
Thématiques du blog
Vivre et prendre soin de la vie.
Je ne sais pas vous, mais moi je n’en peux plus de vivre sous la dictature des indices boursiers diffusés en temps réel. et de voir beaucoup de débats politiques , même sur Mediapart, tourner en rond autour du sexe des anges, ou plutôt du futur candidat socialiste à la présidentielle 2012. La vie c’est bien autre chose ! Je viens de prendre une grande bouffée d’air pur grâce à Pierre Rabhi et son « Manifeste pour la terre et l’humanisme », qui vient de paraître aux éditions Actes Sud. Je vous en conseille vivement la lecture. J’en extrais la charte internationale pour la terre et l’humanisme, qui propose d’incarner en soi-même l’utopie d’aujourd’hui porteuse des solutions de demain. Bonne lecture.
CHARTE INTERNATIONALE POUR LA TERRE ET L’HUMANISME
La planète Terre est à ce jour la seule oasis de vie que nous connaissons au sein d’un immense désert sidéral.
En prendre soin, respecter son intégrité physique et biologique, tirer parti de ses ressources avec modération, y instaurer la paix et la solidarité entre les humains, dans le respect de toute forme de vie, est le projet le plus réaliste, le plus magnifique qui soit.
Constats : la Terre et l’Humanité gravement menacées
Le mythe de la croissance
Le modèle industriel et productiviste sur lequel est fondé le monde moderne prétend appliquer l’idéologie du « toujours plus » et la quête du profit illimité sur une planète limitée. L’accès aux ressources se fait par le pillage, la compétitivité et la guerre économique entre les individus. Dépendant de la combustion énergétique et du pétrole dont les réserves s’épuisent, ce modèle n’est pas généralisable.
Les pleins pouvoirs de l’argent
Mesure exclusive de la prospérité des nations classées selon leur PIB et PNB, l’argent a pris les pleins pouvoirs sur le destin collectif. Ainsi tout ce qui n’a pas de parité monétaire n’a pas de valeur et chaque individu est oblitéré socialement s’il n’a pas de revenu. Mais si l’argent peut répondre à tous les désirs, il demeure incapable d’offrir la joie, le bonheur d’exister...
Le désastre de l’agriculture chimique
L’industrialisation de l’agriculture, avec l’usage massif d’engrais chimiques, de pesticides et de semences hybrides et la mécanisation excessive, a porté gravement atteinte à la terre nourricière et à la culture paysanne. Ne pouvant produire sans détruire, l’humanité s’expose à des famines sans précédent.
Humanitaire à défaut d’humanisme
Alors que les ressources naturelles sont aujourd’hui suffisantes pour satisfaire les besoins élémentaires de tous, pénurie et pauvreté ne cessent de s’aggraver. Faute d’avoir organisé le monde avec humanisme, sur l’équité, le partage et la solidarité, nous avons recours au palliatif de l’humanitaire. La logique du pyromane-pompier est devenue la norme .
Déconnexion entre l’humain et la nature
Majoritairement urbaine, la modernité a édifié une civilisation « hors sol », déconnecté des réalités et des cadences naturelles, ce qui ne fait qu’aggraver la condition humaine et les dommages infligées à la terre.
Au Nord comme au Sud, famine, malnutrition, maladie, exclusion, violence, mal-être, insécurité, pollution des sols, des eaux, de l’air, épuisement des ressources vitales, désertification...ne cessent de croître.
Propositions : vivre et prendre soin de la vie
Incarner l’utopie
L’utopie n’est pas la chimère mais le « non-lieu » de tous les possibles. Face aux limites et aux impasses de notre modèle d’existence, elle est une pulsion de vie, capable de rendre possible ce qu’aujourd’hui nous considérons comme impossible. C’est dans les utopies d’aujourd’hui que sont les solutions de demain. La première utopie est à incarner en nous-mêmes car la mutation sociale ne se fera pas sans le changement des humains.
La terre et l’humanisme
Nous reconnaissons en la terre, bien commun de l’humanité, l’unique garante de notre vie et de notre survie. Nous nous engageons en conscience, sous l’inspiration d’un humanisme actif, à contribuer au respect de toute forme de vie et au bien-être et à l’accomplissement de tous les êtres humains. Enfin nous considérons la beauté, la sobriété, l’équité, la gratitude, la compassion, la solidarité comme des valeurs indispensables à la construction d’un monde viable et vivable pour tous.
La logique du vivant
Nous considérons que le modèle dominant actuel n’est pas aménageable et qu’un changement de paradigme est indispensable. Il est urgent de placer l’Humain et la Nature au cœur de nos préoccupations et de mettre tous nos moyens et compétences à leur service.
Le féminin au cœur du changement
La subordination du féminin à un monde masculin outrancier et violent de meure l’un des grands handicaps à l’évolution positive du genre humain. Les femmes sont plus enclines à protéger la vie qu’à la détruire. Il faut rendre hommage aux femmes, gardiennes de la vie, et écouter le féminin qui existe en chacun d’entre nous.
Agroécologie
De toutes les activités humaines, l’agriculture est la plus indispensable car aucun être humain ne peut se passer de nourriture. L’agroécologie que nous préconisons comme éthique de vie et technique agricole permet aux populations de regagner leur autonomie, sécurité et salubrité alimentaires tout en régénérant et préservant leurs patrimoines nourriciers.
Sobriété heureuse
Face au « toujours plus » indéfini qui ruine la planète au profit d’une minorité, la sobriété est un choix conscient inspiré par la raison. Elle est un art et une éthique de vie, source de satisfaction et de bien-être profond. Elle représente un positionnement politique et un acte de résistance en faveur de la terre, du partage et de l’équité.
Relocalisation de l’économie
Produire et consommer localement s’impose comme une nécessité absolue pour la sécurité des populations à l’égard de leurs besoins élémentaires et légitimes. Sans se fermer aux échanges complémentaires, les territoires deviendraient alors des berceaux autonomes valorisant et soignant leurs ressources locales. Agriculture à taille humaine, artisanat, petits commerces ... devraient être réhabilités afin que le maximum de citoyens puissent redevenir acteurs de l’économie.
Une autre éducation
Nous souhaitons de toute notre raison et de tout notre cœur une éducation qui ne se fonde pas sur l’angoisse de l’échec mais sur l’enthousiasme d’apprendre. Qui abolisse le « chacun pour soi » pour exalter la puissance de la solidarité et de la complémentarité. Qui mette les talents de chacun au service de tous. Une éducation qui équilibre l’ouverture de l’esprit aux connaissances abstraites avec l’intelligence des mains et la créativité concrète. Qui relie l’enfant à la nature à laquelle il doit et devra toujours sa survie et qui l’éveille à la beauté et à sa responsabilité à l’égard de la vie. Car tout cela est essentiel à l’élévation de sa conscience.
« Pour que les arbres et les plantes s’épanouissent, pour que les animaux qui s’en nourrissent prospèrent, pour que les hommes vivent, il faut que la terre soit honorée »
Pierre Rabhi.


Tous les commentaires
Rien à rajouter... si ce n'est merci de mettre ce texte à notre disposition !
Merci Corine N, vous semblez bien être la seule intéressée par un tel sujet pourtant vital. Chiffres, joutes politiciennes et nombril semblent actuellement les seuls sujets ayant un écho. Internet, et même Mediapart est souvent décevant. Je retourne aux échanges de la vraie vie en espérant qu'après la crise les vrais débats puissent avoir lieu....
De rien, Thierry, Votre billet venait après l'écoute, un peu plus tôt à la radio, d'un responsable africain, qui rappelait combien il était difficile de trouver quelques millions de dollars pour lutter contre l'état de famine de quelques 800 millions de personnes dans le monde, et son indignation à voir aujourd'hui fuser de tout côté des milliers de milliards, qu'ils soient en $, en €, etc.... et apparemment en plus, en pure perte, puisque la crise financière ne se calme même pas... A quand l'IDH (indice de développement humain) à la place des cours de la bourse ?!
Pas d'accord avec toi, Thierry. Ton billet n'est en ligne que depuis peu, d'où peu de réactions. Tous ceux qui le lisent ne laissent pas nécessairement une trace. L'édition PPJ est remplie de ces allusions à des choses simples et pourtant essentielles. Personnellement, il y a peu, j'ai sorti sur mon blog un "Je rêve d'une société matrilinéaire" bien en accord avec Rabhi. Rabhi évoqué il y a un instant par D Conil sur son blog (grand soir). Chaque fois qu'il est fait allusion à la Nature, cela renvoie à des valeurs primitives et essentielles. N'aies craintes, tu n'es pas seul! Bien à toi.
Je m'associe à Corinne N , en effet rien à rajouter P.S : Je note que vous habitez à Fleury les Aubrais près d' Orléans , n'est ce pas ?, enfant j'y passais mes vacances en compagnie de mes parents au camp de Harkis , proche de chez vous , Est-ce qu'il existe toujours ce camp ? Merci de votre réponse et encore Merci pour votre billet
Eh bien si, au moins une chose à rajouter. Impossible de laisser passer, malgré le respect dû au travail et aux convictions de Pierre Rabhi, cette séparation de l'humain entre deux pôles, le féminin qui serait du côté de la vie et de la paix, et le masculin qui serait du côté de la guerre et de la mort. Ce n'est pas la première fois qu'une telle salade, plus ou moins bien assaisonnée, est servie dans le Club. Cette confusion entre la première des déterminations d'un individu, à sa naissance, et toutes celles, notamment sociales, qui vont venir s'y superposer, me paraît très dangereuse. À ce propos, une lecture très stimulante : L'Arrangement des sexes, d'Erving Goffman.
Bonjour , Anne , Je vous remercie pour vos précisions et votre éclairage . En effet et au vù des éléments que vous apportez , je suis mille fois d'accord avec vous Et Merci de l 'avoir rajouter A bientôt Anne
Je crois qu'il ne faut pas confondre séparation et distinction.Je suis d'accord avec cette distinction à l'intérieur de chacun d'entre nous et surement pas avec une séparation entre les sexes. J'en ai souvent débattu avec ma regrettée soeur qui a mené un combat de tous les instants pour l'égalité entre hommes et femmes. Nos sociétés modernes sont organisées sur un modèle "masculin" marqué par la domination de l'analytique et le pouvoir vu comme la domination sur l'autre. Nous en voyons aujourd'hui le résultat catastrophique.
Je crois qu'il ne faut pas confondre séparation et distinction.Je suis d'accord avec cette distinction à l'intérieur de chacun d'entre nous et surement pas avec une séparation entre les sexes. J'en ai souvent débattu avec ma regrettée sœur qui a mené un combat de tous les instants pour l'égalité entre hommes et femmes. Nos sociétés modernes sont organisées sur un modèle "masculin" marqué par la domination de l'analytique et le pouvoir vu comme la domination sur l'autre. Nous en voyons aujourd'hui le résultat catastrophique.
Cher , Thierry , vous avez oublié de me répondre à propos du camp de harkis de Fleury les Aubrais , voir commentaire plus haut
Il existe une association de Harkis : http://assoc.2idloiret.free.fr/cariboost1/. Je n'en sais guère plus.
Chère Anne, cher Thierry, Égalité des sexes, oui. Différences: oui. Pourquoi vouloir nier une réalité? Qu'elle vienne des gènes ou de l'éducation, peu importe. La réalité est une différence "globale" dans l'"être" et le "fonctionnement". Que l'on retrouve d'ailleurs chez les autres mammifères. Les femmes sont différentes des hommes, dans leur morphologie, dans leur physiologie, dans leur organisation cérébrale. Et, souvent aussi, dans "leur approche de la vie". Ces différences, notamment quand elles sont prise en compte dans les structures représentatives de la société (politique, industrie, entreprise) constituent un apport enrichissant. Rabhi schématise mais a raison quand même: "globalement", les femmes ne fonctionnent pas tout à fait comme les hommes! Je rêve d'une société matrilinéaire!
Moi aussi, cher M Philips. Je ne supporte plus nos sociétés guerrières !
Je ne veux certainement pas d'une société archaïque que vous nommez "matrilinéaire". A ce sujet, un livre très interressant, "Le féminisme et ses dérives, du mâle dominant au père contesté". Jean Gabard Entre une société patriarcale et matriarcale, vous arrive t-il de rêver d'une société enfin adulte ?
Merci Saturne
Je m'associe à Vancouver pour vous dire : merci Saturne.
Effectivement, le "dit féminin" n'est en rien supérieur au "dit masculin", comme on peut le voir dans l'éducation. Un enfant éléevé avec les seules valeurs dites "féminines", c'est-à-dire seulement avec sollicitude (care), ne peut pas grandir. Mais ce serait une autre discussion.
Quant au fond du texte de présentation de Pierre Rabhi par Thierry Ternisien, pourquoi est-ce qu'il ne peut pas susciter le débat ? (je réponds plus bas)
Un problème fondamental de notre civilisation provient de l'urbanisation, et de la perte des valeurs qui étaient attachées aux civilisations rurales. Valeurs dont certains qui en font l'apologie actuellement ne voudront probablement pas se souvenir qu'elles étaient largement conservatrices, et religieuses. La révolution industrielle s'est marquée par une perte de beaucoup de ces valeurs , par la déshumanisation du travail, par le mépris des risques causés à la vie et dans le développement des circuits monétaires. Même la civilisation rurale a été transformée. Le paysan qui labourait la terre avec son cheval avait une autre vision du travail que celui qui le fait avec un tracteur, qui n'a jamais besoin de se reposer. L'aspect productiviste est devenu autant de gauche que de droite. Les pays que l'on qualifiait de pays de l'autre côté du rideau de fer ont été tout aussi productivistes, la pollution y a été encore plus négligée que dans les pays capitalistes. L'agriculture chimique a été tout aussi dévastatrice dans les pays communistes. Le développement de cultures intensives, dans le cadre de la spécialisation des pays commuistes, avec par excemple le développement des cultures du coton ont eu des effest dévastateurs sur ce que l'on appelle maintenant l'écologie C'est la croyance dogmatique dans la modernité et dans le progrès technique qui a été destructrice, la différence entre le bloc communiste et le bloc capitaliste étant que l'initiative privée s'est confirmée comme plus efficace économiquement que le dirigisme bureaucratique, que le profit personnel s'est confirmée comme plus incitatif au travail que la croyance dans le grand timonnier. En ce qui concerne l'utopie il est certain que la solution d'un retour à la nature qui a été conseillé par certains pour l'Afrique, avec la polyculture d'élevage, le développement de l'arbre à pain, le retour aux cultures vivrières et l'acceptation d'un mode de vie beaucoup plus social serait une bonne solution, mais elle a l'inconvénient de paraitre discriminatoire. En ce qui concerne la France, il est certain que nous souffrons d'être un pays qui n'a jamais aimé la nature, à part un petit passage rousseauiste. Les français veulent toujours dompter la nature, avec des jardins à la française. Ils n'ont aucun respect pour la vie animale, pour la préservation des ressources, comme le démontre par exemple la situation et la réaction des pêcheurs français. La pêche française est largement une pêche au chalut, très consommatrice en énergie et très destructrice des ressources, à la différence par exemple des espagnols avec les ligneurs. Cet exemple pour montrer que là encore le problème n'est pas un problème de gauche droite, mais de philosophie de vie La logique du vivant a été largement détruite par le matérialisme. Tous ceux qui ont une vision absolutiste de la laicité vont à l'encontre de cette logique du vivant, car le respect de la vie est intimement lié à la religiosité. En ce qui concerne le "modèle masculin", le machisme n'est pas un problème politique, mais un aspect latin. Par ailleurs l'idée de la féminité comme synonyme de tolérance, si elle correspond à une certaine vision du catholicisme avec l'influence de la Vierge Marie, est à la limite l'exception qui confirme la règle, les Harpies n'étaient pas des hommes. La psychanalyse associe le féminin à l'eau, qui noie, et au feu, qui brule. Pour finir ces observations l'idée fondamentale de mesure, d'équilibre de raison devrait être restaurée. Mais ce sont probablement les qualités les plus difficiles à atteindre
@ GdF, Vous dites : La psychanalyse associe le féminin à l'eau, qui noie, et au feu, qui brule. Ecrivez autant de poésie que vous le voulez sur le féminin, mais merci de ne pas attribuer à la psychanalyse ce qu'elle n'a JAMAIS dit, soit cette association entre féminin, eau et feu. Cf. Freud et Lacan.
Je ne peux quand même laisser dire que la psychanalyse (qui est d'ailleurs plurielle) a apporté les réflexions les plus conséquentes sur la question du masculin/féminin. S'il n'y avait pas eu le féminisme et les mouvements homosexuels, les psychanalystes en seraient encore à théoriser un certain nombre de stéréotypes. Certains continuent à le faire, d'ailleurs, sur l'homosexualité ou l'homoparentalité. Il faut savoir rendre à César ce qui est à César. Pour discuter du féminin et du masculin, il faut aussi regarder ce qui se passe dans le monde. Cela nous remet, selon l'expression populaire, les yeux en face des trous . Il y a des pays où, aujourd'hui encore, on tue les filles dans l'œuf, ou à la naissance, on les nourrit moins que les garçons, on les marie à 9 ans après les avoir éventuellement excisées et mutilées. La question hommes/femmes n'est pas socialement, politiquement et culturellement réglée. Elle mérite un combat, et comme le réaffirme Pierre Rhabi, en même temps que l'on mène tous les autres. Les hommes dominent le monde depuis des millénaires. C'est un fait. Ils ont développé un système phallocentré et paterno-centré, qui, parce qu'il a tenu à l'écart la moitié de l'humanité, est déséquilibré. Donc, dire qu'il faut rééquilibrer les choses ne doit pas être perçu comme une menace ou une régression, mais comme une promesse.Bien-sûr, définir le "féminin" comme la "douceur" est une caricature. Sauf si on le définit comme une qualité que femmes et hommes peuvent porter en eux.
Je suis d'accord avec vous Art Monika. J'avoue avoir du mal à comprendre les positions "théoriques" affirmées dans quelques uns des commentaires même quand, comme par Anne, l'effort est fait de les étayer. Par rapport au monde réel Rhabi me semble avoir pleinement raison.
Cher Thierry, la position que j'affirme n'est pas que théorique. Comme nous tous, dans mes lectures, je comprends en m'appuyant sur une expérience. Et mon expérience (la mienne propre, ajoutée à celle qui me vient d'une écoute que je pratique depuis quelques années) m'envoie vers de nouvelles lectures. Parfois les mêmes ouvrages, mais que je comprends autrement. Autrefois, dans un temps qui me paraît très lointain aujourd'hui, j'aurais parlé comme vous ou, sur la question des femmes, comme Art Monika. Ce n'est pas que je nie aujourd'hui l'actualité d'un discours sur l'oppression des femmes. Mais ce n'était pas là mon point d'achoppement avec la proposition de Pierre Rabhi. Celui-ci porte, je vous le rappelle, sur une disqualification du "masculin" au profit du "féminin". Il se trouve que, sur ce point pour moi très sensible aujourd'hui, du fait de mon expérience d'écoute, quelque chose à bougé. Je suis désolée de ne pas avoir été capable de l'exprimer d'une manière plus accessible. J'ai été néanmoins contente que vous m'ayez remerciée de vous avoir répondu, et contente de découvrir ce matin que Joha1008 m'avait lue. Parce que je sais que elle, elle a compris ce que je voulais dire.
Mais peut-être la différence entre nous vient-elle de ce que le "réel" n'a pas pour moi le sens qui lui est donné habituellement. Ce "réel" qui a envahi depuis quelques années la sphère de la pensée, contaminant jusqu'au langage des théoriciens du cinéma. Il me semble même que c'est par là que ça a commencé, quand ces théoriciens ont pris conscience que leur appel constant à la "réalité" (inspiré de la théorie d'André Bazin, leur maître à penser) était dépourvu de sens, si bien qu'ils y ont substitué une catégorie philosophique plus ambiguë (désolée de vous infliger cette incise, qui ne me semble pas superflue, parce qu'elle origine quelque peu ma réflexion). Or, davantage en disciple de Lacan que de Berkeley, je crois que nous ne savons pas ce qu'est le "réel". Lacan disait que chaque être humain est "au bord" du réel. Et parfois s'y cogne. C'est à ce moment-là que ça fait mal. Sinon, nous n'avons que des représentations de ce réel. Et mon commentaire "théorique" (ci-dessous, "édité" hier à 9h52) parlait de la distribution de ces représentations. Et de la nocivité de certaines.
Autant pour moi. Le terme théorique n'était effectivement pas approprié. Mais sur le fond si j'entends votre position, j'ai beaucoup de mal à la comprendre.D'où, chère Anne, mes remerciements pour les efforts que vous faites pour m'exprimer votre pensée.
Chère Anne, J'ai une formation psychanalytique et j'ai beaucoup fréquenté ce (mi)lieu, tout en étant impliquée dans le féminisme. Je suis également amenée dans mon travail à écouter des personnes souffrantes, mais j'ai appris au fil des années à m'éloigner des réponses quelque peu limitatives de la psychanalyse pour entendre d'autres choses dans ce que disent les gens. J'ai accompli un cheminement en me libérant - sans les renier - de certains concepts dont je sentais bien qu'ils m'empêchaient de comprendre la complexité des choses et des gens, notamment lorsque sont en jeu la maladie organique ou le combat socio-politique. Pour ce qui est du réel, Lacan est loin d'être le seul à avoir dit que nous n'en avons que des représentations ! Cela dit, attention à ces définitions qui, sorties du champ psychanalytique, peuvent devenir réductrices. Le corps, le cerveau, la société, les rapports de pouvoir... sont des réels irréductibles qui ne sont pas seulement de pures représentations, ou qui n'en sont pas dans le sens que Lacan leur donnait. La psychanalyse dans le champ de la cure donne un éclairage, mais il en existe d'autres, que la psychanalyse n'est pas en mesure d'appréhender. Pierre Rabhi ne disqualifie pas le masculin au profit du féminin. Il note comme beaucoup de nous une réalité: les humains ont construit une société fondée sur le primat du masculin, l'assignation des êtres à un genre unique, un déséquilibre foncier entre certains êtres et d'autres. Sous certains cieux, qui ne nous laissent pas indifférents dès lors que nous avons une conscience morale et politique, ce déséquilibre est proprement insoutenable. Il s'agit de rétablir l'équilibre en posant cette question des hommes et des femmes en même temps que les autres. Bien cordialement.
Chère Art Monika, sans revenir sur ce concept philosophique de "réel", ne croyez pas que je nie pour autant la réalité d'un certain nombre de phénomènes, dont les rapports de pouvoir dans la société, etc. Et je ne prétends pas non plus que la psychanalyse aurait réponse à tout. De mon point de vue, elle aurait plutôt "question à tout", si vous voyez ce que je veux dire. La seule chose qui nous sépare donc est notre interprétation de ce que dit Rabhi. Que je dispute à partir d'une expérience croisée avec ma lecture de Goffman. Le combat pour affirmer qu'il n'y a pas d'essence masculine ou féminine m'apparaît aussi important, même s'il concerne un plus petit nombre d'êtres humains, que celui pour avancer vers l'égalité des sexes, combat que j'ai mené autrefois avec mes moyens de l'époque, en en courant tous les risques, y compris celui d'être matraquée par les CRS, et que je renie pas. Selon vous, ce n'est pas ce que dit Rabhi. Pour moi, le compte-rendu que j'en ai lu témoigne d'une sorte de pensée "molle" qui peut être ainsi interprétée. Avant de parler de la société que nous souhaitons, il me semble important de prendre pleinement conscience de toutes les représentations sociales construites par des siècles d'arrangements. Ce qui amène forcément à changer le langage utilisé. Cordialement,
Chère Anne, J'ai aussi beaucoup lu Goffman, dont j'apprécie les analyses. Mais nous ne pouvons pas le mettre sur le même plan que Rabhi, qui ne théorise rien du tout: il dessine à grands traits une espèce d'utopie humaniste. C'est cette utopie que j'ai saluée, précisément dans ses grands traits intégratifs. Rien de plus. Mon féminisme est du type Genre humain et pas du tout Différence (comme le défend Psych et Po pour dire vite), donc apparemment nous sommes toutes deux sur la même longueur d'ondes. Je combats à ce titre les notions biologisantes et naturalistes et cherche sans cesse à les débusquer. Natur-elle-ment. Bien cordialement.
G de Furlande, cette fois-ci je vous rejoins sur quelques points, en particulier le dogme du progrès technique, ce qui fait croire que toute évolution technique est bonne, que cela va de soi. Quant au "féminin" et aux images qui s'y rattachent, c'est tout de même une production très culturelle non ?
Les associations du féminin à… ou du masculin à… ne sont que les productions d'une société fondée sur un certain arrangement entre les sexes qui arrange beaucoup de monde. Et ne cesse d'en déranger quelques autres. Mais pour les dérangés, il y a les HP ou les antidépresseurs.
Développez...
Il ne s'agit aucunement de comportements machistes ou sexistes, mais de la construction sociale des genres qui détermine nos représentations et nos comportements en tant qu'êtres sexués (Cf. Goffman). La plus grande partie s'y conforme, avec plus ou moins de réussite dans l'adéquation que cela demande entre ses traits de caractère, son désir, la rencontre du réel (au sens que donne Lacan à ce mot) et cette construction sociale. Pour d'autres, cela ne va pas de soi. L'effort demandé par cette adéquation est, quelque part, impossible à maintenir. Les modèles volent en éclat. Révolte ? Peut-être. Mais à l'intérieur, implosion. Comment, en effet, tenir en étant, en se sentant, différent sur ce qui fonde la société, le commerce entre les hommes et les femmes (attention, ce serait une erreur de rabattre mon propos sur la question de l'homosexualité ou des sexualités "différentes") ? Certains individus s'en tirent (c'est-à-dire échappent, de peu, au suicide, aux drogues, à l'HP, aux tranquillisants) grâce à la sublimation. D'autres pas. Voilà pourquoi tout ce qui tend à perpétuer ces représentations, et encore plus quand elles sont parées des faux habits d'une prétendue psychanalyse, comme dans un des commentaires ci-dessus, me semble très dangereux. Surtout à notre époque où règne l'impératif de réussir "sa" vie.
D'autres choses à dire à propos de cette utopie d'un monde sans guerre. Freud, bien sûr, et son "Malaise dans la culture" déjà évoqué sur le blog de Peneloppe. Mais aussi Michel Serres. Cependant il est tard, je ne voudrais pas déformer sa pensée et je ne me sens pas le courage de chercher, là tout de suite, dans quel livre et comment.
"édité" à une heure plus raisonnable le lendemain matin
Merci, Anne.
Merci Anne Guérin-Castell, J'aurais du lire tous les commentaires avant de répondre plus haut de manière laconique à GdF, je suis en tout cas contente de lire vos commentaires.
Je suis grosso modo d'accord avec tout ce qui est dit dans le billet (avec les deux compléments apportés par Anne-Guérin Castell et Georges de Furfande). . Mais je ne vois pas les voies et moyens pour passer de la situation actuelle à la situation rêvée. . Par exemple: . Comment va-t-on s'y prendre pour sortir du tout pétrole, concrètement ? Sarah Palin ne veut même pas en entendre parler... . Comment va-t-on convertir les trente millions d'habitants de Mexico (ou ceux de Calcutta, ou déjà ceux de Naples...)aux joies de la vie à la campagne ? . Qu'allons-nous faire pour persuader les talibans afghans ou pakistanais (ou jordaniens) d'arrêter d'enterrer vivantes les filles et femmes qui "ont fauté" et de mettre le féminin au coeur du changement ? (ou, déjà, les maris français ou espagnols...) . Quand allez-vous, cher Thierry, prendre votre bâton de pélerin et aller dire aux paysans beaucerons de descendre de leurs tracteurs (et quel discours leur tiendrez-vous pour les convaincre ?) . (Et je fais l'impasse sur l'école, il y aurait tant à dire... ne serait-ce que sur le rôle de l'école dans la perpétuation aussi bien que dans la résorption des inégalités hommes-femmes) . Je veux bien toutes les "utopies" qu'on voudra, mais qui ira accrocher le grelot au cou du chat ?
Vous semblez aimer prendre la posture du "tueur d'idées ou d'utopie". Vous oubliez l'importance des "nouveaux venus" qui naissent tous les jours. Ils trouveront des moyens de transformer le monde, auxquels nous ne pensons même pas aujourd'hui. Le travail de personnes comme Rabhi leur sera certainement très utile. Cordialement
Thierry Ternisien, je suis d'accord avec vous. Que serions-nous sans l'utopie, qui nous permet d'envisager comme possibles des virtualités aujourd'hui non réalisées ? Les humains et le monde sont porteurs de promesses, dont beaucoup ne peuvent advenir. Elles sont annihilées par les systèmes actuels, qui asphyxient la pensée et l'espoir, en nous donnant à croire que l'ordre du monde serait naturel, donc éternel, donc immuable Grâce à l'utopie, nous pouvons imaginer le peu imaginable et nous mettre en mouvement. L'utopie aujourd'hui serait pour moi d'embrasser dans la même lutte, sans les hiérarchiser a priori, les combats contre toutes les oppressions. Bien cordialement.
Il y a quelques années un couple britannique avait décidé de changer de vie, de retrouver la vie pastorale. Ils ont changé de continent, acheté un très grand terrain bordé par une plage sur une ile, ils ont acheté des moutons et vécu dans une bergerie dans la tranquilité Et un matin, ils se sont réveillés au bruit des péniches de débarquement, survolés par des escadriles d'avion. Ils s'étaient installés aux Malouines
Variante: l'Américain qui avait posé son sac à Bikini vers 1947.
Merci pour ce texte. Du bon sens, qui n'est malheureusement pas de ce monde...
bonjour Thierry TERNISIEN merci de nous avoir donné l'occasion d'évoquer ce grand bonhomme de Pierre Rabhi. A propos de Pierre RABHI (que j'ai la chance de connaitre) et de son parcours hors du commun ; pour ceux qui souhaitent découvrir l'homme je conseille son premier livre assez largement autobiographique: "Du Sahara aux Cévennes ou la reconquête du songe" paru en 1984 aux éditions de Candide. En outre,de mon point de vue, le succès certain - en terme de fréquentation dans ses meetings lors de sa campagne pour la candidature Présidentielle de 2002 et en général dans toutes ses conférences ou rencontres à travers le monde - vient de ce que les publics entendent un discours très différent, largement inspiré de cette charte, mais aussi de la force de sa propre expérience de paysan, de ses cheminements culturels,.... bien à vous Pierre Sélim LEBRUN
à Thierry Ternisien et à Art Monika . C'est ainsi que vous me percevez, tueur d'idées ou d'utopie ? Moi qui ne jure que par Ernst Bloch et son Principe espérance ? Moi qui ne cesse de reprocher à Marx et Engels de s'être un peu trop pressés d'établir un socialisme anti-utopique ("scientifique") aux effets pratiques terrifiants ? Moi qui suis grand lecteur et fidèle admirateur d'Issac Asimov ? Je crois qu'il y a, pour le moins, un malentendu. . Je suis pour le droit à l'utopie du plus grand nombre, de la gamine indienne ou africaine par exemple. Je ne m'approche pas en rampant de l'oeuf du phénix pour le manger, je viens au contraire m'assurer que l'on se soucie du développement de la petite bête après éclosion: qui va s'occuper de lui et comment. . Hélas le phénix est orphelin. A moins que tous les deux vous ne vous instituiez ses parents. Auquel cas je repose ma question: comment allez-vous le nourrir, où allez-vous l'envoyer à l'école, enfin les questions que je posais le 9 dans le train de 18h41.
Cher Melchior, Oui, gros malentendu il y a ! Je ne vous perçois certainement pas comme tueur d'utopie ou d'autre chose, au demeurant ! Je ne m'autoriserai même pas à le penser, ne vous connaissant pas. Je m'échine à dire sur tous les fils que, en nous écrivant à travers des commentaires, voire en parlant parfois tout seuls (nos courriers n'éveillant aucun écho), nous n'avons pas la possibilité ou le droit de penser quoi que ce soit les uns des autres. Nous pouvons avoir des impressions, c'est tout... et nous devons nous garder d'en parler, sauf en message privé, afin de ne pas risquer de nous tromper ou de blesser. J'ai simplement répondu à Thierry sur le statut de l'utopie, en association d'idée, mais pas contre quiconque. Pour répondre à votre question: ne sommes-nous pas ici pour dessiner ensemble les utopies en commençant petit petit, notamment dans nos façons d'échanger?
Cher Melchior je parlais de choix d'une posture dans les échanges que nous avons, posture que j'apprécie le plus souvent parce qu'elle est exigeante mais qui m'irrite parfois, parce qu'actuellement nous manquons terriblement d'utopie et nous regorgeons de solutions pratiques mais toujours à l'intérieur d'un système considéré comme indépassable.
(édité -brouillon parti trop vite) Pourquoi est-ce le texte de présentation de Pierre Rabhi par Thierry Ternisien peut difficilement susciter le débat ? A mon avis, comme l'ont dit d'autres commentateurs, parce qu'il propose une utopie, c'est-à-dire qu'il repose sur une vision idéale de l'être humain. Cela le conduit à faire l'impasse sur la réalité des humains, c'est-à-dire sur ce qui les "meut", leurs passions ou pulsions, aboutissant en intérêts conscients ou pas. En témoigne justement la question de la différence des genres, point abordé dans la discussion, plus haut. Impasse aussi sur ce qui se passe dans les interactions des êtres humains.
Et l'utopie, quelqu'elle soit, ne repose-t-elle par sur le présupposé que l'on peut changer les hommes et les sociétés par la seule raison? En leur proposant la "ligne juste", pour leur faire voir la lumière ? Je préférerais quant à moi qu'on accepte de partir de la réalité de la nature humaine, d'abord en la regardant en face y compris en nous., y compris avec sa noirceur et ses ombres. Et voir alors comment "faire avec".
Puisque ces propositions constituent une utopie, le débat pourrait consister à leur opposer d'autres utopies, basées sur d'autres "raisons". Oui, ça ferait une sorte de débat.
Par contre, comme cela a été dit aussi par d'autres ici, la question du changement n'est pas pour certains d'entre nous le "pourquoi" avec identification d'une cause, et production d'une réponse logique : l'utopie. Pour certains dont je suis, la question du changement est celle du "comment" : Comment on change, comment on passe d'une société à l'autre ? Il est donc difficile de discuter entre ceux qui croient aux pourquoi et ceux qui s'intéressent au comment !
Confrontation d'utopies, c'est effectivement le grand manque actuel. Par contre lier utopie et vision idéale de l'être humain ne me paraît pas aller de soi. Quant au comment, personnellement il m'intéresse peu actuellement tant est nécessaire, avant, la déconstruction des aliénations dont nous sommes prisonniers : croissance, travail, consommation....
Je suis surpris des distinctions que certains s'efforcent de souligner entre le rêve et l'action. Je les invite à relire A Breton qui a beaucoup écrit pour montrer à quel point dans la nécessaire contestation de la réalité présente qui constitue le coeur de toute création, cette distinction est artificielle. Ce qui est irréaliste, ce n'est pas l'utopie, c'est la culture du fatalisme qui fait que l'on se croit davantage protégé des escadrilles par l'acceptation obéissante des idées dominantes que par l'inévitable traversée de l'ombre utopique. Le rêve des utopistes comme moi n'est pas l'harmonie du petit matin du grand soir mais l'évolution vers un réseau de petite taille de production où la dimension humaine peut encore exister, ce qui est pour moi la priorité des priorités. Sur Pierre Rabhi j'ai laissé un commentaire dans l'édition La lecture au fil de vos lecture, Thierry Ternissien la production en double de vos écrits n'aide pas l'aiguillage du navigateur un peu maladroit que je suis sur le site. Serge Koulberg
Désolé Serge Koulberg, je publie certain de mes articles effectivement en double. Je commence par l'édition pour lui donner un avantage. Malheureusement c'est souvent sur le blog que le débat démarre (??).
Le problème des rêves, c'est que les "autres" ont peut-être d'autres rêves, qui les guident aussi.
à Fantie B. . Je suis pour la navette permanente entre le pourquoi et le comment, entre les fins et les moyens. L'utopie nous en dit beaucoup sur la réalité et ses mouvements; et c'est bien la réalité qui fournit l'utopie. . à Serge Koulberg . Je ne sais pas trop ce que vous appelez la "culture du fatalisme". Pour moi, je ne me résigne pas - enfin, je me résigne mal - au sort de la petite fille indienne qui doit se lever tôt pour aller chercher de l'eau et/ou ramasser du bois, et y passe sa journée (et comme ça tous les jours) au lieu d'aller à l'école, en attendant d'être mariée vers 7 ou 8 ans. Je veux bien croire qu'elle a des compensations dans les plaisirs de la vie bucolique et la fréquentation des vaches sacrées, mais quand même... Je crois qu'on devrait tenir compte un peu aussi de ses rêves à elle, s'il lui est permis d'en avoir.
Ce que j'appelle la culture du fatalisme, c'est d'accepter une image du monde construite comme une famille où il faut un père (éternel et anonyme) qui commande et qui sait où il va. Avec des idées chewin-gum comme celles-là on laisse filer la vigilance démocratique nécessaire, on abandonne les libertés qui rendent cette vigilance opérationnelle, on rend secondaire les équilibres de forces qui rendent parfois les pouvoirs à peu près acceptables... quant aux rêves de ceux et celles qui sont réduits à l'esclavage... je ne suis pas sûr que nos mentalités soient prêtes à penser l'esclavage comme inacceptable... On pourrait s'entendre sur quelque chose comme : les rêves des uns s'arrêtent là où commencent les rêves des autres.. on n'évite pas la négociation. Serge Koulberg
à Serge Koulberg L'idée d'une terre promise par un père éternel et anonyme (enfin, dont le nom était caché et imprononçable) n'était-elle pas la première utopie ? "je ne suis pas sûr que nos mentalités soient prêtes à penser l'esclavage comme inacceptable..." Voudriez-vous préciser ? Je doute qu'il en aille des rêves comme de la liberté juridique, c'est sûrement plus compliqué. Mon rêve et celui de Thierry ne s'arrêtent pas à une frontière commune, leurs territoires se chevauchent. Lui se dit: "Supposons le problème résolu", etc. Ce que je reconnais comme pleinement légitime. Moi: "Comment résoudre le problème ?" C'est plus complémentaire qu'autre chose. Me semble-t-il.
"@ GdF, Vous dites : La psychanalyse associe le féminin à l'eau, qui noie, et au feu, qui brule. Ecrivez autant de poésie que vous le voulez sur le féminin, mais merci de ne pas attribuer à la psychanalyse ce qu'elle n'a JAMAIS dit, soit cette association entre féminin, eau et feu. Cf. Freud et Lacan." (Joha1008, plus haut) Oui. En revanche il y a bien quelque chose d'approchant chez Jung et chez Bachelard. Au Moyen-Age et plus tard la femme est celle qui sait marier l'eau et le feu (pour faire la soupe et la lessive, pardi !)- seul, je crois bien, parmi les hommes, le maréchal-ferrant en fait autant. Et la sorcière (la femme rebelle) a partie liée avec l'eau (la vouivre) et le feu (la salamandre). D'ailleurs la sorcière est mise à l'épreuve de l'eau: on l'y plonge, et si elle ne se noie pas c'est la preuve qu'elle est coupable et alors on la brûle. L'homme, lui, travaille la terre, au grand air...
Ce sont donc bien des représentations. D'une culture donnée à une époque donnée. Les merveilleuses rêveries de Bachelard partent de représentations.
Oui, je pense aussi que ce sont là des représentations, c'est à dire des séries d'images produites dans un contexte donné, même s'il n'est pas explicite - ceci dit, il est passionnant d'examiner par exemple la permanence de certaines "images" dans les productions sociales, culturelles (la femme - l'eau - la mort .../ la femme - la vision mariale - la pureté - la désincarnation ...). Ce que la psychanalyse (Freud, Lacan entre autres) a dévoilé selon moi, c'est que le sujet est aliéné par des images, des représentations qui ordonnent son discours et sa vision des choses, qu'il peut y avoir une "chance" pour ce sujet, celle de passer de la fixité des images, des discours, de leur côté "cerné", au mouvement, au déplacement, par l'accès (jamais réalisé une fois pour toute mais possiblement réactivé sans cesse) à quelque chose qui court, comme le désir, et qui déstabilise ce qui toujours tend à se figer et à trop ordonner le monde (et soi). Mais la psychanalyse elle même (par exemple dans ses effets d'école, de groupes, de tendances, de rapport de pouvoir ...) est parfois prise à son tour par cette propension à tenter de produire de La vérité. Peut être que nos efforts doivent à tout moment se porter sur le fait de débusquer ce qui menace de se figer (car là est le confortable), de ne pas adhérer par croyance, identification, commodité du pro. ou de l'anti. ... sans pour autant rester dans un retrait du monde, au contraire, mais sans être trop dupe. D'une certaine façon, cela rejoint aussi la lutte contre le fatalisme évoqué plus haut : le sujet n'est pas libre une fois pour toute mais il peut néanmoins agir et renouveler sans cesse sa conscience des rapports de force (au fond de lui même, dans la famille, dans la société ...). Mais peut être est-ce que j'enfonce des portes ouvertes !
Pas ouvertes pour tout le monde, donc continuons à les enfoncer, avec notre manière de le faire, qui peut être plus accessible pour ceux que certaines lectures rebutent.
Et, à Melchior, toujours au sujet des représentations, sans vouloir ouvrir une nouvelle polémique : ce qui rend Jung dangereux, c'est qu'il n'a cessé de s'emberlificoter dans ces représentations jusqu'à en faire l'essence de l'être humain. L"inconscient collectif" et les archétypes, rien de mieux pour figer le monde…
A lire : de Cyril Massarotto, Dieu est mon pote à moi, aux éditions IXO
à Anne Guérin-Castell Je ne suis pas spécialement jungien. Bachelardien, plus... Et je ne sais pas du tout ce qu'est "l'essence de l'être humain"... Mais quant à "figer le monde", je ne crois pas que l'effort d'un penseur quel qu'il soit y suffise.
@ Melchior Griset-Labûche Pour squatter le blog de notre ami Ternissien encore une fois et répondre à votre question "je ne suis pas sûr que nos mentalités soient prêtes à penser l'esclavage comme inacceptable...? j'emprunterai ma réponse à Erri De Luca dans Quichotte et les invincibles (Gallimard DVD et livret) je n'ai jamais vu un spectateur se lever et venir sur la scène empêcher Othello de tuer Desdémone. Spectateurs. Nous sommes trop spectateurs! Serge Koulberg
J'ai pas bien compris !!! trop spectateurs ? le spectateur = celui qui sait que c'est une image ?
à Serge Koulberg . Non, non. . Et nous ne squattons pas, nous sommes au coeur même de la question que pose son billet.