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May

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Culture: les égarements d'une gauche aveuglée par les sunlights

Des phalènes égarées dans l'éclat des projecteurs: c'est le spectacle un rien pathétique qu'offrent des responsables politiques de gauche, dans leurs réactions pavloviennes à quelques faits divers culturels. Quitte à se sentir un peu penauds le lendemain.

 

 

L'affaire Olivier Py, à cet égard, est exemplaire. Du PC au PS, bon nombre de ténors – habituellement fort discrets sur les questions culturelles– lui ont manifesté leur soutien face à une décision gouvernementale effectivement absurde et arbitraire.

Quand, le lendemain, le ministre de la Culture, sommé d'assumer piteusement le diktat élyséen, annonce la nomination d'Olivier Py à la tête du festival d'Avignon et que l'intéressé (qui n'a jamais brillé par l'insoumission politique ni par la solidarité avec des confrères moins bien lotis) s'empresse d'accepter, aucune voix ne s'élève pour dénoncer une décision tout aussi arbitraire que la précédente, scandaleuse dans sa forme, et légalement très contestable. De quel droit un ministre peut-il imposer une nomination qui prendra effet un an après son départ du ministère? Depuis quand la direction du festival d'Avignon échappe-t-elle à une procédure d'appel d'offres?

Comment la gauche, qui a volé au secours de Py dans un bel élan indigné, pourra-t-elle contester ce fait du prince sans se ridiculiser? Qui aura, ce soir, le courage d'un coup de gueule pour rompre l'ennui des Molières?

Quant à se précipiter sur les ondes de Skyrock pour voler au secours de l'expression des jeunes comme un poulailler affolé par l'intrusion de la belette AXA, elle relève du plus haut comique.. Même Jean-Luc Mélenchon, qui flétrit régulièrement l'abrutissement télévisuel et qu'on imagine assez peu adepte du « Touch pas à Skyrock je kif C ma radio » s'est cru obligé de foncer dans le piège! Le tout-politique de gauche (ainsi que certains politiques de droite, précisons-le) vole au secours de ce pauvre Bellanger, qui découvre ingénument les lois d'airain du capitalisme et des fonds d'investissement. Férues de culture Martine Aubry, comme Anne Hidalgo, volent au secours d'une radio qu'elles n'ont visiblement jamais écoutée... ignorant, ou feignant d'ignorer à quel point elle est la courroie de transmission des valeurs de la droite ultralibérale dans toute leur splendeur: pub tous les quarts d'heure, rap dépolitisé, insipide et commercial, culte du fric et refus de toute « prise de tête» qui pourrait donner à penser. On voudrait donner raison à Zemmour, Finkielkraut et autres pleureuses réacs pour alimenter leur mur des lamentations sur la culture française qui fout le camp, ma bonne dame, qu'on n'aurait pas trouvé mieux. Comble du ridicule, Hollande, Martine Aubry, Benoît Hamon et autres héroïques défenseurs de Skyrock se voient en bonne compagnie : le très droitier syndicat de policiers Alliance vient d'annoncer dans un communiqué son soutien « indéfectible » à Skyrock, pour sa « collaboration dans la lutte contre les skyblogs antiflics ». C'est à Pierre Bellanger, son PDG aux affinités sectaires, que le groupe La Rumeur doit ses interminables démêlés judiciaires! Dis-moi qui te soutient, je te dirais qui tu es...

Conclusion: larguée, la gauche, et surtout le PS surtout, ne sait plus où, culturellement où aller. Jusqu'à s'attirer le ridicule de voir l'UMP critiquer son absence de projet culturel (l'hôpital n'a jamais hésité à se foutre de la charité). Et de se voir publiquement flétrir par le très sarkocompatible Jean-Michel Ribes (dont les rires qui se veulent « de résistance » s'accommodent très bien du parrainage de Marc Ladreit de Lacharrière, patron de l'agence Fitch.)

 

Le PS chauve souris: élitaire pour tous ou mainstream?

 

La culture? Ils y pensent, disent-ils au PS, en promettant bientôt une rencontre et un projet détaillé. Elle n'occupe qu'une page de projet socialiste. Et encore se voit-elle, comme dans le journal Le Monde, regroupée avec les « loisirs » (n'apprendront-ils donc jamais?)

Ce fut pourtant un marqueur de la gauche, tant communiste que socialiste (1), incarnée par les deux Jack, Ralite et Lang. C'est avec la victoire de l'Union de la gauche aux municipales en 1978 que les villes socialistes ont commencé à cultivé leur aura culturelle. La ceinture rouge les avaient précédées, accueillant dès les années soixante les premiers centres dramatiques nationaux. Et si le maillage culturel de la France reste considérable, malgré une précarité grandissante et la baisse constante des moyens pour les structures les plus fragiles, c'est grâce au financement des collectivités territoriales, le plus souvent marquées à gauche, qui pallient le désengagement de l'État.

Mais quid du sens de l'action publique culturelle? Les années Jospin, déjà, voyaient à l'œuvre une politique uniquement soucieuse de gérer l'existant, sans souffle ni utopie. Si Martine Aubry déclare à tout va son rêve d'être d'avoir été ministre de la culture, si Jean-Marc Ayrault comme elle surfent sur l'effervescence culturelle de leurs villes, bien malin qui pourrait décrypter une vision politique de la culture dans leur action municipale .

Dans les innombrables colloques culturels, bon nombre de porte-parole du PS déclarent vouloir se démarquer des aspects les plus contestables des années Lang: le clientélisme vis-à-vis des baronnies artistiques, le culte de l'excellence oublieux des talents balbutiants, le culte du brillant et de l'événementiel au détriment de l'action artistique en profondeur. La nécessité d'une politique culturelle dépassant l'adresse au seul public MAIF/ Télérama ou IKEA/Inrocks s'impose. La doctrine est prise en tenaille entre les vieilles amitiés de ténors artistiques et les piliers de l'éducation populaire en son sein, les fondamentaux de la décentralisation culturelles et l'appétit d'une politique industrielle. Comment satisfaire tout le monde et le SYNDEAC? Une récente rencontre organisée par le PS à l'Assemblée nationale a montré les clivages– de classe, parfois– entre les responsables d'institutions qui restent bien nanties, et les autres. Ajoutons à ces contradictions les effets catastrophiques de la loi Hadopi, qui a alimenté le populisme anti artistes et effrayé certains anciens ministres devant la fuite des habituels soutiens people du PS...

Le constat largement partagé sur les limites de la démocratisation culturelle telle que la concevait Malraux, et sur la nécessité de prendre en compte le citoyen comme porteur et producteur de culture peut aboutir aux pires solutions. Au nom de la critique – souvent justifiée– d'un milieu artistique endogame, et de la reconnaissance nécessaire des expressions venues des quartiers, on en vient au relativisme; par peur du surplomb, on sombre dans la démagogie. Les jeunes ne fréquentent pas les institutions culturelles? Défendons Skyrock, c'est leur culture, et alimentons le grand marché culturel! Il y aurait à s'interroger sur l'influence de Frédéric Martel, auteur de Mainstream et grand manitou du libéralisme culturel, sur l'appareil du Parti socialiste. Invité récemment à la tribune du congrès de la Ligue de l'Enseignement, il y affirmait la prééminence de la consommation individuelle sur l'action culturelle, du produit grand public sur . Ne pas mépriser ce que les jeunes consomment. Et voilà pourquoi votre fille est muette quand il s'agit de défendre de petits festivals menacés, des équipes artistiques fragiles œuvrant sur tous les terrains sociaux,et se précipite au chevet des causes médiatiques. Politique de la chauve-souris: « Je suis élitaire pour tous, je défends Py, voyez mes ailes, je soutiens les expressions populaires et de la diversité, je signe pour Skyrock, voyez mon poil! »

 

Gramsci, reviens, ils sont devenus fous!

 

Côté Front de gauche, où une grande réunion publique à ce sujet est programmée le 2 mai à Paris, le projet affirme «vouloir mettre la culture au centre du projet de transformation sociale» et détaille des propositions concrètes et honorables. La tradition historique du PC y croise une bonne volonté de ses alliés plus novices pour un socle solide de réflexions. Mais le volontarisme politique est pris en tenaille entre des exigences contradictoires: comment concilier la démocratie culturelle, la dimension politique et sociale de l'art, et la réhabilitation de la pratique amateur avec la défense syndicale des artistes professionnels? Comment prôner une forme de redistribution des richesses sans se mettre à dos les responsables d'institution? « En augmentant les budgets ». Ce que tout le monde souhaite, mais qui n'est pas vraiment gagné dans les années à venir. De fait, l'autre gauche se retrouve elle -aussi écartelée entre réformisme et révolution; d'un côté, ceux qui prônent à juste titre une révision des fondamentaux d'un système aux dérives féodales; de l'autre, ceux qui se battent, tout aussi justement, pour le maintien des acquis.

Côté Verts, la culture ne fait pas partie du patrimoine génétique. Affranchis des héritages pesants de Malraux et Lang, ceux qui, dans le parti, s'y intéressent, sont d'autant plus à l'aise pour réformer radicalement le paysage – inspirés notamment par Jean-Michel Lucas, DRAC défroqué et décapant, qui prône une refonte totale des politiques basée sur la notion de « droits culturels ». C'est chez eux que l'on trouve les regards les plus bienveillants envers le foisonnement d'expressions balbutiantes des squats d'artistes aux free parties, et les recherches d'une économie sociale et solidaire de la culture. Mais cette médaille a son revers: comment les militants de la culture au sein d'EELV pourront-ils s'accommoder de la vision ultralibérale d'un Cohn Bendit, qui estime que «l'artiste doit trouver lui-même son propre marché, sans subvention?»

 

Il y a pourtant urgence à dialoguer sur la place publique. Car à tous ceux qui restent tétanisés par l'étiquette de « bobo» si promptement collée par la droite extrême à qui se préoccupe d'art et de culture, rappelons que la droite extrême, elle, n'a pas de ces pudeurs. À eux qui s'effraient de parler culture à un électorat appauvri et précarisé par la gestion calamiteuse du gouvernement, rappelons qu'en face, on mène une guerre culturelle, à grands coups d'identité fantasmée, de clichés sur l'étranger, de Restauration culturelle dans tous les domaines sociétaux: droits des femmes, des homos, des étrangers, immigration, services publics... avec le soutien actifs d'un aéropage de journalistes caricaturalement réactionnaires qui ont table ouverte sur tous les médias. Zemmour, désormais adoubé propagandiste officiel de l'UMP par M. Copé, ne se réclame-t-il pas de Gramsci?

On peut toujours, à raison, les dénoncer comme de l'enfumage, les envolées néopétainistes de Guéant et consorts sur l'identité nationale et l'immigration. Mais les méchants ont probablement compris quelque chose que les bons ignorent, disait Woody Allen. Le score du FN montre que cette propagande identitaire fonctionne et que les Français les plus frappés par la crise, se raccrochent à des « valeurs » et une « identité » qui font sens, aussi nauséabondes soient-elles. La gauche va-t-elle se contenter de leur opposer la seule rationalité économique, même marquée par une meilleure redistribution des richesses? Où mener de front la bataille pour un nouvel imaginaire de gauche, comme le préconise Yves Citton dans son excellent essai?(1) Car notre rapport au travail, aux inégalités, à l'Autre est d'abord fondamentalement une question culturelle. Si les ténors de la gauche ne s'allient pas aux artistes et aux chercheurs pour le repenser, s'ils en restent à cette impossible absence, ils vont dans le mur. Et se condamnent à l'impuissance de coups d'épée dans l'eau aussi dérisoires que leurs réactions épidermiques au moindre fait divers culturel.

 

Post scriptum qui a tout à voir: alors que l'œuvre de Serrano présentée à la collection Lambert, Pisschrist, a été détruite par des intégristes catholiques avec la bénédiction de l'archevêque d'Avignon, qui attribue son exposition à la Collection Lambert à l'influence de la franc-maçonnerie, je n'ai lu aucune réaction de ténors de la gauche condamnant ce vandalisme et cette atteinte à la plus élémentaire liberté artistique, autrement grave que les péripéties de la carrières d'Olivier Py et Pierre Bellanger.

 

1. Yves Citton, Mythocratie, pour un nouvel imaginaire de gauche, (Ed. Amsterdam, 2010)

 

Dernière minute: Le Parti communiste a condamné le vandalisme de Pisschrist et la Parti socialiste émis un communiqué d'une dizaine de lignes trés "service minimum".

 

 

 

 

Tous les commentaires

excellent.

Bien sûr la gauche se doit de mettre à plat tout le système des nominations, remmettre en route ce que Dufour appelait les nouveaux territoires de l'art, repenser les nominations, et pourquoi pas des collectifs ? Arrêter avec tous ces directeurs d'institution conformistes et suivistes.

Bref la gauche doit tout repenser, ne pas oublier le vivier des compagnies. On est en plein égarement.

 

La difficulté à parler de culture aujourd'hui est effrayante. Comme si cela ne concernait qu'un petit cercle d'intellos, de bobos, de parisiens etc...La fréquentation des théâtres (encore plus "ignoré" que le reste sauf pr les Molière, de la même façon qu'on ne parle des femmes que le 8 mars) prouve pourtant qu'il y a du monde (même si un bruit lancinant court pour dire qu'ils sont vides), que les jeunes y sont nombreux. Les collectifs et les jeunes compagnies, en particulier dans les "petits lieux" (Convergence, L'Echangeur de Bagnolet, la cité internationale, le théâtre de la bastille, le laboratoire d'aubervilliers, Mains d'oeuvre etc etc..., rien qu'à Paris, mais il y en a partout) font preuve de leur envie, de leurs désirs, de leur passion. On n'y voit jamais un ministre, ni même un maire ou un député.

 

La Gauche institutionnelle est à la culture ce qu'un sein rebondi est à Tartuffe. On y jette dessus volontiers le mouchoir un peu morveux d'une ignorance lourdement parfumée par les communicants.D'autant que cette gauche a quand même beaucoup à dire. Elle gère les Régions, nombre de Conseils généraux, des villes immenses bref des budgets "pharamineux". Dont elle fait ...ma foi pas grand chose. A la remorque, via les DRAC, des pouvoirs dominants, elle apporte sa contribution muette et pourant conséquente à la grande arnaque des FRAC par exemple. Fonds Régionaux les FRAC achètent.Quoi? des cailloux, des pommes de terres, des boites de Kro vides, des étrons en boite, etc etc..sous l'impulsion d'un quarteron de gloseurs parisiens qui tiennent vraiment à persuader le monde qu'un étron en boite est plus important que la Joconde et qui déclinent l'urinoir de Deschamp à n'en finir, les musées devenant de ce fait une succursale des chiottes et les gloses accompagnant ces bévues le papier q des dits.

La gauche n 'est donc pas innocente quoique muette. Elle continue tout simplement a considerer que la culture c est l'oeuvre et non les conditions de son existence. C'est en ce sens que DCB a raison quand il dit qu'il appartient à l'artiste de trouver son marché. Il appartient aux politiques culturelles de créer ce marché non par des achats élitistes ou se lit l'empreinte des grands courants internationaux dominés par le Capital ( c est le nom d'une revue de capitaux qui fixe par ailleurs la cote des peintres !!!incroyable mais vrai) mais par des manifestations où circule la vie.

Merci et bravo pour ce texte.

 

merci pour ce texte, lucide et navrant....

De ce que vous avez écrit dans ce billet, Madame de Saint-Dô, il n'y a pas une seule ligne (à quelques minimes nuances près) que je ne voudrais avoir écrite moi-même. Vous argumentez très lucidement, et sans aucune complaisance, sur un fond qui sait masquer quelques pratiques douteuses au nom de l’art et de la liberté de création. Je n’avais su percevoir, hélas, que le seul leurre Olivier Py, sans avoir décelé d’autres aspects au moins aussi navrants (et pourtant, je prévenais de prendre garde à la queue du chien d’Alcibiade, dans un des derniers billets d’Antoine Perraud).

Merci sincèrement à vous pour tous ces nécessaires éclaircissements.

Courage.

Résolument.

Jean-Jacques M'µ

Merci pour cet article. Très juste...malheureusement.

Intéressant, le (long) billet de V. de Saint-Do. Directeur du festival d'Avignon ? Il n'y a plus de "festival" à Avignon. Il y a un marché mondialisé du théâtre, "in" et "off", exploité sans vergogne par la municipalité (Mme le/la maire/mairesse, grande copine de notre président), exploitation relayée par les recherches pseudo-sociologiques de l'université-gadget d'Avignon, sous la houlette du très médiatique et populiste président (grand copain du neveu chargé de la culture et admirateur de Sophie Marceau et par ailleurs animateur d'un blog accessible sur Médiapart, hélas ! mais qui a bien pu convier ce personnage folklorique sur les écrans de Mediapart ?) de celle-ci ; soutenu en fait par l'ensemble des pouvoirs locaux et nationaux (la région Ile-de-France y a un incongru strapontin, financé par les contribuables parisiens qui n'en peuvent mais), droite et gauche main dans la main pour se partager les restes d'une très hypothétique manne.

Parler du "festival d'Avignon" en 2012 comme s'il n'y avait pas de solution de continuité de Vilar à Py, pas de rupture idéologique (le théâtre populaire, comme vision et projet politiques), de fossé, de gouffre, c'est comme parler du "journal Libération" : prétendre que la (très) mince pile de feuilles de papier journal vendues (très cher) aujourd'hui à quelques gogos entretenait un rapport quelconque avec le journal inventé par July (première "manière"), Bouguereau, Kravetz, Géné et les autres à la fin des années 70. (Idem pour les signifiants "le journal Le Monde", "le cinéma français", "l'art français", etc.)

Il y aurait un travail d'analyse de discours à faire (peut-être a-t-il été fait, d'ailleurs) sur le "syndrome d'Avignon" comme révélateur de l'éviscération du signifiant "culture" par nos élites politico-économico-médiatico-universitaires, la gauche portant en effet, vous avez raison, une (lourde) part de responsabilité dans ce processus de marchandisation. Processus probablement irréversible, à l'échelle d'une vie humaine tout au moins.

Bien à vous,

J. A.

Jérôme, 100% d'accord avec votre analyse sur Avignon! Mais c'est l'objet d'un autre (ou de plusieurs papiers) . Que vous pourriez faire, d'ailleurs!

Merci à vous ! Sur la foire au théâtre d'Avignon, il faudrait étayer des intuitions sur des faits (émigré pour une période indéfinie aux antipodes, ça m'est actuellement difficile). Il faudrait ainsi évoquer la crise des intermittents du spectacle et l'ambigüité de la position des acteurs (le sabotage des représentations d'opéra d'Aix-en-Provence a révélé la confusion des esprits et la dégradation de l'éthique professionnelle) et des défenseurs de ceux-ci. Il y a eu un article du Monde diplomatique, de Guy Scarpatti autant que je m'en souvienne, après la crise, analysant avec lucidité cette ambigüité, en la mettant en rapport avec la foire au théâtre d'Avignon : comment de futurs acteurs utilisent le tremplin du "off" avec l'ambition, non pas de jouer au théâtre au sens que ce mot avait jusqu'au regretté Antoine Vitez ("le peuple va au théâtre pour entendre sa langue"), mais de se faire un (petit) nom pour accéder au Graal des plateaux TV. Il suffit de faire un tour dans les rues d'Avignon en juillet : un nombre considérable de spectacles du "off" (voire désormais du "in" aussi, cf. Ph. Caubère) sont, en toute logique, des "one man/woman show" pour le café-théâtre, au mieux ; pour les émissions d'humoristes radio-télé, au pire. La trahison du testament spirituel de Vilar est totale, absolue et définitive (il est vrai, a montré M. Kundera, que les testaments des artistes sont destinés à être trahis), si l'on adhère à l'idée que l'aventure d'Avignon était d'abord celle d'une troupe, condition du théâtre, même si par la suite des individus (Philippe, Noiret, Moreau, etc.) de cette troupe sont devenus des vedettes, par le cinéma.

Quant à l'intrication des intérêts croisés médias-spectacle-université-politique, je renvoie les lecteurs qui pourraient être intéressés au site internet de l'université d'Avignon, au blog (sur Mediapart, si je ne me trompe pas) et aux livres de son président, ardent promoteur du festival et auteur d'un rapport sur "la culture à l'université". Sociologue, celui-ci est co-responsable de "l'équipe culture et communication" (révélateur), au sein d'un département "sciences (sic) de l'information et de la communication", où on peut obtenir un mastère "publics de la culture et communication" (vous avez bien lu). Voir également les productions écrites de la mairie de la ville. On lira dans tous ces documents, entre les lignes des phrases ronflantes psalmodiant de façon incantatoire "culture, culture, culture…", la vision du monde de ce monde-là.

Bien à vous.

Comme toujours lorsque l'on parle de culture et de politique ce billet est bourré de contradictions, de propos pertinents et de sottises.

Et si nous laissions les artistes, les écrivains se prendre en charge et nos proposer des oeuvres tout simplement.

La Gauche à fait de la Culture et de l'Education son fonds de commerce, voyez ou nous en sommes de cette instrumentalisation et marchandisation.

Un peu moins de "produits artistiques" souvent sans intérêt qui choisissent pour exister une plate provocation sexuelle, s'appuie sur la mode de l'homosexualité"; foin de ces cultureux cupides", de manifestations marchandes sans grâce..Un Ministère de la Culture est une aberration de Droite, consolidée par la Gauche.

Que de vent et de mensonges brassés, depuis 1981, au détriment de l'Art qui demande silence et travail. L'art est rare, ne le confondons plus avec animation culturelle qui est si souvent manipulation politique.

La Culture ne se décrète pas par les élus partisans, mais, elle se tisse par les hommes et les femmes qui vivent la vraie vie.

 

 

 

Chère Lousisiane,

Peut-être que la culture ne doit pas faire l'objet d'un ministère, mais proposer aux artistes et aux écrivains de "se prendre en charge", c'est les livrer à la loi du marché. Donc faire dispraître les poètes au profit des Marc Lévy et les Peter Brook au profit des Bigard. Ce quiréjouira vivemetn la droite, n'en doutez pas! quant à votre puritanisme sur les "provocations homosexuelles, ", je vous le laisse, cette gauche là n'est pas la mienne. Quant aux cultureux cupides, vous les trouvez beaucoup plus dans les industries - bonjour Pascal Nègre! - que dans les artistes dépendant des deniers public, même s'il est vrai qu'il existe des rentes de situation et des carriéristes dont Py poffre une belle illustration. Il y a beaucoup à faire pour réformer le ministère dela culture, mais le faire disparaitre, c'est le plus cadeau que vous puissisez faire aux sarkozystes et au FN. Berlusconi ne s'y est pas trompé, chez lui, les artistes n'ont pas d'autres choixque de se prendre en charges, tous les crédits étant coupés...On voit ce que ça donne!

Jack Lang a fait des petits, tout et n'importe quoi est culturel, c'est ainsi qu'au nom de la culture est défendu Skyrock, ce machin à faire du fric, qui aujourd'hui est vendu pour ajouter du fric à du fric.

Dans son article Valérie de Saint-Do oublie de dénoncer l'intrusion de la pub dans la culture, intrusion qui impose des produits étrangés à ce qui est culturel.

" Il n'a pas gagné parce qu'il a de la valeur, c'est parce qu'il a gagné qu'il a de la valeur" constatait Castoriadis. Et pourquoi il a gagné ? Eh bien, c'est un matraquage publicitaire qui l'a imposé.

Merci Valérie de Saint-Dô pour la pertinence de votre analyse, que je partage très largement. Je déplore avec vous la collusion d'intérêts sur des plans institutionnels (commerciaux, officiels, administratifs, médiatiques...) qui oublient trop systématiquement les réalités concrètes de nos contemporains (contemporains que je réduirais, faute de mieux, à ce terme un peu éculé de “populaire” bien que nos lois aient pratiqué de telles divisions et sous-divisions dans les couches des populations que bien malin serait aujourd'hui celui qui y trouverait un singulier dénominateur commun : tout ce maëlstrom me paraît sciemment provoqué pour favoriser la perpétuation du pouvoir des affaires et des patrimoines fonciers et financiers, tant de domaines où les arts et les entreprises théâtrales n'ont qu'à se borner avec application et suivisme).

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Voici ce que j'écrivais il y a déjà quelques semaines sur un des exemples que vous citez :

Olivier Py ne sera donc pas reconduit à la tête de l'Odéon, après mars 2012.

Je fais confiance en son énergie pour trouver d'autres lieux tout aussi prestigieux pour donner ce qu'il faut de soutien à un talent pour prendre un nouvel essor. Ça, c'est pour la diplomatie.

Et, au fond de moi, j'espère lui voir retrouver la même grandeur que je lui ai connue quand il n'était pas encore "un grand".

J'espère aussi, surtout, que l'exemple de Ricardo Muti saura lui indiquer ce dont nous, gens du peuple, nous avons RÉELLEMENT besoin : à savoir, de parole vraie, proche de nos tourments, et que cette parole nous délivre de nos tourments par la beauté des formes au service des solidarités, de la compassion, de la fraternité. Vraie et juste comme une voix qui doit se faire entendre face à l'insanité des puissants.

... (à moins qu'il n'ait absolument besoin de la seule reconnaissance de ces gens-là ?... les Mitterrand, les Sarkozy et autres Claire Chazal, dont on assiste à l'agonie malveillante et nauséeuse ?... – et alors, dans ce cas, moi qui ne suis qu'un quelconque anonyme public perdu dans la masse de ceux qui refusent d'applaudir les maîtres de ce système-là, il ne me restera plus qu'à lui souhaiter, à lui et à tous ses amis : bon vent !...).

Consciemment ou non, ce qu'il fera de son histoire appartient plus que jamais inéluctablement à l'histoire du public, et, donc, de la cité. De la démocratie.

 

Courage.

Résolument.

Nous en avons particulièrement besoin, par les temps qui s'ouvrent à nous.

Jean-Jacques M'µ

11/04/2011 23:28Par JJMU

 

Chers amis (le mot n'est pas trop fort),

La lecture, éprouvante, de votre article si lucide m'inspire un rapprochement, peut-être plus navrant encore, avec un écrit d'Hannah Arendt, dont l'avant-gardisme pessimiste, n'avait peut-être pas été perçu dans tous ses effets.

"Dans cette situation d'aliénation du monde radicale, ni l'histoire ni la nature ne sont plus du tout concevables. Cette double disparition du monde -la disparition de la nature et celle de l'artifice humain au sens le plus large, qui inclurait toute l'histoire- a laissé derrière elle une société d'hommes qui, privés d'un monde commun qui les relierait et les séparerait en même temps, vivent dans une séparation et un isolement sans espoir ou bien sont pressés ensemble en une masse. Car une société de masse n'est rien de plus que cette espèce de vie organisée qui s'établit automatiquement parmi les êtres humains quand ceux-ci conservent des rapports entre eux mais ont perdu le monde autrefois commun à tous."

Et je ne ferai pas de ce bref texte une interprétation à "la pleureuse réac" - ce qui pourrait se voir- je demanderai plutôt si ce n'est pas là ce que les méchants ont vu et qui échappe aux bons....

Bien à vous

Fabia A. Guillén

 

La facilité quand on parle Culture est le plus souvent de ne parler que du spectacle vivant. Vivant il l'est et toujours prêt à se défendre.

Il est d'autres domaines beaucoup plus mal lotis. Pour les plasticiens, les photographes, pas de statut d'intermittents. La loi c'est demerd sie sich alein...

La préoccupation première des utilisateurs de ces œuvres est de "déshabiller" les auteurs de leurs droits. Il n'y a plus de commandes sans des appels d'offres léonins où l'emportent les moins disants des moins disants, abandonnant leurs droits d'auteur pour l'éternité...

Je rejoins à 100% les propos de l'ami Kakadoundiaye (voir ci-dessus)

Ci dessous Avignon à la belle époque...

Ghilain Cloquet, Jean Vilar, Maurice Béjart - AVIGNON 1966Ghilain Cloquet, Jean Vilar, Maurice Béjart - AVIGNON 1966© Gilles Walusinski

Erreur : la photo ci-dessus a été prise en 1967 au bord de la scène du Palais des Papes

C'est doublement imbécile de s'attaquer à une œuvre de Serrano. Il n'attend que ça. S'attaquer à son œuvre c'est lui reconnaître une existence alors que ce n'est que le reflet de ce que dit Kakadoundiaye plus haut.

 

Serrano c'est du bon jambon !

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