Dans un peu plus de deux mois, la LCR, née de 1968, aura « disparu » par auto-dissolution au profit d’un nouveau mouvement politique, présentement intitulé NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste). Rencontre avec l’un des co-fondateurs de la JCR puis de la LCR, figure majeure de « la Ligue » depuis « les sixties ».
JRV: Comment la LCR analyse-t-elle «la crise» actuelle du système capitaliste ? Quelles propositions avance-t-elle pour la combattre ?
AK : Elle participe des grandes crises qui secouent périodiquement un système dominé par la recherche à tout prix du profit et qui arrive à un moment où la richesse financière ne correspond plus à la richesse réelle. La crise financière devient dès lors industrielle, sociale, récessive et politique. Dans ce climat, des millions de gens découvrent d’un seul coup le coté barbare, criminel et anti-démocratique du capitalisme.
L'ampleur de cette crise démontre qu'il y a nécessité à «changer le monde». D’un côté, deux milliards de personnes ne mangent pas à leur faim, et de l’autre, le productivisme capitaliste est en train de détruire la planète. Cet absurde et inhumain système économique doit radicalement être remis en cause. En outre, des centaines de milliards d’euros sortent de caisses prétendument vides sans que personne ne sache d’où ils viennent, où ils vont et qui les contrôle.
Face à cela, nous proposons des mesures immédiates comme la mise en place d’un pôle public de banques et du crédit contrôlé par les employés et la population. S’y ajoute l’interdiction des licenciements dans les entreprises qui font du profit et pour celles qui délocalisent, le remboursement des subventions reçues de l’état, sous peine d’expropriation. Tout ceci nécessitera l’ouverture des livres de compte, la levée du secret bancaire, la prohibition des paradis fiscaux. En outre, la relance de l’économie implique de relever immédiatement le pouvoir d’achat par une augmentation des salaires et pensions de 300 euros et la fixation du SMIC à 1500 euros net. Enfin une toute autre répartition des richesses permettra de financer ces mesures en taxant les profits et en remettant en cause le droit de propriété dans certains secteurs clés.
JRV : La gauche institutionnelle parle de « l’économie de marché » - autrement dit le capitalisme- comme d’un horizon indépassable lié à la globalisation. Des mouvements critiques ont néanmoins lieu (démission de Mélenchon, vraisemblable sortie des communistes dits unitaires de l’appareil du PCF etc.). Comment va se situer le NPA, demain, à l’égard de ces groupes ?Peut-il y avoir « rassemblement » lors du scrutin des européennes ?
AK : Les anticapitalistes n’apparaissent plus comme des zombies. C’est même l’inverse ! Le projet du NPA c’est de construire un débouché politique pour tous les courants, toutes les personnes qui veulent résister par un «tous ensemble» unitaire à l’offensive sans précédent du patronat et du gouvernement Sarkozy. Toutes celles et tous ceux qui ne croient pas ou plus à la possibilité de « réformer » ou « d’humaniser » le capitalisme et qui sont prêts à se battre pour un autre partage des richesses démocratiquement décidé et contrôlé par la population sont concernés. Cela intéresse d’abord une grande majorité de gens qui n’ont jamais été politiquement organisés mais aussi des militants qui n’ont plus d’illusions sur la politique de leurs partis (PCF, PS ou Verts). Avec eux, comme avec les Communistes unitaires ou PRS, le débat est nécessaire aussi bien pour discuter du NPA que d’une liste unitaire aux européennes. Mais l’expérience a montré, avec les parcours de Fabius, Montebourg, Peillon ou malheureusement celui de Bové que le vote non à un référendum ne suffit pas à se mettre d’accord sur un programme anticapitaliste. Il reviendra à ces forces de préciser leur degré d’accord avec nos grands axes de programme et surtout de se déterminer par rapport à notre volonté de ne pas participer à des coalitions gouvernementales avec les PS comme l’ont fait le PRC en Italie ou comme Die Linke en Allemagne.
J.R.V. En quoi le NPA qui sera créé début février 2009 peut-il changer la donne à gauche ? Où en est son processus de création tant sur le plan quantitatif que qualitatif ? Le NPA sortira-t-il de la sphère très réductrice de l’extrême gauche ?
AK : Bien avant son congrès de fondation, fin janvier prochain, l’écho du NPA est considérable. Avant même sa naissance, il force déjà tous les partis de gauche en crise à se définir en permanence en fonction de lui ou des déclarations d'Olivier Besancenot…Il est donc déjà utile. Alors que la LCR ne regroupe que 3500 militants, plus de 11 OOO cartes sont en train d’être placées ! Ce parti qui n’existe pas encore accueille une frange de militants expérimentés venant du PS (plus que prévu…) et du PC avec un fort contingent du mouvement syndical et associatif. Bien plus nombreux à rejoindre le NPA sont les femmes et les hommes, plutôt jeunes, non engagés jusqu’alors, qui discernent là « la seule gauche combative ». Parti qui veut « révolutionner la société », le NPA ne sera pas « trotskyste » mais s’efforcera de synthétiser le positif des différentes traditions du mouvement ouvrier. Il s’enrichira de l’apport des militants altermondialistes, écologistes ou féministes sans oublier l’expérience de ceux qui viennent des partis traditionnels ou du mouvement libertaire. En ce sens même s’il serait absurde et malhonnête de nier le rôle des militants de la LCR, l’expérience actuelle a déjà convaincu les plus réservés sur le fait qu’il ne s’agit assurément pas d’une « LCR élargie » mais de l'incontestable fondation d’une nouvelle formation politique appelée à jouer un rôle majeur.
JRV: Nous nous connaissons depuis longtemps. Tu es l’un des cofondateurs de la LCR. Aujourd’hui, c’est Olivier Besancenot qui est sur « le devant de la scène » et la LCR va s’auto-dissoudre. Cela doit te faire quelque chose, non ?
AK : Le congrès de dissolution de la LCR va se tenir avant celui de la création du NPA et je n’ai aucun regret, aucune nostalgie. Pour moi un parti n’a jamais été un but en soi mais un outil pour faire triompher des idées et des combats. Nous avons toujours essayé de mettre en pratique nos idées. Déjà le rajeunissement de la LCR et sa féminisation se sont traduit par le départ de son Bureau Politique de la presque totalité de ses fondateurs et les femmes, désormais, en composent la moitié. La place d’Olivier témoigne de la capacité de la LCR à se donner un porte-parole représentatif et dont les interventions font mouche. Qui s’en plaindrait ? En fait nous commençons là, dans une période politique marquée par la crise profonde du capitalisme, une nouvelle expérience enthousiasmante qui est pour nous sans précédent. Jusqu’alors, nous recrutions à la LCR avec difficulté quelques centaines de gens qui avaient différencié stalinisme, maoïsme, trotskysme, anarchisme et tous les « ismes » imaginables. Aujourd’hui, les révolutionnaires sont écoutés par des millions de personnes et s’efforcent , sans du tout renier leur combat, de construire un parti populaire qui va nous astreindre à changer, en commun, notre vocabulaire, nos méthodes, notre fonctionnement. Un parti qui va aussi nous obliger à écouter et à apprendre. Un mouvement utile dans les luttes, utile pour dégager une alternative politique et pourquoi pas demain , à certaines conditions qui n’existent pas encore, utile à l’exercice du pouvoir. Rien ne se clôt mais une nouvelle page s’ouvre.
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Entretien trés intéressant. j'y vois la preuve que le NPA - ou quelque soit son prochain nom - a une ambition à porter de mains. Etre le porte parole des sans voix et contraindre par son poids et ses actions de terrain, l'autre gauche à tenir compte de ses propositions. Je partage de plus l'idée selon laquelle le prochain parti révolutionnaire ne devra pas s'associer avec le ps.
Ce qui me gêne dans ce nouveau parti, c'est premièrement le manque de un projet visionnaire et d'alternative gouvernemental. Il parâît réduit un simple mouvement protestaire. A monsavis, il marche aussi sur les plates bandes syndicales. Deuxièment, c'est Besancenot lui-même. Pour moi, il est le chouchou des médias sarkozistes. Je n'oublie pas qu'il a particpé aux émissions des Grosses Têtes de P Bouvard et à Vivement Dimanche de Drucker. Et là, c'est insupportable. De fait,l a vrai altetnative de gauche, est peut-être le nouveau parti créé par Melenchon??? A suivre...
C'est vrai ça. "Les grosses têtes" en 2003 et Drucker en 2008, Besancenot fait concurrence à Sarkozy par une présence médiatique insupportable ! Quant à Mélechon, lire la lettre de Raoul Marc Jennar à l'ancien ministre du social-libéral Jospin...
En effet, c'est une concurrence médiatique et/ou alliance objective avecun Sarkozy qui a un besoin d'un opposant Faire valoir , Besancenot, utile pour affaiblir une gauche gouvernemental... Je ne connais pas ce monsieur Jennar et je m'en moque. Je suis un humble citoyen de gauche non affilié qui a le droit d'avoir sa propre réflexion sans passer par des gourous.
Pour ma part, j'ai du mal à comprendre pourquoi la distinction n'est jamais faite entre capitalisme et économie de marché... Le capitalisme, c'est la propriété privée des moyens de production, et c'est donc avant tout un système social de domination de ceux qui possèdent le capital sur le reste de la société. L'économie de marché, c'est une organisation économique censée permettre une allocation des ressources et des efforts par le jeu de l'offre et de la demande. On peut critiquer les deux, mais à mon sens, ce sont vraiement deux dimensions totalement distinctes. N'étant pas économiste, j'ai du mal à juger de façon définitive de l'économie de marché (même si je constate qu'en ce moment ça n'est pas brillant). Par contre, en tant que citoyen, juger du capitalisme est tout à fait à ma portée... c'est un système inique.
Vous essayez de penser à partir de et par delà votre statut social, par vous-même, c'est frais, c'est rare. A préserver. Mais ceci tout de même: l'économie de marché telle que nous la connaissons c'est l'échange inégal, croyez-vous que nous payions le vrai prix de l'uranium, du cuivre, c'est à dire un prix qui permette d'assurer la vie économique de ceux qui produisent? Si vous voyagez dans ces pays producteurs, dans quel état sont-ils? Un rappel, si l'Urss s'est écroulée de manière si prévisible, c'est qu'elle vendait des machines outils, des produits finis aux pays de l'est qui la fournissaient en matières premières: résultat, des économies et des conditions de vie de plus en plus délabrées d'où des régimes dictatoriaux de plus en durs. Or qu'arrive-t-il à l'Afrique, l'accumulation du capital est capté par les pouvoirs qui mettent leur argent dans le circuit bancaire occidental et souvent à leur seul profit, qu'en résulte-t-il, quelle a été notre politique vis à vis de celà? Si je puis me permettre, ça fait vieillot c'est sûr, lisez Rosa Luxemburg et sa théorie de la plus value. C'est pas long, mais dense, dans ma jeunesse, il y a très longtemps donc, ça existait en PUF, je crois. Les anciens qui ont connu crises et guerres avaient l'exigence de penser, de comprendre les cataclysmes qui survenaient devant eux et ont essayé d'intervenir commettant des erreurs sur le moment, la méthode et les moyens entraînant leur propre perte d'ailleurs.
@alci : je n'avais jamais pensé les choses sous cet angle, je vous remercie pour cet étincelle.
Bonjour, Certes, je pourrai vous répondre que libéraux de droite ou du PS parlent d'économie de marché comme cache-sexe du capitalisme mais je préfère vous donner ci-dessous qqs références d'articles parus dans Mediapart: - "La crise est en train de basculer de la finance à l’économie réelle". dans ce texte Michel Husson l’occasion propose un point d’étape, autour de trois questions : l’analyse de la financiarisation, la trajectoire de la crise et les alternatives. http://hussonet.free.fr/brechcriw.pdf - "Crise financière et/ou économique", enregistrement de l'Intervention Michel Husson le 7 octobre dans le cadre du séminaire Copernic http://www.fondation-copernic.org/spip.php?article119 Cordialement.
bonjour, pour information Raoul Marc Jennar (parlementaire ou ex d'origine belge) s'implique tout particulièrement depuis le lancement du mouvement en faveur du Non à la constitution européenne en avril 2005 et a largement structuré l'équipe de campagne de Bové à la dernière élection présidentielle. bien à vous Pierre Sélim LEBRUN
ce qui est dommage chez BESANSNEAU c est de faire croire que rien que la contestation de tout peut changer le monde .Les divers mouvements qui depuis ont jalonne la lutte des ouvries ont simplement permis à nos gouvernants de s adapter et de lacher de leste chaque fois qu il est pris a la gorge.Pour que la classe ouvriere s empare du pouvoir c est toute la classe ouvriere qui doit se lever comme un seul homme et refuser toute compromission de negociation sur un programme precis .E T ça la classe ouvriere ne l a pas .
Je crois que vous avez une vision très réductrice de ce qu'est la LCR, de son évolution et de ce que sera le NPA. Le mieux, sans prosélytisme excessif, est que vous preniez vos sources sur le site: www.lcr-rouge.org ou celui de la Fondation Copernic à laquelle maints "experts", membres de la LCR, participent. ou que vous écoutiez Olivier Besancenot, ce soir à 20h50 sur France 2. Question subsidiaire (et humoristique): Pensez-vous que le PS a un programme plus élaboré que celui défendu par Olivier Besancenot ? Bien à vous.
"Pour que la classe ouvriere s empare du pouvoir c est toute la classe ouvriere qui doit se lever comme un seul homme" pour faire quoi? C'est la raison d'être du NPA que de vouloir répondre à cette question au niveau de l'économie réelle qui nous détermine, avec cette particularité c'est de paraître admettre que les décisions étant collectives, elles ne sont pas l'apanage des intellectuels dans l'organisation collective. Ne pas aller plus vite que la musique semble être son leitmotiv.
Cher Lefrançois, Je ne comprends pas tout le sens de votre message mais il est certain que le "tragique XXème siècle" a démontré les dangers - le mot est faible - d'un parti d'avant-garde. Le NPA, pour ce que j'en connais, brisera ces tentations...toujours présentes chez une certaine gauche.
Vous avez bien compris l'essentiel, Velveth. Pour ne pas sortir du simple commentaire une réponse plus complète ici: http://www.mediapart.fr/club/blog/lefrancois/141108/ce-que-je-suis
A la question sur les élections européennes et d'une éventuelle liste des "antilibéraux", Alain Krivine répond qu'il faut que les autres forces donnent leur degré d'accord avec le programme du NPA et s'engagent à ne pas faire d'alliance gouvernementale avec le PS. Mais le NPA est censé être en train d'élaborer son programme, alors comment les autres pourraient discuter sur ce programme avant le congrès constitutif? Mais bon, il y a eu deux réunions natrionales du NPA, on peut considérer que des axes programmatiques en sont sortis, dès à présent. Mais surtout, puisque les élections européennes ne débouchent pas sur un gouvernement européen, il n'y a pas de négociation avec le PS dans les suites directes des élections européennes, donc il n' y a pas de coup de Jarnac à craindre (Bové étant cité par Krivine avec justesse). Alors, pourquoi Krivine ne proposerait-il pas d'être à l'initiative de discussions sur ces élections européennes qui sont un enjeu certain puisque la bourgeoisie est à l'offensive au niveau continental pour élaborer sa réponse à la crise économique? Je précise (ayant lu les réponse aux interventions précédantes) que: oui je vais régulièrement sur le site de la LCR, que d'ailleurs je suis abonné à Rouge et à d'autres publications de la LCR, et que je tente de parler sérieusement.
Assurément, des discussions ont eu lieu et auront lieu avec les groupes ou clubs se réclamant de l'anti-libéralisme. C'est vrai des communistes unitaires et d'autres petites forces dispersées. Le 1er février 2009, le NPA (nom provisoire) sera né. Dans les jours qui suivront, selon toute vraisemblance,de nombreuses rencontres se succéderont. Le "degré d'accord"pour une Europe sociale, écologique et démocratique permettra-t-il des listes unitaires ? Les dernières déclarations de JL Mélenchon faisant allégeance au conservatisme du PC sont curieuses même si elles ne constituent pas une surprise. A suivre. Mais, en pleine crise dont nous ne connaissons que la partie immergée, les mouvements sociaux peuvent accélérer la donne politique.
Personne ne se remue sur les lois liberticides (police secrète, loi antiterroriste menaçant toute grève sauvage-il suffit en effet de vouloir intimider) que l'affaire des anarchistes révèle, personne ne se lève pour protester contre un Etat qui perd le sens de la mesure en faisant de simples dégradations matérielles un acte terroriste? Il y a les élections? piège à cons en ce cas. Vous attendez le programme, la crise est là et pas seulement économique! Je suis vraiment vieux et pourtant: http://www.mediapart.fr/club/blog/lefrancois/151108/nous-sommes-tous-des-terroristes
Tu as raison, Lefrançois, les protestations contre les lois liberticides et le "tout sécuritaire" ne sont pas à la hauteur de l'effilochage des libertés. Pourtant, elles existent ! Hier, dans le XIIème, une asso avec RESF et le NPA ont empêché l'expulsion de 17 familles d'immigrés. Les prises de parole d' Olivier Besancenot, les positions de la LDH font toujours place à la dégradation des libertés et aux atteintes incessantes contre les "classes dangereuses". Mediapart a consacré plusieurs articles à cette dérive autoritaire. Le "tout libéral" s'accompagne nécessairement pour Sarkozy par le "tout sécuritaire" quitte à se pourlécher les babines de l'existence de "cellules invisibles" (surveillées par le FBI !) qui menaceraient notre belle démocratie du CAC 40 - dont les bénefs en 2008 vont battre, à nouveau, un record. Ces luttes, sauf celles permettant de les lier au "terrorisme" (affaire Rouillan, autonomes - anarchos etc) ne font pas l'ouverture des JT de 20h00, c'est certain !
Je n'ai pas envie de m'adresser à tous ceux, ici, qui prétendent que le NPA ne propose rien, sont -ils sourds et aveugles ? Comme justement le nom NPA a une connotation "anti", il aura un autre nom; je propose FéDéRES Fé : fédération Dé : démocratique RES : révolution éco-socialiste Nous serons le parti des FéDéRES
FéDéRES, bonne pioche. Sinon que le futur mouvement n'a rien d'une fédération... Je ne sais si cete proposition sera retenue lors du congrès fondateur du NPA. J'espère, en tous les cas, que le conservatisme (il se loge partout) ne fera pas entériner NPA !