Gabon: urnes ou dancefloor?
Dimanche 30 août, les Gabonais sont appelés à voter pour le successeur d'Omar El Hadj Bongo. Pas certain que cela soit suffisant pour convaincre la jeunesse gabonaise d'un changement radical.
"Le contexte persiste" chante Ekomy Ndong Mba Meyong, A.K.A Lord Ekomy Ndong.
Lord Ekomy Ndong appartient au collectif hip hop Movaizhaleine, fondé dans les années 1990. Influencé par les scènes rap française et américaine, il en recherche les racines dans les traditions musicales de son pays. Au pied d'un HLM tropical en déshérence, il joue du Mvet, une sorte de harpe de petite taille dont les origines remonteraient à l'ancienne Egypte. C'est que Lord Ekomy est un fervent militant du panafricanisme ; et il l'affiche en ponctuant sa signature d'un ☥ . Ce hiéroglyphe égyptien, "Ankh", symbole de vie, fut choisi par Cheikh Anta Diop pour signifier la continuité entre la civilisation de l'Egypte antique et les civilisations africaines, alors que ces dernières étaient considérées dans la doxa coloniale comme hors de l'histoire.
L'art du Mvet, comme on l'appelle, puise ses sources dans des chants guerriers ; il est devenu le symbole de culture Fang en résistance. Un combat actualisé, "contre le découragement" d'une génération aux prises avec la crise malgré les pétrodollars, dans ce pays qui aurait pu être un Qatar du Golfe de Guinée. Un engagement en faveur de la reconnaissance d'un statut en faveur des artistes gabonais, alors que le fils du défunt président se félicitait d'avoir fait venir Michael Jackson à Franceville, dans le fief familial, au milieu de la forêt.
Cette musique se présente comme un trait d'union que Lord Ekomy et son collectif entendent maintenir entre culture urbaine contemporaine et la mémoire des ancêtres, par delà les vicissitudes d'un présent qui banalise les cultures.
Et pour l'avenir, une musique annonciatrice d'un changement? Lord Ekomy le laisse entendre...
"faudrait peut-être qu'on s'explique avec la secte de snakes en exercice ... "



Tous les commentaires
Franceville n'est pas au milieu de la forêt, elle est au milieu de nulle part, au bord des plateaux Batéké. Bongo n'a pas de "fief" à Franceville. Il est tout au plus un Téké (certains Batéké contestent même l'appartenance ethnique de la famille Bongo) comme un autre. Cela ne change rien à la musique gabonaise, ni à l'hypothétique "résistance" culturelle Fang. Albert-Bernard, puis Omar Bongo, puis el Hadj Omar Bongo Ondimba s'est contenté du pouvoir et de l'argent. Ceux qui connaissent le Gabon savent que les Fang sont plutôt conquérants que soumis. Et Omar Bongo a toujours su mener sa barque avec adresse, sans aucune prétention hégémonique culturelle.
Le Mvet n'est pas seulement un instrument, ni même un rythme, ni même une musique, c'est un récit, inséparable de la musique, propre à la culture Bantou, les Fang sont des Bantou parmi les autres ethnies Bantou de toute l'Afrique intertropicale.
Mais il est vrai que les élections ne changeront rien, ni à la musique ni à la vie du peuple gabonais, hélas.
Merci pour ces précisions. Il était un peu rapide de placer Franceville en forêt. Un cliché version Docteur Schweitzer auquel j'ai succombé.
Mais comme les villes sont rarement au milieu de nulle part, je me suis plongé dans l'histoire pour connaître les raisons d'un établissement à cet endroit. C'est Savorgnan de Brazza qui fonda en 1880, sur le site d'un village, une "station" à l'endroit de la rupture de charge entre la navigation fluviale du bassin de l'Ogoué, principal fleuve du Gabon et la piste caravanière menant à travers les plateaux vers l'Alima, affluent du fleuve Congo.
Et vous avez raison de souligner que le mvet est considéré par les Fang comme un art total. Un récit que peut-être, à sa manière, Lord Ekomy cherche à prolonger.
Il n'était pas dans mon intention d'opposer les cultures gabonaises ou d'identifier une quelconque hégémonie d'une d'entre elles, mais plutôt de marquer comment le local se construit une position dans le global. C'est Lord Ekomy qui le chante lorsqu'il s'interroge sur l'argent dépensé pour faire venir les stars internationales, comme le chanteur hip hop Jay-Z.
Ce débat pourrait d'ailleurs tout à fait prendre sa place en France avec les réactions suscitées par les arbitrages pris par les décideurs publics entre le soutien aux artistes locaux et les subventions accordées à de grands événements musicaux de plus en plus organisés par des multinationales de l'entertainment et très coûteux du fait des cachets des vedettes internationales et de l'importante logistique déployée.
Ouh là ! "Navigation fluviale" à partir de Franceville ! fichtre, diantre ! Regardez sur Google, il y a des rapides tous les 10km à peu près, je ne suis même pas sûr que vous pourriez les franchir tous en kayak ... mais les paysages sont absolument magnifiques, et je serais prêt à vous y accompagner, il faudrait des mois ! et du portage, en pleine brousse. Quelle aventure ... je rêve ... merci pour ce rêve ...
Mais, je n'y connais rien en musique (moderne), donc je vous lis avec intérêt la-dessus.
cordialement
PM
Aïe, vous connaissez certainement mieux que moi la géographie du pays.
Je me suis fié à un petit opuscule historique publié par la municipalité de Franceville et rapportant les expéditions de Savorgnan de Brazza.
http://www.masuku.org/doc/LivretFranceville.pdf
Ainsi que le très intéressant site internet consacré à Savorgnan de Brazza pour le centenaire de sa mort.
http://www.brazza.culture.fr
Disons, que dans certains cas, les pirogues avaient des jambes
Vous avez en tous cas raison sur la durée nécessaire pour le voyage. Brazza quitte en janvier 1976 Lambaréné pour arriver en septembre à la confluence avec la Mpasa sur laquelle il installera la station de "Franceville". Et ce n'est qu'en juillet 1877, devant les chutes de Poubara, qu'il conclue que l'Ogooué n'est pas ce grand fleuve qui permettrait de pénétrer en profondeur dans le continent. Il ne lui reste plus qu'à poursuivre à pied... Cela lui prendra encore un an pour atteindre l'Alima affluent du fleuve Congo qu'il ne rejoindra cependant pas et revenir sur l'Ogooué en septembre 1878!
Merci pour le dessin, je crois reconnaître les chûtes de Poubara, malgré la modification apportée par le barrage. Je pense que Brazza avait raison ...
Savez-vous qu'il a gardé là-bas de nombreux admirateurs. Je pense que débaptiser le mont Brazza serait "sacrilège".
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M. mon image empêche de lire votre commentaire. Il s'agit vraisemblablement du Mont Yindo sur Google, au bord de l'Ogooué, mais je vous assure que là-bas tout le monde dit Brazza. Dans le parc de La Lopé, sur l'autre rive, c'est l'hôtel, fort cher pour le confort, mais très agréable quand même, où nous avons passé Noël 2005, je crois. Ce sont les bungalow-chambres, la nuit les buffles viennent brouter les pelouses ...
Si vous voulez je supprime mon image.
pas du tout : elle est très bien cette image
Merci pour cette photo. Où se situe exactement ce mont Brazza? dans le Mayombe (Montagnes de Cristal)? Et quelles sont ces constructions... elles m'intriguent.
Le cas "Brazza" est étonnant dans l'histoire post coloniale. C'est l'un des rares cas où la mémoire d'un colonisateur est maintenue vivace et revendiquée par les anciens colonisés (du moins par le pouvoir, mais pas uniquement ). En 2006, ses cendres ont été transférées d'un cimetière à l'abandon en Algérie vers un mausolée construit pour l'occasion sur les rives du fleuve Congo à Brazzaville... encore l'une des rares villes africaines qui a gardé le nom de son "fondateur" colonial.