes de tout poils qui ont en fait peur de leur propre nombril (c'est connu depuis longtemps, la peur de l'autre est en fait le reflet d'une peur intrinsèque de l'autre en soi, de sa propre altérité dans son rapport à sa propre culture).

+1....un bon début d'histoire!

Merci, c'est intéressant. Je suis d'accord avec vous, votre analyse de la mondialisation culturelle depuis l'Antiquité

Il y a une chose que j' ai compris très tôt grâce à mon père: le pays le plus beau est le pays où on a grandi.Même chose pour les individus qui ont grandi dans une petite ou une grande ville. L' affectif prédomine et dure toute la vie de l' individu sous sa couverture culturelle et sociale.

C'est juste, merci

Un français, Kakle OUYANKO, mon beau-fils risque de se voir refuser le renouvellement de sa carte d'identité et de son passeport parce qu'il lui est demandé l'impossible : présenter des certificats de scolarité datant des années 80 signés de son père (les certificats de scolarité sont signés du chef d'établissement et non des parents).

Personne ne doute qu'il soit français, c'est le choix de son père, son choix, il a toujours aimé la France, il aime être français. Ses grands-pères et grands oncles ont participé à nos guerres. Ce qui est sûr, c'est qu'il ne peut pas revenir dans son pays d'origine, la Côte d'Ivoire. Quid si l'on en fait en un marginal ?

 

C'est effectivement un déni de droit, une application ciblée de mesures prises par notre gouvernement pour exprimer son intolérance ségrégationniste.

Courage donc, et plutôt que la marginalisation, prenez la route même longue de l'obtention du certificat de nationalité.

Courage. Il faut lutter pour être reconnu pour ce que l'on est

S'arrêter à la couleur des gens pour pouvoir les reconnaitre?....PITOYABLE!...

N'ayez crainte....je ne serai plus là dans très peu de temps!

C'est bien, nous sommes toujours là et d'ailleurs

+1....c'est ma philosophie...surtout ailleurs!

Excellent billet de réflexion.

La France, par sa position géographique, est une sorte de point d'arrivée de voyageurs d'origines kaleidoscopiques par terre et par mer, depuis plus de deux millénaires. Les frontières physiques du pays ne sont que traits sur carton. Ce qu'on appelle la culture 'française' est le résultat heureux de tout ce brassage.

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