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Chômage, pouvoir d’achat, retraite, …la pensée en pièces détachées

Quand l’actualité du jour traite simultanément mais sans les relier de sujets aussi imbriqués que de ceux du chômage, du pouvoir d’achat, de la retraite, lacritique portée par Edgar Morin sur la pensée contemporaine me revient aussitôt à l’esprit.

« Notre pensée qui compartimente, découpe, isole permet aux spécialistes et experts d’être très performants dans leurs compartiments, et de coopérer efficacement dans des secteurs de connaissance non complexes, notamment ceux concernant le fonctionnement des machines artificielles ; mais la logique à laquelle ils obéissent, étend sur la société et les relations humaines les contraintes et les mécanismes inhumains de la machine artificielle et leur vision déterministe, mécaniste, quantitative, formaliste ignore, occulte ou dissout tout ce qui est subjectif, affectif, libre, créateur. De plus, les esprits parcellisés et techno-bureaucratisés sont aveugles aux inter-rétro-actions et à leur causalité en boucle et ils considèrent encore souvent les phénomènes selon la causalité linéaire ; ils perçoivent les réalités vivantes et sociales selon la conception mécaniste/déterministe, valable seulement pour les machines artificielles. Plus largement et profondément, il y a incapacité de l’esprit techno-bureaucratique de percevoir aussi bien que de concevoir le global et le fondamental, la complexité des problèmes humains »[1].

Chômage, pouvoir d’achat, retraite : une autre lecture, que celle de la croissance insuffisante, est possible ; celle de la crise de la position centrale occupée par le travail dans nos sociétés modernes. C’est, pour le plus grand nombre, par le travail que viennent nos moyens de survivre, nos protections, notre éventuel confort, la reconnaissance de notre utilité, les moyens de vivre une retraite sans obligation de production marchande.

La question centrale ne devient-elle pas alors la suivante ? Avec l’accroissement de la productivité qui détruit plus d’emploi que l’extension des marchés n’en crée[2] pouvons-nous continuer à faire du travail, et de son complément la consommation, la seule activité humaine, le seul moyen de vivre, le seul lien social ? Au-delà du travail et de la consommation c’est la question de la condition humaine, traitée en 1958 par Hannah Arendt, qui nous est à nouveau posée. Nous sommes bien loin du seul horizon fixé par des chiffres qui masquent de plus en plus difficilement leur origine purement idéologique (croissance, dette, chômage,…).

 


[1] Vers l’abîme ? Editions de l’Herne, 2007

[2] http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/thierry-ternisien/240308/crise-economique

 

Tous les commentaires

Merci pour cet article. Il peut être illustré chaque jour par les commentaires sur la baisse du chômage (dont tout le monde semble se féliciter) sans la relier et l' évaluer parallèlement la situation de l'emploi, sa parcellisation et sa précarité. Idem pour la baisse du pouvoir d'achat conséquence de ce nouveau marché du travail. Si le travail (et j'entends un travail décent assurant les besoins minimum source de liberté) n'est sûrement pas le seul contributeur à la condition humaine, dans les conditions actuelles, son absence ou son insuffisance retire à l'homme, toute sa liberté, toute son autonomie qui permet d'enrichir la condition humaine. Aucune autre piste ne semble en effet faire l'objet d'une réflexion. La globalisation ne se situe qu'au niveau de l'économie et de la société marchande. Il suffit de constater que toutes les organisations internationales sensées réguler la mondialisation (OMC, Organisation Mondiale du travail, de la santé) travaillent en autarcie sans se consulter. Est-il normal que l'OMC prennent des décisions après consultations des ministres du commerce sans que soient présents les ministres du travail, de l'environnement ... le concept de la condition humaine n'est pas à l'ordre du jour.

Je suis moins pessimiste. Les réflexions sont nombreuses, c'est leur visibilité dans les médias classiques qui reste faible. A suivre....

Certes les réflexions sont nombreuses mais notre souhait est que les choses évoluent. Pour cela un intérêt le plus large possible de la population est indispensable et leur absence de visibilité dans les médias classiques est une source de préoccupation. Il n'est pas souhaitable que ces débats ne restent qu'une affaire de spécialistes. Avons une réponse à cette question ?

Ce peut être un axe de travail sur et pour MediaPart. La création de l'édition sur le Travail en question est intéressante même si son sujet reste un peu trop restreint.

En complément, deux exemples, parmi beaucoup d'autres, de réflexions et actions au-delà du travail et de la consommation http://www.utopia-terre.org/ http://ateliersdelacitoyennete.net/

Dans cet article comme dans le précédent, vous faites comme si l'économie des services ne comptait pas, comme si la seule manière de créer de la richesse était de fabriquer des voitures... En prenant en compte le secteur tertiaire, votre analyse n'en devient-elle pas plus optimiste pour la survie du capitalisme?

L'économie des services ne crée rien. elle rend marchand des échanges qui étaient gratuits. Elle redistribue sous forme de revenu secondaire une partie du revenu primaire tiré de la production. C'est une forme de retour à la domesticité du XIXème siècle. Un économiste disait "Ce n'est pas en nous échangeant des hamburgers" que nous créerons de la richesse. Voir, entre autres, l'excellent anti-manuel de l'économie de Bernard Maris.

Pas vraiment convaincu. Je ne vois pas bien de quels "échanges qui étaient gratuits" vous voulez parler; il n'y avait pas d'échange, il y avait du travail domestique assumé en grande partie par des femmes, gratuitement, pour leur maris et leurs enfants. On peut déplorer qu'un grand nombre de ces métiers restent très déterminés par le genre; n'empêche que le gain d'un revenu en échange d'un travail, qu'il soit domestique ou pas, n'a rien de honteux. La domesticité du XIXe siècle n'avait pas non plus grand chose à voir avec l'économie du service, la plupart des bonnes étant nourries et logées chez leur patronne, diminuant d'autant leur salaire, et rendant impossible leur émancipation. Le tertiaire ne se réduit d'ailleurs pas aux services à la personne, d'ailleurs, il ne faudrait pas oublier le commerce, la conception, etc...

Vous changez de sujet et quittez la question de la survie du capitalisme pour celle du rôle émancipateur du travail par rapport aux taches domestiques. Sur ce point vous avez raison. Sur l'avenir du capitalisme je vous conseille la lecture du dernier livre d'André Gorz, Ecologia (cf. mon billet précédent). Les activités de service ne créent pas de richesse, elles rendent marchandes des relations qui ne l'étaient pas (cf. le plan Borloo). Les activités de conception font elles partie intégrante de la production. Débat à suivre....

Je trouve cet article d'un très grand intérêt : il pose la question du "pouvoir" et du sens du travail. Durant la campagne électorale, cette phrase de Dominique Srauss-Kahn m'a frappée : "On a demandé au travail, de se sacrifier pour l'argent". En d'autres termes : "on a dénaturé le vrai sens du travail ; de la vie". Au sens propre, l'on ne peut évidemment rien demander à du travail. L'on n'a pas non plus demandé aux hommes de sacrifier leur vie (la vie même) à l'argent : on le leur a imposé. Ce "on", ce sont ceux qui ont toujours détenu le pouvoir par l'argent, et qui ont toujours obligé (depuis que Noblesse oblige ?) les travailleurs (employés, ouvriers, etc.), à ne pouvoir n'avoir aucun autre choix que de considérer, voire subir leur travail que comme un "devoir" - voire une corvée - en tous cas, un dû, par obligation ou contrainte -, sauf à devoir mourir de faim. Le travail et sa production comme un chantage - au prix d'un marchandage -, entre un dominant et un dominé. Car c'est bien la définition même de l'aristocrate - aujourd'hui, les PDG, les élites, etc. (mais de tout homme qui en gouverne un autre) -, que de tout faire pour ne surtout jamais rien perdre de son privilège : celui de faire de sa vie (ce qu'il considère comme étant la vraie vie) ce qu'il veut, mais n'ayant que l'argent - non comme valeur mais comme prix - comme seul pouvoir aussi -, qui lui confère hélas le pouvoir d'obliger l'autre à se soumettre (sous maître), mais surtout, à ne donner au travail que la tournure que lui seul choisit d'imposer pour son seul intérêt : un emploi comme un emploi du temps, mais n'ayant comme seul but de toujours gagner plus (de temps et d'argent) - cet emploi pouvant devenir lucratif, si le business plaît. Comme s'il était possible de gagner du temps... Cependant, entre un homme détenant ce pouvoir par l'argent, face à un autre homme se sachant être (la pensée libre), lequel des deux détient-il le vrai pouvoir, la véritable autorité, et la possibilité de choisir - non plus forcément un travail comme un emploi ou une affaire -, mais son ouvrage ayant pour lui du sens ? Ne voit-on pas aujourd'hui que cette mentalité de contremaîtres, à contresens, a entraîné le contraire du pouvoir de l'homme - au sens propre, sa puissance -, c'est à dire son aliénation ? Et si l'on revenait donc à penser à l'accomplissement de soi en pensant à la possibilité d'une oeuvre ? Et à l'opposé du travail commercial, le véritable commerce n'est-il pas d'abord le "commerce des hommes" ? Il m'apparaît que grâce à Mediapart, il soit enfin peut-être possible d'en prendre le chemin... ...à suivre...?...

"Au-delà du travail et de la consommation c’est la question de la condition humaine, traitée en 1958 par Hannah Arendt, qui nous est à nouveau posée." C'est en effet le problème majeur (se posant dans tous les domaines) de notre société moderne, reposant sur une conception scientifique du monde au détriment de sa composante humaine. A tous ceux qui s'intéressent à la question, je recommande "Nous autres, modernes ", le livre d'Alain Finkielkraut, grand penseur et pédagogue se référant souvent aux écrits d'Hannah Arendt "Nous autres, modernes", ellipses/ Ecole Polytechnique, 2005

Merci pour ce bel article. Ou, effectivement, la bêtise de la plupart des discours actuels sur la retraite est absolument effarante. Elle est d'ailleurs sans doute volontaire. Il est tellement évident de dire "puisque nous vivons plus longtemps, nous devons travailler plus longtemps"... J'aimais beaucoup les apports d'Attac (exemple http://www.france.attac.org/spip.php?article7951 ), qui s'évertuait justement à déconstruire ces discours simplistes et proposer des alternatives. On revient toujours au même point : tant que l'on essaie de résoudre les problèmes en se cantonnant au périmètre des salariés, on tourne en rond : les taxes sur les salaires doivent payer les retraites, l'assurance chômage, l'assurance maladie. On oublie juste dans le raisonnement la part de valeur créée par le travail qui ne revient pas pas au travail, mais au capital (merci Marx). Il faut donc élargir l'assiette des cotisations pour englober les revenus du capital. Comme par hasard, la Droite fait mine de l'oublier, et préfère TINA (There Is no Alternative) Olivier, 38 ans, vivant à Francfort

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