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L’impuissance de la gauche politique à penser et donc à agir

Les appels à « relancer la consommation » ou à « améliorer le pouvoir d’achat » venus des différents partis de gauche, anciens et en voie de décomposition ou de paralysie (PS, PCF, Verts), ou en construction, très difficilement et de manière dispersée, (NPA, Parti de Gauche et Nouvel Espace Progressiste) semblent confirmer une incapacité à sortir de la vision productiviste (travail/consommation) dans laquelle le capitalisme nous a enfermés. Que ce soit pour le réguler (PS, Verts) ou pour le combattre (NPA, PCF, PG, NEP), ces différents partis conservent cet unique référentiel.  

Image_de_Sisyphe.jpgLa crise actuelle, qui touche le cœur même du capitalisme avec l’effondrement de ses trois piliers –le travail, la consommation et l’accumulation du capital –est pourtant une formidable opportunité d’accompagner, de façon civilisée, la  sortie, déjà entamée,  d’un système qui domine aujourd’hui la quasi totalité de la planète.

 

Encore faut-il accepter de penser autrement et, en premier lieu, de comprendre ce qui nous arrive. Dès 1958 ( !) Hannah Arendt écrivait dans Condition de l’homme moderne :

« Plus proche, également décisif peut-être, voici un autre événement non moins menaçant. C'est l'avènement de l'automatisation qui, en quelques décennies, probablement videra les usines et libérera l'humanité de son fardeau le plus ancien et le plus naturel, le fardeau du travail, l'asservissement à la nécessité. Là, encore, c'est un aspect fondamental de la condition humaine qui est en jeu, mais la révolte, le désir d'être délivré des peines du labeur, ne sont pas modernes, ils sont aussi vieux que l'histoire. Le fait même d'être affranchi du travail n'est pas nouveau non plus; il comptait jadis parmi les privilèges les plus solidement établis de la minorité. A cet égard, il semblerait que l'on s'est simplement servi du progrès scientifique et technique pour accomplir ce dont toutes les époques avaient rêvé sans jamais pouvoir y parvenir.

Cela n'est vrai, toutefois, qu'en apparence. L'époque moderne s'accompagne de la glorification théorique du travail et elle arrive en fait à transformer la société tout entière en une société de travailleurs. Le souhait se réalise donc, comme dans les contes de fées, au moment où il ne peut que mystifier. C'est une société de travailleurs que l'on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. Dans cette société qui est égalitaire, car c'est ainsi que le travail fait vivre ensemble les hommes, il ne reste plus de classe, plus d'aristocratie politique ou spirituelle, qui puisse provoquer une restauration des autres facultés de l'homme. Même les présidents, les rois, les premiers ministres voient dans leurs fonctions des emplois nécessaires à la vie de la société, et parmi les intellectuels il ne reste que quelques solitaires pour considérer ce qu'ils font comme des œuvres et non comme des moyens de gagner leur vie. Ce que nous avons devant nous, c'est la perspective d'une société de travailleurs sans travail, c'est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire.»

 

L’extension du « tout consommation » à l’ensemble de la planète a retardé cette échéance. La crise actuelle montre qu’aujourd’hui nous l’avons atteinte. Il serait temps que les partis politiques qui font de l’économie un moyen au service du bien-être et du vivre ensemble et non des citoyens des « ressources humaines » au service des entreprises, revoient leurs modes de penser. En commençant, comme les y incitent, par exemple, l’association trans-partis Utopia, par identifier les principales aliénations de nos sociétés développés : le dogme de la croissance comme solution aux maux économiques, le dogme de la consommation comme seul critère d’épanouissement individuel, la centralité de la valeur travail comme seule organisation de la vie sociale. En remettant donc en cause le productivisme et en construisant non des alternances mais des alternatives susceptibles d’entraîner le plus  grand nombre.

 

Cette question devrait être positionnée comme centrale lors des prochaines élections européennes. A défaut, la régression sociale et politique continuera à s’étendre pendant que la gauche politique se déchirera sur les moyens d’accéder au pouvoir sans savoir pourquoi. Quand les idées sont confuses ou dépassées, le combat entre les personnes est dominant.

 

Comme en était convaincu  André Gorz, la sortie du capitalisme a commencé. Il dépend de nous que cette sortie soit civilisée ou barbare.

Tous les commentaires

"Il dépend de nous que cette sortie soit civilisée ou barbare." . Reste à savoir qui est "nous" et comment "nous" y prendre, "nous" réveiller et "nous" prendre en charge.

Le nous étant tout citoyen mais, plus particulièrement vu l'angle du billet, ceux engagés à gauche (ceux qui considèrent l'économie comme un moyen et non les personnes comme des ressources de l'économie).

Je crois, cher ami médiapartien, qu'en mettant le NPA (et même l'actuelle LCR) dans le lot des appareils politiques insouciants d'une sortie du productivisme, vous comettez une erreur. Le NPA se construit sur la référence de l'éco-socialisme. Plusieurs textes théoriques sont remarquables mais délaissés par les grands médias qui préfèrent torpiller le NPA avant même sa naissance. Des acteurs de la décroissance et des altermondialistes comme Raoul Marc Jennar figurent au sein de la direction provisoire du NPA . François Chesnais ou Claude Serfaty ont produit des textes novateurs et Olivier Besancenot - que je connais - est loin d'être un adepte de la société de consommation.

Cher Velveth, mon billet a, volontairement, un côté provocateur. Je reconnais volontiers que du côté du NPA des travaux novateurs sont en cours. Il n'en reste pas moins que j'attends avec une certaine impatience une attaque en règle du mythe du travail/emploi et une campagne pour un revenu universel où toute autre approche équivalente en termes d'objectifs. Bien à vous.

J'ai découvert "Le droit à la paresse" très tôt ! Bien à vous.

Thierry, beaucoup de gens de gauche considèrent les humains comme un capital, ou une ressource, et non comme une fin.

C'est malheureusement vrai, sommi. C'est qu'ils ont abandonné le domaine de la politique pour celui de la gestion et de l'économie. d'où mon intérêt pour la pensée de Arendt ...

... et comment nous y prendre pour nous réveiller les uns les autres et commencer à faire ce qu'il y a à faire (à préciser).

A Melchior, C'est le thème du billet. Réapprendre à penser en dehors du référentiel productiviste. C'est à la fois facile et difficile. Des pistes étaient présentes lors du congrès du PS. Elles ont été englouties par des tactiques d'arrière boutique.

Merci pour ce billet, qui une fois encore nous aide à réfléchir. Quelqu'un a-t-il lu "Le crépuscule de Prométhée " de Francois Flahault? Il vient de sortir Copier-coller de l'introduction sur Amazon: Présentation de l'éditeur Alors que la croissance matérielle exponentielle se heurte aujourd'hui aux limites de la planète, des regards inquiets, voire accusateurs, se portent sur la technoscience et le capitalisme. C'est oublier que la science, la technique et l'économie ont fait alliance dans le cadre d'une conception prométhéenne du progrès. Le dynamisme de cet idéal d'émancipation par la connaissance et la domination a fait la modernité. Il faut donc interroger ce cadre. Si la prise en compte des contraintes écologiques passe par des mesures concrètes, elle exige aussi un renouvellement philosophique : l'élaboration d'une pensée post-prométhéenne. Pour contribuer à celle-ci, François Flahault propose une archéologie de l'idéal prométhéen ; il montre comment, sous couvert de rationalisme, celui-ci est travaillé par la démesure. La vision prométhéenne de l'homme et de la société répond au désir d'exister ; elle a servi aussi bien l'imaginaire romantique, le positivisme, le communisme que l'idéologie ultralibérale de la droite américaine. En analysant les erreurs fondamentales du prométhéisme, François Flahault ouvre des pistes qui permettront de penser autrement : ce que nous sommes et nos relations avec l'environnement naturel et social. Olivier

Merci pour cette référence intéressante. Une autre sur laquelle je reviendrai : "Après le Progrès" par Pascal Chabot aux PUF.

Oui, j'aime beaucoup francois Flahault. Ce livre a l'air de reprendre un peu votre thème, à savoir que les partis de gauche (communistes y compris) n'arrivent pas à imaginer autre chose que la "croissance". Personne dans la classe politique, n'arrive à dire : Arretons avec l'obsession du PIB et de la croissance, cherchons déjà à produire mieux (de la beauté, de l'intelligence, de la générosité...), différement, et, pour cela, à partager les biens matériels. On devrait etre sorti depuis longtemps de cette discussion sur les ressources, l'énergie, la production matériel, les pénuries de nourriture... Olivier

à Oliv92 . J'aimerais connaître le sens précis de l'expression "croissance matérielle exponentielle". Plus spécialement (mais pas seulement) du mot "matérielle".A quoi s'oppose-t-il, que désigne-t-il ? Merci.

Je n'ai pas encore lu le livre, je l'aurai peut etre à Noel... "Croissance matérielle exponentielle": il suffit de se regarder vivre dans dans notre société. Exemple tout con : j'ai été faire le plein hier chez Shell. Pour 1€ supplémentaire, ils offraient une super petite voiture (ferrari) qui fait du bruit et tout. Le bon deal. Le gars n'a pas compris que je n'en veuille pas, j'étais trop bete de refuser une offre pareille. Ces petites voitures, fabriquées en Chine, ont fait des milliers de km pour finir inutilisées dans le bac à jouet de milliers d'enfants européens. Elles vont y rester pendant des années (il faudra d'ailleurs aller chez Ikéa racheter un autre coffre, car on n'a plus de place pour stocker des choses inutiles) avant de finir à la cave, puis à la poubelle. Vous imaginez la masse de matières premières, d'énergie qu'il faut quotidiennement pour produire, transporter, éliminer tous ces objets inutiles ou qui n'ont servi qu'une fois? Cela n'a aucun sens, et surtout gaspille des ressources qui auraient été bien utiles à nos petits enfants pour se chauffer, dans 40 ans. Olivier

Cher Thierry, Les Verts viennent de terminer leur congrès. Le texte adopté ne me semble pas aller vers un productivisme outrancier. Le PCF est entrain de tenir le sien donc ne préjugeons de rien. Le NEP vient de naître. Le NPA n'a pas encore tenu le sien ( de congrès) de même que le PG. Pour ce dernier il serait fort étonnant qu'après le ralliement d'Utopia, il aille vers ce que vous dénoncez à juste titre. Sans tomber dans un optimisme béat, il y a quand même un peu d'espoir, non ? Cordialement.

La classe dominante a toujours fait la promotion du progrès, mettant habilement en exergue la pénibilité de certains métiers industriels pour remplacer petit à petit les êtres humains par des machines, dont elle est sûre qu'elles n'auront aucune revendication. Malheureusement, les bénéfices du progrès n'ont pas été partagés ; ils ont été confisqués par cette minorité dominante qui dicte également ses lois aux Etats, devenus les pantins de leurs desseins et de la perpétuation de leurs privilèges (inadmissibles si on y réfléchis en faisant preuve d'un minimum de bon sens). Avec les résultats que l'on connait : presqu'un milliard d'êtres humains sont en état de famine, des millions d'enfants travaillent avant l'âge de 12 ans, on continue à fabriquer et à disperser des mines anti-personnelles, à violer les femmes pendant les guerres... ad lib... ad nauséam!
Sans compter les dégats sur la planète, résultats de cette course frénétique à la croissance...
"Ce que nous avons devant nous, c'est la perspective d'une société de travailleurs sans travail, c'est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire." écrit Hannah Arendt ; peut-être peut-on imaginer également qu'à ce moment-là, la société, rendue en quelque sorte à elle-même pourra décider de prendre son destin en main et de changer les règles du jeu !
"Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux" Chomsky et Cie.

Cher Lézard, Loin de moi, l'idée qu'il n'y a pas d'espoir. Mais la faiblesse de la gauche politique, quelle quelle soit, est particulièrement insupportable actuellement; Quand osera-t-elle s'attaquer au tabou majeur : l'impossibilité avec la logique actuelle d'avoir un emploi permettant de vivre décemment dans les pays développés et, à fortiori, dans les autres. Les richesses sont là et permettent de garantir des conditions d'existences décentes. Quel parti, en France, se décidera à faire du Revenu universel un cheval de bataille ?

Cher Thierry, Tout à fait d'accord sur le commentaire. "Quel parti, en France, se décidera à faire du Revenu universel un cheval de bataille ?" Utopia "travaille" à l'intérieur d'un parti, je crois. Alors, attendons. :-)) Cordialement.

"Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux" est une formule de l'écrivain Maxence Van Der mersh. Chomsky n'écrivait pas encore...

Pardon, la citation exacte, cela me revient est: "Les grands ne sont grands que parce que nous sommes à leur genoux, Levons-nous"

@Velveth, merci de votre rectification, comme c'est une phrase citée en exergue dans un document sur Chomsky (Chomsky et Cie), j'ai fais une confusion ; je n'en connaissais pas la fin : "levons-nous" !...

Pardon, la citation exacte, cela me revient, est: "Les grands ne sont grands que parce que nous sommes à leur genoux, Levons-nous"

Votre optimisme embrasse bien grand. Si l'on excepte les Verts (mais qui sont des esclaves électoraux du PS), croyez-vous vraiment que les Mélenchon, Robert Hue et Cie sont des anti-productivistes ? Ils n'ont que le mot croissance à la bouche, prisonniers d'un logiciel surané avec le nucléaire en prime ! Le NPA (les textes sont visibles sur le site) se construit (c'est le seul) sur le concept d'éco-socialisme, refusant la croissance autre que celle couvrant les besoins sociaux (pour faire court) et pour une sortie du nucléaire (la LCR et le NPA font partie de la fédération d'associations - 750 - qui s'intitule "Sortir du Nucléaire" et dont le porte-parole est un très proche sympathisan.

L'alignement sur le besoin... C'est ça qui ne marche pas ! Parce que c'est la négation du désir, et que sans désir, à quoi bon vivre. Je pense que ces visées de l'équilibre entre production et besoin a quelque chose qui est, par essence, insatisfaisant. Il est indispensable de croire, pour vivre, que de l'autre côté de la colline, l'herbe est plus verte... Et d'y aller voir. Et ainsi de suite. Je suis bien d'accord pour constater que ce "credo" là est dangereux, mais pour l'abandonner, il faudrait des biscuits autrement plus attrayants que le comblement des "besoins".

Par "besoins sociaux", je n'entendais pas une uniformité alignée sur des "besoins" minimum. Par "besoins sociaux", j'entendais aussi bien les énergies renouvelables que les plaisirs de la table ou des logements décents ! Ce seront les citoyens à définir "leurs besoins". Pas à un parti, encore moins à un homme (ou femme) providentiel(le).

Cher J-R Velveth, Si vous alliez sur le site du Parti de gauche, vous y verriez que ce parti refuse le productivisme et n'a pas que le mot croissance à la bouche. Vous comprendrez que je préfère retenir la version des gens concernés à la vôtre, tout comme vous, je n'en doute pas, pourriez inviter chacun à aller voire le site du NPA et se renseigner à la source si quelqu'un ici déformait ses propositions. Il pourra sans conteste y avoir des désaccords entre le PG et le NPA mais autant qu'ils soient constatés dans la clarté des idées de chacun, dans le respect des désaccords, ce qui, de mon point de vue, évitera toute confusion, toutes disputes stériles et rendra plus clair le débat démocratique nécessaire. Mais je suis sûr que vous êtes dans cet état d'esprit. Cordialement.

à Lézard Il est vrai que le PG dit refuser le productivisme. Mélenchon, copiant / collant Besancenot parle maintenant d'urgence écologique cequi est très nouveau dans sa bouche. Pour connaître maints militants de son club PRS, ce n'est pas le discours à la base (si base il y a, dans ces petits regroupements). Mais le productivisme c'est aussi le nucléaire pour toujours plus d'énergie et là, cela se gâte pour le sénateur Jean-Luc, ferme partisan du nucléaire. Or, tout est lié.

Cher J-R, Vous avez raison sur l'urgence écologique présente maintenant dans la bouche de Mélenchon et, disons-le, peu ou prou, dans les bouches de l'ensemble de la gauche avec des nuances. Copiant/collant Besancenot ? Peut-être mais pas seulement. En tout cas, les premiers à avoir parlé et alerté sur l'écologie sont les Verts et si ma mémoire est bonne Réné Dumont loin d'être pris au sérieux en ...1974. Pour ce qui est du nucléaire un copier/coller d'Utopia l'amènera vraisemblablement à revoir ses positions. :-)) Cordialement.

C'est en effet la notion même de progrès qui est en cause. Cette notion est un ballon de rugby, aux rebondissements imprévisibles. . Quant aux besoins, la consommation a pour but de les satisfaire, mais ce faisant de les renouveler.

OUi, là, il ya , comme on dit : CERCLE ! Et ce moment là est un moment éthique rarement envisagé. Le besoin satisfait crée le besoin...

Les économistes diront plutôt "cycle" pour tenir compte du temps. Quant au ballon de rugby, il intègre le cercle, dans sa section. disons que c'est le dépassement du cercle. Il ne faut pas que les choses tournent rond. Sinon on retombe dans le football, où la main de l'homme ne met pas le pied hors des limites.

Les économistes tiennent compte du temps et je retiens ce passage de cercle à cycle comme une jolie ruse. Il n'en reste pas moins que cette histoire de cercle est là, qui nous regarde avec son oeil rond, et apprécie nos contorsions. Non ? :)

à Oliv92 . "Croissance matérielle exponentielle" signifierait simplement " production de gadgets inutiles" ? Ou bien il y a autre chose ? . Votre petite ferrari illustre bien ce que Galbraith appelait la "filière inversée" (c'est un instrument de la "concurrence imparfaite", en réalité). Mais de ce que la croissance dans certaines branches doive être freinée voire carrément arrêtée, il ne s'ensuit pas que la satisfaction des besoins humains les plus élémentaires puisse se passer d'une accélération de la production des biens destinés à cette satisfaction directement ou indirectement. . Au Zimbabwé, il faut de toute urgence séparer la production et la distribution d'eau potable et l'évacuation et le traitement des eaux usées, et cela suppose entre autres un bond en avant de la production matérielle. En France il faut construire et rénover des logements, des hôpitaux, des écoles (et même des prisons...), et les équiper. Etc. etc. . Qu'il faille rediriger l'effort de production, certes. Le diminuer globalement, je ne crois pas.

Excellent billet que je n'éprouve pas le besoin de commenter. (qui me pose de vraies questions sur la violence annoncée) Mais j'ai envie de répondre à quelques commentaires. D'abord j'ai envie de rappeler que les appels à penser la production autrement ne sont pas rares, ils sont dispersés. Ivan Ilich, André Gorz, Pierre Rahbi ne sont pas seuls, je n'ai pas lu François Flahault, mais je l'ai entendu plusieurs fois et comme Dominique Méda, comme les groupes cités plus haut, me semblent tous aller dans le même sens avec des positionnement différents principalement liées à leurs liens plus ou moins étroits avec des milieux décisionnels. Tous ont un raisonnement politique mais qui est entendu (à tort) comme une réflexion sous alimentée dans le domaine économique. Et c'est le deuxième problème. L'idéologie dominante se defend contre les idéologies révolutionnaires classiques par de l'anti-terrorisme préventif : elle dévalorise en faisant peur. Elle se défend contre toute atteinte au mode de production productiviste en faisant passer ses défenseurs pour des rêveurs d'herbe plus verte : elle dévalorise en s'accrochant à ce qui reste, chez les gens, de foi dans le progrès et l'expertise technocratique. La difficulté comme le note bien Thierry, c'est que la gauche "de gouvernement" (et pas elle seule) rajoute chaque fois une couche de doute sur le travail de sape déjà effectué par l'idéologie dominante. Ce renoncement à explorer les pistes qui partent des besoins humains ( travail qui ait un sens, créateur et assurant à chacun la satisfaction de ses besoins essentiels...) et non des schémas économiques, achève de décrébiliser la gauche. Serge Koulberg

bonsoir, A propos de ceux qui ont pensé l'autre économie A côté d' André GORZ on peut citer également les travaux de Jean Louis LAVILLE et d'un collectif réunis dans le "Dictionnaire de l'autre économie" qu'il a codirigé avec le sociologue Antonio David Cattani. extrait (à partir d'une interview de Mr LAVILLE sur la revue franco-suisse "LaRevueDurable" numéro 25 de juin juillet 2007) ):. ..." véritable ouvrage introductif sous forme de portail ouvert sur l'extrème richesse des pratiques économiques prouvant qu'une "autre économie"-solidaire celle là (*) est en pleine effervescence sur les continents européen et américain. Largement occultée du débat public, à l'université et dans les grands médias, cette "autre économie" enracinée dans une solidarité qui se distingue de la philanthropie offre d'extraordinaires perspectives à l'économie et, d'une manière générale, à un monde malade qui a profondément besoin de s'inventer un autre avenir"..... JE dois ajouter que ces auteurs se sont largement inspirés de "Karl POLANYI"(1886-1964) penseur phare de l'autre économie. dans l'attente de vos bons avis, bien à vous Pierre Sélim LEBRUN (*) Ma région PACA porte depuis un certain nombre d'années des travaux intéressants sur "l'autre économie" désigné par les termes d'économie sociale et solidaire repris -sembletil de plus en plus ici ou là à travers notre pays .

Merci pour toutes ces références. Karl Polanyi est en effet un auteur essentiel que, pris par le travail sur la pensée de Arendt, je n'ai pas encore approfondi.

"C'est une société de travailleurs que l'on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté."(...) "Dans cette société qui est égalitaire, car c'est ainsi que le travail fait vivre ensemble les hommes, il ne reste plus de classe, plus d'aristocratie politique ou spirituelle, qui puisse provoquer une restauration des autres facultés de l'homme". C'est ce type de propos qui doit, à mon sens, nous conduire à penser avec Hannah Arendt mais aussi contre elle. Sa critique du travail est bien sûr salutaire mais, il y a aussi un pessimisme qui ne peut que conduire à la résignation. Pessimisme qui repose sur la nostalgie d'une époque où "une classe, une aristocratie politique ou spirituelle", de part son statut, permettait aux autres facutés (lire les plus élevées) de l'homme de se perpétuer. L'égalisation des conditions à mis un terme à ce refuge de la pensée et à la matrice de la possibilité d'une oeuvre... Pourtant, les luttes du XXème siècle pour la baisse du temps de travail sont bien le fait de salariés nullement terrifiés à l'idée de travailler moins... Aujourd'hui encore, si le précariat souhaite travailler plus pour gagner plus, il n'en est pas de même pour ceux qui ont un emploi. En cherchant bien, on doit trouver quelques universitaires, modestement payés, qui, discrètement, produisent une oeuvre... La fréquentation des musées et expositions, des cinémas... augmente, etc. Ce déclinisme culturel semble d'ailleurs indispensable pour construire la fin du travail comme une menace. C'est en ce sens, qu'il convient, selon moi, de penser avec, mais aussi contre Arendt. Cordialement.

Je vous invite à lire plus avant Hannah Arendt. Il n'y a aucune nostalgie chez elle contrairement à ce que l'interprétation trop rapide d'un extrait pourrait le laisser entendre. Toute son oeuvre est tournée vers l'avenir et s'interroge sur les conditions du vivre ensemble dans un monde post-totalitaire. Ceci dit vous avez raison, il faut penser à la fois avec elle et contre elle puisqu'elle même a toujours rejeté l'idée d'être un maitre à penser. Son premier souci était de comprendre et, le fil de la tradition ayant été rompu par Auschwitz, de penser par elle-même.

Cher Thierry Ternissien, Avec un peu de provocation, je pourrais vous inviter à réfuter "mon interprétation trop rapide d'un extrait" plutôt que de me renvoyer à mon ignorance présumée de l' oeuvre d'Arendt. (Vous n'avez d'ailleurs sans doute pas choisi cet extrait par hasard) Peut-être puis-je vous proposer un interlocuteur plus légitime ? "Au total, l’œuvre de Hannah Arendt se révèle contradictoire. Il y a une volonté d’introduire des distinctions conceptuelles précises, de redonner vie à la tradition philosophique pour comprendre le monde moderne. Il y a aussi la défense vigoureuse du sens de la vie publique et de l’action, c’est-à-dire de ce rapport direct entre les hommes qui ne se réduit pas aux rapports de production et d’échanges ; mais ces vues pénétrantes, qui constituent le point de départ d’une critique virulente de la condition de l’homme dans le mode de production capitaliste se combinent avec une incompréhension de la réalité concrète, l’hypostase de quelques traits de la réalité, transformés en absolus métaphysiques, et le refus de relier ces constatations à une analyse sérieuse des relations sociales dissimulées sous ces apparences – refus justifié indirectement, dans la dernière partie de Condition de l’homme moderne, par la critique des sciences sociales". Conclusion d'un article que vous pourrez trouver ici : http://netx.u-paris10.fr/actuelmarx/indexm.htm Cordialement PS: Le débat CITOYEN s'arrête-t-il où commence l'oeuvre d'Arent ? Votre réponse lapidaire, non argumentée, et un peu méprisante peut le laisser penser (par moi-même!).

Cher Farid, Désolé que vous ayez pris ma réponse comme "méprisante". Ce n'était pas mon intention. Je ne prétends pas connaître en profondeur l'oeuvre d'Arendt étant en plein apprentissage de sa pensée subtile et difficile. Son oeuvre est beaucoup citée et critiquée en France mais, à mon sens, insuffisamment travaillée parce que vue avec nos oeillères de spécialistes , en philosophie ou sciences sociales. C'est pourquoi je préfère, même si cela demande du temps, m'en faire moi-même mon idée aidé par des échanges comme celui-ci et par la lecture des commentateurs anglo-saxons . Là où chez nous Arendt est "prisonnière" du cercle estimable des philosophes elle est aux Etats-Unis et au Royaume Uni étudiée par des penseurs politiques. Par ailleurs, merci pour la référence. Bien à vous

@Farid Lien tout à fait intéressant

Réapprendre à penser en dehors du référentiel productiviste. C'est intéressant votre contribution à la fois de la pensée de Hannah Arendt mais aussi de ce qui va au-delà de sa propre démarche. Et l'intérêt des différents commentaires me semble bien aller dans le sens de ce propos. J'ajouterais pour ma part (sans avoir de compétence sur l'oeuvre de Hannah Arendt) que, d'une certaine façon, elle nous invite à revoir aussi les terrains où cette analyse peut être opérante et engagée. Comme vous l'affirmez "penser en dehors du référentiel" actuel, paraît (et c'est juste de dire utopie...) éloigné des forces dites alternatives au pouvoir en place. On pourrait penser que "la crise actuelle" servirait comme un élément analyseur d'un système et révélateur de ses limites et de ses échecs or nous assistons à une réponse d'opposition pour l'améliorer et pas pour le déconstruire et lui donner d'autres formes, une méthodologie innovante et des valeurs affirmées.

Entièrement d'accord avec vous.

Je ne reviendrai pas ici sur le contenu politique actuel de votre papier, que je partage largement. (encore faut-il penser à la façon dont vont pouvoir avancer ces idées, y aura-t-il lutte ? comment imaginer qu'un revenu universel s'instaure ? l'idée de "partage" peut-elle s'imposer à une majorité par le seul travail de conviction ? ou alors les menaces seront telles que pour sauver sa peau l'homme acceptera cette perspective ? ....) Je reviens sur Arendt (que je connais moins bien que vous, mais un peu) : ce qui me pose problème, c'est une sorte de passage sous silence des rapports sociaux et de leur conflictualité. N'y a-t-il pas chez elle une sorte d'idéalisme ? (aspect qui me frappe dans sa distinction radicale de travail et oeuvre) Et j'ai envie de reposer les questions qui sont dans mon commentaire de votre précédent article. Il est vrai que j'ai tendance à "lire" les rapports humains de tous ordres, en partie, comme des lieux de conflit - ce mot n'ayant d'ailleurs pas forcément un sens négatif ( mais c'est un peu long à développer).

Merci pour ce billet roboratif. Cela incite à se (re)plonger dans l'œuvre de Arendt (que personnellement je connais mal, ou principalement par l'intermédiaire d'articles sur certaines parties de son œuvre). Malheureusement, ce n'est pas en période de crise que la classe politique dirigeante remet en cause ses dogmes. A la limite, elle "profite" plutôt aux thèses keynésiennes et néo-keynésienne qui appartiennent toujours au logiciel productiviste. Mais à tout prendre, je préfère encore ces dernières (lire à ce sujet la nouvelle écologie politique, livre de Jean-Paul Fitoussi et Eric Laurent, ce dernier ayant été interviewé par Jade Lindgaard).

Critiquer le "travail" comme alénation transformant chaque travailleur en "consommateur", cela est nécessaire. Le "produire toujours plus pour consommer plus, et réciproquement" est sans doute le mot d'ordre de la gauche respectueuse du capitalisme. Mais rien n'indique que nous soyons en train de "sortir du capitalisme". La question est au contraire de savoir comment sortir collectivement du capitalisme. Beaucoup ne vont plus guère consommer, même s'ils continueront à hanter les hypermarchés, et à contempler leurs marchandises. Un autre mode de production est à inventer. Comment transformer ces frustrations en combativité, en productivité militante? Comment ceux qui sont les exclus de la société de consommation peuvent-ils s'organiser pour inventer un autre mode de vie? Ces questions sont présentes chez beaucoup, au NPA, comme le souligne Velveth, mais aussi chez les Alternatifs, les anarchistes très souvent, dans les syndicats Solidaires, dans ce qui fut le mouvement des chômeurs. C'est la nécessité d'une force collective politique et syndicale qui s'impose. Mais le "travail "n'est pas qu'aliénation. Il est aussi invention, production collective. Ces débats existent, disparaissent, reviennent depuis au moins que Laforgue a écrit "le droit à la paresse". Bref, ce texte me pose comme principal problème de ne pas poser la question des groupes sociaux possiblement porteurs d'une alternative politique.

Instinctivement, j'ai envie d'être convaincu par cette remise en question du productivisme et de ses conséquences en termes de travail/emploi. Je suis prêt à oublier que toutes les conquêtes sociales de notre histoire se sont faites en tentant de résoudre ( et peut être grâce à... )la contradiction entre l'OBLIGATION et le DROIT au travail. Je veux bien aussi considérer qu'une approche quelque peu aristocratique ( voire élitiste - l'ambiguïté de la référence à "l'oeuvre" a déjà été relevée) est un moyen de mettre en évidence des notions qui risquent autrement de rester ignorées. Je veux bien tout çà. Reste que basiquement, bêtement , je ne sais pas comment on peut éviter deux questions: 1- sans travail ni production, où trouve-t-on les ressources qui permettent d'assurer le "revenu universel" ? Et quand celui ci sera établi, comment faire pour qu'il aboutisse à autre chose que la pure satisfaction des besoins basiques ( qu'il contribue, par exemple à la création des "oeuvres")? 2 - encore plus stupidement, comment se fait-il que toutes les fois qu'on a tenté, dans une société en évolution ( je me garde bien de dire "en développement") de construire des rapports sociaux sur autre chose que le travail et l'échange marchand, on a abouti à la catastrophe ? Je sais bien que c'est précisément pour çà qu'il faut inventer quelque chose de nouveau, mais il n'est peut être pas nécessaire de se précipiter sans cesse dans les mêmes impasses et de se laisser fasciner par les mêmes mirages.

C'est bien pourquoi je considère que le "sans production" n'est pas une voie pertinente. Le contraire d'une impasse est une impasse. C'est pourquoi il faut, comme vous le dites très justement, inventer, innover. Notre mode de pensée est actuellement limité par deux fléaux : la raison identifiée à la seule raison économique et la pensée binaire. Dans l'oeuvre d'Arendt, qui raisonne de façon trinitaire (travail.oeuvre/action - volonté/pensée/jugement) des pistes sont ouvertes. J'y reviendrai. Bien à vous

Décidément c'est un peu difficile (pour moi) d'engager le dialogue avec vous, mes questions tombant dans un quasi-silence ; et pourtant ce sont bien des questions et pas des affirmations déguisées ... Je me demande vraiment comment on peut "convaincre" une minorité dominante riche, objectivement alliée aux états, de lâcher la poule aux oeufs d'or de la sur-production, du gaspillage, et de l'exploitation de ceux qui ne peuvent faire autrement. Et de plus, il y a aussi les partis d'opposition, les syndicats, et tout et tout à faire entrer dans la danse. Est-ce qu'on pense que tout cela émergera peu à peu comme un mouvement inexorable, ou pense-t-on qu'il faut lutter pour cela ? Cela m'importe d'échanger sur cet aspect aussi. D'où ma question sur le conflit. Et de loin, la question sur l'idéalisme de Arendt.

Je me joins à M. Billy pour poser une question (qui n'est pas non plus une affirmation déguisée): comment s'y prendre pour rendre une perspective (par exemple celle de la décroissance) à la fois crédible et désirable, sachant l'énorme capacité de résistance au changement des gens ?

L'envie que les choses bougent, l'envie de ne pas s'enfermer dans "un débat d'idées" est une envie que je partage, mais avec en arrière pensée, la conviction que les choses bougent lorsque une certaine explication de ce que le monde peut devenir commence à faire rêver (l'autre moteur de l'action étant lorsque les gens n'ont vraiment plus rien à perdre). Le problème aujourd'hui c'est que les expertises et les batailles de procédure auxquelles semblent se réduire "l'offre de citoyenneté et de politique", ne fait même pas rêver ceux qui les expriment. Tout se passe comme si on voulait sauter vers autre chose sans lâcher la branche sur laquelle on croit (faussement à mon avis) être suspendu. Je crois que nous sommes dans le vide ( et il me semble comprendre qu'Hanna Arendt en a terriblement conscience) et que penser un autre mode de production, davantage adapté à une vie humaine qui mérite ce nom, n'est en rien "moins réaliste" que les élucubrations répétitives de nos économistes. Mais comme certains le notent la branche est solide pour quelques-uns qui ne l'abandonneront pas sans combat... sans un réveil de notre combativité. Au sujet de "l'oeuvre", il y a une interview intéressante de Jacques Rancière dans le Télérama de cette semaine. Serge Koulberg

A Melchior et M. Billy, C'est un véritable exercice de pensée politique que vous me demandez ! C'est ce à quoi s'est essayée Hannah Arendt elle-même dans la crise de la culture dont le titre anglais "Entre passé et futur" est beaucoup plus explicite. Je suis très loin d'être à son niveau et cherche d'abord à sortir du carcan dans lequel ma pensée, comme celle des autres, est actuellement enfermée : une raison limitée à la raison économique, une pensée binaire. Je crois que Serge dans le commentaire précédent donne des éléments. J'essaie petit à petit dans mes différents billets et commentaires de dégager des pistes. Vous avez certainement autant d'éléments de réponse que moi. L'exercice collectif fait par Utopia est passionnant et la lecture de leur manifeste vaut le détour. Le comment me parait secondaire par rapport à la pensée du pourquoi et du pour quoi. Si nous sommes clairs sur ces deux termes, les évènements pourront être mis à profit. Bien à vous

OPERATION ”PINOCCHIO DE L’ECOLOGIE”
On rigole !
PETIT RAPPEL: Lors des dernières élections présidentielles, « l’Alliance pour la planète" avait noté les candidats à partir de 24 mesures essentielles afin de déterminer si les programmes qu’ils défendaient permettrait de renverser la vapeur du modèle productiviste actuel et le cours de la réalité vers plus d’écologie…
fleche_animee06.gifVoici les notes attribuées aux partis politiques : notes_alliance.gif


= > Ci-dessous, l’extrait du commentaire de l’Alliance :
Les notes des partis / pendant la campagne.

L’écologie a-t-elle une place dans les programmes des candidats à la présidentielle ?
C’est à cette question que l’Alliance pour la planète s’est efforcée de trouver une réponse en étudiant les programmes de 10 candidats.
redstar.gif Dominique Voynet et Corinne Lepage sortent du lot. Elles confirment leur véritable connaissance et leur maîtrise de l’écologie, qui constitue la colonne vertébrale de leurs projets.
redstar.gif Pour les autres, Ségolène Royal, François Bayrou, Nicolas Sarkozy, et dans une moindre mesure Marie-George Buffet, il apparaît que les interpellations sur le changement climatique, la perte de la biodiversité ou les déséquilibres mondiaux, irriguent maintenant leurs discours. Ils font des propositions qui témoignent de cette nouvelle conscience, mais ils ne vont pas jusqu’à remettre en cause le mode actuel de développement. Pour être entendues, leurs propositions devront être précisées, complétées.
redstar.gifPour les quatre derniers, à l’exception d’Olivier Besancenot qui reprend à son compte quelques thèmes liés à l’environnement, l’écologie n’est pas leur préoccupation.
Au cours des prochaines semaines, jusqu’au jour de l’élection, les associations de l’Alliance pour la planète attendront de chaque candidat qu’il confirme les moyens que celui-ci accordera, une fois élu, à chacune des mesures, et qu’il précise le calendrier de la mise en œuvre.
En décembre 2006, les associations de l’Alliance pour la planète avaient fait connaître leur appréciation sur les décisions et le travail des partis politiques au gouvernement et au Parlement entre 1997 et 2006 (UMP, UDF, PS, PC, Les Verts). Celle-ci était plutôt négative, l’environnement n’a pas été leur priorité, SAUF pour les Verts. (…)

Je ne suis pas sur que l'écologie à elle seule garantisse une approche différente du productivisme. Pour rester dans les concepts d'Arendt, elle s'attaque plus aux dégâts faits à la nature qu'à la disparition du "monde commun" indispensable à l'action politique plurielle des hommes.

(rectif) permettraient

A Serge : Lorsque je dis "idéalisme", cela ne s'oppose pas à réalisme. Enfin, j'ai pensé qu'il y avait un lien entre votre propos et le mien ! Ce que je trouve "idéaliste" c'est cette opposition radicale travail/oeuvre, c'est l'aspect binaire de cette opposition, binaire comme le sont les modes de pensée métaphysiques. Pour nuancer, je trouve cette opposition, à la fois très féconde car elle permet de penser à fond si je peux dire, l'oeuvre, mais aussi ambiguë. C'est vrai que Arendt développe sa pensée pour analyser et dépasser Marx et en particulier ce qu'elle nomme ses thèses (et dont elle dit qu'elles sont un "défi" de Marx à la tradition) : "le travail a créé l'homme" et "la violence est la sage-femme de toute vieille société grosse d'une nouvelle". Du coup je trouve intéressant de repérer comment elle démonte ce qu'elle appelle une pensée reposant sur un "défi", comment elle sonde les ressources humaines de la pensée, son expérience, mais de continuer aussi à penser aux processus sociaux, aux rapports sociaux, en un mot de tenir Arendt dans une main et Marx (et d'autres) dans l'autre. Thierry, le "comment" est secondaire dites-vous, comparé au "pour quoi" : il me semble que les deux doivent se penser ensemble, l'un éclaire l'autre. D'accord avec Serge, pour dire qu'on a besoin aussi de désir et de rêve dans la société, moteur même de la pensée souvent.

A M. Billy, Deux remarques. Arendt n'oppose pas travail et oeuvre. Elle distingue trois modalités de la vie active : travail/oeuvre/action. Elle indique aussi que dans toute activité existe une part de chacune de ces modalités. Sur le comment. J'emploie le terme secondaire au sens de vient en second. Je me situe de ce point de vue dans l'esprit de l'ouvrage d'Arendt : "A ces préoccupations, à ces inquiétudes, le présent ouvrage ne se propose pas de répondre. Des réponses on en donne tous les jours, elles relèvent de la politique pratique, soumise à l'accord du grand nombre; elles ne se trouvent jamais dans des considérations théoriques ou dans l'opinion d'une personne : il ne s'agit pas de problèmes à solution unique. Ce que je propose dans les pages qui suivent, c'est de reconsidérer la condition humaine du point de vue de nos expériences et de nos craintes les plus récentes. Il s'agit là évidemment de réflexion, et l'irréflexion (témérité insouciante, confusion sans espoir ou répétition complaisante de « vérités » devenues banales et vides) me paraît une des principales caractéristiques de notre temps. Ce que je propose est donc très simple : rien de plus que de penser ce que nous faisons.".

Soit, mais le temps du "pour quoi ?" doit-il être très antérieur à celui du "comment ?", n'y a-t-il pas entre les deux un rapport dialectique ? Et si comme Arendt, on pense qu'il faut "penser ce que nous faisons" (comme j'avais dit plus haut "penser à fond" ce que "je" suis, ce que je désire, d'où je viens, ce que je dois au passé, ce qui me fait humain ...), n'y a-t-il pas un lien fécond à forger entre les deux pensées : le pour quoi et le comment ? Ex : penser à un monde dépris du productivisme, penser à une déprise de l'homme de la nécessité, c'est à dire aujourd'hui proposer des pistes pour un monde plus "partageur", pour un approfondissement de l'humaine condition, demande de penser aux luttes nécessaires (et peut être non violentes mais déterminées) pour faire une voie à ces propositions. Sinon on risque de se maintenir dans une pensée coupée de l'action. Et bien sûr qu'il n'y a pas de solution unique. Ce sont vraiment des questions qui ont de l'importance à mes yeux, questions qui nous mettent à penser, d'où le besoin d'échanger, d'argumenter qui que nous soyons. Cordialement Marielle Billy

A M. Billy, Vous avez raison pensée et action doivent rester liées. Mais l'action fait face à l'imprévisibilité liée à ce qu'elle se mène avec les autres : la pluralité, concept clé chez Arendt qui seule permet de sortir de la domination individuelle pour la puissance collective. Le comment, très marqué de nos jours par la vision gestionnaire, planificatrice et magique (main invisible du marché) est donc très fragile et à réadapter en permanence.

Merci de votre réponse. Continuons ...

Il y a une petite chose qui me gêne dans le commentaire de Serge Koulberg: . "penser un autre mode de production, davantage adapté à une vie humaine qui mérite ce nom, n'est en rien "moins réaliste" que les élucubrations répétitives de nos économistes." . 1) Loin de moi l'idée d'interdire à quiconque de penser quoi que ce soit, mais "penser un autre mode de production", est-ce que cela désigne imaginer à partir de rien, ou bien tirer les conséquences théoriques de quelque chose qui commence à exister, ou encore autre chose ? Et pourquoi ne pas nommer précisément cette chose autre, et se risquer à en donner les principes, en montrant nettement ce qu'ils ont d'autres ?. . 2) Et puis "une vie humaine qui mérite ce nom": qui va décider de ce mérite ? et des moyens d'être méritant ? Les fondamentalistes islamistes et les traditionnalistes chrétiens ont une certaine conception de la "vie humaine qui mérite ce nom", les bouddhistes une toute autre, de même les adorateurs du veau d'or, religion dominante, de même (autrement dit: tout autrement) les libertaires ou les surréalistes, et je mets encore à part les humanistes épris de progrès, qu'on ne trouve plus guère que dans les contrées reculées où paissent les bourriques dans mon genre ("seuls les ânes peuvent être humanistes", disait mon maître H-H Huchappin). . 3) "élucubrations répétitives de nos économistes" . S'il s'agit de s'en prendre aux spécialistes cooptants et cooptés, grands calculateurs de dérivées secondes et metteurs en équations toujours plus fines, OK. Mais si sont visés ceux qui comme moi s'en vont répétant que les gens ont des besoins, que les ressources sont rares, que pour satisfaire les besoins avec des ressources rares il faut produire, diviser le travail, investir et se soucier de la répartition, le tout à l'aide de la monnaie, du crédit et d'une politique économique, alors nous risquons de ne pas être d'accord.. . Cela dit je suis ouvert à toute manière neuve de voir les choses. .

Proposition 1 pour un nouveau monde : INTERDIRE LA PUBLICITE. Conséquences prévisibles : * mise au chômage de tous les publicitaires * baisse du prix des produits de grande consommation de 10 à 20% * réduction du nombre de nouveaux produits et du gaspillage associé * disparition de tous les médias dépendant essentiellement des revenus publicitaires * réduction globale de la production * consommation centrée sur les besoins de base, et non pas sur des désirs / besoins artificiels Les aspects psychologiques et culturels sont plus difficiles à prévoir * réduction de la frustration généralisée et des besoins artificiels * obligation pour les producteurs et distributeurs d'avoir un lien plus direct avec leurs clients * liens interpersonnels accrus, du fait de la réduction de la communication "top-down" qui nous abrutit * renouveau des cultures locales Olivier

La publicité coûte (même pour un bébé !) en moyenne 500 euros par individu et par an, et , en effet, comme le disait un ”DEBOULONNEUR”, lors d’un procès en appel qui s’est déroulé au palais de justice de Paris : « c’est nous, les consommateurs, qui la finançons ! »

LA PUB POLLUE ! non-a-la-f1-en-idf-oui-a-l-ecoregion-fra … et le GAG de la semaine : CHERCHEZ l’HORREUR sur sur la page de la pétition contre le circuit de la F1.

à Oliv92 . Vous voulez parler de la publicité commerciale, bien sûr. Qu'elle soit plus strictement réglementée (sous la pression des associations de consommateurs), OK. L'interdire, c'est un peu comme interdire la monnaie et le crédit, j'y réfléchirais à deux fois. . Nous voilà encore dans la critique de la concurrence imparfaite. Aux mains des oligopoles, la pub est la pire des choses; mais cela ne fait pas de cette industrie quelque chose d'intrinsèquement pervers. . Petite question bête: qui interdira la publicité et comment ? (Mais je suis pleinement d'accord pour empêcher qu'elle ne nous envahisse, et pour faire de la pub aux anti-pub). Sur ce je clique une fois sur pub-lier.

L'idée de supprimer la pub provoque aussitôt des réactions assez drôles (le spectre du chômage,etc.) chez certaines personnes. Mais la publicité crée-t-elle de la richesse ? Ne la déplace-t-elle pas plutôt par la compétition qu'elle crée entre les firmes qui privilégient leurs seuls intérêts au détriment de l'intérêt collectif ? En 68, Edgard Morin disait, à juste titre, que la pub « consiste à transformer le produit en stupéfiant mineur – ou à lui inoculer la substance droguante, de façon que son achat-consommation procure immédiatement l'euphorie-soulagement, et à long terme l'asservissement »

De plus la publicité corrompt le principe cher aux libéraux : la concurrence libre et non faussée. La main "invisible" du marché est en fait très visible.

La concurrence libre et non faussée n'est pas un principe cher aux seuls libéraux, les partisans de l'économie de marché régulée à gauche (économie sociale et écologique de marché), sauf, nous dira peut-être Lézard, Melenchon, dont la pensée est plus complexe, y sont aussi très légitimement attachés. Libre et non faussée ne veut pas dire sauvage. . En fait c'est à la concurrence imparfaite que vous vous en prenez, à juste titre, à la filière inversée que dénonçait Galbraith, à la "concurrence monopolistique" qui plaît tant au capitalisme financier. La pub commerciale, surabondante, débordante et dégoulinante, est en effet son instrument. Mais cette industrie peut être domestiquée et servir à la satisfaction des besoins.

Cher Melchior, vous faites, malheureusement, la démonstration même du titre et du thème de mon billet.

Cher Melchior, Vous nous parlez toujours d'une concurrence libre et non faussée qui s'élèverait contre les monopoles et/ou oligopoles etc...etc... Vous n'avez pas tort de ce point de vue économique. Mais en Europe les ententes d'entreprises et les fusions sont-elles absentes? Mais ce que les libéraux entendent par le terme " non faussée" c'est lorsqu’un gouvernement décide d’aider avec des fonds publics telle entreprise en difficulté ce qui se fait au détriment des autres entreprises du secteur qui, elles, ne bénéficient pas de cette manne. Voilà aussi ce qu'il faut dire. C'est ce qui fait aussi la casse des services publics( voir La Poste) que d'ailleurs on ne nomme plus comme tels. C'est dire ! Par ailleurs cette concurrence non faussée dont on se gargarise l'est faussée par la fiscalité en Europe, diverse selon les Etats membres, et par la non-harmonisation sociale desdits Etats. Voyez ce que l'on a promis aux Irlandais s'ils consentent à voter oui. Cordialement.

Le fait est que j'ai beaucoup de mal à penser, ce soir. Quant à agir, n'en parlons pas. Je laisse le champ libre à Thierry et à Lézard, qui vont nous concocter ensemble un petit programme express, hum, l'eau m'en vient aux badigoinces.

:-)

Ben oui, Lézard qui est d'accord avec Melenchon mais ne le rejoint pas et Thierry qui n'est pas d'accord avec Melenchon mais le rejoint, ont sûrement des choses à se dire et à nous dire ensemble. En outre leur future alliée M-G Buffet vient d'être réélue, et elle a des choses à dire, elle aussi, sur la concurrence libre et non faussée. "Gravée dans le marbre ! Gravée dans le marbre !" s'indignait-elle, je l'entends encore.

L’Homme n’a pas besoin de faire d’efforts pour exploiter ses mauvais penchants. Le capitalisme donc le productivisme, basé entre autres sur la cupidité, coulait de source par rapport au vrai socialisme. Celui-ci demandait une participation individuelle consentante et généreuse à l’effort collectif et cela en toute confiance - plus de confiance, plus de générosité, plus de production vitale, et donc écroulement final. Remarquez que ces dominos sont valables pour la crise économique actuelle -plus consommateurs, plus de ventes, plus de bénéfices et donc écroulement final.
L’Homme crée dans la souffrance ou dans le bonheur. Il crée dans la haine ou dans le plaisir et la communication.
Alors, même si on voulait recréer une forme de néo-socialisme, ou de libre-échange hyper-contrôlé pour éviter tous abus de l’humain, le pourrait-on sans l’Europe ou sans un noyau dur de pays convaincus autour de nous ?
Et en attendant que fait-on ? On gère la crise et faisant miroiter un monde meilleur ? Sarkozy le fait déjà avec beaucoup de démagogie.
Il est urgent d’étudier toutes ces notions, pour refaire, pour repenser une autre société ! Nos enfants nous attendent. Il y a urgence.

Première étape : défendre une autre construction de l'Europe lors des élections de 2009.

On me propose depuis des années maintenant "une autre" mondialisation, "une autre" vision de la société, "une autre" conception de l'économie, "une autre" Europe. Quand je demande laquelle, on me répond: "une autre, quoi; pas celle-là". Si j'insiste, on me renvoie à des documents: "tu verras, c'est expliqué là-dedans", je regarde "là-dedans", et j'y trouve le même discours: "on ne veut plus de cette mondialisation, de cette vision du monde, de cette conception de l'économie, de cette Europe, qui nous étouffent, nous asphyxient, nous aliènent et nous annihilent; la solution, c'est "une autre" mondialisation, "une autre" vision de la société, "une autre" conception de l'économie, "une autre" Europe." Suivent, au mieux, quelques principes théoriques. Au chapitre des propositions concrètes: ben, on va être créatifs, imaginatifs, va falloir innover, c'est sûr. C'est ce qu'on fera "le moment venu". . Qu'est-ce qu'on peut dire maintenant aux ouvriers de l'industrie automobile et de ses sous-traitants ? "Faut être imaginatif dans la décroissance", ce n'est pas un discours suffisant. Le problème est d'avoir un programme à la fois crédible et désirable pour les gens tels qu'ils sont maintenant, et non tels qu'on voudrait qu'ils soient. Donc "une autre construction de l'Europe", OK, à condition de dire laquelle (et d'y croire soi-même) et par quel processus on y parviendra..

C'est probablement là où nous divergeons. Il n'y a pas de processus de changement en politique mais des évènements. D'où l'importance de penser ce vers quoi nous voulons aller, non pas pour bâtir un programme ou un plan de transition. Mais pour être prêt à faciliter l'émergence d'un nouveau monde. La situation d'aujourd'hui, malgré et grâce à ces côtés terrifiants, s'y prête. Mais les gauches politiques s'étant complètement engluées dans la gestion de la société et de l'économie (ce n'est plus de la politique) sont incapables de proposer des alternatives politiques laissant le champ libre au pire. Ce n'est donc pas sur le comment qu'est l'urgence, c'est sur le vers quoi, pour quoi.

Nous allons donc vers la reprise du vieux débat entre Kautsky (ou Rosa Luxembourg) et Bernstein: "le but est tout le mouvement n'est rien" versus "le but n'est rien le mouvement est tout". La synthèse (nécessaire) ne sera pas facile. Souhaitons-nous mutuellement bon courage.

Je ne crois pas. Un détour vers la pensée chinoise peut être intéressant. Je vais le faire dans mon prochain billet.

Pour toucher du doigt à la fois la violence du libre échange généralisé et l'impuissance de la gauche politique à penser une alternative ou un dépassement, je conseille la vision du DVD de Ken Loach "It's a free world". Le contraste entre la force du film et la faiblesse de Jospin dans le débat proposé dans le bonus est saisissant.

Thierry, j'ai vu le film et pas le bonus. Ce que vous dites rejoint ce que je repère lorsqu'on met en regard le témoignage de gens qui en bavent dans le monde actuel et les propos très "light" qui en rendent compte. Ce pourrait être pareil si on prenait le cas des "naufragés" de la rue, ou des jeunes en banlieue, ..... Mais c'est aussi le cas dans le discours des gens "pris" dans une institution : il faut écouter par exemple des propos d'enseignants au sujet d'élèves en échec, d'origine modeste ! L'institution jouant le rôle d'étouffoir-de-pensée, ou de normalisation des esprits. Il y a en général : 1) des propos lénifiants qui n'ont que le but de donner le change. 2) pas d'analyse politique du processus social, économique et politique. Il me semble qu'un des gros problèmes, c'est le fait qu'on ne fait jamais le lien entre les 3 niveaux, et même qu'on fait tout pour que ces liens ne se fassent pas. De mon point de vue, celui (personne, parti politique ....) qui parvient à mettre en lumière ces liens dans son analyse, est subversif. Bien à vous Marielle B.

Bien vu.

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