Thématiques du blog
Vers une "social-démocratie universalisée et radicalisée" ?
.
Alain Caillé, fondateur du "Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales" (MAUSS), et de la revue du même nom (http://www.revuedumauss.com.fr/ [1]), s'interroge sur l'avenir de la gauche ( et de la démocratie) dans le contexte de la crise globale du capitalisme. Il met en avant le projet d'une "social-démocratie universalisée et radicalisée". Passionnant.
.
Une première version, très courte, de ce texte a été publiée dans Libération le 1er février 2010 en réponse au débat sur l'avenir de la Gauche amorcé par un long article de Jacques Julliard (voir "Vingt thèses pour repartir du pied gauche", Libération, 18 janvier 2010). À la demande de Contretemps, qui m'invitait à le mettre en débat sur son site, je l'ai développé en tentant notamment de m'expliquer sur l'idée d'une « social-démocratie universalisée et radicalisée » sur laquelle s'achevait la version publiée dans Libération.
.
Comment ne pas être d'accord avec le diagnostic de Jacques Julliard qui amorçait un débat sur l'avenir de la gauche abrité par le journal Libération ? La montée en puissance dans les années 1980 d'un capitalisme actionnarial a peu à peu enrayé la dynamique démocratique et avec elle l'espoir d'un approfondissement et d'une universalisation progressive du modèle de démocratie incarné par le capitalisme rhénan, la social-démocratie scandinave ou la planification à la française. La mondialisation a rendu possible l'enrichissement des classes dominantes - et de leurs dépendants - des pays les moins développés, mais, loin de permettre à ceux-ci d'accéder aux normes de protection sociale et de qualité des services publics dont pouvait s'enorgueillir l'Europe occidentale, elle a commencé à les éroder et à remettre de plus en plus fortement en question tout un ensemble de « conquêtes sociales » qui avaient pu sembler définitivement acquises. La construction européenne qui visait à les généraliser en Europe s'est retournée contre ses ambitions initiales en autorisant, voire en encourageant le dumping fiscal et social. Symétriquement, l'augmentation indéfinie du nombre des pays membres, au lieu de démultiplier la puissance politique de l'ensemble n'a abouti qu'à la fragmenter jusqu'à rendre l'Europe politiquement inaudible, invisible et impuissante à l'échelle du monde. Et avec elle, ce qui est plus grave, tout aussi inaudibles tous ceux qui croient encore à la perspective, traditionnellement portée par la gauche, d'un progrès démocratique universalisable. D'autant plus inaudible, d'ailleurs, que cette dernière s'est gravement discréditée pour ne pas avoir su, pu ou voulu s'opposer à la toute-puissance du capitalisme financier, quand elle ne s'est pas compromise avec lui.
.
À ce diagnostic très général et très généralement partagé, il convient d'en ajouter un autre, moins fréquemment entendu. Le défi qui nous attend n'est pas seulement de nous opposer à la mainmise des seuls critères financiers, de plus en plus exclusivement spéculatifs, sur toutes les sphères de notre existence sociale. Il est aussi de résister à ce qui se développe insidieusement dans son sillage : la subordination de notre travail, de notre production et de tous nos actes à une logique omniprésente et dévorante de l'évaluation quantitative généralisée de notre efficacité et de nos mérites supposés. Outre le fait que les indicateurs quasi-marchands utilisés pour en juger sont largement fantasmatiques et arbitraires, ils aboutissent, en rapportant tout à la seule question utilitariste : « à quoi ça sert ? », à supprimer toute dimension de gratuité et de plaisir dans l'action, la vie ou le travail, à en tarir le sens et jusqu'à l'efficacité même, selon toute vraisemblance. Dans la fonction publique, dans l'Enseignement, la Recherche, la Santé, la Justice, etc. l'outil principal de cette chasse au sens est représenté par la révision générale des politiques publiques (RGPP) et la Loi organique relative aux lois de finance (LOLF), avatars français du New Public Management. Or, faut-il rappeler que c'est à l'initiative de la gauche que la LOLF a été adoptée en 2001 à l'unanimité des deux chambres du parlement ? Voilà qui doit nous inciter à aller plus loin que la seule dénonciation du néolibéralisme. Ce dernier va en effet de pair avec une propension apparemment irrésistible à tout réduire en parcelles, quantifiables, évaluables, interchangeables, qu'il s'agisse des collectifs de vie ou de travail, des communautés politiques ou associatives, des connaissances et de la science, du temps et de l'espace, de nos actions ou des sujets individuels eux-mêmes. Le néo-libéralisme apparaît ainsi comme la manifestation privilégiée d'une forme politique et symbolique qui l'englobe, un parcellitarisme, sorte de totalitarisme inversé, aussi éloigné de la démocratie, dans son hypertrophie de l'individualisme, que l'étaient les totalitarismes d'hier dans leur exaltation fanatique du collectif de la classe, de l'État ou de la race.
Des remèdes trop timides
.
Quant aux remèdes, la direction générale indiquée par J. Julliard semble juste, mais elle fait preuve de trop de timidité et de franco-centrisme pour pouvoir espérer remobiliser le peuple de gauche, que ce soit en France ou ailleurs.
- Il ne suffira pas, en effet, de nationaliser certaines banques, comme le préconise J. Julliard, si on ne réintroduit pas une distinction ferme entre banques de dépôts et banques d'affaires, si on n'interdit pas les transactions sur les prix virtuels, si on ne lutte pas réellement contre les paradis fiscaux et, plus généralement, si on ne réintroduit pas de la transparence dans le monde de la finance. Or, malgré la crise et, curieusement, en partie grâce à elle, ce sont les choix inverses qui s'imposent massivement. Aux dires des spécialistes, les transactions financières sont devenues aujourd'hui encore plus opaques qu'avant le déclenchement de la crise. Et, par le truchement d'agences de notation aux critères incontrôlables, dépendantes en fait des banques qu'elles sont supposées aider à contrôler, la spéculation s'attaque désormais frontalement aux États les plus fragiles. L'exemple de la Grèce est emblématique, qui montre comment les banques anglo-saxonnes, renflouées par leur État à un taux d'intérêt à peu près nul ne consentent à prêter à l'État grec, fragilisé par leurs agences de notation, qu'à un taux de 6,5%. Il n'est nullement certain que l'euro et la construction européenne soient suffisamment solides pour résister à de telles attaques.
- En amont de la spéculation, c'est la légitimité même des inégalités extrêmes qu'il faut contester et la misère qu'il faut décréter hors la loi. Est-il vraiment inenvisageable de poser, par exemple, que les revenus des grands patrons ne devraient pas être plus de quarante fois supérieurs à ceux de leurs salariés, comme c'était encore le cas aux USA en 1970, au lieu de mille fois aujourd'hui ?
- Sans doute la deuxième gauche a-t-elle failli, comme l'écrit J. Julliard, son ex-champion, mais pas plus que la première ou que l'extrême. On ne saurait en tout cas abandonner son projet de dynamiser et mobiliser la société civile associationniste, et compter uniquement sur les syndicats, l'État et les partis, et moins encore, à l'inverse, sur les seuls individus (Ah, l'ode omniprésente à l'émancipation des individus !) pour s'opposer à la résorption de la société dans les marchés financiers. Mais le paradoxe est que le monde associatif n'est pas spontanément et naturellement vertueux ou efficace. Un État fort - celui qui a les faveurs de la « première gauche » - est nécessaire pour l'instituer et l'autonomiser. Première et deuxième gauche doivent donc s'épauler, se dialectiser et se transcender.
- Le jeu politique ne peut plus toutefois se circonscrire dans les seules frontières de l'État-nation. Rien ne pourra repartir vraiment à gauche sans redémarrage simultané du projet d'une Europe politique. Ou, si l'on préfère, d'une République européenne. Qui passe au premier chef par une entente franco-allemande. Dont la perspective, il faut bien le dire, se fait de plus en plus lointaine. La classe politique et intellectuelle française s'y est constamment refusée, par peur de l'Allemagne, depuis son abandon du projet de Communauté européenne de défense (CED) en 1954. Et les Allemands, de leur côté, ont cessé de tendre la main à la France pour se tourner de plus en plus vers leurs marches et leurs marchés de l'Est. Reste que ceux qui s'enthousiasment pour la force morale qu'est censée illustrer une Europe postnationale et postpolitique, et qui croient pouvoir bâtir une démocratie radicale sur la ruine des États s'illusionnent gravement.
- Mais, au-delà de l'Europe, et parce que les nations ne peuvent plus se fonder désormais sur un socle culturel et a fortiori ethnique homogène, et parce que seuls peuvent faire écho les projets susceptibles d'avoir une résonance mondiale, c'est une social-démocratie universalisée et radicalisée qu'il nous faut inventer. Universalisée par une confrontation et un dialogue inter-culturels, et radicalisée dans sa lutte contre l'illimitation du désir de puissance ou de richesse dont découlent la destruction de la nature comme celle des communautés politiques.
Vers une social-démocratie universalisée et radicalisée ?
.
Une social-démocratie universalisée et radicalisée ? Si une telle expression a vocation à symboliser l'essentiel de nos aspirations politiques, il convient d'en expliquer chacun des termes.
.
Une « social-démocratie ». Plutôt que de social-démocratie, on pourrait aussi bien parler de socialisme, pour désigner les courants issus de la gauche qui sont effectivement, et pas seulement en rêve, parvenus à améliorer le sort matériel et moral des classes les plus pauvres, et si on entend par socialisme avec Durkheim une forme ou une autre de subordination de la vie économique aux objectifs conscients de la société. Autrement dit à la liberté collective. Au politique. On pourrait tout autant parler de socialisme libéral, si on ne met pas sous ce mot un plaidoyer pour une « troisième voie » ou un « nouveau centre », désormais clairement disqualifiés pour avoir presque tout cédé au capitalisme actionnarial, mais, au contraire, le projet de le subordonner effectivement à des objectifs éthiques et politiques sans rien abandonner de l'exigence démocratique. Mais le terme de social-démocratie est sans doute celui qui aura fait le plus consensus en Europe et qui aura accompagné le plus d'avancées sociales concrètes d'envergure. Gardons-le donc. Au moins de manière provisoire, mais sans oublier que si l'esprit de la social-démocratie a été vaincu par la vague néo-libérale qui submerge le monde, c'est en raison de limitations historiques qu'il convient d'identifier avec précision, et qui tiennent au premier chef à son défaut d'universalité et à son insuffisante radicalité.
Une social-démocratie universalisée.
.
Une solidarité planétaire. La première limitation, la plus évidente des social-démocraties européennes, c'est qu'elles sont restées ....européennes, justement, pour l'essentiel, et n'ont su s'organiser que dans le cadre de l'État-nation, première grande forme politique de la solidarité démocratique, et sur la base d'un fort occidentalo-centrisme. Plus précisément, elles n'ont su mener leurs politiques de redistribution qu'entre citoyens nationaux, se reconnaissant dans une même langue et une même culture - voire une même couleur de peau -, et partageant le sentiment de leur supériorité sur les autres cultures, notamment non-occidentales. Or, ni les politiques économiques et financières, ni les politiques de redistribution ni les politiques de reconnaissance ne peuvent plus se mener à cette seule échelle et dans ce seul cadre imaginaire. La géographie comme l'histoire s'écrivent et se vivent désormais à l'échelle et au rythme du monde, si bien que l'Occident ne pouvant plus se concevoir comme l'unique dispensateur de la bonne culture et du seul savoir légitime doit s'ouvrir à la reconnaissance de la pluralité des valeurs ultimes, des civilisations et des façons d'être au monde. Et cela d'autant plus qu'il lui faut désormais renoncer à la fiction d'une même et unique origine ethnique, d'une même naissance (natio) de ses citoyens, et s'admettre irrévocablement multi-ethnique et multiculturel. Cette politique de la reconnaissance, de la reconnaissance du fait que toutes les cultures sont donatrices d'un certain sens de l'humain, fût-ce de manière inégale, s'accompagne d'un sentiment de commune humanité mondiale et d'une communauté de destin planétaire qui doit inciter à étendre la solidarité matérielle au-delà des frontières. La solidarité avec les mal lotis au sein de la nation doit trouver son pendant dans des formes de solidarité avec les démunis du monde entier.
.
Cela étant, on ne voit se profiler à l'horizon aucun embryon d'État mondial, si bien que même si reconnaissance et solidarité doivent s'exercer au-delà des frontières d'États nationaux - eux-mêmes traversés en leur tréfonds par la diversité des cultures et des destins individuels-, l'État reste et restera longtemps la forme principale de la communauté politique, l'incarnation par excellence de la liberté collective. Or, il ne peut avoir d'assise stable et de puissance effective qu'adossé à une langue et une culture dominante (ou plusieurs, mais peu nombreuses), nécessairement reconnues comme telles par tous les citoyens. Langues et cultures dominantes qui n'ont, en retour, de pleine légitimité que pour autant qu'elles-mêmes reconnaissent la valeur des dons de sens faits par les langues et les cultures dominées sur leur territoire. Qui, dominées ici, peuvent d'ailleurs aussi bien être dominantes ailleurs et à d'autres échelles.
.
Une solidarité avec la Nature. Cette première universalisation refuse de limiter la solidarité et la reconnaissance aux seuls compatriotes et concitoyens pour l'étendre à tous les humains. La seconde, au moins aussi pressante et urgente que la première, refuse de limiter solidarité et reconnaissance aux seuls humains pour les étendre à la Nature. Le socialisme classique s'était battu pour faire des prolétaires, censés être exploitables à merci parce que non reconnus comme membres véritables de la société, des humains et des citoyens à part entière. Ce combat est loin d'être achevé. L'exploitation des prolétaires - qu'on n'appelle plus ainsi - dans nombre de pays émergents, reproduit celle qu'avait connue l'Europe au XIXème siècle et menace, d'ailleurs, toutes les conquêtes des classes ouvrières et moyennes occidentales. Mais une bonne part de la croissance occidentale et désormais mondiale a reposé également sur l'exploitation du patrimoine naturel. Le travail gratuit des prolétaires, source de la plus-value selon Marx, a été redoublé, sans qu'on s'en aperçoive jusqu'à tout récemment, par les dons gratuits et forcés de la Nature. Désormais en voie d'épuisement rapide. De même que la redistribution étatique a permis de redonner collectivement aux salariés une part de ce qui leur était pris individuellement, de même il devient urgent de trouver des formes de contredon et de réciprocité envers la Nature, animaux, sols, eau, sous-sols, air, minéraux, etc. Mais cette double universalisation de la social-démocratie, à l'ensemble des Humains comme à la Nature ne peut se concevoir sans sa radicalisation
Une social-démocratie radicalisée.
.
Lutter contre les inégalités. L'outil premier de la social-démocratie classique a été l'impôt sur le revenu et sur l'héritage qui rendait possible la solidarité politique des plus riches et des plus pauvres. Il reste plus que jamais d'actualité, mais il obéit désormais à une nécessité qui englobe et déborde le seul devoir d'aider les moins bien lotis. Il importe en effet de comprendre que le foyer le plus actif de tous les dérèglements du monde, la cause première de l'exacerbation du conflit entre les cultures et de la surexploitation de la Nature réside dans l'explosion des inégalités qui a accompagné le triomphe du néolibéralisme et du capitalisme actionnarial. C'est cette dynamique inégalitaire paroxystique qui atteste et alimente le basculement de notre monde dans la démesure, dans une illimitation, une ubris, qui ne peut qu'être fatale à la démocratie et à la survie de la planète. Retrouver la perspective d'un monde commun, et décent, suppose la définition des limites à ne pas franchir sous peine de sombrer de manière irréversible dans l'inhumain. Un projet de gauche universalisable ne doit-il pas commencer par affirmer qu'aucun être humain ne doit tomber en dessous d'un certaine niveau de ressources vitales ? Ni, à l'autre pôle, basculer dans l'illusion de la toute-puissance et de la richesse infinie ? Lutter contre la démesure, contre l'illimitation financière et écologique du monde, passe en priorité par l'établissement de ces deux limites symétriques : un revenu maximum et un revenu minimum. Si leurs modalités concrètes doivent nécessairement varier selon les régions du monde, l'affirmation de leur principe doit être universelle.
.
Émanciper la société civile associationniste. Mais une telle perspective n'a aucune chance de connaître un début de réalisation si elle n'est pas portée par la société civile mondiale associationniste qui se cherche et s'esquisse un peu partout (« Les citoyens du monde associés »). Voilà qui pose la question de ses rapports avec les États, qu'il faut bien se garder d'enterrer trop vite. Et, du coup, avec l'idéal démocratique. Peut-être le premier pas à accomplir pour une gauche qui entendrait revivre et avoir à nouveau prise sur l'Histoire, serait-il à la fois de rappeler que nous ne pouvons pas avoir d'autre idéal que celui de la démocratie mais qu'il est pour l'instant bien défraîchi. Entre beaucoup d'autres raisons, du fait de l'obsolescence d'une politique social-démocrate qui a cru pouvoir se contenter de confier à l'État la tâche de donner à tous sans inciter les citoyens, en retour, à donner à la chose publique, localement, régionalement, nationalement ou internationalement, en leur donnant les moyens de le faire effectivement. En clair, cela signifie que les États, ou les partis candidats à l'exercice du pouvoir d'État, doivent mener vis-à-vis du monde associatif, formel ou informel, une politique non instrumentalisante qui permette son autonomisation maximale (condition sine qua non pour qu'il soit en mesure de donner en retour à la démocratie). Dans les pays où l'État est trop faible, les nébuleuses associatives ont à jouer un rôle d'accoucheur. Dans ceux où il est trop fort, il lui faut apprendre à se dessaisir d'une part de sa puissance sans renoncer à ses fonctions propres en les bradant au secteur marchand ou à des associations inféodées. Cette radicalisation démocratique passe par l'adossement de la démocratie représentative à des formes de démocratie participative et directe permettant le jeu d'une contre-démocratie.
.
En conclusion. L'idéal progressiste de la gauche classique était de changer le monde. On ne saurait y renoncer. Mais à la condition de le subordonner au souci désormais prioritaire de préserver le monde. Le monde humain, historique et culturel, et le monde naturel. C'est un tel souci qui s'exprime maladroitement à travers le mot d'ordre galvaudé du développement durable. Acceptable, pourtant, et susceptible de converger, malgré qu'ils en aient, avec les aspirations des tenants de la décroissance si l'on précise qu'un tel développement ne peut pas concerner seulement ni même, au moins en Occident, au premier chef, le développement économique marchand (et moins encore, financier, bien sûr) mais celui de toutes les potentialités humaines. Et qu'il va de pair avec le développement durable des cultures. Et que rien de tout cela ne se fera sans l'invention de formes de démocratie durable parce qu'universalisable. Au-delà du néolibéralisme et du parcellitarisme.
.
Publié sur Contretemps (http://www.contretemps.eu)


Tous les commentaires
Une analyse très séduisante et qui fait écho chez moi.
Une approche qui répond en partie aux questions que nous nous posons sur la dynamique d'une autre constitution.
Oui il faut raisonner global
Oui il faut trouver les voies et les moyens de formes associatives et coopératives transfrontières
Oui il faut intégrer pleinement la préservation de la nature
Oui il faut imposer à côté (et en synergie avec) des organisations institutionnelles des états, des formes de démocratie participative , moteurs indispensable
Oui au carburant de la radicalité qui empêche la cristallisation des positions acquises...
Je retrouve mon idée de République effervescente en mouvement perpétuel .
Je courre m'abonner a Contretemps
Votre post confirme "tout le bien" que je pense de ce texte et...des vôtres !
Je ne comprends pas bien.
En fait on relève une fois de plus les manques, et les nécessités, mais ce n'est pas nouveau.
Une bonne synthèse ne fait pas une découverte, tout au plus cela permet d'organiser ses idées, et c'est là que je ne comprends pas.
Comment ne voit-on pas ce qui saute immédiatement aux yeux chaque fois qu'on aborde la question du diagnostic de la situation?
On sait le pourquoi, que fait-on du comment?
Comment se débarasse-t-on d'un modèle qui est dans le mur, sauf au niveau de la puissance et du nombre de ses adeptes?
C'est d'ailleurs assez étonnant, ce retour à gauche de Jacques Julliard, qui n'avait pas de mot assez doux pour sarkozy, pour maintenant découvrir la situation, qui se lisait pourtant facilement déjà dans les décisions et projets de 2007.
Objectivement, sarkozy a fait renaître le communisme dans l'ancrage, à gauche toute, d'un Mélenchon, par exemple.
Une chance pour la droite, c'est que Mélenchon ne partage pas la notoriété, ou bien il est seul, ou bien il ne laisse personne émerger à ses côtés.
Le problème, et on le sait bien, c'est que le jeu démocratique est faussé.
Depuis la situation européenne, où l'on s'est lié les mains par des traités tous plus matois les uns que les autres, pour aller au renouvellement du pouvoir démocratique, tout répond à des exigences techniques et financières qui excluent la possibilité de changer vraiment la donne.
On sait très bien que le problème de SR, c'était de prendre l'appareil PS pour pouvoir exister, avec les moyens du Parti, tellement sa situation est fragile, financièrement , en terme de coûts de campagne, et de communication.
Et on a bien vu la réaction de ceux qui ont su garder avec une minorité de voix le contrôle de la machine, ils ont immédiatement décidé de l'asphyxier à ce niveau, le plus possible, non représentation de son courant au bureau, exclusion des avantages matériels, donnés à l'ancienne candidate du PS.
Il a fallu l'annonce d'une déroute annoncée aux européennes pour calmer le jeu, avec la nécessité de l'appeler à l'aide.
Le jeu est faussé, et depuis longtemps.
L'affaire de 2002 a achevé de totalement brouiller les lignes.
Comment le vote protestataire FN, qui regroupe des voix de tous les horizons politiques, a-t-il pu rencontrer, et quelle conclusion a-t-il pu tirer de voir un front commun droite-gauche, soi-disant républicain, contre l'avancée du fascisme en france, quand les réunions du FN à Marseille, fief du FN à l'époque, peinaient à rassembler quelques centaines de personnes dans l'entre deux tours?
Nous sommes en France dans une situation politiquement bloquée, et le bouillonnement des idées n'a aucune chance de déboucher sur du concret, tellement les verrous à droite, comme à gauche sont bien fermés, et gardés.
La situation sociale, dont on a jamais vu d'équivalent, est encore plus parlante à ce sujet.
La seule influence qu'aient eu les syndicats sur les mouvements de masse qui ont eu lieu a été celle de les désamorcer.
C'est verrouillé partout.
Une fois le constat de la situation exécuté, une fois les principes cités, une fois les objectifs définis, il va bien falloir arriver à cerner une méthode de lutte qui ait une chance d'aboutir.
Personne ne veut plus payer. C'est la seule valeur universelle aujourd'hui, le souci de prendre l'avantage, gratuitement, de faire supporter la charge aux autres.
A ce titre, la droite économique a su partager ses valeurs.
La grève, surtout générale, ne peut fonctionner que si d'autorité, on exige en préalable le paiement des journées chômées, en s'appuyant sur le manque d'éthique, de sérieux et la mauvaise foi de ceux qui obligent à la lutte sociale.
A partir du moment où les syndicats ne sont plus susceptibles de coordonner les luttes, et où les grands partis n'en veulent pas, de peur de perdre leur leadership, à terme, que faire?
L'auteur de ces lignes ne se sert des déclarations de Jacques Julliard pour montrer combien elles sont incomplètes et lées à la continuation du système.
Ce texte est intéressant en cela qu'il montre qu'un minimum de radicalité est dans le champ des possibles.
"Tout est vérouillé" dites-vous.
Vrai: le PS et ses alliés ne souhaitent qu'une molle alternance sans alternative et la gauche "alternative" est émiettée voire en crise.
"Émanciper la société civile associationniste."
Voilà voilà !
Retour sur les corps intermédiaires.
Sur une analyse critique de la "démocratie participative" à la mode.
(Pour mémoire : mon billet du 22/12 dernier à ce sujet)
Et... sur la 3ème chambre...
Je retourne lire ce billet du 22.12
Ce n'est pas tous les jours veille de noël !
Bravo, Jean-Claude,
J'avais oublié votre talent.
Jusqu'à la nausée.
@ JC Charrié. Lu cette très intéressante analyse et commenté dans le même sens que Velveth.
Enrichis bien le débat sur les Institutions. Oui la Décocratie participative, labelisée SR est sans doute gadgetique, mais l'idée - venue d'Amérique Latine - répond, elle, à un vrai problème de fonctionnement de la représentation et de la montée en puissance du rapport consumériste à la chose publique.
C'est vrai que "l'idée" répond effectivement à la crise de "la démocratie représentative" usée par des institutions sur lesquelles les citoyens n'ont aucune prise tandis que se développent prébendes, baronnies et écuries présidentielles...
En fait, ce qui reste toujours méconnu, dans la plupart des interventions que je peux voir, c'est le rapport au pouvoir.
On part toujours du principe que le pouvoir se situe dans le siège du pouvoir, à savoir, l'institution, alors qu'il n'est qu'un rapport de forces, installé géographiquement à un endroit d'où il fait levier, mais qui vit et se développe de partout, comme il y est né.
On a trop souvent une conception légale du pouvoir, en oubliant qu'il ne cherche que son développement, sans cesse plus étendu, dans une boulimie qui n'a pas de limite. Le pouvoir se nourrit de lui-même, et s'étend un peu plus de prendre plus d'importance, c'est une fuite en avant.
Elle est de plus conduite par une conception humaine trop humaine, qui fait que l'honnête, homme, ce qu'il y a de plus rare, subit une pression impossible à détenir autant de facilité de faire passer d'abord des conceptions qu'il sait être bonnes, pour finir par en imposer d'autres, qu'il croit être bonnes.
C'est dans le rapport de pouvoir et pas du tout dans la représentation politique, un mirage, objet du phénoménal billet de Jean-Claude, que s'insère la démocratie participative.
Mais arrivé à un certain point d'écoeurement, et de révolte, sur Mdp, je vais me taire.
C'est que je suis homme, avec les travers en conséquence, et qu'à moment donné, je préfère passer mon chemin.
Edit: tout de même je voudrais signaler qu'on doit à la démocratie participative à peu près toutes les avancées dans le monde du travail, par le rôle des syndicats, celles de la santé , par les organismes professionnels médicaux et les assurés, l'ensemble du système de retraite, par l'intervention des organisms socio- professionnels, partout où il y a une assemblée de citoyens non-élus, mais qui se saisit d'un problème, et qui commence à sommer le pouvoir de réagir, on voit se mettre en place l'effet de ce qui est la démocratie participative.
Les associations de consommateurs, les associations de défense de la nature, encore de la démocratie partitipative.
Jusqu'aux parents d'élèves dans les collèges et lycées, ou les associations d'étudiants.
Ce qui pèse en groupe de citoyens pour l'intérêt gnénéral sur le pouvoir, et qui décide avec lui, c'est la démocratie participative.
Et ça marche.
Et déglinguer la notion pour déglinguer une leader politique devient gonflant.
Le pouvoir n'a pas de limite si l'on n'en met pas...
C'est le problème principal des institutions de la Vème République remaniées par Jospin - Chirac - Sarkozy.
La cata.
La démocratie représentative, liée aux classes possédantes, avec son cortège de baronnies, de prébendes, d'écuries présidentielles ne parle plus "au peuple".
La rustine de "démocratie participative" sans remettre le peuple au centre des décisions ne restera qu'un emplâtre sur une jambe gangrenée jusqu'à l'os.
La crise globale que nous vivons (d'un système, d'un régime et d'un pouvoir) peut hélas déboucher sur le pire si une révolution démocratique ne redonne pas le pouvoir à la population.
Pas la peine de se fâcher.
Nous avons, je le pense, des objectifs similaires mais des cheminements différents qui ne sont pas tant le "rapport au pouvoir" que "le rapport au peuple".
Cher Velveth,
A moment donné, il faut être réaliste.
La lutte pour le pouvoir est la constante habituelle, et peut-être naturelle, du système social.
Faire passer l'exercice du pouvoir des mains d'une minorité à l'ensemble, donc au peuple, c'est l'objet de la démocratie.
Imaginer que les luttes de pouvoir sont de ce fait évacuées, c'est rêver, on a simplement déplacé le problème.
La cinquième république, que vous considérez à modifier, a fonctionné jusqu'au système actuel qui a consacré la domination d'un groupe, et non pas d'un seul.
Le système est viable, avec des parlementaires de droite non corrompus qui ne sacrifieraient pas l'esprit républicain aux ordres d'un sarkozy.
Ce n'est pas le système qui faillit, même s'il n'est pas si bon, ce sont les hommes.
Vous pouvez construire le coffre à principe le plus solide de l'univers, si l'homme qui détient les clés le décide, elles sont à vous.
Il faut donc travailler l'humain, avant l'institutionnel.
Et celui-là modifiera au mieux l'institutionnel pour un temps qui durera ce que durera la valeur des gens qui le tiennent.
Viser donc les contre-pouvoirs, disséminer l'envie, le goût et le pouvoir de décider, c'est la démocratie participative, assise sur la décentralistion, l'idée de trouver un fond à des décisions qui ne vont pas tomber, mais émerger.
Il y a aussi des dangers, pour exactement les mêmes raisons que précédemment, c'est l'humain.
Mais si rien ne dure toujours, ce n'est pas une raison pour ne rien faire, parce que le présent peut se gérer, et l'on peut mettre le pied à l'étrier d'une nouvelle génération qui l'attend, pour forger ce qui sera le sien.
Le cas Royal est tout de même passionnant, la rage et le rejet qu'elle déclenche, semble aveugler tout le monde. Je commence à sérieusement m'inquiéter quant à l'état de névrose de ce pays.
Quand on a vu sarkozy, on a compris le problème de la droite, trop grasse et disjonctée, folle d'elle-même et de ses moyens, mais à gauche, il y a aussi un problème.
Les luttes pour le pouvoir ne s'éteindront effectivement pas même si une 6ème République remettant le peuple au centre des décisions existait, vous avez raison.
Si vous avez lu le billet et les échanges qui le suivent, vous savez que "la statut de l'élu", révocable, avec un mandat unique qui ne peut être exercé pas plus de deux fois consécutifs sont, entre autres propositions plus systémiques, des mesures d'assainissement de la vie politique dans notre pays.
Quant à Ségolène Royal, vous avez tout à fait le droit de la soutenir comme j'ai le droit d'y être totalement indifférent.
La névrose c'est chez elle et ses groupies qu'il faut la chercher.
C'est sans commune mesure avec celle de Sarkozy, j'en conviens.