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May

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Retour critique sur Alain Badiou à propos de "L'Hypothèse communiste"

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Disons le tout net, le livre d’Alain Badiou est passionnant car il met au cœur de son propos la question de l’émancipation, revisitant pour ce faire trois moments historiques particuliers, la Commune de Paris, la Révolution culturelle et Mai 68. Il ne s’agit pas pour lui de se situer dans une perspective apologétique des processus d’émancipation après plusieurs décennies de domination d’une idéologie dont le point central est d’affirmer que « vouloir mieux, c’est vouloir pire », mais au contraire d’essayer de comprendre les raisons de leur échec et de donner des pistes de réponses politiques. Mais avant d’examiner ces points, nous nous attacherons au cadre philosophique qui les surdétermine, ce livre étant pour lui, il y insiste, « un livre de philosophie».

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Badiou indique explicitement vouloir « renoncer à Hegel ». Il critique à juste titre « le legs spéculatif hégélien (qui induit) à penser que l’inscription historique, sous le nom de communisme, des séquences politiques révolutionnaires (…) révèle leur vérité, qui est de progresser selon le sens de l’Histoire». Refusant une telle perspective il est amené à écrire que « l’Histoire n’existe pas ». Même si la formule est un peu rapide, elle a le mérite de rompre clairement avec un certain marxisme qui d’ailleurs a été en partie aussi celui de Marx. Dans un livre plus ancien, Peut-on penser la politique, il écrivait que « la singularité du marxisme était le droit (…) de tirer des traites sur l’Histoire », la crise du marxisme se traduisant par l’impossibilité aujourd’hui de continuer à le faire.

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Cette rupture est tout à fait décisive car elle devrait permettre de retrouver une affirmation de Marx selon laquelle « les hommes font leur propre histoire ». Dans cette perspective, il ne s’agit donc pas de découvrir les lois de l’Histoire, mais de comprendre les conditions dans lesquelles s’exercent les activités humaines et de redonner ainsi sens à la politique comme œuvre de transformation. Dans une vision hégélienne, le communisme est le produit de la nécessité historique et la politique tend à se réduire à la stratégie, voire à une simple affaire technique : choisir le bon moment pour agir, trouver le maillon faible de l’adversaire, etc. Si l’Histoire ne donne plus le sens, la politique ne peut se réduire à la stratégie et doit englober le contenu de la perspective émancipatrice qui, devenue le produit de l’activité humaine, est comme toute activité humaine, objet de débat.

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Telle n’est cependant pas la perspective dans laquelle se situe Badiou, et ce pour deux raisons. Tout d’abord, sa rupture avec la pensée hégélienne n’est pas aussi nette qu’il veut bien le dire. Ainsi, dans De quoi Sarkozy est-il le nom ?, il fait une histoire de l’hypothèse communiste qui aurait connu deux grandes séquences, la première étant celle de sa formulation dont l’apogée a été la Commune, la seconde celle de sa réalisation dans la foulée de la révolution d’Octobre avec le développement du Parti-Etat. Chassé par la porte, Hegel revient donc par la fenêtre, l’Histoire devenant celle du déploiement de l’Idée du communisme, séquence après séquence et « les échecs apparents, parfois sanglants, d’évènements liés en profondeur à l’hypothèse communiste, ont été et demeurent des étapes de son histoire ». Nous serions aujourd’hui dans la troisième séquence, celle « de la reformulation de l’hypothèse communiste », qui tirerait les leçons de l’échec du Parti-Etat. Badiou succombe ici à une conception qu’il critique pourtant, celle de l’Histoire comme « construction narrative après coup».

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Badiou maintient donc en partie le cadre hégélien. Mais il fait plus, assimilant processus d’émancipation et procédure de vérité, elle-même considérée une vérité scientifique. Ainsi il compare les échecs successifs de l’hypothèse communiste aux échecs successifs d’une démonstration mathématique. De la même manière que « la fécondité de ces échecs (…) a animé la vie mathématique (…) l’échec, pourvu qu’il n’entraîne pas que l’on cède sur l’hypothèse, n’est jamais que l’histoire de la justification de cette dernière ». On se trouve donc en bout de course devant une pensée circulaire : les échecs successifs du communisme n’étant que l’histoire de sa justification et l’Idée (au sens platonicien du terme) du communisme, « opération intellectuelle » renvoyant à « la subjectivation d’une relation entre la singularité d’une procédure de vérité et une représentation de l’Histoire», elle-même histoire de ses échecs consécutifs.

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Dans un entretien donné à la revue 08, il enfonce le clou en considérant que « la politique d’émancipation est une procédure de vérité (…) qui (…) révèle le secret caché de la vie collective (…) et qu’une opinion politique n’a pas plus de sens qu’une opinion mathématique ». On pourrait appliquer à Badiou la remarque de Rancière à propos d’une certaine pensée critique, « les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être. C’est là une proposition qui ne court pas le risque d’être jamais réfutée ». La politique d’émancipation n’est donc pas « cette capacité de réinventer les vies » par des pratiques et des batailles politiques qui modifient les situations et transforment les individus, mais la recherche d’un « secret » dont on sent bien qu’il ne peut être réservé qu’à un petit nombre. Badiou assume totalement l’héritage platonicien en considérant que la politique est affaire de vérité et non pas d’opinion. Or, comme l’a affirmé à moult reprises Castoriadis, la politique est justement le domaine de la doxa, de l’opinion, qu’il n’y a pas d’épistémê politique, de vérité scientifique en politique. Le choix entre telle ou telle opinion politique n’est pas donné a priori mais renvoie à la bataille politique, confrontation d’idées et constructions de rapports de forces, choix qui doit être en permanence (ré)interrogé.

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Pourtant l’amorce d’une autre conception à la fois de l’Histoire et de l’émancipation existe chez Badiou avec son concept d’« événement ». Celui-ci « n’est pas la réalisation d’une possibilité interne à la situation (…) Un événement est la création de nouvelles possibilités. Il se situe, non pas simplement au niveau des possibles objectifs, mais à celui de la possibilité des possibles ». Dans ce cadre, l’Histoire est donc création de l’inédit pour le pire et le meilleur. Badiou semble rejoindre là une analyse fondamentale de Castoriadis qui indiquait que les êtres humains avaient la « capacité de faire émerger ce qui n’est pas donné ni dérivable, combinatoirement ou autrement, à partir du donné ». Mais en se raccrochant à son concept d’Idée, Badiou vide, de fait, la notion d’événement de tout contenu dans une dialectique aux relents métaphysiques. Ainsi « pour anticiper, au moins idéologiquement, ou intellectuellement, la création de nouveaux possibles, nous devons avoir une Idée (…) qui enveloppe aussi la possibilité formelle d’autres possibles, par nous encore insoupçonnés ». Comment l’Idée, issue d’un processus de vérité dans une situation donnée, peut-elle à la fois mettre à jour « des possibles-rééls » issues de cette situation et permettre la possibilité de possibles insoupçonnés dans cette situation ? Comment « l’événement qui vient (qui) possibilisera ce qui, même pour nous, reste encore impossible » peut-il être contenu dans l’Idée que nous mettons nous-même à jour ? Badiou ne donne pas de réponse à ces questions.

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Badiou semble pourtant entrevoir l’impasse dans laquelle il se trouve en remarquant que « les interminables discussions concernant le statut réel de l’Idée communiste sont sans issues » et de citer, pour les refuser, l’Idée communiste comme Idée régulatrice, programme, utopie ou nom de la Raison dans l’Histoire. Pour se sortir de la difficulté, il essaie de rattacher l’Idée communiste au réel en indiquant qu’elle « vient donc elle-même in fine de la pratique (de l’expérience du réel), sans pour autant pouvoir s’y réduire». Mais comment l’expérience du réel, par définition multiple et diverse, peut-elle fonder, même en partie, une Idée issue d’une procédure de vérité, comment choisir entre telle ou telle pratique pour y arriver ? Badiou laisse ces questions sans réponse.

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Le cadre philosophique dans lequel se meut Badiou n’est évidemment pas sans influence sur ses positionnements politiques. Ainsi, logique avec lui-même Badiou rejette la démocratie. Pas seulement la démocratie parlementaire qu’il qualifie, à juste titre, d’oligarchique, mais toute forme de démocratie. Celle-ci est avant tout un espace public dans lequel se débattent les opinions et où se font les choix. Elle est donc rétive à toute procédure de vérité, ce qui pour Badiou la condamne. Il ne semble pas comprendre que « démocratiser, c’est émanciper (…) car le processus de démocratisation est, en lui-même, et par lui-même, l’acte par excellence de transformation sociale, par lequel les citoyens construisent et conquièrent des significations et des agencements sociaux qui contredisent tous les systèmes de domination, à commencer par ceux du capitalisme ». Il y a là, avec lui, un problème politique majeur.

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On trouve chez Badiou une référence obsessionnelle à Platon alors même que ce dernier a essayé de fonder rationnellement la hiérarchie et l’inégalité dans la cité, a été le théoricien de la stratification sociale et un des inspirateurs de ceux qui, au cours de l’histoire, ont défendu l’ordre établi. Ainsi, dans un texte récent, il reprend totalement à son compte les attaques de Platon contre la démocratie, confondant dans la même réprobation la démocratie athénienne et la démocratie représentative actuelle alors que leurs principes et leur fonctionnement s’opposent du tout au tout.

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La démocratie comme procès émancipateur étant évacuée, voici son substitut, l’action du génie politique qui permet « une représentation de l’action des masses innombrables par l’Un d’un nom propre». Sont ainsi justifiés le « culte de la personnalité » de Staline, dont Badiou trouve la condamnation par Khrouchtchev « mal venue » et celui de Mao dont il concède cependant qu’il s’est appuyé sur « des énoncés tout simplement obscurantistes ». Comment construire une politique d’émancipation sur des énoncés obscurantistes ? Cette question ne semble pas tourmenter Badiou car « si la politique est (…) tout comme peut l’être en effet la poésie, une procédure de vérité, alors il n’est ni plus ni moins inepte de sacraliser les créateurs politiques que de sacraliser les créateurs artistiques ». Comment un processus d’émancipation peut-il être basé sur la sacralisation d’un individu ? Mystère !

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Cette justification de la déification d’« individus glorieux » dans un processus d’émancipation renvoie à la question de la procédure de vérité. En effet, qui peut porter cette procédure de vérité ? Badiou indique que « toute procédure de vérité prescrit un sujet de cette vérité qui, même empiriquement, n’est pas réductible à un individu ». Mais on sent bien qu’il sera difficile pour « les masses innombrables » de l’atteindre. D’où le recours à « l’Un d’un nom propre », « créateur politique » qui « révèle le secret caché de la vie collective ». Badiou ne remarque d’ailleurs pas que la Commune de Paris n’a pas engendré d’« individus glorieux », et ne fait évidemment pas la relation entre ce fait et son caractère particulièrement démocratique. Il ne remarque pas plus que le culte de Mao lors de la révolution culturelle fut une des raisons de son échec lorsque le groupe dirigeant maoïste décida, pour stabiliser la situation, de revenir à la domination du Parti.

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Au-delà, le bilan conjugué de la Commune, de la Révolution culturelle et de mai 68 l’amène à affirmer « que la figure classique de la politique d’émancipation était inopérante » Il opère donc une révision tout à fait fondamentale de ce qui a fondé la politique révolutionnaire au 20ème siècle. Cette révision pose des questions incontournables, auxquelles certes il n’amène pas vraiment de réponses, mais qu’il a le mérite de poser. Deux paraissent particulièrement importantes.

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La première de ces questions est le rapport que doit entretenir un processus d’émancipation avec l’Etat. Badiou indique que « un des contenus de l’Idée communiste aujourd’hui (…) est que le dépérissement de l’Etat est sans doute un principe qui doit être visible dans toute action politique». Il préconise ainsi une « politique à distance de l’Etat ». Le problème posé est essentiel et la question du rapport à l’Etat est d’autant plus décisive que l’expérience de la révolution russe a montré que l’Etat « soviétique » peut être le lieu où se cristallise une nouvelle classe dirigeante. L’Etat, comme figure séparée de la société, est, même si on ne peut le réduire à cela, un ensemble institutionnel fonctionnant au profit d’une minorité et excluant de la politique la grande majorité de la population. Mais comment peuvent se créer des institutions qui permettent l’effective participation de toutes et tous aux décisions qui les concernent ? Comment empêcher que ces institutions ne soient confisquées au profit d’une minorité ? Dans l’analyse assez pertinente qu’il fait d’un épisode très important de la Révolution culturelle, la Commune de Shanghai, Badiou pointe les raisons de l’échec de celle-ci mais ne semble pas vraiment voir que cet échec est avant tout celui de la mise en place d’institutions démocratiques pérennes.

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La formule « politique à distance de l’Etat » a le mérite de s’opposer à toute une tradition de gauche pour laquelle le recours à l’Etat est l’alpha et l’oméga de la politique. Cette tradition débouche au mieux sur un technocratisme éclairé, au pire sur le modèle soviétique dans lequel le Parti-Etat a absorbé la société. Cependant, cette formule ne donne en elle-même aucune orientation politique concrète et les quelques préconisations que propose Badiou, comme le refus de participation aux élections ou de demande de crédit à l’Etat, au-delà même de leur caractère limité et somme toute assez classique, fait l’impasse sur nombre de problèmes. Comment en effet, sous peine de

NOTE DE LECTURE de Pierre Khalfa sur L’Hypothèse communiste, de Alain Badiou. Publié par Mouvements

Tous les commentaires

Merci Velveth, je vais enfin prendre le temps de lire ce texte de façon approfondie;

Un survol m'a déjà montré là où ça coince pour moi : la persistance de l'Idée.
En effet, pour moi celle ci n'est pas la même pour tous les humains.

L'émancipation n'est pas une Idée qui s'imposera un jour, c'est un possible, tout comme son ou ses contraires.

Bien d'accord.

En outre, le déficit démocratique ( hypothèse de Badiou ) est contraire à toute idée d'émancipation, telle que je la conçois.

C'est là qu'il faudrait croiser avec les idées de Rosa Luxemburg (mais je n'ai pas le temps de rechercher ça actuellement).

Effectivement.

Rosa Luxemburg nous a légué de bien beaux et bons textes.

Alain BADIOU chez Taddéï : « L’hypothèse communiste » Le 9 avril 2009 France 3

http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/index-fr.php ?page=emission&id_rubrique=641

à partir de 27’28"

 

 

voir le script de l'émission ici :

http://reseaudesbahuts.lautre.net/spip.php?article1096

 

 

Merci Dianne.

J'avais regardé cette séquence de "Ce soir ou jamais". Elle est passionnante nonobstant mon désaccord profond avec Badiou.

Je trouve que ce texte de Khalfa est intéressant un peu confus en voulant porter la critique à plusieurs niveaux sans vraiment approfondir.

J'essaie de dire un mot sur la cohérence non-démocratique, voire antidémocratique de Badiou.

Badiou ne se préoccupe pas dans ce petit livre des contradictions au sein du peuple. La Vérité philosophique, en continuateur affirmé de Platon, est déclinée par lui en son application politique.

On ne voit pas où le pullulement de comités qui caractérise toute période révolutionnaire pourrait être fécond, dans cette conception. Et pourtant sans cette expression de démocratie (toujours brouillonne et diverse) il n' y aurait pas de révolution.

Badiou pose un énoncé comme cause de la révolution. La déclaration de telle jour de Mao a eu des conséquences révolutionnaires durant la Révolution culturelle, par exemple. Il ne le démontre pas. C'est fascinant mais extérieur à tout ce qui fut relaté des révolutions.

Il est donc dans sa logique de philosophe en considérant que la démocratie (et pas seulement ce qu'il appelle le capitalo-parlementarisme) est condamnable, puisque de vains sophismes s'y affrontent, sans "procédure de vérité".

Il y a le postulat de la Vérité en politique comme découlant de la vérité en philosophie.

Il me semble que Rancière dont le nom est souvent rapproché de celui de Badiou dit l'inverse, avec sa recherche d'écrits ouvriers.

Et bien sûr bien d'autres théoriciens radicaux sont opposés à cette conception.

Quand je suis tombée par hasard sur des textes de Rancière sur l'émancipation, j'ai tout de suite accroché.

Je suis donc étonnée (réellement !) que certains se réclament à la fois de Rancière et de Badiou, si Badiou est toujours dans l'idée d'une Vérité.

Je n'avais pas remarqué cela chez Rancières, qui me semblait plus compatible avec une prise en compte de la diversité des parcours et expériences des personnes "réelles" qui composent ceux qui pourraient éventuellement s'émanciper.

Je pense que le problème de Badiou est de dire que la vérité politique s'exprime par des énoncés concis.

S'il est important de ne pas éliminer pas l'idée de vérité dans une politique au service de l'émancipation, la vérité n'est pas exprimable comme un postulat.

Quelque part Lacan dit que la vérité ne peut que se mi-dire, (se dire mais jamais tout à fait). Il me semble que cela vaut en politique.

C'est pour aller, je crois, dans le sens de ce que vous avez écrit.

Je reproduis ici une partie d'un commentaire de Dianne dans un autre billet (Dianne, j'espère que ça ne vous dérange pas).

"Il serait intéressant aussi de se pencher sur le cas de tous ces électeurs potentiels qui ne s'incrivent même pas tant les institutions les terrorisent. Il y en a, notamment en délicatesse d'une manière ou d'une autre avec des instances publiques, genre cantine, ou autre. Ils n'osent pas sortir de chez eux, ne se signalent nulle part, et seraient bien incapables d'affronter une table d'émargement. Ces pauvres là sont formidables. Ils subissent et la bouclent. Du coup on dit qu'ils s'en fichent, que ce sont de mauvais citoyens, etc..."

Dans uen perspective de changement socila, sociétal, la prise en compte de ce que vivent ces personnes là est fondamental à mes yeux.

Comment mettre en rapport ce que vivent ces personnes et une Vérité ?

Comment croire que de vouloir leur faire prendre conscience, ou leur révéler une Vérité ne sera pas uen violence symbolique supplémentaire ?

Comment concilier la réalité de leurs "mondes vécus", monde où les institutions, et peut-être, les collectifs, sont terrorisants , avec l'idée d'émancipation ?

(ceci n'était pas une critique de qui, ou quoi que ce soit : juste des questions, celles qui se posent à moi autour de la notion d'émancipation).

@ Fantie B et Pascal b

Selon Daniel Lindenberg, Le procès des Lumières, le livre de Jacques Rancière La haine de la démocratie est une attaque en règle contre Badiou. Toujours selon cet auteur, Badiou partage avec les néoconservateurs une fascination pour Platon qui le conduit à prendre les positions exposées plus haut. Il insiste aussi sur le retour de la pensée religieuse chez Badiou, trajectoire qui le rapproche aussi des néo-conservateurs.

Il faut sans cesse redéfinir le mot religion, le relire et le relier. Dire que le communisme est une religion n'est pas une injure, ni une grossiéreté. Le communisme est une religion : ce qui fonde une communauté c'est ce qui relie les uns aux autres. Ce n'est donc pas le "sentiment" religieux qui est à craindre, c'est le sectarisme, d'une part (les sectes religieuses comprises. Y compris la catho.) et une métaphysique transcendentale qui manipule pour faire accroire qu'il y a un autre monde, meilleur, ailleurs. Par contre -et cela contre cette manipulation des âmes- il y a une physique à partir de laquelle on peut, par le langage, élaborer une métaphysique qui nous unirait. Quelque chose nous dépasse infiniment : la simple complexité de notre univers, qui devrait tendre à nous unir. Et la communauté humaine, qui nous relie, sans laquelle nous ne pourrions tout simplement pas vivre. L'individu seul n'est rien. (Ce que l'on peut affirmer : l'individu seul est rien)

@Youri Z

"le livre de Jacques Rancière La haine de la démocratie est une attaque en règle contre Badiou."

 

Disons qu'ils font des constats voisins mais n'apportent pas les mêmes réponses. On peut résumer très vite d'ailleurs en disant que si Badiou défend un communisme débarrassé des ses oripeaux, Rancière ne défend rien du tout. Ou plutôt, il n'utilise pas de référence à des systèmes pour construire. On a bien l'impression qu'il n'attend rien de rien et surtout pas de la démocratie, dont il rappelle à juste titre que dans son acception première, le mot était quasi injurieux, un peu à la manière de "impressionnistes" lancé par un pisse-copie conformiste à la face des premiers dissidents de l'art académique du XIXe.

 

Si on tente de le suivre dans sa façon de triturer le concept, on finit par se dire qu'il nous "ballade grave". Il y a dans "La haine de la démocratie" des passages fulgurants et des développements oiseux. Cours après moi si tu peux. J'avoue que je ne dispose pas de diplômes de IIIe cycle pour m'y coller, mais enfin à force de ne vouloir se laisser enfermer dans rien, il (me) donne l'impression assez désagréable de poursuivre un dialogue abscons avec lui-même en se fichant pas mal que quiconque lui emboîte le pas. Dès lors se pose la question suivante : à quoi bon écrire ? Y'a-t-il une utilité quelconque à communiquer si le contenant et le contenu portent le label "incommunicable" ?Le chapitre traitant de "La politique ou le pasteur perdu" m'a valu quelques migraines... Les énoncés sont un peu plus clairs dans la partie "Démocratie, république, représentation".

 

Au bout d'un moment je me dis : qui a la haine de la démocratie ? Tant qu'à jouer au plus fin, je sais faire aussi....

 

Notez que je prends le risque de passer pour une parfaite imbécile. Je l'assume totalement. Mais je connais aussi quelques Tartuffes qui font semblant d'avoir tout compris.

 

Reste que :

 

"Le scandale démocratique consiste simplement à révéler ceci : il n'y aura jamais sous le nom de politique, un principe un de la communauté, légitimant l'action des gouvernants à partir des lois inhérentes au rassemblement des communautés humaines."

 

et

 

"Si la recherche de l'origine mélange volontiers l'avant et l'après, c'est qu'elle arrive toujours après coup. La philosophie qui cherche le principe du bon gouvernement ou les raisons pour lesquelles les hommes se donnent des gouvernements vient après la démocratie qui vient elle-même après, en interrompant la logique sans âge selon laquelle les communautés sont gouvernées par ceux qui ont titre à exercer leur autorité sur ceux qui sont disposés à la subir".

 

posent clairement le problème du niveau de compétences requis pour prétendre diriger dans une démocratie représentative et avant cela, du caractère opportun ou pas de la fonction de "gouvernant".

 

Il ajoute : "Le mot de démocratie alors ne désigne proprement ni une forme de société ni une forme de gouvernement. La "société démocratique" n'est jamais qu'une peinture de fantaisie, destinée à soutenir tel ou tel principe du bon gouvernement. Les sociétés aujourd'hui comme hier sont organisées par le jeu des oligarchies et il n'y a pas à proprement parler de gouvernement démocratique"?

 

Il n'y aurait donc ni société démocratique ni bonne forme de gouvernement. On va tenter de survivre avec ça mais je crains que cela ne soit un peu court pour beaucoup.

Bonsoir Dianne,

 

Je ne faisais que reprendre la thèse de Lindenberg. Néanmoins, si effectivement Badiou et Rancière font un constat critique comparable, ils n'apportent effectivement pas les mêmes réponses. Pour Badiou, le salut passe par une avant-garde éduquée, lettrée, fidèle à l'évenement... des pasteurs devant guider un troupeau. Rancière est sur une position diamétralement opposée, lui qui souhaite que ceux qui n'ont aucune légitimité pour prendre la parole s'expriment.

Je suis d'accord sur les effets parfois neutralisant que peuvent produire les thèses de Rancière : à cet égard, la lecture de son livre intitulé Le Philosophe et ses pauvres, peut s'avérer désespérante : Marx, Sartre, Bourdieu... sont violemment critiqués pour leur rapport condescendant aux "pauvres". Il n'empêche que la démonstration est chaque fois remarquable et que cet aspect neutralisant peut être la preuve de la consistance de sa pensée, pensée que je ne comprends pas toujours.

Merci Youri.Z. Je ne comprends pas toujours non plus. Et je me pose beaucoup de questions. Notamment lorsqu'il aborde le décorticage de l'Ecole, de l'Education. Là, curieusement, le propos devient limpide. Il en fait, évidemment, le coeur de quelque projet de société que ce soit. Et sa critique des menées actuelles fait mouche. "Démonstration remarquable", comme vous dîtes. Il oppose Jules Ferry, fidèle aux principes énoncés par Condorcet : point d'avant-garde lettrée mais "un enseignement homogène", aux tenants dits-républicains d'une école attachée à fournir aux uns une éducation "utilitariste" et aux autres des clés pour s'élever-au dessus.

Rancière souhaite-t-il vraiment que ceux qui n'ont aucune légitimité à prendre la parole s'expriment ou bien dénie-t-il toute légitimité à qui que ce soit de la prendre ?

Le décorticage de la partie centrale de "La haine de la démocratie" m'occupe un petit peu en ce moment, étant donné que le sujet a été relancé ici, et en prenant des avis, je vois émerger cette hypothèse concernant "pasteurs et troupeau" : une étude, utilisant les outils de la psychanalyse, qui n'aurait pas été portée à son terme.

Quoi qu'il en soit l'échange est intéressant. Merci Velveth.

"Pour Badiou, le salut passe par une avant-garde éduquée, lettrée, fidèle à l'évenement... des pasteurs devant guider un troupeau. Rancière est sur une position diamétralement opposée, lui qui souhaite que ceux qui n'ont aucune légitimité pour prendre la parole s'expriment."

Merci Youri Z.de ce résumé ! L'avant garde éclairée, voilà bien le problème des révolutions, pour moi.

Rancière : les articles sur l'émancipation que j'ai lus de lui ne s'opposaient pas au fait que "ceux qui n'ont aucune légitimité pour prendre la parole s'expriment." C'est déjà ça.

(Et d'ailleurs, sinon, j'aurais arrêté de lire !)

Discussion sur l'émancipation de qui, par qui, et pour quoi, à continuer, donc.

Et même si Rancière ou un autre sont pessimistes, nous en sommes pas obligés de les suivre jusque là. Les chercheurs/penseurs sont des aides à penser, c'est tout.

 

Sur le fond :

Contre Badiou, mais pour respecter la réalité c'est-à-dire qu'il y a nécessité de transmettre des éclairages, je prposerais une autre image que pasteur et troupeau :

celle de l'accompagnement métisssé

(comme je ne trouve aps l'adjectif correspondant à mon image, celle là fera l'affaire provisoirement...)

 

@Fantie B

Au contraire ! Sourire L'argument n'a pas plu et on m'a sommée de donner des pourcentages. Comme si c''était quantifiable. Il y a beaucoup de faits de ce genre dont l'ignorance arrange pas mal nos contemporains bretteurs. Que faire quand la réclamation tient lieu de signalement social ? Si je ne demande rien, c'est que je n'ai besoin de rien. Erreur, grave erreur.

 

Contrairement à certains concepts express du genre "tous des assistés", beaucoup refusent justement l'assistanat. Question de dignité. Et contrairement aux idées reçues, il semblerait par exemple que les cas de misère extrême soient plus nombreux dans les campagnes que dans les centres urbains ou périphéries.

 

Au cours de la campagne des législatives 2007, j'ai accompagné une candidate qui a soulevé des questions incroyables dans un secteur où tout le monde prétendait connaître tout le monde. Sauf que dans les faits, si le voisin est propre et ouvre sa porte à heures régulières, personne n'en a rien à cuire qu'il crève de faim ou ne puisse plus payer l'electricité, qui n'alimente plus sa machine à tourner le bois, et donc il ne peut plus produire (fainéant, va !) et donc il est sans ressource, ad lib...

 

Sans réclamation expresse, les acteurs de terrain les mieux intentionnés ignorent tout de certains drames. Comment voulez vous que ces personnes aient envie de confier leur suffrage à quiconque ? J'ai encore honte d'avoir semblé pendant quelques minutes incarner une forme d'autorité que je ne détenais pas face à des gens aussi démunis socialement. Aucun de nos codes familiers ne leur était accessible. Mais quelle dignité. N'emmerdent personne ceux là. On peut donc les décréter abstentionnistes chroniques...

 

On entend fréquemment dire que "les services sociaux sont débordés". Excusez moi d'insister en disant que si tous les citoyens connaissaient vraiment leurs droits, ils ne seraient pas "débordés", ils seraient "noyés". Mais on entretient la confusion et la distance. Finalement ça arrange tout le monde.

Entièrement d'accord, Dianne. Nous sommes sans doute hors sujet à parler de ça, mais non, je pense que non !

Bah Fantie B un communisme qui ne s'intéresserait pas au sort commun des plus humbles, qu'en ferions nous, idéologiquement parlant ? Et des communistes qui trouveraient la réalité trop crue pour être prise en compte, ils s'adresseraient à qui ? Moi, la théorie de l'émancipation appliquée à des individus assis devant une gamelle vide, ça m'a toujours "interpellée"

Je sais bien que Marx n'a pratiquement jamais bossé et que Tonton Engels faisait bouillir la marmite, mais quand même... Les communistes de l'heure n'ont plus à écrire Le Capital, ça leur laisse du temps de cerveau disponible. Je ne dis nullement que l'exercice de commentaire critique n'est pas passionnant, mais que nous ne sommes pas hors sujet malgré les cartouches "vides" qui soulignent délicatement le propos.

Quels beaux et sympathiques échanges.

Sur Engels, justement, vient de sortir un bien bon bouquin, une biographie, d'un jeune anglais, Tristram Hunt, "Engels, le gentleman révolutionnaire" chez Flammarion. Somptueux. (la critique est dans le Canard enchaîné de cette semaine.

Merci Velveth. Oui, le "Sacré fumeur de cigare".... Et un sacré bon copain. Fallait-il qu'il ait foi dans la vista de copain Karl ! Clin d'oeil

Françoise Giroud avait déjà brossé de lui un portrait attachant, bien que moins circonstancié, dans une étude sur Jenny Marx.

Effectivement. Je me souviens de l'étude sur Jenny Marx par Françoise Giroud.

lol

***

Tes considérations sur Alain Badiou sont intéressantes, mais quelque peu quelque peu approximatives!

Je pense que toutes ses critiques des "fossoyeurs" du communisme sont bien justifiées

Quant à l'idée d'émancipation, avec tous ces "curés" qui tiennent le haut du pavé, et que je "m'amuse" à palcarder,on en est à plus de centaines de lieues

J'ai qq mal à suivre ton raisonnement. Peux-tu expliciter ?

Le monsieur te dit que tu as tort et que Badiou a raison, car il est dans la Vérité. Et ne réplique pas, hein !

 

Immanence et Multitude, oies de compagnie

(intérim)

 

A Velveth,

Tu ne dis pas à qui s'adresse la demande d'explications.

Oui, effectivement. C'était à fxavier.

Je me disais bien aussi que j'avais dû être clair.

Avouons-le je n'ai que survolé un texte critique qui certainement à pris plus de temps à élaborer et écrire que je peux prendre à le lire. J'y reviendrais donc plus posèment.

Mais tout de suite un grand merci à Velveth pour proposer ce texte à notre reflexion...et par incidence à Mediapart qui permet et ces textes et ces commentaires.Dommage qu'il n'ait été "grisé" , fait la Une.

Il y a bien sur, pour en revenir au texte, comme Pierre Ferron le souligne , un caractère religieux à cette pensée qui fait de quelque chose - quelqu'un- le moteur,voire le sens, de l Histoire. L'Homme est fait par l'Histoire-ou par Dieu- déterminisme - et il ne peut la faire qu'en suivant ce qu'elle nous enseigne ( la lutte des classes, ou la conduite morale sous la protection du clergé- la révolution sous la conduite de l 'Avant-Garde et de Prolétariat, peuple élu); Cette volonté de dégager effectivement une histoire des contingences de sa reconstruction narrative pose effectivment problème. Chacun sait maintenant, apres Luckacs, que nous sommes en re-lecture, re -composition , re- approriation de l'Histoire en fonction en raison de notre Weltanshung présente, c est à dire notre vision du monde, mélange de notre situation concrète de nos rêves de nos espoirs de nos pensées de nos actes et choix.

Mais quand tu écris à la suite de Badiou - que j'ai connu d'assez près à Vincennes dans les années 70- que" la politique d'émancipation est une procédure de vérité qui révèle le secret caché de la vie collective" j 'avoue à la fois me sentir mal à l 'aise et ne pas bien comprendre. D'abord qu'est une procédure de vérité. Je tiens, dans la tradition marxiste, qu'il n'y a de vérités quant aux choses de l homme, que non seulement partielles et fragmentaires mais qu'adaptés à ce que je suis et veux..donc pas de majuscule. La vérité est dans ma politique et mon désir d 'émancipation. Elle n'est pas extérieure et encore moins éternelle.Ensuite ce concept de "secret caché" ( redondant non? un secret qui n est pas caché n est pas un secret). Ansi la vie collective fonctionnerait sur un secret à partir d'un secret... il y a du freudisme là dedans..Mon comportement individuedl est la resultante d'un inconscient ,d 'un secret plus ou moins lourd et traumatisant et impactant mes actions sentiments etc....Quoique je comprenne et admette cette force structurante de l'inconscient chez l 'Homme je ne le concois que mal a l échelle collective. Mais peut -etre ai je mal lu, mal compris...

a bientot et merci.

 

Je partage la teneur générale de ton commentaire.

Concrètement, ils préconisent quoi, Bacière et Randiou, face aux trois z'urgences qui sont quatre? (quelques z'exemples seraient les bienvenus, sur la fiscalité écologique, les transports z'urbains, les quotas laitiers chers z'à Jonath, des choses comme ça, quoi; on s'escuse d'etsiterater).

 

Immanence et Multitude, oies de compagnie

(intérim)

 

 

Melchior, voici sûrement de bonnes questions mais si elles étaient formulées autrement on gagnerait du temps de décryptage. Lard ou cochon ? That is the question. Au cas où vous seriez ici sincère et non farceur patenté, je me risque à dire que questionner Radiou et Bancière revient à s'interroger sur la légitimité de la représentation démocratique. Ce qui n'est déjà pas mince. Car peut-on mener des projets politiques légitimes du haut d'une chaire qui ne l'est pas ?

Là est abordé par Dianne une des questions fondamentales. Je ne vais pas me répéter mais les positions de Badiou sur la démocratie me semblent figées depuis ses amours pour Mao.

Melchior n'est plus à Mediapart.

On peut quand même essayer de le joindre pour lui poser la question, si vous voulez.

Nous, ce qu'on en pense humblement, c'est qu'il vaut mieux faire fonctionner et améliorer les institutions démocratiques, si imparfaites soient-elles, que passer son temps à s'interroger sur la "légitimité" ou remettre en cause le suffrage universel.

Mais nous ne sommes que d'humbles z'oies.

I & M, odc

(int.)

Melchior, d'accord avec vous sur la perfectibilité des institutions démocratiques et l'engagement pragmatique en ce sens. Mais cela n'empêche pas d'écouter ce que les questionneurs de doctrines ont à dire. Le jour où plus personne ne questionne, ça devient un poil compliqué...Clin d'oeil

Ce n'est pas forcément une perte de temps que "descendre de vélo pour se regarder pédaler" (vidéo !) : on améliore le style, on graisse la chaîne, on change les pneus avant la cata, et on fait un régime pour alléger la bécane...Tout ça ne prend pas des jours mais permet ensuite d'avancer vraiment.

"Comment un processus d’émancipation peut-il être basé sur la sacralisation d’un individu ? Mystère !"

Peut-être en ceci que le processus n est pas individuel mais collectif et que partant, il ne s 'embarrasse pas et n'a pas à s embarrasser d'une relation qui peut, au niveau de l'individu, paraitre soumise et mystificatrice, limite castratrice. La sacralisation d'un individu est d'abord, peut être, culte c 'est à dire union, ( qui fait la force) resserrement et non plus éclatement dispersion individualisme....Peut-être...mais je ne peux m empêcher de mettre cette curieuse proposition badiouiste en rapport avec l'incapacité collective du PS à se penser lui-même, à exister sans la sacralisation d'un individu ,qui en sera le chef, et son incapacité à penser un programme de gouvernement, à définir des pistes de travail et de propositions sans qu'elles soient incarnées et comme sacralisées dans un individu christique charismatique et tutti quanti.

"Une stratégie d’émancipation doit donc viser toutes les formes de domination et mobiliser la quasi totalité de la société menacée par la logique du capital."

Entendons nous sur un point : la "stratégie d'émancipation" o la "politique d'émancipation " qui revient sous votre plume et sont, je suppose, empruntées à Badiou sont des équivalents de ce que nous appelions, il y a 30 ans "les processus révolutionnaires" non? ou tout simplement la Révolution ?

Ceci mis à part "mobiliser la quasi totalité......" bref, reconnaitre que la classe ouvrière n est plus l'agent désigné par Dieu ou l Histoire du processus révolutionnaire est une idée qui a déjà les cheveux blancs..Elle était déja en 68, Badiou était alors un tout jeune chercheur, installée au coeur des reflexions...et le mouvement soixanthuitard lui-même leva maints fronts de lutte ( femmes, prisonniers, homos, soldats, .....) Etaient -ils tous " menacés par la logique du capital" ? On peut en douter.

Par ailleurs la reflexion sur l Etat - au coeur de la problématique révolutionnaire depuis Lenine- mais aussi au coeur des pratiques communistes et jusqu'à aujourd'hui noyau dur d'une pensée qui s'oppose à la pensée libérale ( le rôle de l 'etat est encore à ce qu'il me semble le coeur des affrontements droite/gauche ) constitue effectivement une partie importante , à contre-courant des habitudes et quelque soit la faillite manifeste tout azimuth des processus révolutionnaire ayant choisi l'Etat comme moteur pour y favoriser l emancipation ( cas de la bourgeoisie d 'etat sovietique mais aussi des bourgeoisies d 'état des pays nouvellement indépendants). Cependant l'Etat était une conquête, l'Etat n a en France existé qu' à partir de 1914. Non seulement l 'Etat mais la Nation. C 'est ce que montre à l'évidence l excellentissime étude de Anton Weber ' la fin des terroirs" qui date je crois de 1970. 1914 marque la date , grace en grande partie au travail de la 3ème République et des socialistes d 'alors, d 'achévement de la construction de l Etat.( marqué par la continuité du territoire, une même langue, une même législation, une même éducation, ( c est a dire aussi une histoire commune). Or depuis une trentaine d 'année nous assistons a la disparition douce, un affaisement qui fait penser à l'engloutissement du Titanic, sous les poussées conjointes et de l Europe d'un coté et des Régions e l 'autre..Aussi l'Etat en lui-même n 'est plus un enjeu d 'avenir ou plutot peut etre un enjeu qui n a pas d 'avenir... Partant on peut effectivement penser que la prise du pouvoir d'état n 'est plus, pour une classe qui nest plus ouvrière et qui reste encore sinon à définir du moins à cerner, un objectif stratégiquemnt important...

Mais là où l'analyse de Badiou que vous présentez, pour moi, peche gravement est dans l 'absence de reflexions sur la finitude du monde et partant, concrétement aujourd'hui sur la croissance. Je suis stupefait de constater combien cette question de la croissance ou d'une croissance autre constitue aujourd'hui le même enjeu que constituait l 'Etat hier..Elle est , cette obligation de repenser la croissance, niée avec des ricanements ou plus souvent noyée sous une langue d'un bois qui ne ferait que peu de flammes et donnerait peu de chaleur ( humaine). Or elle est constitutive.Comme l''était au tournant du siècle la question de la conquête de l 'Etat

" le processus n est pas individuel mais collectif" ( kakadoundiaye)

Pour moi ce processus doit être individuel, car il n'existe pas d'être collectif.

Je dirais, une émancipation individuelle, qui s'ancre dans le collectif, et s'accèlère parfois dans des mouvements collectifs.

Exemple, l'émancipation des femmes.

Chaque femme doit faire le parcours, le processus d el'émancipation, pour et par elle même. Et il sera différent pour chacune.

Le "collectif", lui, joue le rôle de contexte : contexte favorisant, ou contexte obstacle à ce processus. (le contexte = les entourages de cette femme(famille, social) + la société qui l'entoure...)

 

 

cette obligation de repenser la croissance....est constitutive

Oui. Mais dans quel cadre l'aborde-t-on ? Là est aussi la question.

Avec les objecteurs de croissance ?

@Dianne,

Je suis gêné par votre question. Je ne la comprends pas. C'est je ense au sein de chaque regroupement, associatif,politique, les syndicats les partis, au sein des tribunes qui sont offertes via les médias, les arts, les lettres etc..que doit être posé la question de la croissance...et d'une décroissance qui ne signifie pas comme le disait avant hier Allègre à "s'éclairer à la chandelle" face à Bertrand qui en resta bouche bée. Cette question de la décroissance que je situe quant à moi au coeur de toute reflexion "moderne" c est à dire q'elle intervient , comme structurante, en dernière instance, fondamentale ( comme disait Mao "contradiction principale et contraadictions secondaires") est absente ou secondarisée dans le débat comme l'est la question des rapports Nord/sud ( qui se traduisent entre autre par l 'émigration, la mondialisation etc...qui n esont pas peu de "choses")

@Fantie B

Certes Fantie " il fait greffer les pommiers pour qu'ils donnent des poires mais il faut aussi planter des poiriers" c 'est cce que me diait un leader de la révolution cubaine de 59...le collectif n est pas , contrairement à ce que vous semblez penser, l'addition des grains de blé dans un sac ( métaphore marxienne) c 'est quelque chose qui est en relation dialectique avec l'individu, l'un affectant l ensemble qui l'affecte en retour...Il n 'y a pas de révolution ou d'émancipation qui soit le fait d'individus isolés se réveillent un beau matin décidés à prendre le pavé par la main et le baton de par la gueule....la conscience de classe n 'apparait pas et ne vient pas par la contemplation des journaux tv..non?

Je reviendrai, courant novembre, sur le concept de décroissance tel que je le vis avec d'autres militant(e)s du NPA suite à de riches échanges avec "les objecteurs de croissance".

@Dianne Je suis gêné par votre question. Je ne la comprends pas.

 

Croissance et finitude du monde me semblent incompatibles. C'est pourquoi je soulevais la question du cadre. Car pour l'heure on mélange tout : croissance, préservation de l'environnement, décroissance, sobriété volontaire, etc... un peu comme dans un hyper, on vous colle le bio avec le light, l'équitable, etc... rien de tout cela pris isolément n'étant utile ni suffisant.

Il nous semble que ce sont quatre thèmes bien distincts, quoique interdépendants, et qu'à refuser de voir les articulations avec suffisamment de souplesse, la représentation qu'on s'en fait est grippée.

 

I & M

(int)

http://www.mediapart.fr/club/blog/kakadoundiaye/281009/decroissance-vous-avez-dit-decroissance

Cest le n° 1.Il y a le 2 déjà posté .Il y aura le trois encore en gestation qui en fera la synthèse et esssaiera de situer la question pâr rapport a Badiou et aux différents partis politiques ( déja esquissé dans le ni-ni c est neu-neu sur mon blog également° J'attends tes réponses Velveth mais aussi Diane Fantie etc..bref touts ceux qui sont intervenus sur un thème QUE JE JUGE ESSENTIEL

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