Mon.
28
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Trois impasses à quitter, trois sentiers à défricher

Plus la crise s’amplifie, plus les mesures et les diagnostics se multiplient, plus la croyance magique en la reprise est affichée (magie pouvant d’ailleurs fonctionner, encore une fois, selon le principe des prophéties auto-réalisatrices des sociétés mimétiques), plus la colère sociale monte, plus il apparait que trois impasses, très fréquentées, sont à quitter et trois sentiers, sur lesquels quelques-uns commencent à se retrouver, sont à défricher. 

 

 

Trois impasses à quitter. L’impasse de l’économie d’abord qui ayant transformé l’humanité en une immense société de travailleurs employés à créer de plus en plus de « richesse » et à consommer/détruire de plus en plus de biens durables, artificiels ou naturels, n’est pas la solution à la crise mais sa principale origine. L’impasse de la gestion, autour du débat hallucinant sur la dette. Dette de qui vers qui, alors même que les Etats empruntent à ceux auprès de qui ils sont endettés pour leur prêter ensuite pour relancer une machine financière folle, sans lien avec une « économie réelle » tant le montant des sommes en jeu dépasse celui des richesses produites ? L’impasse technologique, enfin, dont un des exemples les plus criants est le délire des OGM. Après avoir détruit les cultures vivrières, empoisonné les sols, le « progrès » de l’agriculture vise à transformer les paysans du monde en employés de Monsanto. Ces trois impasses ne sont pas la solution, elles sont le problème.

 

Trois sentiers à défricher. Sentier de la construction d’un monde durable, habitable en lieu et place de la soumission à un processus de développement dont on voit aujourd’hui les dégâts croissants. Sentier tracé dès 1958 par Hannah Arendt, avec son souci et son amour du monde. Sentier défriché aujourd‘hui par Edouard Glissant et ses amis antillais autour des concepts du Tout-Monde et de la poétique. Sentier de la puissance de l’action plurielle (de plusieurs différents et identiques) remplaçant la politique du pouvoir/domination sur l’autre, exploré, là aussi, par les Antillais. Enfin sentier de la pensée de ce que nous faisons, de la compréhension du monde que nous construisons. Sentier défriché par beaucoup d’auteurs de l’ère post-totalitaire : Arendt, Anders, Morin, Illich, Jean-Pierre Dupuy, ...

 

Puissent les nouveaux-venus sur Terre, les nouvelles générations sortir de ces trois impasses et transformer ces trois sentiers en chemins d’un nouvel humanisme, respectueux du monde, de la nature et des êtres humains !

Modification du 28/2 à 14h : j'ai remplacé le terme action collective par action plurielle pour faire clairement référence au concept de pluralité de Hannah Arendt, pluralité considérée par elle comme condition de base pour l'action. Je reviendrai dans un prochain billet sur ce thème.

Tous les commentaires

Défrichons, défrichons... Il me semble que les sentiers que vous indiquez sont bien ceux à prendre.

Mais comment défricher et transformer en chemins communs tant d'individualismes cachés dans la caverne obscure de l'âme humaine...? Je ne suis pas fataliste, bien au contraire mais parfois le doute s'installe. Et puis non, je ne vais pas me laisser entraîner par la tristesse d'un gâchis récent constaté ici même, sur cette expérience humaine qui est MP. Avec de gens comme vous Thierry et tant d'autres talents qui y participent, j'espère que cet élan de défrichage sur un petit espace comme c'est le nôtre continuera et s'étendra. Ce sont les petits pas qui creusent les sentiers... Je me ressource et reprends espoir avec les lectures que vous recommandez (H Arendt) et des paroles mystiques d'autres individus qui ont creusé avant nous: "A galopar, a galopar, hasta enterrarlos en el mar! ... Galopa, caballo cuatralbo, jinete del pueblo, QUE LA TIERRA ES TUYA." Rafael Alberti - poète de mon autre pays -

Bonjour Thierry et les autres aussi, Je crois Thierry que les trois sentiers que vous identifiez (ils me vont très bien) dessinent en fait les contours de l'autoroute de laquelle nous a paradoxalement écarté le matérialisme en ce qu'il est d'abord nihbilisme: la rationalité. P.S. merci à JNS... j'entends Paco IBANEZ et toute l'humanité de ses interprétations (même pour le piètre hispaniste que je suis) merci vraiment, c'était judicieux.

En réponse à Thierry et JNSPQD: il va un jour au l'autre falloir dépasser la contradiction individuel/collectif. L'individualisme existe, et tant mieux, nous ne sommes pas des fourmis. Le collectif est-il l'amalgame des individualismes en une seule conscience, "le peuple", ou une conscience multiple formée de nos individualismes, qui agit sur base des éléments que ces individualismes partagent? Il me semble que la vision classique, notamment de gauche est la première. Pour moi elle est caduque. Il ne s'agit plus de se mettre tous d'accord sur tout et marcher comme un seul homme sous une seule bannière contre ceux d'en face, mais de définir les points communs à nos individualismes et agir ensemble à ce niveau là.

Yesss!

Les sentiers que je propose permettent effectivement de dépasser la contradiction individuel/collectif. Contradiction dépassée par Arendt avec le concept de pluralité. "Ce sont les hommes et non l'homme qui vivent sur Terre et habitent le monde". D'où son concept du politique comme puissance de l'action à plusieurs (le terme collectif peut effectivement induire en erreur si on y met derrière non la pluralité mais l'unanimité) et non domination de quelques-uns sur les autres.

Bonjour Thierry, Il me semble que le concept de pluralité serait à développer, ou préciser dans un billet à part. Il est à mon sens le coeur d'une compréhension du politique. Il serait pertinent de mettre en avant la genèse de ce concept au croisement de celui de la multitude de Spinoza qui aide à saisir l'alternative d'avec le concept de peuple et la lecture de Hannah Arendt de son "Traité politique".
Ceci est une demande.
Bien cordialement, Stéphane

C'est bien noté. Je m'y mettrai dès que j'aurai terminé le travail qui m'occupe : la lecture de Condition de l'homme moderne selon le double fil du travail et du monde. Passionnant !

Merci de votre attention.
Il me semblait que cela concernait cette lecture aussi. Mais c'est sans doute mon intuition et non la vôtre.
Votre modification notifiée me confirme votre intérêt pour la question.
Dans l'attente de vous lire.
Stéphane

Cher Thierry, Dans les points de suspension après Jean-Pierre Dupuy j'ajouterais bien, last but not least (en dernier mais non le moindre) Cornelius Castoriadis qui déjà dans les années 40 avait commencé ("Socialisme ou barbarie") à décrypter puissamment un certain nombre d'impostures et qui a continué jusqu'à sa mort en 1995. Il me paraît aujourd'hui d'une, comme on dit, actualité brûlante.

Tout à fait d'accord.

Caminante, son tus huellas el camino, y nada mas ; caminante, no hay camino, se hace camino al andar. Al andar se hace camino,... Antonio Machado nous aidera aussi Merci cher Thierry T de nous inviter à relire le Manifeste des 9 Antillais qui nous aident à inventer une vivifiante Politique de Civilisation, dans l'interaction permanente du Prosaique et du Poétique, du Mimétique et du Poïétique . Eclairera t on un peu la dialogique du Singulier(individualisme) - Pluriel (Commectif) et les entendant par leur interaction plutôt que par leur substance? Cet appel de G Bachelard, 1934, nous aidera peut-être: 'Loin que ce soit l'être qui éclaire la relation, c'est la relation qui illumine l'être' Merci pour cet appel à changer nos regards (ou à les dis inhiber). Cordialement. JL²M

à propos... Nous sommes plusieurs, et je m'en réjouis, sur MediaPart à évoquer Antonio Machado http://www.mediapart.fr/club/blog/arthur-porto/050508/se-hace-camino-al-andar. Le faire dans ce billet de Thierry Ternisien qui nous invite sur ces trois sentiers, tels des cheminaux de l'avenir! me paraît très à propos ... Il me semble que dans cette contribution, comme dans d'autres textes de ce blog, nous pouvons trouver des arguments à approfondir qui mobilisent mais aussi des réflexions qui fédèrent. C'est peut-être une autre facette de ce projet de MediaPart.

Caminante, son tus huellas el camino, y nada mas ; caminante, no hay camino, se hace camino al andar. Al andar se hace camino,... Antonio Machado nous aidera aussi Merci cher Thierry T de nous inviter à relire le Manifeste des 9 Antillais qui nous aident à inventer une vivifiante Politique de Civilisation, dans l'interaction permanente du Prosaique et du Poétique, du Mimétique et du Poïétique . Eclairera t on un peu la dialogique du Singulier(individualisme) - Pluriel (Commectif) et les entendant par leur interaction plutôt que par leur substance? Cet appel de G Bachelard, 1934, nous aidera peut-être: 'Loin que ce soit l'être qui éclaire la relation, c'est la relation qui illumine l'être' Merci pour cet appel à changer nos regards (ou à les dis inhiber). Cordialement. JL²M

Bonjour Thierry, Je me demande quel est le langage qui peut faire entendre l'impasse comme impasse, le poétique comme éclaireur d'avenir, le colectif comme une union d'hommes et de femmes responsables, la profitation non comme une faiblesse humaine bien pardonnable mais comme la conséquence d'une soumission généralisée, les mythes du progrès(matériel) et de la croissance comme des outils de cette profitation.... Je viens de relire le Premier cercle d'Alexandre Soljenitsyne, cela ne porte pas à l'optimisme quand aux conquêtes de l'intelligence humaine. Le texte des neufs essaye d'ouvrir des chemins de pensées avec les mots de la vie... retraverser la dépoétisation violente du dernier siècle sans illusions sur les siècles qui l'ont précédé. Merci de remettre vos mots sur le chantier.

"C'est bien noté. Je m'y mettrai dès que j'aurai terminé le travail qui m'occupe : la lecture de Condition de l'homme moderne selon le double fil du travail et du monde." Thierry, très bonne idée : sur cette piste, il y a l'incontournable et regretté André Gorz.

Effectivement, guydufeau. J'ai d'ailleurs déjà écrit à partir des idées de Gorz sur ce blog.

Moi-même, je suis en plein dedans... (André Gorz ou du moins ces livres :) ).

A propos des trois impasses à quitter dont la première est l'économie, voici ce qu' en pensait André Gorz : "L'économie n'a pas pour tâche de donner du travail, de créer de l'emploi. Sa mission est de mettre en oeuvre, aussi efficacement que possible, les facteurs de production, c'est à dire de créer le maximum de richesses avec le moins possible de ressources naturelles, de capital et de travail..." Ainsi commence un article ayant pour titre : "Bâtir la civilisation du temps libéré", publié en 1993 dans Le Monde diplomatique.

14 ans après, Gorz intitulait son dernier article "La sortie du capitalisme a commencé". Il est des précurseurs et des visionnaires....

Newsletter
Je m'identifie