
Thématiques du blog
Pour un emploi décent jusqu’à 60 ans!
C’est reparti avec le délire sur les retraites. Alors même que les taux de chômage explosent partout en Europe et que le nombre de travailleurs pauvres s’accroît dangereusement, les gouvernements européens ne trouvent pas mieux que de repousser ou de prévoir de repousser l’âge de départ en retraite.
Ceux qui défendent l’inanité de ces mesures et des prévisions sur lesquels elles sont basées ont peu de chances de se faire entendre tant leur position restera défensive. Quant à la focalisation sur la « pénibilité », elle a jusqu’à maintenant échoué et laissé de côté la montée d’une pénibilité autre que physique dans bien des métiers.
Une proposition politique. Revenir au préambule de la constitution de 1946 issu des propositions du Conseil National de la Résistance auquel notre président/monarque/manager a fait référence à Versailles, préambule repris dans la constitution de 1958.
« Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi. »
Avec un âge légal de départ à la retraite fixé à 60 ans, le droit à l’emploi n’est pas respecté. Demandons, avant toute discussion sur les retraites, le respect de ce droit en y ajoutant un qualificatif, celui de décent.
Garantir un emploi décent (permettant de vivre et respectant la dignité humaine) pour tous jusqu’à 60 ans telle doit être la mission première du gouvernement.
S’il apparaissait que cette mission ne peut aujourd’hui être tenue, d’autres pistes devraient alors être testées autour de l’abaissement de l’âge de départ à la retraite, de la redistribution des richesses, de l'abaissement de la durée du travail, de la création d’un revenu d’existence,...
Ne nous laissons pas embarquer dans un débat biaisé sur l’âge de départ en retraite!
En complément mon billet écrit à l'occasion du dernier "débat" sur les retraites : "Retraite, travail, activité, au-delà de la pensée binaire ".


Tous les commentaires
La faiblesse de la réflexion politique autour du travail me laisse toujours aussi effaré. C'est pourtant, pratiquement et symboliquement, un élément central dans nos sociétés modernes et mondialisées. Et nous semblons rester indifférents au fait que le moyen principal et unique pour la quasi-totalité de la population pour survivre et acquérir une dignité sociale dans nos sociétés soit abandonné par les politiques à la main invisible du marché et à des lois dites naturelles. Nous ne sommes pas loin d'une approche totalitaire de l'existence humaine.
Bien d'accord mais comment on s'y prend ?
Faire de l'emploi, du travail le centre de la réflexion et de l'action politique. Une nation n'est pas une entité de production et les citoyens ne sont pas des "ressources humaines". Remettre donc le système à l'endroit et l'économie au service de la politique et non l'inverse. Ensuite beaucoup a été écrit ...J'y reviendrai. L'essentiel c'est d'y croire, de résister à cette course vers l'abîme, d'inventer pour sortir des alternatives qui n'en sont pas et des débats piégés, et enfin de construire au niveau français puis européen. Pour commencer, pourquoi ne pas lancer une campagne politique Pour un emploi décent pour tous jusqu'à 60 ans pour replacer les enjeux là où ils sont vraiment ?
Dans les pays socialistes tout le monde travaillait, ou était en prison hôpital ou camp de concentration. C'est tout à fait réalisable en France. A la fin des études secondaires les éventuels futurs étudiants étaient orientés en fonction des besoins de l'économie, pas de feignasses en socio ou en psycho. Un intellectuel ne rechignait pas si il devait prendre un poste de balayeur. Enfin, il n'y avait que peu d'immigration, les fameux "travaux que les Français ne veulent pas faire" seraient faits par des Français dans cette configuration, sous peine de hooliganisme et de transfert dans un camp. Demande-toi ce que tu peux faire pour le prolétariat, plutôt que vouloir accumuler bagnole et écran plat. En ce sens un "emploi décent" est un emploi utile à la société.
Toujours borgne beber999. Le préambule de la constitution de 1946 a le mérite d'aborder les deux côtés du sujet, lui : devoir de travailler et droit à l'emploi. Quant à l'accumulation, difficile d'en faire porter la seule faute aux individus tant c'est la raison même et le moteur du capitalisme.
Sur le côté "économique" de la chose, une petite intervention d'Oncle Bernard : http://sites.radiofrance.fr/franceinter/blog/b/blog.php?id=12 . Comme pour la crise des Subprimes, le noeud de l'affaire se situe bien entendu dans le fait que "l'efficacité" économique revendiquée à leur profit par les 1 ou 2% des plus favorisés suppose des politiques d'entretien de la pénurie (de travail, et donc de pression sur les revenus des 99% du reste de la population). . Dès lors qu'on s'intéresse un petit peu au problème du glissement des revenus du travail vers les revenus du capital, on s'aperçoit alors sans peine que le problème du déficit des comptes sociaux n'en est un que si on le veut bien... . Si l’on s’appuie sur les séries statistiques INSEE rappelées par exemple dans un article de Denis Clerc (Alternatives Economiques Hors série – Les chiffres de 2009), le recul de la part de la part de la valeur ajoutée affectée aux salaires entre la fin des 30 glorieuses et les 10 dernières années est de l’ordre de 10% en salaires nets, et de 5% lorsqu’on considère le salaire net + le salaire différé constitué par les cotisations sociales (qui ont augmenté de 6 à 7 points entre ces 2 périodes). C’est moins que ce que l’on peut lire ici où là, mais c’est loin d’être négligeable pour autant puisque 5% de la VA brute représentaient pas loin de 45 Milliard d’€ pour une "bonne année" comme 2007… A côté de ce chiffre, le déficit des comptes sociaux (1er argument habituellement utilisé pour justifier le report de l’âge de la retraite) est quasiment une douce rigolade…
Je suis d'accord avec cette analyse chiffrée. Mais elle laisse de côté la dimension politique qu'a le préambule de la constitution de 1946 : devoir de travailler et droit à l'emploi. Quel sens lui donnons-nous aujourd'hui ?
Je pense qu'effectivement la question des retrraites a besoin d'être posée en terme de propositions et non dans cette attitude purement défensive qui de dévaluations en dévaluations médiatiques ne pèse plus que par la stupeur de ceux qui subissent de plein fouet la privatisation accélérée de l'Etat dans ses conséquences sur les retraites. Mais "le droit de travailler et droit à l'emploi" me semblent néanmoins obsolète et "le revenu d'existence" que vous évoquez me semble une proposition réductrice. Du travail comme cela a existé au XIXème et au début du 20èmme siècle, il ne peut plus y en avoir pour tout le monde.Le revenu ne peut pas être pensé en terme d'aide sociale. Revenu d'existence, cela ressemble trop à revenu d'assistance. Il reste à repenser l'activité humaine autrement, à prendre en compte l'évolution des rendements et de la productivité du travail, à séparer la question du revenu de la question du travail mais pas à la séparer de la question de la dignité... mais je sais que sur ce plan là je ne vous apprends rien, vous l'avez vous-même évoqué dans d'autres billets. J'attends des partis d'opposition qu'ils sachent conjuguer leur réalisme du présent avec ce réalisme du futur immédiat et à approfondir cette réflexion plutôt que de la résumer en slogans pour rappeler "que la question n'est pas oubliée".
On ne manquerait évidemment pas de travail au sens plein du terme si il existait une demande solvable pour : * des produits et des services de qualité : les légumes bio distribués localement générerait du travail pour beaucoup et éviterait de polluer les nappes phréatiques avec des nitrates. * l'aide au développement en Europe, transmission, parainage : développement de la personne, développement de quartiers, sport, art, développement d'entreprise, aide aux devoirs, éducation, aide aux personnes agées, aux handicapés, aux malades.... Si l'on se mettait à professionaliser et étendre ce qui se fait bénévolement dans les associations.. on aurait du travail (riche) pour tous et une société qui tournerait beaucoup, beaucoup mieux. Cela a été théoriser il y a 15 ans par Dominique Méda et bien d'autres. On a beau retourner le problème dans tous les sens : une grande partie du stress que notre société subit depuis 30 ans vient de la prédation du capital sur le travail et l'enrichissement indu de certains. Ceux ci ne font que thésauriser et exiger un rendement délirant de leur argent. Le cercle vicieux est engagé. Si on voulait corriger le tir, il faudrait d'urgence revoir complétement la politique fiscale et aller : * vers un détaxation complète du travail * vers une taxation beaucoup plus élevée des revenus du capital * en particulier, il faudrait quasiment taxer à 100% les successions (avec une franchise à discuter) * vers une taxation beaucoup plus élevée de l'énergie, en particulier une taxe carbone substantielle * se poserait évidemment la question des taxes à l'importation * ainsi que la question de l'évasion fiscale, permettant aux revenus du capital de ne pas etre taxés
C'est tout à fait vrai. Mais ça pose le problème de la création de valeurs (actuellement c'est ce qui s'échange sur un marché par l'intermédiaire de la monnaie), de sa répartition, de son utilisation et des ressources disponibles. Il faut une réflexion sur la création monétaire et son utilisation mais c'est extrêmement compliqué. C'est en creux ce que je propose dans mon article Pour une retraite à 55ans (http://www.mediapart.fr/club/blog/thomas-petit/250609/pour-une-retraite-55ans) : il y a moyen de recréer des secteurs d'activité mais pas forcément dans un marché du travail. On pourrait distinguer une période dans le marché (entre 30 et 55 ans en gros) et une période d'activité hors du marché (après 55 ans). Il n'y aurait pas de problème de solvabilité de la demande sur ces activités hors marché du travail. Ce seraient par essence des activités d'utilité sociale puisqu'elle n'auraient pas un objectif de puissance et/ou de survie.
Obsolète, vraiment ? C'est la Constitution ! Proposez-vous de changer la Constitution sur ce point ? Tant qu'elle n'est pas changée, elle doit être appliquée, c'est notre loi commune.
D'accord avec vous mais c'est de la théorie pure puisque depuis près de 30 ans la constitution n'est pas appliquée avec un taux de chômage important et persistant, pour ne pas parler du caractère indécent de beaucoup d'emplois. Le devoir de travailler est mis en avant, le droit à l'emploi est oublié.
Tout à fait d'accord sauf sur le revenu d'existence qui pourrait être une solution pour une société alternative. Mais ça se discute forcément surtout sur le sens et le montant. En tout cas, il ne s'agit pas du tout d'un revenu d'assistance mais d'une rente historique de société à laquelle tout le monde a droit. Pour revenir sur les propositions, il faut effectivement faire mieux que défendre l'existant d'où mon article (http://www.mediapart.fr/club/blog/thomas-petit/250609/pour-une-retraite-55ans). L'avancée de Thierry porte sur le fait qu'avant de proposer de passer à 67 ans (65 en fait pour le moment dans leurs objectifs 2010) il faut au moins garantir l'emploi décent jusqu'à 60 qui devrait être un objectif majeur vu qu'il est inscrit dans la constitution. En terme de communication, je pense que proposer une retraite à 55 ans est plus populaire (plus populiste?) parce que plus simple, plus parlant (le côté décent du travail est difficile à définir). Il s'agit d'une forme de sur-enchère contre une autre sur-enchère mais vu que la société médiatique fonctionne beaucoup sur ce principe, si l'on veut en rester à 60, il faut porter l'attaque à 55. C'est dommage mais il faut rester réalistes, pragmatiques, pour porter nos utopies. C'est d'ailleurs tout le sens du mouvement politique Utopia.
Je vois un préalable à la défense du retraite à 55 ans. Celui de redéfinir le sens de l'activité hors travail, c'est à dire hors gain d'un revenu permettant de vivre décemment, pour éviter de la canibaliser par la consommation qui n'est rien d'autre que l'autre volet de la production.
C'est à mon avis tout l'enjeu du "3ème secteur", la vie associative. Beaucoup de personnes à la retraite sont aussi actives : bibliothèque, banque alimentaire, soutien scolaire, vie paroissiale... les activités ne manquent pas. Beaucoup d'associations jouent un role irremplacable dans la "cité". On rejoint alors le revenu minimum pour tout, chomeur ou retraité, femme au foyer etc... Encore une fois, tout cela avait été théorisé il y a 15 ans mais a été complément flingué par la déferlante libérale, l'échec programmé des 35 heures et l'éscroquerie du "travaillez plus pour gagner plus". Tout se tient. Je vais essayer de retrouver les bouquins dans ma bibliothèque ce week-end (Dominique Méda en particulier)
Effectivement, le livre de Dominique Meda est paru en 1995 : "Le travail, une valeur en voie de disparition". J'en ai l'édition de poche, achetée en 2003. Le mouvement Utopia s'inspire des travaux de Meda pour dénoncer la centralité de la valeur travail. Mais il y a un véritable travail de déconstruction à faire, avec notamment l'importance de pointer que l'emploi pour tous est une chimère.
un livre qui pourrait t'interesser: la metamorphose du travail d'ANDRE GORTZ@+
Si nous considérons comme Serge Kolberg, et comme je le pense moi-même, que le préambule de la constitution de 1946 "Devoir de travailler et droit à l'emploi" est obsolète, nous devons dénoncer l'hypocrisie sous laquelle nous vivons ("il existerait du travail pour tout le monde") et repenser l'activité humaine à partir de la "condition humaine" de l'homme du XXIème siècle. C'est ce sur quoi je réfléchis personnellement depuis plusieurs années sans trouver d'écho, comme tous ceux qui travaillent dans ce sens, chez les politiques, responsables mais aussi militants et adhérents des partis, syndicats et associations. Quand sortirons-nous de nos discussions futiles pour nous porter ensemble le fardeau des affaires humaines ?
Voir ci-dessus.
Voir ci-dessus
Cher Serge, un sujet de réflexion collective : "Le devoir de travailler et le droit à l'emploi" inscrits dans la constitution sont-ils obsolètes ? Quelles conséquences tirez-vous de la réponse que vous faîtes à cette question ?
Le mouvement ouvrier avait autrefois dans ses revendications l' "échelle mobile des heures de travail". Puisqu'on parle tant de nostalgie du socialisme à l'ancienne et d'ancrage à gauche (!) j'aimerais bien qu'on en discute.
Précisez pour que nous puissions en discuter. Cela ne reviendrait-il pas à l'approche "chômage partiel" mise en avant par Sarkozy ?
Bonjour Thierry, Je suis trop dispersé en ce moment pour faire à votre question une réponse qui mérite intérêt. La question qui me semble à creuser, c’est le peu d’écho que vous soulignez, c’est notre difficulté à transformer nos idées individuelles (dont certaines profondes et bien documentées…) en construction de savoirs collectifs, en action collective qui exerce un pouvoir d’influence. Je dis nous dans un sens très large. On arrive à rassembler un million de gens dans la rue mais on n’arrive pas à cimenter une force de conviction convaincante. Ce fil est révélateur du poids d'ancrage et de suspicion dont nous lestons les mots chacun avec des variantes très personnelles. Ce poids nous empêche de voir que nous avons, pour la plupart de ceux qui se sont exprimés ici, une culture commune du travail et de l'activité, du revenu de dignité. Si je la résumais avec mes mots, personne ne s'y reconnaîtrait. Je trouve séduisante l'idée de Thomas Petit d'une période d'activité dans le marché et d'une période d'activité hors marché, elle a l'avantage de reconnaître sa place au marché tel qu'il a existé de tous temps et d'offrir une porte de sortie à l'idéologie antidémocratique du tout marché dans laquelle nous sommes englués. Je trouve séduisante aussi l'idée de bousculer la centralité de la valeur travail qui est devenue un outil de culpabilisation, un des éléments moteurs d'un terrorisme de l'inquiétude opérant contre la légitimité des luttes sociales. Je trouve séduisante votre volonté de retrouver l'initiative dans la guerre idéologique contre les leviers de la colonisation intérieure, leviers au milieu desquels règne la mythologie du travail comme signe extérieur d'existence et d'accomplissement. Nous tenons nos idées comme des bombes dépourvues de missiles pour les transporter à destination. Votre billet a le mérite de chercher à rattacher l’idée à l’acte. Ce n’est pas rien.
Je suis très en recul sur les catégorisation liées à l'âge. Il y a certes des période dans la vie, mais la capacité d'exercer telle ou telle activité, par telle ou telle personne est d'une extrême complexité. Il convient de combiner avec l'utilité de l'activité et de croiser avec la nature de l'échange. Les paradigmes qui sous-tendent le monde depuis l'évènement des temps modernes, que je situe avec les Lumières, ont conduit à une explosion de la population, de la consommation d'énergie et de la circulation de l'information. Mieux avoir, certainement, pour tous, mais de manière de plus en plus inégale. Mieux être???... Nous sommes à un point de changement d'état... Ce sont les valeurs attachées au travail et à l'échange qui sont mises en question. Le mécanisme de retraite est central dans ce processus. Les activités après 60 ans ont une valeur égale à celle de la force de l'âge. Il faut introduire les dimensions de solidarité et d'autonomie. Il n'est pas acceptable d'accumuler pendant une phase de sa vie les ressources ouvrant droit au delà à une rente viagière, qui, quelque soit le mécanisme, est gagée sur l'ensemble de la société. Être actif jusqu'à plus soif, sûrement (cf Oscar Niemeyer). Mais pas dans une situation où l'on est en marché puis hors marché. On est toujours dans le marché, car l'activité bénévole se substitue à une activité professionnelle!!! L'activité ne s'arrête pas parce que l'on perçoit une retraite. Elle s'arrête parce que la maladie et l'érosion du vieillissement limitent l'activité, tout en remarquant que l'érosion du vieillissement est ralentie fortement par une activité forte. Ce sont les valeurs d'autonomie qu'il convient donc de réhabiliter, à tous les âges de la vie en l'ancrant dans la solidarité. Une société différente ne pourra émerger que de la création d'une éthique.
Quelle société créera cette éthique ? Qui réhabilitera les valeurs d'autonomie, et comment ?
"Il n'est pas acceptable d'accumuler pendant une phase de sa vie les ressources ouvrant droit au delà à une rente viagire, qui, quelque soit le mécanisme, est gagée sur l'ensemble de la société." Vision terriblement "comptable" des choses. La retraite n'a jamais un principe de rente mais un principe de "solidarité". Qu'elle ait pu le devenir pour certains "privilégiés" du fait du non plafonnement des retraites complémentaires ne permet pas d'étendre cette proposition à la majorité de la population. Ce qui pose plus problème à mon sens c'est la non définition de ce qu'on entend précisément par travail et retraite et l'application d'une logique binaire travail/repos sans rentrer dans le sens et le contenu de l'activité humaine. Je donne ci-dessous la référence à un billet écrit lors du dernier "débat" sur les retraites.
Bonjour Thierry Ternisien, La "vision comptable" ne reflète pas mes valeurs , mais elle s'impose dans la société actuelle. J'ai voulu appeler un chat un chat! La rente "viagère" se développe dans les mécanismes de retraite complémentaire, chapeau, par capitalisation ou via les paradis fiscaux, etc.... Compte tenu de vos développements suite à votre indignation sur mon constat cynique de la réalité, je constate heureusement que nos points de vue convergent. Ceci ne donne pas pour autant la clé pour faire naitre une autre société!!!!!!!!
En complément mon billet écrit à l'occasion du dernier "débat" sur les retraites : "Retraite, travail, activité, au-delà de la pensée binaire ".
Et si on taxait davantage les entreprises qui licencient des plus de 50 ans (et qui du coup seront pris en charge par les Assedic et cotiseront moins pour les caisses de retraite) ? Et si on les obligeait à racheter une part des points de retraite de ceux qu'ils licencient avant qu'ils aient tous leurs trimestres de cotisations ? Et si le Me(r)def se substituait un peu à l'Etat et à l'argent des contribuables pour payer les pots cassés de leur absurde (et parfois criminelle) gestion des ressources humaines ?
Les pistes de financement ne manquent effectivement pas . Mais pour moi la vraie question reste celle de l'emploi et de la place du travail. Manifestement ce que la droite veut maintenir c'est le lien de subordination et la disparition de toute autonomie, derrière un discours d'auto-entrepreneur pour l'habiller. Salariés et sous-traitants tels sont les modèles proposés pour les individus.
Je ne comprends pas bien votre réponse, Thierry. Je croyais que c'était justement des idées concrètes que l'on devait chercher... Pour le reste, sur les grandes théories, on est tous grosso merdo d'accord que sur la politique de l'emploi, ça merdoie grave ! Vouloir casser le lien de subordination entre employeurs et salariés, c'est justement ce que tente inlassablement de faire le patronat, pour pouvoir prendre des gens et les jeter après usage en s'en lavant les mains, sans même avoir à leur verser d'indemnités de licenciement... Génial, pour ça, le principe de l'auto-entreprise : ça fait plein de gens qui crèvent la faim en ne dépendant de personne, piquent leur boulot à des artisans grevés par les URSSAFF.... et sont en plus rayés des chiffres du chômage ! Une vraie partie de billard à trois bandes.....
Je ne dénie pas l'intérêt des pistes concrètes, bien au contraire. J'ai du mal rédiger mon commentaire. La piste de l'auto-entreprenariat est bien pour moi une vaste escroquerie qui ne conduit en rien à desserrer le lien de subordination qui sous la double forme du salariat et de la sous-traitance s'est généralisé.
à Thierry Ternisien
Si vous voulez vous en prendre au lien de subordination il faut transformer la conception du droit de propriété. Y êtes-vous disposé ?
Vous êtes finalement Melchior un tueur de réflexion né avec chaque fois une approche binaire. Si chacun était propriétaire de ses moyens de survie la subordination serait en net recul. Cela peut être fait par le revenu d'existence associé au fait que chaque citoyen accepte de voir diminuée sa part d'autonomie pour le bien de tous. D'autres pistes sont possibles et seront explorées sous peine de plonger dans la barbarie...
Vous êtes finalement Thierry un tueur de discussion né avec une approche monoculaire du débat.
Ce n'est pas du tout à cela que je pensais, mais à la propriété des entreprises, et à son caractère collectif, dont Engels évaluait déjà les applications pacifiques possibles...
Dans la conception "patron seul maître à bord", évidemment le lien de subordination ne peut être remis en cause. Mais on a le droit de concevoir d'autres rapports, sans se croire obligé de rogner l'autonomie de la personne individuelle ! A bas le socialisme de caserne.
Je suis d'avis qu'on relise plus attentivement le Préambule de la Constitution.
Qu'on relise Smith, aussi, dont Amartya Sen rappelle opportunément (voir l'article du jour) que ce n'est pas le diable cornu qu'on nous présente généralement.
Sur ce je vous laisse, ne voulant pas faire de mal à la réflexion et la tuer en lui infligeant une trop grosse frayeur.
A Thierry Ternisien, Vous écrivez : Une nation n'est pas une entité de production et les citoyens ne sont pas des "ressources humaines". Voilà qui mériterait d'être rappelé constamment. Mais comment faire pour infléchir l'idéologie qui imprègne chacunE ? Fonder un mouvement européen de réflexion et d'actions de sensibilisation peut-être ? Parmi ceux et celles qui sont contre une diminution du temps de travail, il m'arrive de découvrir que c'est l'angoisse de l'ennui et de l'inutilité, quand ce n'est pas l'angoisse de la perte des seules relations sociales qui leur restaient (les liens de travail), qui les guette tant leur vie s'est passée à travailler (l'âge de la retraite sonne alors comme une sorte de Berezina où ils tombent comme 'déchets' de l'unité de production ) : pourtant, travailler à mi-temps n'empêcherait pas de participer à d'autres choses, l'autre mi-temps, peut-être cela irait-il mieux en le disant ? Certains jeunes, par contre, me semblent plus ouverts à l'idée d'une modification de cette équation : vivre = travailler. Sur ce, je vais lire votre autre billet à ce sujet.