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Un livre indispensable pour comprendre le néolibéralisme

Attention, ce livre est essentiel ! Objet d’un entretien, publié le 1er février 2009, mené par Gérard Desportes et Sylvain Bourmeau avec ses deux auteurs, Pierre Dardot et Christian Laval, « LA NOUVELLE RAISON DU MONDE. ESSAI SUR LA SOCIETE NEOLIBERALE »  sera au centre d’un ces cinq débats organisés pour l’anniversaire de Mediapart le 21 mars prochain : en finir avec le néolibéralisme.  J’en finis une première lecture et prévois de lui consacrer une série d’articles dans ce blog tout au long de l’année 2009.

 

 Cet ouvrage présente un seul défaut. Remarquablement structuré, très bien écrit, accompagné, ce qui est trop rare en France, d’un index des concepts, il présente un intérêt tel qu’au-delà du texte présenté en quatrième de couverture, il est difficile d’en faire une synthèse et, à fortiori un résumé, sans risquer d’en perdre toutes les richesses et les nuances.

 

Pour vous donner envie d’acheter ce livre (26 euros, Editions de La Découverte) et, surtout, de vous plonger dedans, je vous fournis le texte de cette quatrième de couverture ainsi, qu’en fichier joint, un outil qui me servira à naviguer dans cet imposant ouvrage et, dans les articles à venir, à extraire et à relier entre eux les éléments  plus saillants.

 

« Après la crise financière de 2007-2008, il est devenu banal de dénoncer l'absurdité d'un marché omniscient, omnipotent et autorégulateur. Cet ouvrage montre cependant que, loin de relever d'une pure «folie», ce chaos procède d'une rationalité dont l'action est souterraine, diffuse et globale. Cette rationalité, qui est la raison du capitalisme contemporain, est le néolibéralisme lui-même.

 

Explorant sa genèse doctrinale et les circonstances politiques et économiques de son déploiement, les auteurs lèvent les nombreux malentendus qui l'entourent : le néolibéralisme n'est ni un retour au libéralisme classique ni la restauration d'un capitalisme « pur » qui refermerait la longue parenthèse keynésienne. Commettre ce contresens, c'est ne pas comprendre ce qu'il y a précisément de nouveau dans le néolibéralisme. Son originalité tient plutôt d'un retournement que d'un retour : « Loin de voir dans le marché une donnée naturelle qui limiterait l'action de l'État, il se fixe pour objectif de construire le marché et de faire de l'entreprise le modèle du gouvernement des sujets. »

 

Par des voies multiples, le néolibéralisme s'est imposé comme la nouvelle raison du monde, qui fait de la concurrence la norme universelle des conduites et ne laisse intacte aucune sphère de l'existence humaine, individuelle ou collective. Cette logique normative érode jusqu'à la conception classique de la démocratie. Elle introduit des formes inédites d'assujettissement qui constituent, pour ceux qui la contestent, un défi politique et intellectuel inédit.

Seule l'intelligence de cette rationalité permettra de lui opposer une véritable résistance et d'ouvrir un autre avenir. »

Tous les commentaires

Merci Thierry pour ce billet. Mais attention à ne pas être trop "intello", exprimer certes des analyses profondes et intéressantes accessibles à un public avisé, philosophe et lettré. Il faut maintenant s'adresser à tout le monde et exprimer en termes simples ce monde, ses puissances sous-jacentes, ce qui nous entraîne dans ce tourbillon néolibéral insidieusement, malgré nous, avec même notre inconsciente approbation. Derrière la justification libérale du marché, système supposé et même démontré le plus efficace pour accroître la croissance et le bien être de tous, se cache des mensonges : - ce système, en acroissant globalement les richesses, n'a profité surtout qu'à quelques uns. Les inégalités se sont accrues considérablement en termes de revenus et de pouvoir d'achat. Les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres. Il ne vient pas à bout de la pauvreté et de la faim dans le monde, - ce système laisse croire qu'il prône la concurrence et justifie un prix de marché juste et qu'il est basé sur la démocratie, alors que la concurrence finit par tuer la concurrence, la loi darwinienne du plus fort, qui a les moyens d'éliminer les faibles et d'avoir accès à de l'information privilégiée, conduit paradoxalement à des monopoles, des oligopoles (Microsoft,...) et tue la concurrence, le prix de marché est déterminé par des effets marginaux de déséquilibre entre l'offre et la demande et non moyens (d'où la volatilité forte des prix des matières premières), et n'est pas démocratique, s'imposant aux Etats et aux peuples malgré eux, sans l'expression d'un choix. - ce système s'accompagne psychologiquement d'une évolution culturelle récente liée à la mondialisation et à la technique, le développement d'un hyperindividualisme et la rupture progressive du lien social, de l'abandon des valeurs de cohésion familiale, de la foi religieuse et de l'utopie politique. Il s'enracine dans les mentalités. - ce système néocapitaliste (néo signifie à la fois nouveau et dérivé de) s'est affirmé dans les années 1980, l'ère Reagan et Thatcher. Ce qui le caractérise, en rupture avec le capitalisme classique, qui était entrepreneurial et pouvait être modulé par un contrat social et républicain prônant l'égalité des chances, c'est l'affirmation que la recherche du profit est le moteur du bien être de l'humanité, relégant l'égalité sociale au dernier plan et même préconisant un niveau minimum de chômage et la croissance des inégalités comme un accélérateurs du moteur de croissance (entrenenant l'anxiété de perdre son travail, l'acceptation de bas salaires stagnant voire diminuant). Ainsi les inégalités se sont considérablement accrues dans le monde entre nations et au sein des nations. L'éducation s'exerce de moins en moins sur le mode de l'égalité des chances. C'est le cas aux Etats-Unis et ça l'est de plus en plus en Europe. - ce système a engendré le capitalisme financier, dérivant du capitalisme entrepreneurial, les actionnaires (pour moitié au moins des fonds de pension anonymes recherchant le profit maximum à court terme quelles que soient les pressions sur les entreprises, compromettant même leur durabilité et leur efficience sociale), la recherche des ROE de plus de 15%, les spéculations, les bulles financières et leur éclatement, comme le fut celui des subprimes. - ce système n'est pas durable, ne permet pas d'augmenter le bonheur de l'humanité ni de venir à bout du défi climatique et alimentaire de la planète. Oui, ce système néocapitaliste a fait son temps. Il faut en faire une critique communicable à tous et surtout réfléchir à un autre modèle et à un autre moteur, plutôt que chercher à le "refonder" en le régulant simplement. Mais il faut être aussi réaliste. Il faudra mener à la fois une contension et une régulation progressive d'un système qui nous est imposé et qui est actuellement incontournable, sur lequel tout est arrimé, et la construction d'un monde nouveau qui change de référentiel, de priorités, et nécessite l'adhésion démocratique des citoyens, à condition qu'ils aient compris de quoi il retourne, adhèrent et participent, avec certains sacrifices et, confiance et espérance.

@ Vhère anne marie, je vous comprends parfaitement à une nuance près tout de même, c'est que le point d'aboutissement auquel est arrivé ce système, sa main mise sur tous les instruments de pouvoir et de contre pouvoir ne laissent aucune autre issue que le renversement brutal. Le réformisme est totalement condamné à l'impuissance. La contension progressive est malheureusement impossible. Il n'y a rien à négocier avec ces gens. Dans ce sens, la France dispose d'un magistère historique dans l'évolution des idées politiques et des organisations sociales qui nous place en première ligne de ce combat qui aura valeur d'exemple pour nombre d'autres peuples opptimés. C'est chez nous que ça doit commencer, par la valeur symbolique que représentera un bouleversement de cette importance dans un pays riche comme le nôtre. salutaions amicales

@Marie-Anne Kraft Merci pour votre synthèse très claire et à laquelle j'adhère tout à fait. Quant au livre recommandé par Thierry Ternisien je viens de le commander...

Chère Marie-Anne, si être intello signifie chercher à comprendre le monde dans lequel nous sommes pour mieux saisir les opportunités de le transformer, j'assume sans peine. Je te rejoins sur la nécessité d'une expression claire. Le livre que je présente dans ce billet a ce grand mérite. Il permet de voir, pour faire très vite, comment le néolibéralisme, bien loin de prôner le laisser-faire, s'appuie sur l'Etat pour créer règles et situations de marché dans lesquelles la concurrence et l'obligation de choisir deviennent des principes intériorisés. Bien loin de simples mensonges, ou approche encore plus contestable, de complot, il s'agit depuis plus de 70 ans d'une guerre idéologique sans trêve qui a permis aux néolibéraux, dans toutes leurs nuances, de saisir les opportunités offertes par les évènements pour mettre en place ce que les auteurs appellent la nouvelle raison du monde. Le chaos que nous vivons aujourd'hui ne résulte pas de décennies de laisser-faire, il procède de la mise en oeuvre d'une rationalité qu'il est important de décrypter. Le cas de la construction européenne, très influencée par l'ordolibéralisme allemand, est particulièrement significatif. La compréhension de la rationalité dont procède cette construction a conduit, en 2005, à des positionnements très différents entre citoyens et politiques pourtant très proches. Le contre-sens fait par ceux qui n'ont pas perçu l'importance de l'Etat pour les néolibéraux les ont conduit, et nous avec, dans l'impasse actuelle.

Quatre remarques: . 1) le néolibéralisme se distingue de l'ordolibéralisme Le néolibéralisme, c'est la dérégulation (même conduite par l'Etat), c'est le capitalisme sauvage; en cela il est proche parent de l'ultralibéralisme. Alors que l'ordolibéralisme, c'est l'économie de marché régulée à droite, symétrique du futur socialisme moderne (la régulation à gauche).Une telle régulation à droite serait déjà un gros progrès pour les trois cinquièmes de la planète au moins... Quant à se passer des mécanismes du marché, j'attends - vainement - qu'on m'explique. . 2) Nous sommes tous (marxistes compris), des enfants d'Adam Smith et du libéralisme ancien (qui a fait son temps depuis belle lurette, c'est entendu, mais a encore à nous apprendre). . 3) Je suis tout à fait d'accord sur un point avec M-A Kraft: la nécessité de jeter un pont entre la compréhension actuelle de la situation par les masses populaires et leur compréhension future... On ne peut pas faire l'impasse sur leurs préoccupations effectives (et leurs aveuglements), en tenir compte fait partie du processus de transformation sociale. . 4) Qu'on le veuille ou non, l'issue de l'ensemble de nos travaux et élaborations est suspendue à la question: l'humanité va-t-elle survivre (difficilement mais survivre) au réchauffement climatique en cours, ou bien va-t-elle griller sans recours ? Nous le saurons dans quelques années. (Voir le Billet et le fil "no comment" chez POL).

Cher Melchior, Je reviendrai sur votre premier point dans un prochain article. D'après ma lecture actuelle vous passez à côté de ce que les auteurs appellent le néolibéralisme avec ses deux inspirations principales : allemande avec l'ordolibéralisme et austro-américaine avec Hayek, Mises.... Surtout, vous passez à côté de ce qu'ils appellent la fabrication du sujet néolibéral. Vous semblez très sur de vos connaissances. J'ai l'avantage de ne pas l'être et de travailler rudement pour confirmer ou infirmer mes intuitions avec Arendt, pour ce qui est de la condition humaine, du travail et du monde et, maintenant, avec Laval et Dardot pour le néolibéralisme. Je vous conseille vivement la lecture de leur livre pour que nous puissions en débattre. Mon expérience de manager et DRH me rend particulièrement réceptif à ces deux questions. J'ai vu de près les dégâts du travail et de la fabrication de l'individu autonome et responsable voulu par les néolibéraux. La question est bien celle de la survie du monde des humains. La nature reprendra toujours le dessus quoiqu'en pensent les modernes qui se prennent pour Dieu.

Il me semble que l'observation historique de la marche du néolibéralisme, la réflexion sur les concepts et sur les leviers dont se sont servis les néolibéraux, le repérage d'une volonté derrière l'apparent hasard et l'apparente fatalité des choses ne me paraissent pas contradictoire avec la nécessité de vulgariser ces découvertes au fur et à mesure "pour ne pas rester seuls" avec ces découvertes. A arquius, j'ai envie de dire : comme je vous comprends! Et en même temps j'ai envie de vous rappeler qu'il y a toujours un chat maffieux qui surveille la souris de la révolution violente, un chat qui lui, a un objectif qui n'est pas très différent de celui de nos néolibéraux...quitte à l'appeler différemment. Il y a aussi les militaires qui par définition sont mieux armés que la petite souris.

Toutes mes excuses Serge, j'ai publié ma contribution ci-dessous sans avoir repris le fil, omettant au passage de vous saluer.

Bonsoir Thierry, Marie-Anne et Arquius, Votre billet Thierry vient à point nommé pour nous inviter à « remonter encore d’un cran » notre réflexion. C’est bien en effet sur la base d’une rationalité renouvelée que nos sociétés pourront me semble-t-il se dégager de l’emprise du mercantilisme néolibéral. Et c’est bien le défi à relever. Le « Manifeste pour les produits de haute nécessité » vient je crois de nous montrer la voie, il faut la creuser. C’est en ce sens déjà que j’avais rédigé il y a quelques mois une petite synthèse que je vous livre sous la forme d’un nouveau billet « Et si on commençait par le début » ; et c’est également en ce sens que je nous invite à creuser encore, collectivement, la question éducative telle que vous l’avez posée, à travers l’œuvre d’Annah Arendt. Nous ne pouvons qu’être d’accord avec les éléments d’analyse rappelés par Marie-Anne, mais comme vous l’indiquez justement dans votre réponse, notre monde est effectivement dominé par une raison selon laquelle les états nations et la forme démocratique qu’ils incarnent, ont été instrumentalisés par le marché. Dès lors, il y a bien lieu de la dépasser et comme nous le disions précédemment de ressourcer la rationalité de l’ambition humaniste et démocratique. A défaut, nous serons condamnés à subir le chaos auquel nous conduit la rationalité mercantile. Je ne crois pas en effet que le néolibéralisme soit une nouvelle rationalité, il n’est que l’expression aboutie, voire terminale de celle qui domine notre monde depuis les révolutions occidentales du 18ème siècle et que j’identifie comme la « rationalité matérialiste ». A cet égard il ne me paraît juste de considérer le système néolibéral comme rationnel que du point de vue interne à nos sociétés, je doute qu’un regard distancié, porté depuis la posture universaliste, qui devrait s’imposer à nous aujourd’hui, permette de confirmer cette analyse (d’où la construction de mon exercice du Diagnostic). Et c’est pourquoi je pense comme Arquius que cette rationalité en est à son stade terminal.

Merci pour les "cartes mentales", très stimulantes. Olivier

J'ai placé l'entretien publié par Mediapart dans mes favoris, et je lirai volontiers vos billets à ce sujet car je n'aurai pas le temps de lire ce livre prochainement, Joha

Présentation et discussion du livre : "La nouvelle raison du monde" Rencontre avec les auteurs, Pierre Dardot et Christian Laval Lundi 18 mai 2009, 21h Amphi de la CMME 100 rue de la Santé, 75014

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